{"version":"4714f3cc4272","maj":"2026-11-03","build":"fcd860806bf9","rubriques":[{"id":"informatique","ico":"🖥️","t":"Informatique"},{"id":"chanson","ico":"🎵","t":"Chanson"},{"id":"poesie","ico":"✒️","t":"Poètes"},{"id":"ecrivains","ico":"📚","t":"Écrivains"},{"id":"scientifiques","ico":"🔬","t":"Scientifiques"},{"id":"philosophie","ico":"🗾","t":"Philosophie"},{"id":"marcheurs","ico":"🥾","t":"Marcheurs"},{"id":"musiciens","ico":"🎷","t":"Musiciens"}],"portraits":[{"id":"turing","n":"Alan Turing","d":"1912 – 1954","r":"informatique","t":"Le génie torturé qui a inventé notre monde","a":"Le mathématicien qui a inventé l'ordinateur théorique, cassé le code d'Enigma et posé la question « une machine peut-elle penser ? ». Son génie, sa fin tragique en 1954, et tout ce que l'IA lui doit.","min":20,"ch":15,"na":63,"nc":0,"u":"/guides/turing/","nl":1,"img":"portraits/turing.jpg","iw":256,"ih":304},{"id":"shannon","n":"Claude Shannon","d":"1916 – 2001","r":"informatique","t":"Le génie joueur qui a inventé l'ère numérique","a":"Le père de la théorie de l'information (1948), qui a posé les bases mathématiques de tout le numérique — et l'homme dont l'IA Claude porte le prénom. Un génie joueur, bricoleur et jongleur.","min":19,"ch":14,"na":44,"nc":0,"u":"/guides/shannon/","nl":1,"img":"portraits/shannon.jpg","iw":284,"ih":400},{"id":"magny","n":"Colette Magny","d":"1926 – 1997","r":"chanson","t":"Le blues comme arme de combat","a":"Secrétaire à l'OCDE devenue à 36 ans chanteuse de blues, puis pionnière du free jazz engagé : la voix la plus libre et la plus inclassable de la chanson française (1926-1997).","min":16,"ch":7,"na":44,"nc":0,"u":"/guides/magny/","nl":1,"img":"portraits/magny.jpg","iw":300,"ih":267},{"id":"caussimon1","n":"Jean-Roger Caussimon — portrait intime","d":"1918 – 1985","r":"chanson","t":"Portrait intime d'un poète de l'ombre","a":"L'auteur de « Mon camarade » et « Comme à Ostende », l'un des plus grands paroliers français (1918-1985) : sa blessure d'enfance, ses amitiés, sa poésie de l'ombre. La version biographique.","min":10,"ch":7,"na":32,"nc":0,"u":"/guides/caussimon-portrait/","nl":1,"img":"portraits/caussimon1.jpg","iw":480,"ih":360},{"id":"caussimon","n":"Jean-Roger Caussimon — l'Orfèvre","d":"1918 – 1985","r":"chanson","t":"L'Orfèvre des Ombres Lumineuses","a":"Le second hommage à Caussimon, plus poétique : une lecture de ses textes comme d'un orfèvre qui polit des ombres. À lire après le portrait intime.","min":13,"ch":9,"na":12,"nc":0,"u":"/guides/caussimon-orfevre/","nl":1,"img":"portraits/caussimon.jpg","iw":297,"ih":370},{"id":"vyssotski","n":"Vladimir Vyssotski","d":"1938 – 1980","r":"chanson","t":"L'âme rebelle de l'URSS","a":"Le poète clandestin le plus aimé de l'Union soviétique (1938-1980) : une voix rauque, des concerts sous l'œil du KGB, des chansons qui disaient ce que personne n'osait dire.","min":13,"ch":10,"na":36,"nc":7,"u":"/guides/vyssotski/","nl":1,"img":"portraits/vyssotski.jpg","iw":480,"ih":594},{"id":"boby-lapointe","n":"Boby Lapointe","d":"1922 – 1972","r":"chanson","t":"Le scaphandrier des mots","a":"« Le scaphandrier des mots » (1922-1972) : le chanteur sous-titré de Pézenas, ingénieur dans l'âme et architecte des calembours — du Cheval d'Or au système bibi-binaire. Avec sa carte interactive.","min":26,"ch":20,"na":174,"nc":14,"u":"/guides/boby-lapointe/","nl":2},{"id":"villon","n":"François Villon","d":"1431 – après 1463","r":"poesie","t":"Entre la Sorbonne et la potence","a":"Entre la Sorbonne et la potence : le poète voyou du XVᵉ siècle, ses ballades, ses séjours en prison et sa place fondatrice dans la poésie française.","min":47,"ch":24,"na":50,"nc":0,"u":"/guides/villon/","nl":1,"img":"portraits/villon.jpg","iw":260,"ih":400},{"id":"rimbaud","n":"Arthur Rimbaud","d":"1854 – 1891","r":"poesie","t":"Le poète qui s’est tu à vingt ans","a":"Le prodige de Charleville qui s'est tu à vingt ans : l'éclair de la poésie, puis l'absence et le départ. Un destin qui a changé la façon d'écrire.","min":47,"ch":21,"na":65,"nc":0,"u":"/guides/rimbaud/","nl":1,"img":"portraits/rimbaud.jpg","iw":450,"ih":600},{"id":"reverdy","n":"Pierre Reverdy","d":"1889 – 1960","r":"poesie","t":"L'architecte du silence et de la lumière","a":"L'architecte du silence et de la lumière : un poète singulier, précurseur du surréalisme, pour qui « la poésie est ce qui fait voir l'invisible ».","min":10,"ch":11,"na":19,"nc":0,"u":"/guides/reverdy/","nl":1,"img":"portraits/reverdy.jpg","iw":195,"ih":300},{"id":"michaux","n":"Henri Michaux","d":"1899 – 1984","r":"poesie","t":"L'Homme aux Mille Visages Intérieurs","a":"L'homme aux mille visages intérieurs : poète et peintre, explorateur de la conscience, qui cartographie l'invisible avec de l'encre et des mots.","min":30,"ch":14,"na":34,"nc":0,"u":"/guides/michaux/","nl":1,"img":"portraits/michaux.jpg","iw":443,"ih":600},{"id":"char","n":"René Char","d":"1907 – 1988","r":"poesie","t":"Le Forgeron de Foudre","a":"Le forgeron de foudre : poète de la Résistance et résistant de la poésie, dont les mots brefs et tranchants ont marqué tout le XXᵉ siècle.","min":33,"ch":18,"na":33,"nc":0,"u":"/guides/char/","nl":1,"img":"portraits/char.jpg","iw":386,"ih":600},{"id":"bobin","n":"Christian Bobin","d":"1951 – 2022","r":"poesie","t":"L'homme qui parlait avec les anges","a":"Né au Creusot en 1951, mort en 2022 : le poète de la clarté et de l'attention aux choses simples — « l'homme qui parlait avec les anges ».","min":32,"ch":15,"na":51,"nc":0,"u":"/guides/bobin/","nl":1,"img":"portraits/bobin.jpg","iw":480,"ih":600},{"id":"thomas","n":"Henri Thomas","d":"1912 – 1993","r":"poesie","t":"La Voix du Silence Habité","a":"La voix du silence habité : un poète et romancier discret, marcheur solitaire, à découvrir à contre-courant du bruit littéraire.","min":15,"ch":10,"na":16,"nc":0,"u":"/guides/thomas/","nl":1,"img":"portraits/thomas.jpg","iw":280,"ih":280},{"id":"bukowski","n":"Charles Bukowski","d":"1920 – 1994","r":"poesie","t":"Le magnifique de la littérature américaine","a":"Poète des bas-fonds et philosophe des comptoirs (1920-1994) : de l'enfant battu d'Andernach à l'écrivain de Los Angeles, avec l'oiseau bleu caché dans la cage.","min":9,"ch":8,"na":53,"nc":0,"u":"/guides/bukowski/","nl":1,"img":"portraits/bukowski.jpg","iw":165,"ih":320},{"id":"blake","n":"William Blake","d":"1757 – 1827","r":"poesie","t":"L'homme qui voyait des anges dans les arbres","a":"Poète, peintre et graveur (1757-1827) : l'homme qui voyait des anges dans les arbres. Un hommage aux autodidactes qui tiennent le pinceau d'une main et la plume de l'autre.","min":30,"ch":16,"na":46,"nc":1,"u":"/blake/","nl":1,"img":"portraits/blake.jpg","iw":380,"ih":438},{"id":"whitman","n":"Walt Whitman","d":"1819 – 1892","r":"poesie","t":"L'Herbe et la Blessure","a":"« L'Herbe et la Blessure » : l'auteur de Feuilles d'herbe, chant d'une Amérique vaste, sauvage et blessée, en conversation avec Thoreau et ceux qui l'ont suivi.","min":15,"ch":14,"na":28,"nc":4,"u":"/whitman/","nl":1,"img":"portraits/whitman.jpg","iw":380,"ih":469},{"id":"hamsun","n":"Knut Hamsun","d":"1859 – 1952","r":"ecrivains","t":"L'Homme qui Écoutait la Faim","a":"L'homme qui écoutait la faim : le grand romancier norvégien, prix Nobel 1920, à la voix puissante, oubliée puis controversée.","min":19,"ch":12,"na":26,"nc":0,"u":"/guides/hamsun/","nl":1,"img":"portraits/hamsun.jpg","iw":150,"ih":201},{"id":"thompson","n":"Jim Thompson","d":"1906 – 1977","r":"ecrivains","t":"Chronique d'un génie oublié puis ressuscité","a":"Né au-dessus d'une prison de l'Oklahoma : le maître du roman noir américain, oublié de son vivant puis ressuscité. La chronique d'un génie reconnu trop tard.","min":18,"ch":10,"na":35,"nc":18,"u":"/guides/thompson/","nl":1,"img":"portraits/thompson.jpg","iw":420,"ih":600},{"id":"amadou-hampate-ba","n":"Amadou Hampâté Bâ","d":"1900 ou 1901 – 1991","r":"ecrivains","t":"Le vieil homme et la parole","a":"Le vieil homme et la parole : le sage malien, gardien de la tradition orale, dont le monde entier cite une phrase qu'il n'a pas dite ainsi — et ce qu'il a vraiment dit.","min":18,"ch":12,"na":83,"nc":8,"u":"/amadou-hampate-ba/","nl":2},{"id":"majorana","n":"Ettore Majorana","d":"1906 – 1938 (disparu)","r":"scientifiques","t":"Le génie qui devint son propre mystère","a":"Physicien italien disparu le 25 mars 1938 : une physique visionnaire, des lettres contradictoires et une énigme qui hante encore la science.","min":11,"ch":10,"na":29,"nc":5,"u":"/guides/majorana/","nl":1,"img":"portraits/majorana.jpg","iw":406,"ih":600},{"id":"fabre","n":"Jean-Henri Fabre","d":"1823 – 1915","r":"scientifiques","t":"L'Homère des Insectes","a":"« L'Homère des insectes » : l'entomologiste qui a fait d'un caillou de garrigue un empire d'observation, et une leçon d'attention pour qui regarde vite.","min":21,"ch":27,"na":44,"nc":2,"u":"/fabre/","nl":1,"img":"portraits/fabre.jpg","iw":380,"ih":566},{"id":"krishnamurti","n":"Jiddu Krishnamurti","d":"1895 – 1986","r":"philosophie","t":"Un pays sans chemin","a":"« Un pays sans chemin » : le penseur qui a dissous en 1929 l'ordre bâti pour lui, en affirmant que la vérité est un pays sans chemin.","min":12,"ch":9,"na":20,"nc":20,"u":"/guides/krishnamurti/","nl":1,"img":"portraits/krishnamurti.jpg","iw":400,"ih":544},{"id":"thoreau","n":"Henry David Thoreau","d":"1817 – 1862","r":"philosophie","t":"L'Œil de la Terre","a":"« L'Œil de la Terre » : le poète des bois et de l'eau, parti vivre délibérément près d'un étang pour n'affronter que l'essentiel.","min":17,"ch":11,"na":24,"nc":7,"u":"/thoreau/","nl":1,"img":"portraits/thoreau.jpg","iw":380,"ih":508},{"id":"muir","n":"John Muir","d":"1838 – 1914","r":"marcheurs","t":"La Chaîne de Lumière","a":"« La Chaîne de lumière » : le marcheur ultra-léger, père des parcs américains, héritier de Thoreau.","min":13,"ch":16,"na":27,"nc":8,"u":"/muir/","nl":1,"img":"portraits/muir.jpg","iw":308,"ih":600},{"id":"caillie","n":"René Caillié","d":"1799 – 1838","r":"marcheurs","t":"La Besace et le Mirage","a":"« La Besace et le Mirage » : le fils de boulanger devenu orphelin, pèlerin patient qui a rejoint Tombouctou et en est revenu.","min":16,"ch":24,"na":34,"nc":2,"u":"/caillie/","nl":1,"img":"portraits/caillie.jpg","iw":380,"ih":525},{"id":"theodore-monod","n":"Théodore Monod","d":"1902 – 2000","r":"marcheurs","t":"La somme des soustractions","a":"« La somme des soustractions » : soixante-quinze ans de désert à retrancher l'inutile, par le naturaliste-explorateur du Sahara.","min":26,"ch":9,"na":119,"nc":7,"u":"/theodore-monod/","nl":2,"img":"portraits/theodore-monod.jpg","iw":405,"ih":600},{"id":"alexandra-david-neel","n":"Alexandra David-Néel","d":"1868 – 1969","r":"marcheurs","t":"Partir sans jamais arriver","a":"« Partir sans jamais arriver » : l'exploratrice qui a fait renouveler son passeport à quatre-vingt-dix-neuf ans.","min":17,"ch":11,"na":104,"nc":6,"u":"/alexandra-david-neel/","nl":2,"img":"portraits/alexandra-david-neel.jpg","iw":365,"ih":600},{"id":"mingus","n":"Charles Mingus","d":"1922 – 1979","r":"musiciens","t":"Le Cri et la Cathédrale","a":"« Le Cri et la Cathédrale » : le contrebassiste-compositeur qui se disait « trois » à lui seul — colère et grandeur du jazz. Avec sa carte interactive.","min":33,"ch":23,"na":46,"nc":14,"u":"/guides/mingus/","np":1,"nl":2,"img":"portraits/mingus.jpg","iw":385,"ih":580},{"id":"kirk","n":"Rahsaan Roland Kirk","d":"1935 – 1977","r":"musiciens","t":"Le voyant aux trois souffles","a":"« Le voyant aux trois souffles » : le multi-instrumentiste aveugle qui jouait plusieurs saxophones à la fois — « je ne vois simplement pas comme vous tous ».","min":27,"ch":19,"na":173,"nc":18,"u":"/guides/kirk/","np":1,"nl":1},{"id":"monk","n":"Thelonious Monk","d":"1917 – 1982","r":"musiciens","t":"Le silence qui danse","a":"« Le silence qui danse » (1917-1982) : le pianiste des angles et des blancs, « it's always night, or we wouldn't need light ». Avec sa carte interactive.","min":25,"ch":20,"na":146,"nc":17,"u":"/guides/monk/","np":4,"nl":3},{"id":"abbey-lincoln","n":"Abbey Lincoln","d":"1930 – 2010","r":"musiciens","t":"La vérité pour tout bagage","a":"« La vérité pour tout bagage » (1930-2010) : la chanteuse et compositrice qui n'a chanté que ce qu'elle savait — du cri de We Insist! aux dix albums Verve. Avec sa frise et sa carte.","min":27,"ch":20,"na":120,"nc":11,"u":"/guides/abbey-lincoln/","np":6,"nl":3,"img":"portraits/abbey-lincoln.jpg","iw":392,"ih":600},{"id":"billie-holiday","n":"Billie Holiday","d":"1915 – 1959","r":"musiciens","t":"Le blues en robe de satin","a":"« Le blues en robe de satin » (1915-1959) : la voix qui a fait de « Strange Fruit » un cri et du gardénia une signature — de Baltimore à la dernière nuit d'hôpital, une femme qu'on a voulu briser et qui a continué de chanter.","min":16,"ch":17,"na":118,"nc":10,"u":"/guides/billie-holiday/","np":4,"nl":1},{"id":"lester-young","n":"Lester Young","d":"1909 – 1959","r":"musiciens","t":"Le souffle cool","a":"« Le souffle cool » (1909-1959) : le saxophoniste ténor qui a choisi l'air contre le vacarme, inventé le mot et la manière du cool, et donné à Billie Holiday son nom de Lady Day — de Woodville à la dernière nuit de l'Hôtel Alvin.","min":27,"ch":22,"na":65,"nc":3,"u":"/guides/lester-young/","np":2,"nl":1},{"id":"charlie-parker","n":"Charlie Parker","d":"1920 – 1955","r":"musiciens","t":"Bird — l'éclair devenu oiseau","a":"« Bird — l'éclair devenu oiseau » (1920-1955) : le saxophoniste alto qui a inventé le bebop avec Gillespie et Monk — du cymbale de Jo Jones à la dernière nuit de l'Hôtel Stanhope, une vitesse qui inventait sa propre grammaire. Avec sa frise et sa carte.","min":28,"ch":20,"na":185,"nc":11,"u":"/guides/charlie-parker/","np":2,"nl":3},{"id":"elisabeth-caumont","n":"Élisabeth Caumont","d":"Née en 1957","r":"musiciens","t":"La vraie chanteuse de jazz","a":"« La vraie chanteuse de jazz » : l'hommage à la voix qui a mis des paroles françaises sur Parker, Monk et Corea — du conservatoire de Perpignan au Sunside, de « Chet Baker mon amour » à Jimmy Rowles. Avec sa frise et sa carte.","min":17,"ch":9,"na":21,"nc":3,"u":"/guides/elisabeth-caumont/","nl":3},{"id":"john-coltrane","n":"John Coltrane","d":"1926 – 1967","r":"musiciens","t":"Le pèlerin de l'infini","a":"« Le pèlerin de l'infini » (1926-1967) : le saxophoniste qui a fait du solo une prière — de Hamlet à A Love Supreme, entre un frère, Eric Dolphy, parti le premier, et un maître, Duke Ellington, venu lui tendre la main. Avec sa frise et sa carte.","min":26,"ch":20,"na":251,"nc":17,"u":"/guides/john-coltrane/","np":2,"nl":4}],"vedettes":[{"p":"turing","g":1,"i":3,"t":"Morcom : « il rendait tous les autres si ordinaires »","x":"Christopher est tout ce qu'Alan n'est pas : élégant, sociable, lumineux. Turing écrira plus tard : *« Il ne m'était jamais venu à l'idée de me faire d'autres amis que Morcom. Il rendait tous les autres si ordinaires. »*"},{"p":"turing","g":3,"i":2,"t":"Le problème de l'arrêt","x":"Turing prouve aussi quelque chose de troublant : certains problèmes sont **insolubles par aucune machine**. Le plus célèbre est le **problème de l'arrêt** : il est impossible de créer un programme qui détermine si n'importe quel autre programme finira par s'arrêter ou tournera indéfiniment."},{"p":"turing","g":4,"i":5,"t":"Les Polonais livrent leurs secrets dans les bois de Pyry","x":"Les Polonais construisirent la **Bomba** — six machines testant les configurations — et lisaient **75% du trafic Enigma allemand** dès 1938. Cinq semaines avant l'invasion de leur pays, lors d'une réunion secrète dans les bois de Pyry, ils transmirent tous leurs secrets aux Britanniques."},{"p":"turing","g":5,"i":0,"t":"Joan Clarke, seule femme au Banburismus","x":"Parmi les cryptanalystes de Hut 8 travaillait **Joan Clarke**, mathématicienne de Cambridge, la **seule femme** à pratiquer le *Banburismus* — la méthode statistique inventée par Turing. Elle devint la plus proche collaboratrice du « Prof »."},{"p":"turing","g":7,"i":0,"t":"Vingt-trois jours sans convoi repéré","x":"Grâce à Hut 8, les convois purent être **réacheminés** pour éviter les meutes de loups. Les pertes chutèrent à **62 000 tonnes** par mois. Pendant **23 jours consécutifs**, aucun convoi de l'Atlantique Nord ne fut repéré par les U-boots."},{"p":"turing","g":8,"i":2,"t":"Neuf objections au Jeu de l'Imitation","x":"L'article anticipe et réfute **neuf objections** : théologique (*« seuls les humains ont une âme »*), mathématique (le théorème de Gödel), Lady Lovelace (*« la machine ne fait que ce qu'on lui dit »*)... Turing répond à chacune avec une précision redoutable."},{"p":"turing","g":10,"i":0,"t":"La pomme à moitié mangée","x":"Le **8 juin 1954**, la gouvernante Eliza Clayton découvre Alan Turing mort dans son lit, à Wilmslow. Il a 41 ans. Une **pomme à moitié mangée** repose sur sa table de nuit. Des traces de cyanure sont trouvées dans son estomac — et dans une expérience d'électroplacage au cyanure de potassium qu'il menait dans un placard adjacent mal ventilé."},{"p":"turing","g":13,"i":1,"t":"La tasse enchaînée au radiateur","x":"À Bletchley Park, les tasses disparaissaient constamment. Turing attacha la sienne au radiateur de son bureau **avec une chaîne et un cadenas à combinaison**. Ses collègues s'amusaient à crocheter le cadenas pour la voler. Quand le lac de Bletchley fut drainé après la guerre, on y découvrit des **montagnes de tasses jetées** — victimes des lubies du personnel."},{"p":"shannon","g":2,"i":0,"t":"L'algèbre de Boole en cours de philosophie","x":"À l'**Université du Michigan** (1932-1936), Shannon obtient un double diplôme en ingénierie électrique et en mathématiques. Pendant les étés, il répare des postes de radio dans un magasin de Gaylord pour se faire un peu d'argent. Il y découvre aussi l'algèbre booléenne dans un cours de philosophie — un détail apparemment anodin qui changera l'histoire de l'informatique."},{"p":"shannon","g":4,"i":0,"t":"Deux mois avec Turing","x":"Au début de 1943, pendant deux mois, Shannon rencontre **Alan Turing** au Bell Labs. Turing, qui a déchiffré les codes Enigma nazis à Bletchley Park, est en visite officielle à Washington pour partager les méthodes cryptanalytiques britanniques avec la Marine américaine. Il s'intéresse également au **chiffrement de la parole**, d'où sa visite aux Bell Labs."},{"p":"shannon","g":7,"i":1,"t":"Les dîners de Betty","x":"Betty « s'est attachée à cet homme timide mais brillant ». En 1948, Shannon l'invite à dîner. Ils finissent par dîner ensemble **tous les soirs**. Ils se marient en 1949. Betty l'aidera à construire nombre de ses inventions, notamment en câblant **Thésée**, la souris mécanique qui apprend à naviguer dans un labyrinthe."},{"p":"shannon","g":7,"i":5,"t":"Les prix qui le gênaient","x":"Un journaliste raconte : « *En montrant ses prix à un visiteur, Shannon semblait presque gêné. Après une minute de malaise, il s'est précipité dans la pièce d'à côté* » — pour montrer ses jouets, évidemment."},{"p":"shannon","g":8,"i":3,"t":"Un monocycle pour Noël","x":"Betty lui offre un monocycle à Noël 1949. « *En quelques jours, il faisait le tour du pâté de maisons; en quelques semaines, il pouvait jongler avec trois balles en roulant* », se souvient-elle. Ancien gymnaste universitaire, Shannon maîtrise rapidement l'engin."},{"p":"shannon","g":8,"i":8,"t":"Les rideaux de la souris Thésée","x":"La « cervelle » de la souris — des tubes à vide contrôlant un aimant — est cachée sous le plancher du labyrinthe. Shannon dupe habilement les visiteurs en leur faisant croire que l'intelligence est contenue dans la souris elle-même : « *Les rideaux autour de la table qui cachaient les tubes à vide et la machinerie étaient essentiels.* »"},{"p":"shannon","g":9,"i":2,"t":"Jongler devant Brighton","x":"Il se réfugie dans sa salle aux jouets, jongle, construit des gadgets, joue aux échecs. En 1985, il émerge brièvement pour Brighton — la conférence où il jongle devant un public médusé."},{"p":"shannon","g":10,"i":2,"t":"Les robots et nous, selon Shannon","x":"En 1987, interrogé par le magazine *Omni* sur l'avenir des machines intelligentes, Shannon répond avec son humour caractéristique : « *J'imagine une époque où nous serons pour les robots ce que les chiens sont pour les humains, et je suis du côté des machines.* »"},{"p":"magny","g":1,"i":2,"t":"Quinze ans à l'OECE","x":"En **1948**, Colette entre comme secrétaire dactylo bilingue et traductrice à l'OECE (future OCDE). Elle y restera **15 ans** — un « contre-emploi » ironique que l'historien note avec malice : cette future « communiste » travaillait pour l'organisation *« dont l'objectif est de favoriser l'américanisation de l'Europe de l'Ouest »*."},{"p":"magny","g":1,"i":11,"t":"Les petites chansons communistes","x":"Mickey Baker, agacé par son virage engagé, lui lance : *« Va faire tes petites chansons communistes qui ne rapporteront pas un cent… »* Elle quitte CBS pour **Le Chant du Monde**, label proche du PCF où elle trouvera une liberté artistique totale. Sa chanson « Le mal de vivre » sur Cuba est **interdite par l'ORTF**, faisant d'elle la première chanteuse de protest song en France."},{"p":"magny","g":2,"i":2,"t":"Melocoton est parti au Vietnam","x":"Mais elle refuse catégoriquement de *« refaire des Melocoton »*. Elle déclare : *« J'ai décidé que Melocoton était mort, qu'il était parti au Vietnam. »* Pendant quatorze ans, elle bannira ce titre de son répertoire."},{"p":"magny","g":2,"i":6,"t":"Transit : les débuts de Louis Sclavis","x":"L'album **Transit** (1975), enregistré avec le **Free Jazz Workshop de Lyon**, marque un sommet musical. C'est sur ce disque que le jeune **Louis Sclavis** fait ses débuts professionnels à la clarinette basse. L'album figure dans la mythique **NWW List** de Nurse With Wound."},{"p":"magny","g":3,"i":6,"t":"Le «brevet français» des cages à tigre","x":"Avant un concert à la **Fête de l'Humanité** avec le Free Jazz Workshop de Lyon, un membre du Comité Central du PC vient discuter avec elle pour qu'elle ne mentionne pas que les « cages à tigre » (système de torture au Vietnam) étaient un **« brevet français »**. Elle cède pour ce concert, mais le « brevet français » apparaîtra dans le disque."},{"p":"magny","g":4,"i":0,"t":"Des Croches et la Lune","x":"Colette s'installe au **hameau de Selgues**, près de **Verfeil-sur-Seye** (Tarn-et-Garonne). **En 1987**, sous son impulsion et celle de **Didier Brassac**, naît le festival **« Des Croches et la Lune »** pour promouvoir la culture en milieu rural. En 1990, l'association **Act'2** prend le relais."},{"p":"magny","g":4,"i":4,"t":"Le courage des terroristes","x":"Invitée par Pascal Sevran à *La Chance aux Chansons*, celui-ci lui dit : *« Quel courage Madame Magny ! »* Elle répond : *« Je n'ai pas le courage des terroristes ! »* — provocation finale."},{"p":"magny","g":6,"i":0,"t":"« Pure comme un diamant »","x":"En 1986, dans l'émission « À tout cœur », Colette Magny déclare : **« Je suis pure comme un diamant ! Je n'ai fait que ce que je voulais ! Moi, je ne veux pas avoir les mains sales. »** Cette phrase résume une vie de refus — refus de l'étiquette « Ella Fitzgerald blanche », refus de rechanter Melocoton, refus de la compromission avec CBS, refus du silence face à l'injustice."},{"p":"caussimon1","g":2,"i":0,"t":"Un Faust parodique devant les prisonniers","x":"Fait prisonnier dans les Vosges en 1940, Caussimon passe deux ans au **Stalag IV-A en Silésie**. Il y écrit une adaptation parodique du Faust de Gounod qui sera jouée devant près de **800 000 prisonniers français** — expérience fondatrice qui forge son rapport au public populaire."},{"p":"caussimon1","g":3,"i":0,"t":"L'enregistrement qui bouleverse Ferré","x":"En 1945, Léo Ferré, animateur occasionnel à Radio Monte-Carlo, reçoit l'enregistrement d'une soirée au Lapin Agile où Caussimon lit son poème *À la Seine*. Ferré en est bouleversé. Arrivé à Paris à l'automne 1946, il se rend au cabaret pour demander à l'auteur « la permission » de mettre ce texte en musique."},{"p":"caussimon1","g":4,"i":2,"t":"Ferré au piano chante Monsieur William","x":"**Marc Chevalier**, du duo Marc et André (premiers interprètes de la chanson), raconte : « On allait chez lui [Ferré] et il nous chantait des chansons qu'il avait et souvent, elles n'étaient pas écrites. Il est passé un soir à L'Écluse et puis, il nous a dit : 'J'ai une chanson que m'a fait Caussimon, qu'est-ce que vous en pensez ?' Il s'est mis au piano et il nous a chanté Monsieur William. »"},{"p":"caussimon1","g":5,"i":0,"t":"« Tu vas perdre de l'argent »","x":"Quand **Pierre Barouh** lui propose en 1967 d'enregistrer un disque sur son label Saravah, Caussimon se montre extrêmement réservé : « Tu vas perdre de l'argent… Je ne sais pas chanter… » Il finit par accepter, enregistrant son premier album **en six jours** au studio de la place des Abbesses en septembre 1970."},{"p":"caussimon1","g":5,"i":2,"t":"Les tournées en petite caravane","x":"Pendant les quinze dernières années de sa vie (1970-1985), le couple **sillonne les routes de France dans leur petite caravane** pour les tournées de récitals. En 1978, ils quittent Paris pour s'installer à la campagne dans les Yvelines."},{"p":"caussimon1","g":6,"i":3,"t":"Douze jours à Québec, Leclerc dans la salle","x":"En 1980, il passe douze jours au Petit-Champlain à Québec. **Félix Leclerc** et **Raymond Lévesque** viennent assister à son spectacle. En 1982, malgré une première hospitalisation, il reprend la route : trente-neuf villes plus Genève."},{"p":"caussimon1","g":7,"i":2,"t":"Les cendres à la Pointe des Poulains","x":"Le **2 novembre 1985**, ses cendres sont répandues dans l'océan à la **Pointe des Poulains, à Belle-Île-en-Mer** — là où les « chevaux de la mer » galopent éternellement."},{"p":"caussimon1","g":8,"i":3,"t":"Triple contribution chez Bertrand Tavernier","x":"Dans *Le Juge et l'Assassin* (1976), Caussimon n'est pas seulement acteur (le chanteur des rues) : il **compose trois chansons** pour le film et en interprète une lui-même. L'enregistrement a lieu à Londres avec un orchestre symphonique. Tavernier qualifiera sa façon de faire voyager un comédien d'un rôle à un autre de « plaisir royal de mise en scène »."},{"p":"caussimon","g":0,"i":1,"t":"Chanter ses propres textes","x":"Il se souvient : « J'étais le seul à chanter mes propres textes. Les autres reprenaient Bruant, Prévert... Moi, je voulais dire mes propres colères, mes propres tendresses. » Cette obstination tranquille allait changer la donne. Pendant que les chansonniers se contentaient de faire rire ou de faire pleurer, Caussimon creusait plus profond, là où le rire et les larmes se confondent."},{"p":"caussimon","g":3,"i":1,"t":"Ferré se souvient","x":"Ferré se souvient : « Quand Caussimon m'a donné ses premiers textes, j'ai compris que j'avais trouvé mon double littéraire. Il écrivait exactement ce que j'aurais voulu écrire, avec une concision que je n'atteindrai jamais. » De cette admiration mutuelle naquit une collaboration unique dans l'histoire de la chanson française."},{"p":"caussimon","g":3,"i":2,"t":"Trois mois sans écrire","x":"Leur amitié fut un pacte d'intransigeance artistique. Caussimon confiait : « Avec Léo, on ne transige jamais. Si un mot sonne faux, on le change. Si une rime paraît facile, on la jette. Parfois on passe des heures sur un seul vers. » Ferré ajoutait : « Caussimon m'a appris que la facilité est la pire ennemie de l'art. Il préfère rester trois mois sans écrire plutôt que de produire du médiocre. »"},{"p":"caussimon","g":4,"i":0,"t":"Toujours les rôles de ceux qui ont perdu","x":"Car Caussimon ne fut pas que parolier. Comédien au visage de lune érodée, il incarna toute une galerie de personnages marginaux dans le cinéma français. Des petits rôles qui portaient sa signature : le clochard philosophe, le proxénète au grand cœur, le truand mélancolique. Il racontait : « Au cinéma, on me donne toujours les rôles de ceux qui ont perdu. C'est parfait, ce sont les seuls personnages intéressants. »"},{"p":"caussimon","g":4,"i":1,"t":"Un membre de la pègre dans Casque d'Or","x":"Dans *Casque d'Or* de Jacques Becker, il jouait un membre de la pègre avec cette humanité brisée qu'il savait si bien incarner. Un critique écrivait : « Caussimon ne joue pas, il existe. Son visage porte toutes les défaites et toutes les dignités. » Cette même présence hantée, il la déployait dans ses chansons. Comme s'il chantait avec tout son corps, toute sa vie vécue."},{"p":"caussimon","g":5,"i":0,"t":"Les carnets de mots rares","x":"Il collectionnait les mots rares, les expressions en voie de disparition. Dans ses tiroirs, des carnets entiers remplis de tournures glanées dans les bistrots, sur les marchés, dans les cours d'immeubles. « Chaque mot qui meurt, c'est un monde qui s'éteint », répétait-il. Cette attention aux mots se retrouvait dans la précision chirurgicale de ses textes."},{"p":"caussimon","g":6,"i":0,"t":"Les perles données aux autres","x":"Léo Ferré disait de lui : « Caussimon est le plus grand poète de la chanson française. Mais il a ce défaut magnifique de ne jamais se mettre en avant. Il préfère donner ses perles aux autres plutôt que de se parer. » Cette générosité extrême explique en partie son relatif anonymat. Combien de chansons célèbres portent sa signature sans que le public le sache ?"},{"p":"caussimon","g":7,"i":0,"t":"Dire je t'aime en parlant de la pluie","x":"Barbara confiait : « Caussimon m'a appris qu'on pouvait dire je t'aime en parlant de la pluie, et parler de révolution en chantant une berceuse. » Cette capacité à faire circuler le sens sous la surface des mots, à créer des strates de signification, c'est l'héritage vivant de Jean-Roger."},{"p":"vyssotski","g":1,"i":0,"t":"Les voleurs de Sotchi","x":"illustre sa popularité exceptionnelle. Des cambrioleurs vidèrent sa chambre d'hôtel. Le lendemain, ils revinrent — pour tout restituer avec un mot : *« Excusez-nous, Vladimir Sémionovitch, nous ne savions pas à qui appartenaient ces affaires. Malheureusement, nous avons déjà vendu le jean, mais nous vous rendons la veste et les documents sains et saufs. »*"},{"p":"vyssotski","g":3,"i":0,"t":"Marina menace d'un scandale","x":"Les médecins arrivés refusèrent d'abord de le transporter : « Trop tard, trop risqué, non transportable. » Ils ne voulaient pas d'un mort dans leur véhicule. Marina menaça d'un scandale international. À l'Institut Sklifosovski, les médecins luttèrent **dix-huit heures** pour le sauver."},{"p":"vyssotski","g":4,"i":3,"t":"Quinze ans jour pour jour","x":"Ils se marièrent officiellement le **25 juillet 1965** — exactement 15 ans jour pour jour avant sa mort. Elle abandonna sa carrière d'actrice pour soutenir la sienne. En 2018, elle déclara avoir été « en grande partie heureuse » avec lui, malgré les moments difficiles."},{"p":"vyssotski","g":5,"i":3,"t":"Le prospecteur d'or de la Kolyma","x":"Toumanov, né en 1927, avait été arrêté en 1948 pour « espionnage » (en réalité pour posséder de la poésie d'Essenine). Huit ans au goulag de Kolyma, huit tentatives d'évasion, dix-sept ans de peine supplémentaire. Après sa réhabilitation en 1956, il devint un légendaire prospecteur d'or dont les équipes extrayèrent plus de **500 tonnes d'or** pour l'URSS."},{"p":"vyssotski","g":6,"i":1,"t":"Le « Go away » de Bronson","x":"À Montréal, en train d'enregistrer des chansons, Vyssotski aperçut Bronson sur le balcon de l'hôtel tard le soir. Il l'aborda : « Monsieur Bronson » — essayant d'expliquer qu'il était un poète et chanteur russe. Bronson répondit sèchement : **« Go away. »** Vyssotski fut *« si bouleversé, jusqu'au fond de l'âme »* qu'il ne put quitter l'hôtel pendant une journée entière."},{"p":"vyssotski","g":7,"i":1,"t":"Le champagne avant le spectacle","x":"Un régisseur nota qu'il avait le « visage gris » et se plaignait de ne pas se sentir bien. Un autre fut surpris quand il demanda du champagne avant le spectacle — lui qui « s'abstenait toujours complètement de boire avant les concerts »."},{"p":"vyssotski","g":9,"i":0,"t":"Cent mille personnes place Taganskaïa","x":"Malgré un quasi-silence médiatique (une brève notice dans *Vetcherniaïa Moskva*), **plus de 100 000 personnes** envahirent la place Taganskaïa le 28 juillet 1980 — alors que le monde entier regardait les Jeux olympiques à Moscou."},{"p":"vyssotski","g":10,"i":1,"t":"La tombe la plus visitée de Russie","x":"Sa tombe au cimetière Vagankovo est **la plus visitée de Russie**. En 2010, un sondage le classa **deuxième plus grande idole russe du XXe siècle**, juste après Youri Gagarine. Le Prix d'État de l'URSS lui fut décerné à titre posthume en 1987."},{"p":"boby-lapointe","g":1,"i":4,"t":"Le violon et la médiocrité","x":"Sa maxime favorite sur son instrument : le violon supporterait la médiocrité; ce serait ceux qui écoutent qui ne la supportent pas."},{"p":"boby-lapointe","g":12,"i":0,"t":"Le coq de Pâques et les strip-teaseurs croque-morts","x":"Le rire est son habit de fête et son armure. Il glisse, à travers lui, une tendresse qu'on entend à peine et qui fait mal ensuite. Les anecdotes le montrent facétieux — le coq de Pâques, les strip-teaseurs croque-morts, le fromage blanc, Dieu dans *Hara-Kiri* — et toujours amical, jamais méchant."},{"p":"boby-lapointe","g":14,"i":12,"t":"Boby et Jack Sélaire","x":"En septembre et octobre 1964, deux disques « Medium » réservés aux juke-box partagent leurs faces entre Boby Lapointe et Jack Sélaire."},{"p":"boby-lapointe","g":15,"i":4,"t":"Se taper sur le bras","x":"Au studio Blanqui, en son direct, il se frappait le bras avec la main pour battre la mesure : les ingénieurs du son devaient s'arranger pour que cela ne s'entende pas."},{"p":"boby-lapointe","g":15,"i":21,"t":"« Il était trop intellectuel. »","x":"Son style, selon Wikipédia, était jugé trop intellectuel pour qu'on lui laisse sa chance : les Frères Jacques, à Juan-les-Pins, déclinent de chanter ses textes, un peu effrayés par leur complexité."},{"p":"boby-lapointe","g":17,"i":0,"t":"La rencontre","x":"Rosie Maurel, au Cheval d'Or, présente Boby à Georges Brassens. Elle voit tout de suite chez eux une même simplicité, une même pudeur, et le même goût de la gaudriole."},{"p":"boby-lapointe","g":19,"i":0,"t":"L'A-Musée Boby Lapointe","x":"Place Gambetta, à Pézenas, dans l'ancienne boutique du barbier Gély (où Molière aurait écouté les nouvelles de la cité), un petit musée-boutique rassemble photos, objets et disques. C'est l'un des lieux de mémoire du chanteur; il porte son nom avec un jeu de mots (« A-Musée »)."},{"p":"boby-lapointe","g":19,"i":20,"t":"Franquin, Greg et un refrain","x":"Le refrain d'« Aragon et Castille », légèrement modifié, est cité page 5 de la bande dessinée *QRN sur Bretzelburg*."},{"p":"villon","g":1,"i":1,"t":"« Mon plus que père »","x":"Le vieux Guillaume, que François appellera toujours \"mon plus que père\", lui offrit non seulement un toit mais aussi une éducation. Le jeune garçon dévorait les livres, apprenait le latin avec une facilité déconcertante, récitait Ovide et Virgile. Recueilli par le chapelain à l'âge de neuf ans environ, il grandit dans l'ombre des clochers, entre les manuscrits enluminés et les chants grégoriens."},{"p":"villon","g":3,"i":0,"t":"Le Lais, juste avant la fuite de Paris","x":"Dans *Le Lais* (1456), écrit juste avant sa fuite de Paris après le cambriolage du collège de Navarre, il feint de léguer ses maigres possessions à ses amis et ennemis dans un testament parodique. Cette forme du testament burlesque n'était pas nouvelle, mais Villon la renouvelle entièrement en y injectant une ironie mordante et une tendresse inattendue."},{"p":"villon","g":5,"i":1,"t":"Buridan noyé dans la Seine","x":"Puis cette référence à la reine Jeanne de Bourgogne, accusée dans une légende probablement fausse d'avoir fait noyer dans la Seine son amant, le philosophe Jean Buridan, après leurs ébats. Villon mêle histoire et légende sans distinction, car pour lui, toutes les femmes célèbres rejoignent le même néant."},{"p":"villon","g":6,"i":4,"t":"Les « orphelins » qui sont trois usuriers","x":"On découvre ensuite que ces \"orphelins\" sont en réalité trois riches usuriers de Paris ! L'ironie est féroce, transformant les bourgeois avides en enfants abandonnés dignes de pitié."},{"p":"villon","g":10,"i":1,"t":"Katherine de Vauselles","x":"Cette Katherine de Vauselles, dont on ne sait presque rien historiquement, devient dans le poème l'archétype de la belle cruelle qui repousse l'amant. Mais remarquez cette fin ambiguë : \"Mais Dieu lui en fasse merci !\" Est-ce un souhait sincère de pardon ou une malédiction déguisée ? Avec Villon, on ne sait jamais tout à fait."},{"p":"villon","g":12,"i":0,"t":"La ballade de la grosse Margot","x":"Pour mesurer l'audace transgressive de Villon, il faut lire intégralement la *Ballade de la grosse Margot*, où il décrit sa vie avec une prostituée dans un texte d'une obscénité assumée. Cette ballade, longtemps censurée dans les éditions scolaires, révèle un aspect essentiel de son génie : la capacité à dire l'amour dans la boue sans le dégrader pour autant."},{"p":"villon","g":15,"i":2,"t":"Le bouffon de Rabelais","x":"Rabelais, dans son *Pantagruel* (1532), fait allusion à Villon comme s'il avait survécu longtemps et était devenu une sorte de bouffon professionnel dans diverses cours européennes. Mais Rabelais écrivait soixante-dix ans après les faits, et rien ne garantit la fiabilité de son témoignage."},{"p":"villon","g":16,"i":6,"t":"Brecht, Mackie Messer et les mauvais garçons","x":"Bertolt Brecht s'inspira directement de Villon pour créer *L'Opéra de quat'sous* (1928). Le personnage de Mackie Messer, ce bandit élégant et cynique, descend en droite ligne des mauvais garçons villoniens. La chanson \"Die Moritat von Mackie Messer\" (La complainte de Mackie Messer) reprend le ton des ballades criminelles de Villon, mêlant humour noir et critique sociale."},{"p":"rimbaud","g":1,"i":2,"t":"Les lettres du voyant, mai 1871","x":"En mai 1871, il écrit deux lettres extraordinaires qui vont changer la face de la poésie française. Ces textes, connus sous le nom de \"lettres du voyant\", exposent une théorie poétique révolutionnaire. À son professeur Izambard, puis au poète Paul Demeny, Arthur expose sa vision avec une clarté fulgurante."},{"p":"rimbaud","g":5,"i":0,"t":"Écrire jour et nuit à la ferme de Roche","x":"Après le drame de Bruxelles, Arthur rentre à Charleville, chez sa mère. Il a dix-neuf ans. Son poignet cicatrise, mais quelque chose en lui s'est brisé. Il s'enferme dans la ferme familiale de Roche et écrit fiévreusement, jour et nuit, un texte qu'il intitulera *Une Saison en enfer*."},{"p":"rimbaud","g":8,"i":2,"t":"Une lettre d'une sécheresse étonnante","x":"Les lettres qu'il envoie pendant cette période sont d'une sécheresse étonnante. Pas un mot sur la poésie. Il écrit : \"J'ai trouvé un travail. Le climat est supportable. J'économise.\""},{"p":"rimbaud","g":9,"i":5,"t":"Le roi du Choa refuse de payer","x":"Cette expédition de 1886-1887 sera un désastre. Rimbaud investit toute sa fortune dans des armes qu'il compte revendre. Mais le voyage est épuisant, et le roi refuse de payer le prix convenu. Arthur perd presque tout. Il rentre à Harar amer mais pas découragé."},{"p":"rimbaud","g":11,"i":4,"t":"Refuser l'amputation à Aden","x":"Après quinze jours de calvaire, il arrive à Zeilah sur la côte. De là, il embarque pour Aden. À Aden, il consulte un médecin anglais qui l'examine et lui dit qu'il faut amputer. Rimbaud refuse. Il veut d'abord rentrer en France, consulter de vrais médecins. Il embarque sur un paquebot à destination de Marseille."},{"p":"rimbaud","g":12,"i":2,"t":"Aphinar : le départ qui n'aura pas lieu","x":"Il croit qu'il va partir pour Suez, pour l'Afrique. Il parle d'Aphinar, un lieu qui n'existe pas, peut-être une déformation d'Aden ou de Harar dans son esprit fiévreux. Il est \"complètement paralysé\", il veut être \"transporté à bord\". Celui qui avait écrit *Le Bateau ivre* se croit encore en partance, toujours sur le départ, toujours vers l'ailleurs."},{"p":"rimbaud","g":12,"i":8,"t":"Le mot d'Isabelle à sa mère","x":"Isabelle ferme ses yeux. Elle pleure longtemps. Puis elle écrit à sa mère, à Roche : \"Arthur est mort ce matin. Il est en paix maintenant. Dieu a eu pitié de lui.\""},{"p":"rimbaud","g":15,"i":0,"t":"Patti Smith à Charleville","x":"Patti Smith, poétesse et rockeuse, voue un culte quasi religieux à Rimbaud. Elle fait le pèlerinage à Charleville, se recueille sur sa tombe, écrit des poèmes en son honneur. Dans son autobiographie *Just Kids*, elle raconte comment la découverte de Rimbaud à l'adolescence a changé sa vie, lui a montré qu'on pouvait être poète et rebelle, artiste et révolutionnaire."},{"p":"reverdy","g":0,"i":1,"t":"Le jeune homme qui lit seul","x":"Dès son adolescence, Reverdy montre cette particularité qui marquera toute sa vie : une réserve presque maladive doublée d'une exigence absolue. Il quitte l'école très tôt, travaille aux champs, découvre les livres dans la solitude. *« J'ai toujours été seul »*, confiera-t-il plus tard, et cette solitude n'est pas une pose romantique mais une condition existentielle qui forge son regard unique sur le monde."},{"p":"reverdy","g":1,"i":1,"t":"Les frères d'armes de la butte","x":"C'est là, dans ce village perché sur la butte, qu'il rencontre ceux qui deviendront ses frères d'armes artistiques : Picasso, Braque, Juan Gris, Max Jacob, Apollinaire."},{"p":"reverdy","g":2,"i":0,"t":"Nord-Sud, la revue des deux lignes de métro","x":"En mars 1917, en pleine guerre mondiale, Reverdy lance la revue *Nord-Sud*, qui doit son nom aux deux lignes de métro qui reliaient Montmartre et Montparnasse, les deux pôles de la création parisienne."},{"p":"reverdy","g":3,"i":0,"t":"Le départ pour Solesmes","x":"En 1926, au sommet de sa gloire littéraire, Reverdy prend une décision qui stupéfie le monde des lettres : il quitte Paris pour se retirer à Solesmes, petit village de la Sarthe, à l'ombre de la célèbre abbaye bénédictine."},{"p":"reverdy","g":3,"i":3,"t":"Le Livre de mon bord et Main-d'œuvre","x":"À Solesmes, Reverdy continue d'écrire mais change de registre. Ses textes se font plus introspectifs, plus métaphysiques. Il publie *Le Livre de mon bord* (1948), carnet de notes et de réflexions d'une lucidité bouleversante, et *Main-d'œuvre* (1949), somme poétique qui rassemble ses poèmes de jeunesse et ses créations nouvelles."},{"p":"reverdy","g":5,"i":0,"t":"Le mot de Picasso","x":"**Picasso**, qui resta son ami jusqu'à la fin, disait : *« Reverdy, c'est la poésie même. Quand je le lis, j'ai l'impression de lire mes propres pensées, mais en plus clair. »*"},{"p":"reverdy","g":6,"i":0,"t":"Écrire malgré le cancer","x":"Dans les années cinquante, Reverdy vit toujours à Solesmes, de plus en plus retiré, de plus en plus solitaire. Sa santé décline. Il souffre d'un cancer qui le ronge lentement. Mais il continue d'écrire, fidèle à sa vocation jusqu'au bout."},{"p":"reverdy","g":7,"i":0,"t":"Miron, Ungaretti, Aleixandre, Elýtis","x":"Démontrer la grandeur de Reverdy, c'est d'abord constater son influence durable. Combien de poètes se réclament de lui ? Du Québécois Gaston Miron à l'Italien Giuseppe Ungaretti, de l'Espagnol Vicente Aleixandre au Grec Odysséas Elýtis, tous ont reconnu en Reverdy un maître."},{"p":"michaux","g":5,"i":1,"t":"« J'étais occupé »","x":"Quand on lui reprocha son silence et son manque de sociabilité, il répondit simplement : « J'étais occupé ». Ce mot « occupé » revenait souvent chez lui. Dans le poème célèbre « Mes occupations », il décrivait ses véritables activités intérieures :"},{"p":"michaux","g":6,"i":0,"t":"Trente-six heures sans dormir","x":"Anecdote fascinante : Michaux écrivait parfois en se mettant volontairement dans des états de fatigue extrême ou de semi-conscience. Il restait éveillé pendant trente-six heures d'affilée, puis se mettait à écrire au moment où il commençait à halluciner de fatigue. Il cherchait à contourner les mécanismes de contrôle de la pensée rationnelle, à laisser parler directement l'inconscient."},{"p":"michaux","g":6,"i":1,"t":"Capter les voix avant qu'elles disparaissent","x":"Un ami le trouva un jour dans cet état, écrivant frénétiquement des pages et des pages de textes incompréhensibles. Quand il lui demanda ce qu'il faisait, Michaux répondit : « J'essaie de capter les voix. Il y a des voix qui parlent dans ma tête quand je suis très fatigué. Elles disent des choses importantes, mais dans une langue que je ne comprends pas. J'essaie de les transcrire avant qu'elles ne disparaissent »."},{"p":"michaux","g":8,"i":1,"t":"Une lettre à l'Académie française","x":"Anecdote stupéfiante : quand l'Académie française voulut l'élire, il envoya une lettre qui disait simplement : « Messieurs, je vous remercie, mais j'ai d'autres occupations ». Ces « autres occupations », c'étaient bien sûr ses voyages intérieurs, infiniment plus importants à ses yeux que toute gloire mondaine."},{"p":"michaux","g":8,"i":4,"t":"Assis dans le noir : « Je voyage »","x":"Ses amis le trouvaient parfois assis dans le noir, immobile pendant des heures, et quand ils lui demandaient ce qu'il faisait, il répondait invariablement : « Je voyage ». Même privé de vue, même immobile dans son fauteuil, il continuait ses explorations intérieures, traversant des continents invisibles que personne d'autre ne verrait jamais."},{"p":"michaux","g":11,"i":1,"t":"Deux heures de silence avec Zao Wou-Ki","x":"Il fut également l'ami du peintre Zao Wou-Ki, avec qui il partagea une exposition commune en 1950. Les deux hommes se comprenaient sans avoir besoin de beaucoup parler. Zao Wou-Ki raconta plus tard : « Avec Henri, les silences étaient plus éloquents que les mots. Nous restions parfois deux heures ensemble sans rien dire, et c'était parfait. Nous étions en communion »."},{"p":"michaux","g":12,"i":0,"t":"Presque aveugle, jusqu'à Déplacements dégagements","x":"Dans ses dernières années, presque aveugle, Michaux continua à écrire et à dessiner avec une énergie stupéfiante. Son dernier recueil publié de son vivant, *Déplacements dégagements*, paru en 1985 peu avant sa mort, contenait des textes d'une beauté crépusculaire. Il y écrivait :"},{"p":"michaux","g":13,"i":1,"t":"« Je partirai encore »","x":"Sa dernière phrase publiée, dans une interview accordée quelques mois avant sa mort, était celle-ci : « J'ai passé ma vie à partir. Et je pars encore. Je partirai jusqu'à mon dernier souffle. Et même après, je partirai encore, d'une autre manière ». Quelques semaines plus tard, il mourait dans son sommeil, paisiblement, comme quelqu'un qui part pour un long voyage."},{"p":"char","g":0,"i":1,"t":"Monter à Paris chez les surréalistes","x":"En 1929, à vingt-deux ans, il monta à Paris avec ses premiers poèmes sous le bras. Il n'avait aucune relation, aucun soutien, juste une confiance absolue dans ses mots. Il frappa à la porte des surréalistes et fut accueilli par André Breton lui-même. Ce fut le début d'une amitié passionnée et orageuse. Breton reconnut immédiatement en Char un frère de combat, un poète de la même trempe que lui."},{"p":"char","g":1,"i":1,"t":"Rentrer en Provence, ne pas se taire","x":"Après la défaite de 1940 et l'armistice, Char rentra en Provence. Il aurait pu se réfugier dans la poésie pure, s'isoler dans sa tour d'ivoire. Mais c'était impossible. Comment écrire des poèmes pendant que la France était occupée, pendant que des hommes et des femmes mouraient dans les camps ? Il prit la décision la plus importante de sa vie : entrer dans la Résistance."},{"p":"char","g":1,"i":2,"t":"Le « Capitaine Alexandre »","x":"En 1942, il rejoignit les maquis du Vaucluse sous le pseudonyme de « Capitaine Alexandre ». Ce nom de guerre n'était pas choisi au hasard : Alexandre, comme Alexandre le Grand, le conquérant, celui qui tranche le nœud gordien au lieu de chercher à le dénouer. Char devint rapidement un des chefs militaires de la Résistance dans le Sud-Est, responsable de la région R2 qui couvrait tout le Vaucluse et les Basses-Alpes."},{"p":"char","g":2,"i":2,"t":"Le seul poète qui ne ment jamais","x":"Camus écrivit un jour à Char : « Tu es le seul poète que je connaisse qui ne mente jamais. Tes poèmes disent la vérité, même quand cette vérité est terrible ». Char lui répondit : « La poésie qui ne dit pas la vérité n'est pas de la poésie, c'est de la décoration »."},{"p":"char","g":4,"i":2,"t":"Nicolas de Staël et la lumière pure","x":"Il fut également l'ami de Nicolas de Staël, le peintre russo-français dont la peinture abstraite cherchait à capter la lumière pure. Char écrivit plusieurs poèmes inspirés par les tableaux de Staël. Quand Staël se suicida en 1955, Char fut profondément affecté. Il écrivit alors un des plus beaux poèmes de deuil de la littérature française, « La Compagne du vannier » :"},{"p":"char","g":8,"i":0,"t":"« Écoutez la rivière »","x":"René Char mourut le 19 février 1988, à l'âge de quatre-vingt-un ans, dans sa maison de L'Isle-sur-la-Sorgue. Ses derniers mots furent pour la Sorgue : « Écoutez la rivière. Elle dit tout ». Puis il ferma les yeux et s'en alla rejoindre tous ceux qu'il avait aimés et qui l'avaient précédé."},{"p":"char","g":9,"i":2,"t":"Le message de Michaux devant la tombe","x":"Quand Char mourut en 1988, Michaux, déjà très affaibli, ne put assister à l'enterrement. Mais il envoya un message qui fut lu devant la tombe : « René était le courage incarné. Il m'a appris qu'on pouvait être un guerrier et un poète, qu'on pouvait tenir une arme et écrire des vers, qu'on pouvait tuer et aimer. Il m'a appris que la contradiction n'est pas une faiblesse mais une force. Je ne l'oublierai jamais »."},{"p":"char","g":14,"i":0,"t":"Pas de chaire à son nom","x":"Histoire significative : dans les années 1970, une université américaine voulut créer une chaire René Char de poésie française. Char refusa catégoriquement. Il écrivit au directeur : « Je ne veux pas devenir une institution. Les institutions meurent, les poèmes vivent. Ne créez pas de chaire à mon nom, lisez mes poèmes, c'est tout ce que je demande »."},{"p":"bobin","g":3,"i":3,"t":"Les heures chez la libraire du Creusot","x":"Une libraire du Creusot racontait qu'il venait souvent dans sa boutique, qu'il restait des heures à feuilleter les livres sans rien acheter parce qu'il n'avait pas d'argent. « Je lui offrais un livre de temps en temps, disait-elle. Il rougissait comme un enfant et me disait : \"Vous êtes un ange.\" Mais c'est lui qui était l'ange. »"},{"p":"bobin","g":6,"i":1,"t":"Une heure sur un seul mot","x":"Un éditeur racontait que Bobin travaillait et retravaillait chaque phrase jusqu'à la perfection. « Il pouvait passer une heure sur un seul mot, témoignait-il. Il cherchait le mot juste, le seul qui convienne. Pour lui, écrire était un artisanat du sacré. »"},{"p":"bobin","g":7,"i":4,"t":"La phrase retrouvée dans un carnet","x":"Une de ses dernières phrases, écrite dans un carnet retrouvé après sa mort, disait simplement : « J'ai vécu. J'ai aimé. J'ai regardé. C'est suffisant. »"},{"p":"bobin","g":9,"i":2,"t":"Thérèse de Lisieux","x":"Une anecdote le touchait profondément : Thérèse de Lisieux, sur son lit de mort, avait dit : « Je ne meurs pas, j'entre dans la vie. » Bobin commentait : « Voilà la foi véritable. Non pas la peur de la mort, mais la certitude joyeuse que la mort est une naissance. »"},{"p":"bobin","g":10,"i":3,"t":"Le pommier planté dans sa jeunesse","x":"Son pommier était particulièrement cher à son cœur. Il l'avait planté jeune homme et l'avait vu grandir, fleurir, donner des fruits. « Cet arbre et moi, nous avons vieilli ensemble, disait-il. Il me survivra. Quand je serai mort, il continuera de fleurir au printemps. Cette idée me console. »"},{"p":"bobin","g":12,"i":0,"t":"Le chat errant","x":"Il racontait qu'un jour, un chat errant était entré dans sa maison et ne l'avait plus jamais quittée. « Je ne l'avais pas appelé, témoignait-il. Il était venu de lui-même, comme si nous avions rendez-vous. Je l'ai appelé Ange. Il dormait sur mes manuscrits, il ronronnait pendant que j'écrivais. Sa présence silencieuse m'accompagnait. »"},{"p":"bobin","g":12,"i":4,"t":"Le rouge-gorge de la fenêtre","x":"Il racontait qu'un hiver, un rouge-gorge était venu chaque jour se poser sur le rebord de sa fenêtre. « Il me regardait avec ses petits yeux noirs, témoignait Bobin. Je lui parlais. Je lui disais : \"Toi aussi tu es seul, n'est-ce pas ? Toi aussi tu cherches la chaleur.\" Et je sentais qu'il me comprenait. »"},{"p":"bobin","g":14,"i":1,"t":"Dix pages en réponse à une lectrice","x":"Une lectrice témoignait : « Je lui avais écrit pour lui dire que son livre *La plus que vive* m'avait aidée à traverser un deuil terrible. Il m'a répondu une lettre de dix pages où il me parlait de son propre deuil, de Ghislaine. Il m'a dit que les morts ne partent jamais vraiment, qu'ils restent en nous comme des lumières intérieures. Cette lettre, je la garde comme un trésor. »"},{"p":"thomas","g":1,"i":0,"t":"Un silence à la Sorbonne","x":"Un jour, lors d'une lecture publique à la Sorbonne dans les années 1960, un étudiant lui demanda pourquoi ses poèmes étaient si « silencieux ». Thomas répondit, après un long silence justement : « Parce que le silence est la seule langue que la vérité comprend. Le reste n'est que bruit qui nous empêche d'entendre le battement du monde ». Cette réponse, rapportée par plusieurs témoins, résume sa philosophie poétique."},{"p":"thomas","g":1,"i":1,"t":"Le grand-père qui écoutait les arbres","x":"Il racontait aussi cette anecdote révélatrice : enfant, son grand-père bûcheron lui avait appris à écouter les arbres avant de les abattre. « Il me disait qu'un arbre qui va tomber parle d'une certaine manière, qu'il faut savoir l'entendre. J'ai compris plus tard que les mots aussi parlent ainsi, qu'il faut les écouter avant de les coucher sur la page ». Cette écoute patiente du langage traverse toute son œuvre."},{"p":"thomas","g":3,"i":2,"t":"Trois heures pour un mot","x":"Dans ses « Carnets 1934-1948 », on trouve cette observation saisissante : « Hier, j'ai passé trois heures à chercher le mot juste pour dire la couleur du ciel au crépuscule. Je n'ai pas trouvé. Mais ces trois heures n'ont pas été perdues. Elles m'ont appris que certaines choses ne peuvent pas être dites, et que c'est précisément ce que le poème doit dire : l'indicible »."},{"p":"thomas","g":4,"i":1,"t":"La rencontre avec Paulhan","x":"Sa rencontre avec Jean Paulhan, le directeur de la Nouvelle Revue Française, en 1935, fut déterminante. Paulhan reconnut immédiatement la qualité singulière de sa voix. « Vous ne ressemblez à personne », lui dit-il lors de leur première entrevue, « et c'est la seule chose qui compte en littérature ». Cette phrase encouragea Thomas à persévérer dans sa voie propre, à ne pas céder aux modes littéraires du moment."},{"p":"thomas","g":5,"i":0,"t":"Signer le Manifeste des 121","x":"Pendant la guerre d'Algérie, il signa le « Manifeste des 121 » pour le droit à l'insoumission, acte courageux qui lui valut des ennuis avec les autorités. Mais il refusait d'écrire des « poèmes de circonstance ». « La poésie de combat vieillit avec le combat », expliquait-il. « Je veux écrire des poèmes qui survivront aux circonstances, qui parleront encore quand les batailles seront oubliées »."},{"p":"thomas","g":5,"i":1,"t":"Le refus de mai 68","x":"Un épisode révélateur : en 1968, lors des événements de mai, des étudiants lui demandèrent de participer à un recueil de « poèmes révolutionnaires ». Il refusa poliment en écrivant : « Ma révolution se fait dans chaque vers, dans chaque mot arraché au mensonge. C'est une révolution silencieuse, invisible, mais elle est la seule qui puisse vraiment changer quelque chose dans le cœur des hommes »."},{"p":"thomas","g":7,"i":0,"t":"Les derniers vers du carnet","x":"Quelques jours avant sa mort, affaibli par la maladie, il écrivit ces derniers vers dans un carnet : « Le monde est intact / Malgré tout ce que nous lui faisons / Il suffit d'un matin / Pour que tout recommence / La rosée ne sait rien / De nos désespoirs ». Ces mots, empreints d'une sérénité conquise, résument toute une vie consacrée à regarder le monde avec justesse."},{"p":"thomas","g":7,"i":1,"t":"Apprendre à se taire","x":"Un de ses étudiants, devenu lui-même poète, racontait : « Il ne nous enseignait pas la poésie, il nous enseignait le silence d'où naît la poésie. Il nous disait : 'Avant d'écrire, apprenez à vous taire. Écoutez ce que le silence vous dit. C'est lui votre premier professeur' ». Cette pédagogie du silence, paradoxale pour un professeur de lettres, révèle l'essence de son enseignement."},{"p":"bukowski","g":0,"i":2,"t":"La parade militaire","x":"au lycée, pendant les tensions pré-guerre, Bukowski et ses amis — trop grands, trop hargneux pour que les sportifs osent les provoquer — marchaient en faisant des chants parodiques dans les couloirs. Un jour, ému malgré lui, Bukowski se leva en classe, la larme à l'œil, et déclara qu'une guerre ne serait jamais la dernière — qu'à peine un ennemi éliminé, un autre serait fabriqué — et que cela n'avait ni fin ni sens."},{"p":"bukowski","g":3,"i":0,"t":"Plongeur, gardien de nuit, biscuits pour chiens","x":"Après le City College, Bukowski part à New York, puis dérive — Philadelphie, La Nouvelle-Orléans, Saint-Louis — enchaînant les petits boulots : plongeur, livreur, gardien de nuit, ouvrier d'abattoir, manutentionnaire, employé d'usine de biscuits pour chiens."},{"p":"bukowski","g":3,"i":3,"t":"Marina Louise, la tendresse d'un bourru","x":"En 1964, sa fille **Marina Louise** naît de sa relation avec la poétesse Frances Smith (FrancEyE). Il adore l'enfant — ses poèmes sur Marina sont d'une tendresse surprenante chez un homme aussi bourru."},{"p":"bukowski","g":6,"i":1,"t":"Vancouver (1979)","x":"sa dernière lecture internationale eut lieu en **octobre 1979 à Vancouver**, immortalisée en DVD sous le titre *There's Gonna Be a God Damn Riot in Here*. Le titre dit tout. Il lisait quelques vers, insultait les spectateurs, les spectateurs hurlaient, quelqu'un lui jetait une canette, il continuait. Ce n'était pas un récital de poésie — c'était un affrontement entre un homme et une foule, et les deux adoraient ça."},{"p":"bukowski","g":6,"i":4,"t":"Barbet Schroeder et le doigt coupé","x":"le réalisateur franco-iranien Barbet Schroeder avait convaincu Bukowski d'écrire un scénario dans les années 1970, mais le projet traînait. Exaspéré par les hésitations du producteur Menahem Golan (Cannon Films), Schroeder se présenta un jour dans le bureau de Golan avec un couteau et menaça de se couper les doigts devant lui si le film n'était pas financé. Le film fut financé."},{"p":"bukowski","g":7,"i":2,"t":"Les rumeurs du lendemain","x":"**Les rumeurs d'après l'émission** : le lendemain, les ragots enflent dans tout Paris — il aurait vomi en direct, uriné sur lui-même, « agressé » Catherine Paysan. Tout est faux. Mais le résultat est spectaculaire : **Barbet Schroeder** raconte que le jour suivant, toute la France courait en librairie et que les livres de Bukowski étaient épuisés en quelques heures."},{"p":"bukowski","g":8,"i":2,"t":"Pulp : Dame Mort et la recherche de Céline","x":"**Pulp** (1994), son ultime roman achevé peu avant sa mort, est le seul sans Chinaski : une parodie de roman noir où le détective Nick Belane part à la recherche de Céline, missionné par Dame Mort. Dédié « à la mauvaise écriture ». Il meurt avalé par le Moineau Rouge (*Red Sparrow*) — un clin d'œil à son éditeur Black Sparrow Press."},{"p":"bukowski","g":12,"i":0,"t":"Quatre à cinq millions de lecteurs germanophones","x":"C'est en **Europe** que Bukowski est roi. En Allemagne, en Autriche et en Suisse, on estime qu'il s'est vendu **4 à 5 millions d'exemplaires**. Une traduction allemande de 1974 (*Poems Written Before Jumping Out of an 8 Story Window*) se vend à 50 000 exemplaires seule. En France, le scandale d'*Apostrophes* le transforme en légende vivante."},{"p":"blake","g":2,"i":5,"t":"L'assiette vide de Catherine","x":"La pauvreté, elle, ne les quitta guère. Catherine avait trouvé la manière la plus douce de dire l'indicible : quand l'argent était épuisé, elle posait devant William, au dîner, une assiette vide. Pas un mot. L'assiette parlait. Et l'homme qui conversait avec les anges redescendait sur terre, reprenait le burin, acceptait une commande alimentaire."},{"p":"blake","g":4,"i":0,"t":"Adam et Ève dans la gloriette","x":"Il y a, dans les années de Lambeth, une anecdote que l'on se répète en souriant. Leur ami Thomas Butts, venu leur rendre visite, aurait trouvé William et Catherine assis dans la gloriette au fond de leur jardin, entièrement nus, récitant *Le Paradis perdu* de Milton. Et Blake de lancer : *« Come in! It's only Adam and Eve, you know! »* — « Entrez donc ! Ce ne sont qu'Adam et Ève, voyez-vous ! »"},{"p":"whitman","g":3,"i":0,"t":"Quatre-vingt-quinze pages sans nom d'auteur","x":"En 1855, Whitman met lui-même la main à la composition typographique d'un livre mince, quatre-vingt-quinze pages, publié à ses frais, sans nom d'auteur sur la couverture — seulement un portrait gravé de lui, chapeau incliné, chemise ouverte, poing sur la hanche. Le titre : *Leaves of Grass*."},{"p":"whitman","g":4,"i":1,"t":"« Je bouillonnais, je bouillonnais »","x":"Whitman confiera plus tard : *« I was simmering, simmering, simmering. Emerson brought me to a boil »* — je bouillonnais, je bouillonnais, je bouillonnais; Emerson m'a fait bouillir tout à fait."},{"p":"whitman","g":6,"i":0,"t":"Fredericksburg : à la recherche de son frère","x":"En décembre 1862, Whitman lit dans un journal que son frère George a été blessé à la bataille de Fredericksburg. Il part aussitôt pour la Virginie, se fait voler son argent en chemin, cherche pendant trois jours parmi les hôpitaux avant de retrouver George — blessé légèrement à la joue par un éclat d'obus, et déjà glorieux de sa promotion au grade de capitaine."},{"p":"whitman","g":9,"i":0,"t":"Interdit à Boston","x":"En mars 1882, le procureur de Boston, Oliver Stevens, sous la pression de la Society for the Suppression of Vice, somme l'éditeur de Whitman, James Osgood, de retirer *Leaves of Grass* de la vente pour obscénité. Osgood cède, exigeant de Whitman qu'il expurge plusieurs poèmes entiers. Whitman refuse net :"},{"p":"whitman","g":10,"i":1,"t":"Le baiser d'Oscar Wilde (suite)","x":"Wilde revient une seconde fois en mai. De cette rencontre, restée alors sans témoin, Wilde confiera plus tard : *« The kiss of Walt Whitman is still on my lips »* — le baiser de Walt Whitman est encore sur mes lèvres."},{"p":"whitman","g":11,"i":0,"t":"La seule maison de Mickle Street","x":"En janvier 1873, Whitman est victime d'une attaque qui le laisse partiellement paralysé. Il s'installe à Camden, dans le New Jersey, chez son frère George, puis, en 1884, achète sa propre petite maison de Mickle Street — la seule qu'il ait jamais possédée en propre."},{"p":"whitman","g":12,"i":1,"t":"This Compost","x":"*This Compost* regarde la terre avec une stupeur presque terrifiée : comment un sol qui a absorbé tant de cadavres, tant de maladies, tant de pourriture, peut-il chaque printemps produire des fleurs sans tache et des fruits sans poison ? Le poème est une méditation sur la capacité de la nature à transformer la mort en vie renouvelée."},{"p":"whitman","g":12,"i":4,"t":"The Wound-Dresser : la guerre vue du lit du blessé","x":"*The Wound-Dresser*, enfin, naît directement de ses années d'hôpitaux : un vieil homme s'y souvient, pour des jeunes gens qui l'interrogent sur la guerre, non des batailles et des gloires, mais des pansements changés, des amputations, des derniers souffles accompagnés en silence — la guerre vue depuis le lit du blessé, et non depuis la carte de l'état-major."},{"p":"hamsun","g":2,"i":3,"t":"Retour en Norvège en 1888, avec les matériaux de La Faim","x":"Il revint définitivement en Norvège en 1888, rapportant avec lui les matériaux de ce qui allait devenir *La Faim*. Ces années de vagabondage avaient sculpté sa prose comme le vent sculpte la pierre : en enlevant tout ce qui n'est pas essentiel."},{"p":"hamsun","g":4,"i":1,"t":"Le crayon rouge du maître","x":"Un jour, un jeune écrivain lui demanda conseil sur son manuscrit. Hamsun le lut, puis barra au crayon rouge la moitié du texte. « Tout ce que vous avez souligné, expliqué, répété — supprimez-le. Le lecteur n'est pas idiot. S'il ne comprend pas, c'est que vous n'avez pas été assez clair dans ce que vous avez montré, pas dans ce que vous avez dit. »"},{"p":"hamsun","g":8,"i":1,"t":"Flâner plutôt que se promener","x":"Un jour, un professeur d'université lui reprocha d'utiliser le mot « slentre » (flâner) au lieu du terme plus élégant « spasere ». Hamsun lui répondit dans une lettre cinglante : « Quand un homme affamé traîne dans les rues, il ne 'se promène' pas élégamment, il flâne comme une âme en peine. Le mot juste n'est pas le plus beau, c'est le plus vrai. »"},{"p":"hamsun","g":9,"i":1,"t":"Le foin qu'on ne l'aide pas à porter","x":"Son fils Tore racontait : « Même à quatre-vingt-dix ans, il refusait qu'on l'aide à porter le foin ou à réparer les clôtures. Il tombait parfois d'épuisement, mais il se relevait et continuait. C'était comme s'il voulait prouver quelque chose — à qui, je ne sais pas. Peut-être à lui-même. »"},{"p":"hamsun","g":9,"i":3,"t":"Les derniers mots, 1952","x":"Il mourut le 19 février 1952, à l'âge de quatre-vingt-douze ans, dans sa chambre donnant sur les champs qu'il avait labourés pendant tant d'années. Ses derniers mots, selon Marie, furent : « Les arbres... vous les voyez ? Comme ils sont grands maintenant. » Il parlait des sapins qu'il avait plantés quarante ans plus tôt et qui ombrageaient désormais toute la propriété."},{"p":"thompson","g":0,"i":1,"t":"Le père en fuite vers le Mexique","x":"En 1907, « Big Jim » Thompson, accusé de détournement de fonds, fuit à cheval vers le Mexique à l'aube, abandonnant femme et enfants à leur sort. **La famille ne le reverra que deux ans plus tard.** Quand il réapparaît enfin, c'est un homme brisé, diminué. Le jeune Jim a appris une leçon qu'il n'oubliera jamais : les piliers de la société cachent souvent les pires secrets."},{"p":"thompson","g":0,"i":4,"t":"La bière fraîche de la morgue","x":"*Une anecdote de cette période résume l'humour noir qui imprégnera son œuvre : employé dans une morgue, le jeune Thompson conservait ses bouteilles de bière au frais en les glissant entre les jambes des cadavres congelés.* Quand il racontait cette histoire des années plus tard, il ajoutait avec un sourire en coin : « La seule fois où j'ai eu de la bière vraiment froide au Texas. »"},{"p":"thompson","g":1,"i":2,"t":"Le patron de Louis L'Amour","x":"En 1935, devenu journaliste et écrivain en herbe, Thompson adhère brièvement au Parti communiste et devient directeur du Federal Writers' Project de l'Oklahoma. Il supervise alors un obscur employé nommé Louis L'Amour — futur roi du western populaire. L'ironie ne lui échappe pas : lui, l'écrivain radical, forme celui qui célébrera l'Amérique conquérante."},{"p":"thompson","g":2,"i":0,"t":"Douze romans en dix-huit mois","x":"Entre septembre 1952 et mars 1954, quelque chose d'extraordinaire se produit. Thompson, désormais lié à l'éditeur Lion Books et son directeur Arnold Hano, écrit **douze romans en dix-huit mois** — ce que Polito appelle « une période pourpre ». L'éditeur ne parvient pas à suivre le rythme de production; certains manuscrits ne paraîtront que trois ans après leur rédaction."},{"p":"thompson","g":4,"i":1,"t":"Stephen King : « Big Jim ignorait le mot stop »","x":"**Stephen King** a signé la préface la plus célèbre : *« Le type était excessif. Absolument excessif. Big Jim ignorait le sens du mot \"stop\". Il y a trois \"laisser\" courageux là-dedans : il s'est laissé tout voir, il s'est laissé tout écrire, puis il s'est laissé tout publier. »*"},{"p":"thompson","g":5,"i":1,"t":"Les Sentiers de la gloire avec Kubrick","x":"La collaboration se poursuit sur *Les Sentiers de la gloire* (*Paths of Glory*, 1957), où Thompson co-signe le scénario avec Kubrick et Calder Willingham. Sept scènes lui sont attribuées, dont deux des plus mémorables : une mission de reconnaissance nocturne et la confession déchirante de soldats condamnés à un prêtre."},{"p":"thompson","g":6,"i":1,"t":"1977 : pas un livre en librairie","x":"Réduit à écrire des « novelisations » (romans tirés de films existants) pour survivre, frappé de multiples AVC qui détruisirent progressivement sa parole et sa vue, Thompson vécut ses dernières années dans la misère. **En 1977, pas un seul de ses livres n'était disponible en librairie américaine.**"},{"p":"thompson","g":7,"i":7,"x":"Vers la fin de sa vie, aveugle et diminué par les attaques cérébrales, Thompson dictait encore des histoires à sa fille. Mais les éditeurs ne voulaient plus de lui. Le vieux lion était devenu invisible. Un ami rapporte qu'il murmurait parfois : *« J'ai écrit trente livres et personne ne s'en souvient. Mais ils se souviendront. Après ma mort, ils se souviendront. »*"},{"p":"amadou-hampate-ba","g":1,"i":3,"t":"Deux ethnies dans une même maison","x":"Sa famille est peule, du clan Bâ, de l'aristocratie du Macina. Son père meurt tôt; il est adopté par le second époux de sa mère, **Tidjani Amadou Ali Thiam**, un Toucouleur. Deux ethnies dans une même maison, dès l'enfance : c'est déjà la leçon."},{"p":"amadou-hampate-ba","g":4,"i":0,"t":"Vingt ans dans l'administration coloniale","x":"On imagine volontiers le sage comme un homme qui plane. Hampâté Bâ, lui, a servi. Vingt ans dans les bureaux poussiéreux de l'administration coloniale : **Ouagadougou, Dori, Dédougou** de 1922 à 1932, puis Bamako jusqu'en 1942."},{"p":"amadou-hampate-ba","g":7,"i":0,"t":"Le sage de Marcory","x":"Les dernières années se passent à Abidjan, dans le quartier de **Marcory**. On l'appelle le sage de Marcory, le sage d'Afrique. Il classe. Il dicte. Il range des montagnes de cahiers. Il écrit enfin sa propre vie, lui qui avait passé soixante ans à écrire celle des autres."},{"p":"amadou-hampate-ba","g":9,"i":5,"x":"Sa scolarité tient en trois lieux : l'école coranique de **Tierno Bokar**, l'école française « des otages » de Bandiagara, puis **Djenné**."},{"p":"amadou-hampate-ba","g":11,"i":5,"x":"Et en une image : « Ma vérité et ta vérité sont deux croissants de lune : s'ils convergent, on voit la nuit comme en plein jour; s'ils divergent, on n'y voit plus rien. » C'est elle que **Peter Brook** reprendra sur scène."},{"p":"amadou-hampate-ba","g":13,"i":4,"x":"Un commandant s'étonne de la sérénité de **Tidjani**, son père adoptif, en prison. Réponse : « On ne peut m'annoncer une nouvelle plus grave que celle que le destin m'a assignée au jour de ma naissance… J'ai appris à voir venir la mort avec le même calme que je vois tomber la nuit quand le jour décline. »"},{"p":"amadou-hampate-ba","g":15,"i":4,"x":"Sur le générique de l'entretien filmé de 1969, elle a encore changé de forme : « quand un vieux meurt, c'est une bibliothèque qui flambe »."},{"p":"amadou-hampate-ba","g":17,"i":1,"x":"Il épouse **Hélène Heckmann** — « Nouria » — en **1969**; elle sera sa collaboratrice, son éditrice scientifique et son **exécutrice testamentaire littéraire**. La même année, Ange Casta le filme pour l'ORTF dans *Un certain regard*."},{"p":"majorana","g":1,"i":0,"t":"Fermi, 1928","x":"En **1923**, Majorana s'inscrit en ingénierie à l'Université de Rome \"La Sapienza\", où il côtoie son frère Luciano et un certain **Emilio Segrè**. Mais c'est la physique qui l'attend. En **1928**, à l'instigation de Segrè et d'Edoardo Amaldi, il rencontre Enrico Fermi — une rencontre qui entre dans la légende."},{"p":"majorana","g":2,"i":0,"t":"Le défi lancé à Fermi","x":"La légende de Majorana repose sur des anecdotes vertigineuses. Un jour, on le défie de résoudre un problème difficile en même temps que Fermi. Fermi dispose de papier, crayon et règle à calcul. Majorana n'a rien. **Ils arrivent au résultat au même moment** — Majorana ayant tout calculé de tête."},{"p":"majorana","g":3,"i":0,"t":"Fermi rédige l'article à sa place","x":"En **1937**, Majorana publie son travail le plus célèbre : **« Teoria simmetrica dell'elettrone e del positrone »** (Théorie symétrique de l'électron et du positron) dans *Il Nuovo Cimento*. Ce papier, prêt depuis 1933, ne paraît que parce que Fermi le rédige lui-même et le soumet sous le nom de Majorana."},{"p":"majorana","g":4,"i":1,"t":"Hitler sous la fenêtre napolitaine","x":"Majorana adhère au **Parti National Fasciste** le 31 juillet 1933. Dans ses lettres, il exprime un soutien troublant aux politiques nazies, écrivant qu'Hitler *« semble savoir ce qu'il fait »* et que l'exemple fasciste lui est utile. Un mois avant sa disparition, il écrit à sa mère son impatience de voir Hitler défiler sous sa fenêtre napolitaine lors de la visite officielle du Führer."},{"p":"majorana","g":5,"i":0,"t":"Un cours trop avancé à Naples","x":"En **novembre 1937**, Majorana est nommé professeur de physique théorique à l'Université de Naples « per chiara fama » — sans concours, par sa seule réputation. Son cours de mécanique quantique s'avère trop avancé pour la plupart des étudiants. Puis vient le **25 mars 1938**."},{"p":"majorana","g":5,"i":3,"t":"« Pas plus de trois jours »","x":"**À sa famille** : *« Je n'ai qu'un souhait : que vous ne portiez pas le noir. Si vous voulez suivre la coutume, portez quelque signe de deuil, mais pas plus de trois jours. Après cela, si vous le pouvez, gardez-moi dans vos cœurs et pardonnez-moi. »*"},{"p":"majorana","g":5,"i":5,"t":"Le jeune homme de la cabine","x":"Il achète un billet retour Palerme-Naples. Le professeur **Vittorio Strazzeri** affirme avoir partagé une cabine avec un jeune homme ressemblant à Majorana sur ce voyage retour. Mais au matin du 27 mars, à l'arrivée à Naples, Majorana n'est plus là. **Il ne sera jamais revu.**"},{"p":"majorana","g":6,"i":1,"t":"Pourquoi la thèse du suicide est contestée","x":"**La thèse du suicide**, d'abord privilégiée par Segrè et Amaldi, se heurte à plusieurs objections : Majorana était un catholique fervent, son confesseur Monseigneur Riccieri exclut cette hypothèse, il avait retiré son argent et emporté son passeport — inutiles pour se jeter à la mer —, aucun corps ne fut jamais retrouvé, et surtout, sa seconde lettre suggère qu'il avait changé d'avis."},{"p":"fabre","g":5,"i":2,"t":"Décoré par un empereur","x":"En 1867, le ministre de l'Instruction publique Victor Duruy, séduit par ses cours et son enseignement novateur, le fait venir à Paris et le présente à Napoléon III, qui le fait chevalier de la Légion d'honneur. L'instituteur pauvre du Rouergue se voit décoré par un empereur."},{"p":"fabre","g":7,"i":1,"t":"La mort de Jules","x":"Mais ces années sont aussi celles d'un deuil : le 14 septembre 1877, son fils Jules meurt à seize ans — l'enfant qui partageait sa passion des insectes, celui qu'il voyait lui succéder. Fabre lui dédiera la deuxième série des *Souvenirs entomologiques*, publiée cinq ans plus tard."},{"p":"fabre","g":17,"i":0,"t":"La lettre de Darwin","x":"En 1880, Charles Darwin, qui a lu les *Souvenirs*, écrit à Fabre une lettre chaleureuse : jamais, lui dit-il, les mœurs merveilleuses des insectes n'avaient été décrites avec plus de vivacité — « c'est presque aussi bon d'en lire le récit que de les voir ». Il ajoute regretter que Fabre reste si fermement opposé à la théorie de la descendance. Fabre lui répond le mois suivant."},{"p":"fabre","g":17,"i":2,"t":"La lettre restée inachevée","x":"Fabre était en train de rédiger la lettre où il devait rendre compte de ces résultats quand, le 19 avril 1882, lui parvint la nouvelle : Darwin venait de mourir. « J'étais à rédiger ma lettre lorsque la triste nouvelle m'arriva : Darwin était mort », écrira-t-il — et il renoncera, par respect pour « ce tombeau de Westminster », à achever sa lettre sous cette forme familière."},{"p":"fabre","g":20,"i":0,"t":"Les chansons de l'harmonium","x":"Fabre ne fut pas seulement entomologiste. Il apprit également seul le solfège et l'harmonie, à partir d'une méthode commandée par correspondance, et composait des chansons en provençal qu'il jouait sur un petit harmonium."},{"p":"fabre","g":20,"i":1,"t":"Le Félibre des Hannetons","x":"Occitanophone de naissance, il fut élu majoral du Félibrige, l'académie de la langue provençale fondée par son ami Frédéric Mistral, qui le surnommait « Lou Felibre di Tavan » — le Félibre des Hannetons. Il lui écrivait en 1906 : « La poésie est partout, même dans le terrier d'un scorpion. »"},{"p":"fabre","g":23,"i":1,"t":"Le détour du président Poincaré","x":"Fabre est proposé à plusieurs reprises pour le prix Nobel, et voit même, le 14 octobre 1913, le président Raymond Poincaré, de retour d'un voyage officiel en Espagne, faire un détour par Sérignan pour lui rendre visite à l'Harmas."},{"p":"krishnamurti","g":0,"i":2,"t":"« Je serais mort »","x":"On demandera à Krishnamurti, bien plus tard, ce qu'il serait devenu sans cette rencontre de sable et de hasard. Il répondra sans détour : *« I would have died. »* — Je serais mort."},{"p":"krishnamurti","g":1,"i":1,"t":"Annie Besant selon Krishnamurti","x":"De Besant, qui fut sa tutrice autant que sa geôlière bienveillante, il dira un jour ce mot d'une justesse presque cruelle : *« She never said to me, \"Do this\" or \"Don't do that\". She left me alone. »* Elle ne m'a jamais dit *fais ceci* ou *ne fais pas cela*. Elle m'a laissé seul. — Le plus grand hommage qu'il pouvait lui rendre : elle ne l'avait pas empêché de devenir personne d'autre que lui-même."},{"p":"krishnamurti","g":2,"i":1,"t":"Le Processus, sans antidouleur","x":"Krishnamurti appellera cela, sobrement, *the process*. Le Processus. Il ne prendra jamais, toute sa vie, ni antidouleur, ni alcool, ni drogue pour l'apaiser. Il distinguera cette douleur physique récurrente d'états qu'il nommera autrement — *the benediction*, *the otherness*, *the immensity* — comme s'il fallait plusieurs mots pour ne pas trahir une seule expérience."},{"p":"krishnamurti","g":3,"i":0,"t":"Ommen, 1929 : il dissout l'Ordre","x":"Ommen, Pays-Bas, 3 août 1929. Trois mille personnes sont rassemblées pour l'ouverture du camp annuel de l'Étoile. La radio néerlandaise diffuse ce qui va suivre. Krishnamurti a trente-quatre ans. Il tient dans ses mains l'Ordre entier qu'on a bâti pour lui, autour de lui, à cause de lui — et il le dissout."},{"p":"krishnamurti","g":4,"i":1,"t":"Le grand chapeau mexicain","x":"On l'y voit marcher, coiffé d'un grand chapeau mexicain, chantant parfois avec les cueilleurs d'oranges, montant seul vers la crête de Topa Topa. La marche, chez lui, n'est pas un exercice : c'est une manière de rester en présence du monde sans l'interrompre par la pensée."},{"p":"krishnamurti","g":4,"i":2,"t":"Le Carnet de 1961, écrit sans une rature","x":"Dans ses carnets — *Krishnamurti's Notebook*, écrit d'un seul jet en 1961, sans une rature, dira sa biographe Mary Lutyens — le philosophe redevient, page après page, l'auteur du recueil de sa jeunesse. Le penseur et le poète ne font plus qu'un :"},{"p":"krishnamurti","g":5,"i":1,"t":"Huxley, Watts et le Dalaï-Lama","x":"Aldous Huxley, voisin et ami à Ojai dès 1938, écrira la préface de *La Première et Dernière Liberté* et le comparera, dans une formule qu'on cite encore, à *« a discourse of the Buddha »* — un discours du Bouddha. Alan Watts le dira *« one of the most original and profound thinkers in the world »*. Le Dalaï-Lama, plus tard, le nommera *« one of the greatest thinkers of the age »*."},{"p":"krishnamurti","g":6,"i":2,"t":"Pine Cottage et trois lieux pour les cendres","x":"Il meurt le 17 février 1986, à Pine Cottage, Ojai, à quatre-vingt-dix ans. Pas de cérémonie — il ne le voulait pas. Ses cendres seront partagées entre trois lieux qui avaient compté : l'Inde, l'Angleterre, la Californie. Trois pays, pour un homme qui n'avait cessé de dire qu'aucun chemin ne mène nulle part qui vaille — sauf celui, sans carte, de regarder ce qui est."},{"p":"thoreau","g":0,"i":0,"t":"Sous la tente d'Ommen","x":"En 1929, sous une tente dressée à Ommen, un jeune homme qu'on avait couronné messie dissout l'ordre qu'on avait bâti pour lui et lâche cette phrase qui ne s'oublie plus : la vérité est un pays sans chemin. Krishnamurti venait de refuser toutes les cartes qu'on lui tendait — gourous, doctrines, sentiers balisés — pour ne garder que l'exigence nue de *voir par soi-même*, sans l'écran du connu."},{"p":"thoreau","g":1,"i":1,"t":"Une hache empruntée","x":"Il avait emprunté une hache. Il avait bâti sa maison de ses mains, pour vingt-huit dollars et douze cents de planches et de clous, sur un terrain que lui prêtait son ami et mentor Ralph Waldo Emerson. Il n'était pas pauvre. Il avait choisi d'être simple, ce qui n'est pas la même chose."},{"p":"thoreau","g":2,"i":0,"t":"Les bulles sous la glace","x":"Il passait des heures à observer la glace se former à sa surface en hiver, à mesurer sa transparence, à compter les bulles prisonnières sous la couche gelée — non en savant qui collecte des données, mais en amant qui apprend le visage de l'aimée par cœur."},{"p":"thoreau","g":2,"i":1,"t":"Onze kilomètres de rangs de haricots","x":"Et contrairement à l'image de l'ermite total qu'on lui prête souvent : il cultivait deux acres et demi de haricots — les rangs mis bout à bout couraient sur onze kilomètres —, recevait vingt-cinq ou trente visiteurs sous son toit, et rentrait régulièrement dîner chez sa mère ou ses amis à Concord. Walden n'était pas une fuite. C'était un laboratoire, à deux pas du village."},{"p":"thoreau","g":6,"i":0,"t":"La mort de John","x":"En 1842, John, le frère aîné de Thoreau, meurt du tétanos dans ses bras, après s'être coupé en aiguisant un rasoir. Ils avaient, trois ans plus tôt, descendu ensemble les rivières Concord et Merrimack pendant deux semaines en barque — un voyage d'insouciance qui deviendrait, après la mort de John, un livre écrit en partie pour le garder vivant : *A Week on the Concord and Merrimack Rivers.*"},{"p":"thoreau","g":6,"i":1,"t":"Quarante-sept carnets, deux millions de mots","x":"C'est peut-être de ce deuil qu'est né le *Journal* — cette discipline presque quotidienne, tenue vingt-quatre ans durant, deux millions de mots, quarante-sept carnets manuscrits. Non pour se souvenir, mais pour rester en contact :"},{"p":"thoreau","g":7,"i":2,"t":"Saunter, la Sainte-Terre","x":"C'est dans l'essai « Walking » que Thoreau tente d'inventer un mot pour ce qu'il pratique. Il rattache l'anglais *saunter* — flâner, déambuler — à *Sainte-Terre*, comme si tout marcheur véritable était, sans le savoir, un pèlerin en route vers une terre sacrée qu'il ne trouverait jamais tout à fait, et qu'il ne cesserait, pour cette raison même, de chercher."},{"p":"thoreau","g":9,"i":0,"t":"Les cernes d'une souche","x":"L'hiver 1860, malgré une tuberculose ancienne contractée dans sa jeunesse, Thoreau sortit une nuit sous la pluie compter les cernes d'une souche d'arbre. Il ne s'en remit jamais tout à fait. Un voyage au Minnesota, l'été suivant, ne le guérit pas davantage."},{"p":"muir","g":1,"i":2,"t":"L'université de la nature sauvage","x":"Il entre à l'Université du Wisconsin en janvier 1861, qu'il décrira comme *voisine du Royaume des Cieux.* C'est là qu'il découvre Emerson et Thoreau. Il en repart en 1863, sans diplôme, pour ce qu'il appellera *l'université de la nature sauvage.*"},{"p":"muir","g":3,"i":0,"t":"Mille miles à pied vers le Golfe","x":"Le 1er septembre 1867, Muir part à pied d'Indianapolis, cap au sud, sans itinéraire fixe, choisissant *« la route la plus sauvage, la plus feuillue, la moins fréquentée »* qu'il puisse trouver. Il traverse le Kentucky, le Tennessee, la Géorgie, jusqu'en Floride — près de mille six cents kilomètres, l'essentiel à pied. Il embarque ensuite pour Cuba, puis, via l'isthme de Panama, débarque à San Francisco fin mars 1868."},{"p":"muir","g":4,"i":0,"t":"La chaîne de lumière","x":"Il marche vers l'est à travers la vallée de San Joaquin, couverte à perte de vue de fleurs sauvages, et découvre la Sierra Nevada — qu'il baptisera pour toujours *the Range of Light*, la chaîne de lumière."},{"p":"muir","g":4,"i":2,"t":"Une tasse, du thé, un pain et Emerson","x":"Il voyage plus léger qu'aucun marcheur avant lui : une tasse de fer-blanc, une poignée de thé, un pain, un exemplaire d'Emerson, et rien d'autre. Il dort à la belle étoile plus souvent que sous un toit."},{"p":"muir","g":7,"i":1,"t":"« A noble earthquake! »","x":"Il passe le reste de la nuit, au clair de lune, à inventorier les nouveaux éboulis — chacun une preuve de plus de ses théories glaciaires. Le soir même, il écrit à Emerson : *« this storm said I am Earthquake, & I rumbled out to the open sky shouting. A noble Earthquake, Noble Earthquake!!! »*"},{"p":"muir","g":9,"i":1,"t":"Le chien qui explose de joie","x":"Muir taille des marches au couteau, enjambe l'arête à califourchon. Le chien, paralysé de terreur, pleure *« comme si son cœur allait se briser »* — puis se décide, traverse, et explose aussitôt d'une joie *« triomphante, incontrôlable »*, courant en cercles, roulant dans la neige, aboyant à la montagne entière."},{"p":"muir","g":11,"i":1,"t":"L'adresse « earth-planet, universe »","x":"Le 28 mai 1892, dans un bureau d'avocat à San Francisco, Muir et cent quatre-vingt-un autres membres fondateurs créent le Sierra Club. Muir en devient le premier président, fonction qu'il occupera jusqu'à sa mort, vingt-deux ans plus tard, donnant parfois pour adresse : *« earth-planet, universe »*."},{"p":"muir","g":13,"i":0,"t":"Sortir, c'était entrer","x":"Krishnamurti demandait qu'on regarde un arbre sans un mot, sans le nom qui s'interpose. Muir, sans le théoriser, vivait cela chaque jour : *« I only went out for a walk and finally concluded to stay out till sundown, for going out, I found, was really going in »* — je n'étais sorti que pour une promenade, mais je décidai de rester dehors jusqu'au couchant, car sortir, je le découvris, c'était en réalité entrer."},{"p":"caillie","g":0,"i":0,"t":"Une sentence de mort dans la besace","x":"Sa besace contenait un carnet. Il l'appelait lui-même, sans emphase, « une sentence de mort » — car si on l'avait trouvé en train d'y tracer des caractères étrangers, cela aurait suffi à le perdre."},{"p":"caillie","g":2,"i":0,"t":"Les souliers autour du cou","x":"Mis en apprentissage chez un cordonnier de Mauzé, il se désintéresse totalement du cuir et de l'alêne. À seize ans, avec soixante francs cachés dans sa ceinture, il quitte le village à pied pour Rochefort — une paire de souliers neufs, offerte par des amis cordonniers, suspendue autour du cou pour ne pas l'user avant l'heure."},{"p":"caillie","g":5,"i":0,"t":"Huit mois chez les Braknas","x":"En août 1824, il entreprend ce qui sera la vraie préparation de sa vie : huit mois chez les Maures Braknas, en Mauritanie, pour apprendre l'arabe et les usages de l'islam. Le roi de la tribu, Hamet-Dou, tient son camp à Lam-Khaté; c'est un marabout nommé Mohammed Sidy-Moctar qui se charge de son éducation religieuse; il loge d'abord chez Moctar-Boubou, chef de village et ministre du roi."},{"p":"caillie","g":5,"i":2,"t":"Empailleur d'oiseaux pour survivre","x":"Faute de moyens pour établir une base durable, il doit se faire empailleur d'oiseaux pour survivre. Un ami l'exhorte à renoncer, à quitter le costume musulman, à se mettre au commerce; Caillié répond, avec cette obstination tranquille qui le définira toute sa vie : « les sarcasmes des Européens me rendirent plus cher le costume africain. »"},{"p":"caillie","g":11,"i":1,"t":"La mort du major Laing","x":"C'est à Djenné qu'il apprend l'assassinat du major Laing, tué en repartant de Tombouctou. Il note, avec une lucidité glaciale, que si son propre déguisement venait à être percé, il subirait « selon toute probabilité le même sort »."},{"p":"caillie","g":13,"i":0,"t":"Des esclaves à sa rencontre","x":"Le 20 avril 1828, il arrive enfin à Tombouctou. Un riche marchand maure, Sidi-Abdallahi Chebir, à qui le chérif de Djenné — séduit par le cadeau d'un parapluie — l'avait recommandé par lettre, envoie ses propres esclaves à sa rencontre, bien vêtus et armés de fusils fabriqués à Tunis, avant même d'avoir reçu la lettre. C'est chez lui que Caillié logera."},{"p":"caillie","g":13,"i":2,"t":"La pancarte et l'année erronée","x":"Sa maison existe encore aujourd'hui, entre les mosquées de Djingareyber et de Sidi Yahya; en 1922, un officier du Raid Citroën la photographia lors de la première traversée automobile du Sahara, et ces clichés sont depuis 2017 exposés à la mairie de Mauzé-sur-le-Mignon. Sur la pancarte apposée au-dessus de la porte, une erreur amusante persiste : elle indique 1800 comme année de sa naissance, au lieu de 1799."},{"p":"caillie","g":20,"i":0,"t":"Le buste fondu et refondu","x":"En 1842, un buste de bronze, œuvre du sculpteur Suc, est inauguré à Mauzé-sur-le-Mignon sur l'ancien pont de la Teinture — devenu depuis le pont René-Caillié —, près de sa maison natale. Le succès de la cérémonie est tel qu'un arrêté préfectoral institue, dès l'année suivante, une « Fête à Caillié » chaque quatrième dimanche de juin, encore célébrée aujourd'hui."},{"p":"theodore-monod","g":2,"i":1,"t":"Lire en marchant","x":"Son fils Ambroise a livré le détail qui dit tout de son économie : Théodore **lisait en marchant**, dans les rues, « avec un sens aigu de l'évitement des obstacles ». Pas une minute perdue dans le déroulement d'une journée."},{"p":"theodore-monod","g":3,"i":7,"t":"Rendez-vous sans rendez-vous","x":"Mais au puits d'El Mrâyer, sa caravane et le détachement du goum de Chinguetti venu apporter l'eau — deux groupes partis de deux points différents, sans radio, sans rendez-vous vérifiable — **arrivent à une heure d'intervalle**."},{"p":"theodore-monod","g":5,"i":5,"t":"La Marseillaise jamais chantée","x":"Ajoutez le Larzac aux côtés de **Lanza del Vasto**, la présidence du comité scientifique de **ProAnima**, la corrida, la chasse à courre, la vivisection, la fourrure. Et ce détail : **il n'a jamais chanté La Marseillaise.** Pas même à Dakar, lors de la visite du général de Gaulle. On imagine la scène : les officiels au garde-à-vous, et le directeur de l'IFAN, bouche fermée, regardant ailleurs."},{"p":"theodore-monod","g":7,"i":9,"t":"Mort le 22 novembre 2000","x":"**22 novembre 2000.** Il meurt à l'hôpital de Versailles, à quatre-vingt-dix-huit ans. On lui rend hommage à l'Oratoire du Louvre le 28 novembre. Il est inhumé au **cimetière de Châtillon, huitième division**, auprès de son père."},{"p":"theodore-monod","g":9,"i":11,"x":"À quatre-vingt-dix-sept ans il vivait quai d'Orléans, dans l'île Saint-Louis, recevait ses visiteurs seul, sans secrétaire, et rentrait à pied par le quai de Béthune."},{"p":"theodore-monod","g":10,"i":13,"x":"Deuxième traversée du Tanezrouft avec le lieutenant Brandstetter, jusqu'à soixante-six kilomètres par jour; partis le 20 février 1936, ils n'atteignent un puits que le 1er mars, hommes et bêtes épuisés."},{"p":"theodore-monod","g":12,"i":5,"x":"Dans la voiture, à propos d'une fillette silencieuse à l'arrière : « Et votre petit, on ne l'entend pas; il dort ? » Corrigé sur le genre, il fit « Oooh… », avec un petit rire à peine dissimulé."},{"p":"theodore-monod","g":14,"i":1,"x":"Un jour, sautant les civilités habituelles, il attaqua dès le thé servi : « Dis-moi, camarade, qu'est-ce que je t'ai dit la dernière fois, tu sais ce moment à Wâdân… », puis s'autorisa un souvenir intime : « Allez, laisse-le, camarade, après tout, maintenant je peux le dire. »"},{"p":"alexandra-david-neel","g":1,"i":4,"t":"La fugue vers Flessingue","x":"**Quinze ans** : en vacances à Ostende, elle file jusqu'au port de Flessingue, aux Pays-Bas, pour embarquer vers l'Angleterre. Ce n'est pas la peur qui l'arrête. C'est l'argent."},{"p":"alexandra-david-neel","g":4,"i":2,"t":"La grotte du gomchen","x":"Elle a quarante-six ans. Elle s'installe dans une grotte pour apprendre auprès du **gomchen de Lachen**, un ermite dont les villageois disent qu'il vole dans les airs, tue d'un regard et commande aux démons."},{"p":"alexandra-david-neel","g":5,"i":8,"t":"L'héroïne du Havre","x":"Mai 1925, Le Havre. On l'accueille en héroïne nationale. *Voyage d'une Parisienne à Lhassa* paraît chez Plon en 1927 et fait le tour du monde. Légion d'honneur le 31 décembre 1927. Médaille de la Société de géographie."},{"p":"alexandra-david-neel","g":9,"i":0,"x":"À deux ans et demi, en 1871, son père l'emmène devant le mur des Fédérés au Père-Lachaise, où l'on vient de fusiller les derniers communards, pour qu'elle « n'oublie jamais la férocité des hommes ». Ses biographes font remonter à cette scène sa misanthropie."},{"p":"alexandra-david-neel","g":11,"i":0,"x":"Reçue par le treizième dalaï-lama le 15 avril 1912, elle le fait rire en se disant la seule bouddhiste de Paris, et l'étonne en lui apprenant qu'un livre sacré tibétain a été traduit par son professeur Foucaux."},{"p":"alexandra-david-neel","g":12,"i":0,"x":"Pour entrer à Lhassa, elle mêle des crins de yack à ses cheveux et noircit sa peau d'un mélange de suie et de cacao."},{"p":"alexandra-david-neel","g":13,"i":4,"x":"Le 27 juillet 1945, à soixante-seize ans, elle et Yongden prennent l'avion pour la première fois de leur vie, vers Yunnanfou."},{"p":"alexandra-david-neel","g":15,"i":3,"x":"Elle rapporte que Milarepa affirmait avoir franchi en quelques jours, par le contrôle de « l'air interne », une distance qui lui prenait auparavant plus d'un mois."},{"p":"mingus","g":0,"i":2,"t":"Les tours de Watts","x":"Rodia s'en va en 1954, sans se retourner. En 1957, la ville condamne les tours comme « danger public ». Des artistes se battent; le 10 octobre 1959, devant plus de mille personnes, on tire sur la plus haute tour avec dix mille livres de force : c'est l'appareil d'essai qui plie, pas la tour. Elles ouvrent au public en 1960. Une cathédrale qu'on voulait raser, et qui tient debout. Mingus connaîtra le sort."},{"p":"mingus","g":0,"i":6,"t":"Une lettre à l'avenir, vingt ans de retard","x":"Vers dix-sept ans, dit-il, il écrit sa première pièce de concert, *Half-Mast Inhibition*. Personne ne la jouera avant vingt ans : il faudra attendre 1960 et Gunther Schuller pour qu'un orchestre de vingt-deux musiciens la fasse enfin sonner. Un adolescent poste une lettre à l'avenir; l'avenir met vingt ans à répondre."},{"p":"mingus","g":1,"i":2,"t":"Regardez-vous donc","x":"Un autre soir, devant une salle qui mange et papote pendant une longue improvisation, il s'arrête net : « Si vous trouvez ce que nous faisons bizarre, regardez-vous donc. »"},{"p":"mingus","g":1,"i":5,"t":"Les lunettes noires et les oreilles bouchées","x":"Un autre soir, il traite tout son public de dilettantes du style : un aveugle, lance-t-il, peut aller à une exposition de Picasso et de Kline, et s'extasier derrière ses lunettes noires — eux aussi, avec leurs lunettes noires et leurs oreilles bouchées."},{"p":"mingus","g":4,"i":3,"t":"Le psychiatre sur la pochette de The Black Saint","x":"**1963,** *The Black Saint and the Sinner Lady* : un ballet d'une seule coulée, et sur la pochette, la parole de son psychiatre, Edmund Pollock. Comme s'il disait : voici la musique, et voici le divan. Il n'avait pas peur qu'on voie les plaies."},{"p":"mingus","g":6,"i":1,"t":"Juan-les-Pins, 13 juillet 1960","x":"**13 juillet 1960, Juan-les-Pins.** Le festival de jazz d'Antibes vient de naître, sous les pins de la Pinède Gould, et la radio française enregistre. Bud Powell, qui vit alors en France, est invité le temps d'un seul morceau, *I'll Remember April* : sept ans après Massey Hall, deux des cinq de Toronto se retrouvent sous les pins."},{"p":"mingus","g":7,"i":5,"t":"Cinquante-six cachalots, cinquante-six ans","x":"Le lendemain, on le brûle aux portes de Mexico. Ces mêmes jours, sur la côte de Basse-Californie, cinquante-six cachalots — cinquante-six, comme ses années — s'échouent et meurent; on les brûle aussi, sur des bûchers. Joni dira que ces coïncidences font vibrer son imagination."},{"p":"mingus","g":8,"i":1,"t":"Epitaph enfin joué en 1989","x":"En 1989, dix ans après sa mort, on joue enfin *Epitaph*, sa cathédrale — celle dont le désastre de Town Hall n'était que la maquette, vingt-sept ans plus tôt. Gunther Schuller la dirige; il aura fallu que Mingus disparaisse pour qu'elle se dresse."},{"p":"kirk","g":2,"i":5,"t":"Une flûte sur une bossa","x":"Sa flûte, en tête de « Soul Bossa Nova » de Quincy Jones, sera un jour ressuscitée par les films d'*Austin Powers* : le plus improbable des passeports pour la postérité."},{"p":"kirk","g":14,"i":5,"t":"Un gamin qui déchire la salle","x":"Le saxophoniste Hank Crawford l'entend à l'adolescence : un garçon aveugle qui joue deux cors à la fois. On le faisait entrer, dit-il, et il mettait le feu à la salle; on lui faisait faire des farces autour, mais son jeu était phénoménal."},{"p":"kirk","g":15,"i":12,"t":"Deux amis, la nuit, et les anches","x":"Dans les notes de *The Man Who Cried Fire*, Kirk écrit qu'on a trop peu dit combien il était proche de Coltrane : ils parlaient des anches, de la musique; un soir, au Village, Coltrane lui avait confié qu'il se sentait acculé parce que des musiciens le jugeaient trop peu « hip »."},{"p":"kirk","g":16,"i":6,"t":"Chez Jimmy Ryan","x":"Dans ce club de jazz traditionnel, les vieux Néo-Orléanais signent aussi. Kirk s'assied à l'occasion, joue de la clarinette en respiration circulaire; la salle n'a jamais rien vu de pareil. Il se lève ensuite comme si de rien n'était et s'en va."},{"p":"kirk","g":16,"i":26,"t":"La perruque","x":"Sullivan, pâle, s'écrie qu'il faut applaudir « Ramsam Roland Kirk ». Puis le comédien Godfrey Cambridge lui pose une perruque afro sur la tête et le proclame « Noir honoraire ». Feather regrettera que cela ait transformé l'exercice sérieux en blague ethnique. Mark Davis, lui, revoit les gens de l'émission en état de choc."},{"p":"kirk","g":17,"i":7,"t":"La peur d'être dans le chemin","x":"Chris Potash décrit Hendrix intimidé, de peur de gêner Kirk; une fois sur scène, chacun jouait ce qu'il jouait, et les deux s'emboîtaient comme une main dans un gant."},{"p":"kirk","g":17,"i":28,"t":"Trout Mask Replica","x":"En hommage, Beefheart essaie de jouer simultanément du soprano et du ténor sur « Ant Man Bee » : plus un éclat de chaos spontané que l'harmonie construite de Rahsaan."},{"p":"kirk","g":18,"i":13,"t":"Le blues noir et dément","x":"Le premier morceau de l'album s'appelle « The Black and Crazy Blues ». C'est celui qu'il voulait qu'on joue à sa mort."},{"p":"monk","g":1,"i":6,"t":"Le claquettiste","x":"Adolescent, il fait partie des « hoofers » : dans son quartier, tout le monde claquait des pieds. Kelley y voit l'origine de sa danse d'adulte."},{"p":"monk","g":7,"i":3,"t":"Paris, juin 1954","x":"Pour la première fois en Europe, il joue au 3ᵉ Salon du Jazz (Salle Pleyel), où — dit Wikipédia — il se fait copieusement huer; l'enregistrement retrouvé par Vogue montre pourtant un son bien meilleur que les récits de presse ne le laissaient croire. Le 4 juin, il enregistre au Club d'Essai un premier disque de piano seul pour la radio."},{"p":"monk","g":11,"i":3,"t":"Le quartette de 1961","x":"Rouse au ténor, John Ore (puis Butch Warren, puis Larry Gales) à la basse, Frankie Dunlop (puis Ben Riley) à la batterie : la formation qui deviendra, de 1964 à 1968, la plus stable de sa carrière."},{"p":"monk","g":17,"i":2,"t":"Blue Sphere, Londres 1971","x":"Et il y a « Blue Sphere », improvisé en novembre 1971 à Londres pour sa dernière séance en leader : Kelley y entend un vieil homme fatigué qui renoue avec les pianistes d'avant, mettant tout ce qu'il a dans une chanson qui a peut-être conscience d'être la dernière."},{"p":"monk","g":22,"i":7,"t":"Le guru","x":"Sonny Rollins, à qui l'on demande si Monk est sa plus grande influence professionnelle, répond oui : il l'a décrit comme son gourou musical, et il parle d'un « changement de paradigme » : Monk jouait des choses qui ne descendaient pas de Charlie Parker."},{"p":"monk","g":23,"i":9,"t":"La danse, vue de la salle","x":"*Time* la décrit en 1964 comme un petit tournoiement de pieds, une tête renversée, deux mains qui tordent la barbiche, un regard mi-clos : au Five Spot, personne n'osait parler pendant qu'il dansait, comme s'il était ailleurs. Au dernier accord du saxophone, il revenait au piano d'un bond."},{"p":"monk","g":25,"i":8,"t":"La Bentley","x":"Nica conduit les musiciens en Rolls-Royce, puis dans un cabriolet que l'on surnomme la « Bebop Bentley ». Elle paie les factures médicales et emmène chacun à ses concerts."},{"p":"monk","g":27,"i":0,"t":"Rocky Mount","x":"Un panneau historique (n° E-119) a été érigé en 2011 par les Archives de Caroline du Nord au croisement de Northeast Main Street et d'East Thomas Street : « pianiste de jazz, compositeur et architecte du bebop ». Un ami du pays, James Wrenn, de la Phoenix Historical Society, est à l'origine des commémorations récentes."},{"p":"abbey-lincoln","g":2,"i":1,"t":"Le piano que personne ne voulait","x":"Il y a un piano dans la maison, payé par le père. Personne d'autre ne s'y intéresse vraiment; elle, si. Elle y trouve une compagnie discrète, qui ne dérange personne, et y apprend seule à dénicher une mélodie à l'oreille — un refuge tranquille dans une maisonnée pleine de monde."},{"p":"abbey-lincoln","g":8,"i":5,"t":"Max Roach meurt le 16 août 2007","x":"Le 16 août 2007, Max Roach meurt à Manhattan, à 83 ans. Peu avant sa mort, il confiait encore à l'agence AP ce qui, selon lui, reliait Lincoln à Billie Holiday : au-delà du style, une même tradition — celle des conteuses plutôt que des simples chanteuses de jazz."},{"p":"abbey-lincoln","g":12,"i":7,"t":"Peindre, quand elle ne chantait pas","x":"Toute sa vie, en marge du chant, elle a pratiqué la peinture — une discipline intime qu'elle dit garder pour retrouver le même sentiment de plénitude que lui procure la musique."},{"p":"abbey-lincoln","g":14,"i":5,"t":"Des mots posés sur du Monk, du Coltrane — et du Villa-Lobos","x":"Elle écrit des paroles sur « Blue Monk », de Thelonious Monk, sur « Africa », de John Coltrane, et jusque sur un prélude du compositeur brésilien Heitor Villa-Lobos — sans en demander la permission à personne, dira-t-elle en riant des décennies plus tard."},{"p":"abbey-lincoln","g":15,"i":5,"t":"« Driva' Man »","x":"Le disque s'ouvre sur cette évocation du contremaître d'esclaves; le tambour de Roach y frappe, note-t-on souvent, comme un fouet, tandis que le ténor vétéran de Coleman Hawkins donne à ce blues une profondeur d'émotion supplémentaire."},{"p":"abbey-lincoln","g":16,"i":6,"t":"Les années de télévision grand public","x":"*The Name of the Game* (1968), *Mission: Impossible* (1971), le téléfilm *Short Walk to Daylight* (1972), *Marcus Welby, M.D.* (1974), *All in the Family* (1978) : une décennie entière où l'actrice ne quitte jamais tout à fait les écrans, même loin des studios de disque."},{"p":"abbey-lincoln","g":17,"i":7,"t":"James Weidman, une vie entière au piano","x":"Le pianiste qui l'accompagne fidèlement à travers les décennies les plus discrètes de sa carrière garde d'elle le souvenir d'une conversation toujours capable d'ouvrir une perspective inattendue sur n'importe quel sujet."},{"p":"abbey-lincoln","g":17,"i":19,"t":"« J'ai enfin compris ce qu'est une chanson »","x":"À la sortie de *Wholly Earth* (1998), à soixante-huit ans, elle confie avoir mis toute une carrière à comprendre pleinement ce que signifie écrire une chanson — le morceau-titre étant lui-même décrit comme un hommage voilé au chanteur Jimmy Scott, autre grande voix marginale du jazz qu'elle admirait."},{"p":"billie-holiday","g":1,"i":5,"t":"Arrêtée à quatorze ans","x":"En 1929, alors qu'elle vient de rejoindre sa mère à New York, elle est arrêtée pour prostitution et incarcérée plusieurs mois à Welfare Island. Elle n'a pas quinze ans."},{"p":"billie-holiday","g":3,"i":5,"t":"Un producteur qui pensait rester une heure","x":"John Hammond restera si bouleversé par cette découverte accidentelle au Covan's qu'il consacrera l'année suivante l'essentiel de son énergie à faire connaître la jeune chanteuse — au risque, disait-il, de négliger d'autres artistes qu'il suivait alors."},{"p":"billie-holiday","g":6,"i":1,"t":"Dormir dans le bus de tournée","x":"Dans les États du Sud, on lui interdit de dormir dans les mêmes hôtels que les musiciens, de manger dans les mêmes restaurants, parfois même de monter sur scène. Elle doit dormir dans le bus de tournée, certains établissements étant fermés aux Noirs. L'expérience, répétée soir après soir, finira par la convaincre d'abandonner pour de bon la vie de grand orchestre pour une carrière en solo."},{"p":"billie-holiday","g":8,"i":2,"t":"Columbia refuse, Commodore enregistre","x":"Columbia Records, sa maison de disques, refuse d'enregistrer un texte aussi frontalement politique. Elle le grave alors chez un petit label indépendant, Commodore — le disque se vend à plus d'un million d'exemplaires, un score inédit pour une chanson que la radio, jugée trop dérangeante, refuse presque partout de diffuser. « Ça cassait l'ambiance », résumera plus tard le producteur Milt Gabler."},{"p":"billie-holiday","g":9,"i":11,"t":"Un arrangeur choisi pour un coup de cœur","x":"Pour *Lady in Satin*, en février 1958, elle demande spécifiquement à travailler avec l'arrangeur Ray Ellis, dont elle avait adoré l'album *Ellis in Wonderland* — elle rêvait alors de sonner, disait-elle, comme Frank Sinatra sur ses propres relectures de standards."},{"p":"billie-holiday","g":11,"i":3,"t":"La dernière visite tenue secrète","x":"En juin 1959, quelques semaines avant sa mort, la chanteuse Adelaide Hall lui rend une visite discrète à son chevet du Metropolitan Hospital — un épisode resté inconnu du public jusqu'à ce que la biographie de Hall en révèle les détails, des décennies plus tard."},{"p":"billie-holiday","g":18,"i":0,"x":"Elle n'a jamais pris une leçon de chant. Elle a pris, en revanche, des leçons de phrasé auprès des plus grands instrumentistes de son temps — et le disait volontiers : elle chantait *comme* un saxophone ou une trompette improvise, jamais deux fois la même chanson de la même façon."},{"p":"billie-holiday","g":22,"i":1,"t":"Un trio explosif au Berg's","x":"Un soir de réveillon 1949 chez Billy Berg's à Los Angeles, une dispute éclate entre John Levy et Tallulah Bankhead; la soirée finit en pugilat dans les cuisines, vaisselle volante comprise."},{"p":"lester-young","g":1,"i":1,"x":"Il commence par le violon et la trompette, puis choisit la batterie — et déjà, dit son frère Lee, il ne tient pas ses baguettes « comme on l'apprend » : tout le monde les coince entre l'index et le pouce, lui non. Le geste de travers, signature future de son saxophone, est déjà là, dans ses mains d'enfant sur une caisse claire."},{"p":"lester-young","g":1,"i":5,"x":"Livré à lui-même, il tourne avec plusieurs orchestres du Middle West, dont les Blue Devils du bassiste Walter Page — pépinière où se formera une bonne partie de ce qui deviendra, quelques années plus tard, l'orchestre de Count Basie."},{"p":"lester-young","g":1,"i":9,"x":"Dans le quartier d'Algiers, le jeune Lester suit à pied les orchestres qui jouent sur des camions à plateau à travers la ville, pour distribuer leurs prospectus à la foule — sa première scène, avant même de tenir un instrument, c'est la rue elle-même."},{"p":"lester-young","g":3,"i":6,"x":"N'ayant pas de logement à New York lors de son passage chez Henderson en 1934, Young fut d'abord hébergé chez le chef d'orchestre lui-même — et se heurta à son épouse Leora, qui, convaincue de pouvoir corriger son style, le réveillait tôt pour lui faire écouter des disques de Coleman Hawkins en exemple à suivre. Young, qui ne supportait pas qu'on lui dicte sa façon de jouer, en garda une rancune tenace."},{"p":"lester-young","g":6,"i":2,"x":"Sommé de subir une ponction lombaire à la suite de ces examens, Young refusa avec une telle véhémence qu'il fut enfermé pour la nuit dans une cellule capitonnée; lui-même expliquera plus tard qu'il était surtout ivre ce soir-là, et qu'on lui confisqua son whisky avant de fouiller ses vêtements."},{"p":"lester-young","g":6,"i":7,"x":"Plusieurs biographes rapportent aussi que Young, terrifié par les piqûres, redoutait particulièrement les vaccinations obligatoires de l'armée — un détail à première vue anecdotique, mais que ses proches citent comme un signe supplémentaire de son inadéquation totale avec l'univers militaire."},{"p":"lester-young","g":8,"i":1,"x":"En novembre 1955, épuisé physiquement et mentalement, il est hospitalisé à la suite d'un effondrement nerveux; il en ressort amélioré, et enregistre dès janvier 1956 deux séances marquantes aux côtés de Teddy Wilson, Roy Eldridge, Vic Dickenson et Jo Jones, publiées sous les titres *Jazz Giants '56* et *Prez and Teddy*."},{"p":"lester-young","g":10,"i":0,"t":"La dernière nuit à l'Hôtel Alvin","x":"Le 14 mars 1959, il reprend l'avion pour New York et descend, comme il en avait l'habitude, à l'Hôtel Alvin, sur la 52e Rue — cette même rue dont les clubs avaient vu naître sa légende vingt ans plus tôt. Dans la nuit du 14 au 15 mars, seul dans sa chambre, il meurt d'une hémorragie interne, conséquence directe de la malnutrition et de l'alcoolisme chronique. Il a quarante-neuf ans."},{"p":"charlie-parker","g":1,"i":10,"x":"*Ce que la ville lui a donné en musique, elle le lui a repris en dureté. Il a fait de l'un le prix de l'autre.*"},{"p":"charlie-parker","g":5,"i":15,"t":"Les premiers disques déconcertent","x":"« Groovin' High » et « Dizzy Atmosphere » (février 1945), puis « Salt Peanuts », « Shaw 'Nuff » et « Hot House » (mai 1945) déroutent les fans de swing; le tromboniste Benny Green dira qu'avec Parker le mot « jazz » perdit son sens précis."},{"p":"charlie-parker","g":9,"i":1,"t":"La carte de cabaret confisquée","x":"En 1951, à la suite d'une condamnation pour possession de stupéfiants, la police des mœurs de New York lui retire sa carte de cabaret : il ne peut plus légalement jouer dans les clubs new-yorkais servant de l'alcool, soit la quasi-totalité d'entre eux, jusqu'en 1953."},{"p":"charlie-parker","g":10,"i":1,"t":"Paris, Salle Pleyel, 1949","x":"En 1949, invité par Charles Delaunay, Parker traverse l'Atlantique pour la première fois : direction la Salle Pleyel, à Paris, pour la troisième édition du Festival international de jazz. Le critique et écrivain Boris Vian, présent à tous les concerts, salue dans *Jazz News* cette « apparition » qui laisse le public « soufflé, ahuri »."},{"p":"charlie-parker","g":14,"i":0,"t":"Supplier Varèse de l'accepter","x":"Il écoutait Stravinsky, Bartók, Hindemith, Varèse; il espérait commander une pièce au compositeur Stefan Wolpe et suppliait Varèse de le prendre comme élève de composition — des projets restés sans suite, faute de temps et de santé."},{"p":"charlie-parker","g":17,"i":8,"t":"Rollins : « Bird befriended quite a few guys. »","x":"Sonny Rollins rappelle que Parker tendait la main aux jeunes musiciens; en 1957, il enregistre *Rollins Plays for Bird*."},{"p":"charlie-parker","g":19,"i":1,"t":"Le masque au bal costumé","x":"Lors d'une des fêtes costumées que Ted Joans organisait dans le Village, Parker se serait présenté déguisé en guerrier Mau Mau, un masque sur le visage, au milieu d'une foule de peintres et de poètes."},{"p":"charlie-parker","g":20,"i":10,"t":"Sartre, au Club Saint-Germain","x":"Boris Vian raconte qu'au Club Saint-Germain, Bird aborda Jean-Paul Sartre : *« Très heureux de vous rencontrer, j'adore votre jeu. »*"},{"p":"elisabeth-caumont","g":0,"i":0,"t":"Monter à Paris pour le théâtre","x":"En 1975, elle monte à Paris pour apprendre l'art dramatique. La scène d'abord, avant la musique : on comprend, plus tard, d'où viennent ses chansons qui sont de petits théâtres. Elle fréquente les clubs de jazz, rencontre des musiciens, forme avec eux un premier groupe."},{"p":"elisabeth-caumont","g":1,"i":1,"t":"Un triomphe à Marciac","x":"La suite va vite. Un triomphe à Jazz in Marciac, son premier grand festival; puis Nice et Paris; puis Genève, Montréal, les Francofolies de La Rochelle, sans compter les clubs de l'Hexagone. En 1987 et en 1988, les lecteurs de la revue *Jazz Hot* l'élisent première chanteuse et révélation européenne."},{"p":"elisabeth-caumont","g":2,"i":2,"t":"Un film de 1985 dans un bar parisien","x":"Pour son premier album, chez Carlyne Music, elle est entourée d'Éric Le Lann, Louis Winsberg, Stéphane Huchard et Alain Debiossat. Winsberg cosigne *Le Funk du bègue*, l'une de ses chansons les plus citées. Un court film de 1985, tourné par Nina Barbier, la montre l'interpréter dans un bar parisien."},{"p":"elisabeth-caumont","g":2,"i":4,"t":"Choriste de Legrand, Petrucciani et Higelin","x":"On la dit choriste de Michel Legrand, de Michel Petrucciani, de Sixun, et aussi de Jacques Higelin. Les voix de l'ombre font les grandes lumières; elle l'a su avant de chanter en pleine clarté."},{"p":"elisabeth-caumont","g":3,"i":0,"t":"La couleur des voyelles","x":"**3. La couleur des voyelles.** Bernard Giroud (*Jazz Notes*) note qu'une simple modification de prononciation de voyelles lui permet de passer d'un ton triste, anxieux ou désabusé à la joie. C'est l'observation la plus précise que j'aie trouvée : l'émotion ne tient pas à un effet, mais à la forme d'une voyelle."},{"p":"elisabeth-caumont","g":4,"i":0,"t":"Une chanson pour demander à Chet de rester","x":"Une chanson d'hommage s'écrit en général après. Celle-ci, d'après la présentation du concert, s'adressait à Chet de son vivant, pour lui demander de rester. Puis la mort est venue donner à la supplique le poids d'un adieu. Il y a là, si les dates sont exactes, quelque chose de rare : un chant qui a précédé son deuil et que le deuil a rejoint."},{"p":"elisabeth-caumont","g":5,"i":1,"x":"Viennent *Acte 2* (1989), où « Chet Baker mon amour » dure plus de six minutes; *Dix chansons d'amour* (1990), où un piano américain, celui de Jimmy Rowles, lui laisse la place; *Ciao mon cœur* (1993); *Mieux qu'un baiser* (1997); *Préliminaires* (2004)."},{"p":"elisabeth-caumont","g":5,"i":5,"x":"*« Longtemps, longtemps, longtemps après que les poètes ont disparu… »* Elle a placé ce vers à l'entrée de ses chansons."},{"p":"john-coltrane","g":1,"i":8,"t":"La « Golden Strip »","x":"Dans le Nord de Philadelphie, il forge son son dans les clubs de la « Golden Strip »; le Café Society se trouvait à trois pâtés de maisons de son appartement."},{"p":"john-coltrane","g":3,"i":0,"t":"Monk, le seuil","x":"Monk, qui venait de retrouver sa « cabaret card » (le permis de jouer dans les clubs new-yorkais), accueille Coltrane chez lui dès le début de 1957 : il s'installe au piano et lui montre les réponses en jouant, sans presque parler."},{"p":"john-coltrane","g":4,"i":5,"t":"« Big Nick »","x":"Le seul morceau de Coltrane de l'album : un hommage au ténor George « Big Nick » Nicholas, qu'il a connu chez Gillespie."},{"p":"john-coltrane","g":5,"i":9,"t":"L'adieu","x":"À l'annonce de la mort d'Eric, Coltrane aurait dit qu'il était l'une des plus grandes personnes qu'il ait connues, comme homme, ami et musicien (source secondaire; à recouper). Dans une interview, sa phrase sera plus sobre : tout ce qu'il pourrait dire serait en dessous de la vérité."},{"p":"john-coltrane","g":6,"i":7,"t":"Ellington, deux fois, à Cornell","x":"Mingus y interprète seul « Sophisticated Lady » à la contrebasse, et le sextette joue « Take the 'A' Train » : Duke traverse le concert d'Eric."},{"p":"john-coltrane","g":8,"i":2,"t":"Une ballade, croyait-il","x":"Tommy Flanagan, à qui l'on donne un exemplaire de « Giant Steps » à travailler, pense d'abord que c'est une ballade; au studio, il est stupéfait par le tempo. Il enregistrera, des années plus tard, un disque entier dédié à Coltrane."},{"p":"john-coltrane","g":9,"i":10,"t":"Un saint ? Un éclat de rire","x":"Lewis Porter, qui a écouté l'enregistrement de la conférence de presse, entend Coltrane et Alice en rire : la phrase serait un malentendu de traduction; Coltrane était humble, il parlait franchement de ses insuffisances, et refusait d'être traité en icône."},{"p":"john-coltrane","g":11,"i":7,"t":"Quatre enfants","x":"Elle a quatre enfants à élever : Michelle, John Jr. (mort dans un accident de voiture en 1982), Ravi et Oran. Selon les sources, John Jr. est batteur ou bassiste."}]}