John Coltrane à son arrivée à l'aéroport de Schiphol (Pays-Bas), 26 octobre 1963. Photo : Hugo van Gelderen / Anefo (Nationaal Archief), CC0, via Wikimedia Commons (fiche du fichier ↗).
« My music is the spiritual expression of what I am. » — « Ma musique est l'expression spirituelle de ce que je suis. » John Coltrane, notes de pochette de A Love Supreme↗
Ouverture — Le fleuve qui ne finit pas
Il y a des hommes qui cherchent la note juste. Lui cherchait ce qu'il y a derrière.
On raconte qu'il ne lâchait pas l'instrument. À l'entracte, il s'en allait jouer dans un coin, comme on s'en va prier. Sur scène, il ne savait pas, disait-il, comment s'arrêter : le solo devenait fleuve, le fleuve devenait mer, et la mer, une question posée au ciel. Ce n'était pas de l'excès. C'était de la soif.
Un saxophone, offert par sa mère le jour de ses dix-sept ans. Un quartette qu'on dira classique parce qu'il fut un temple. Une nuit de décembre 1964, quatre mouvements qui sont une seule action de grâce. Et puis la tendresse, aussi — celle qui frappe, un matin de septembre 1962, à la porte de Duke Ellington et demande, très bas, la permission d'entrer.
À côté de lui, toujours, un frère. Eric Dolphy, qui jouait la flûte comme on parle aux oiseaux, la clarinette basse comme on parle aux morts, et qui partit le premier, à trente-six ans, sur un trottoir de Berlin. Trois ans plus tard, ce fut le tour de l'autre. Deux destins trop courts. Deux souffles qui ne se sont jamais vraiment séparés.
Les critiques ont dit anti-jazz. Il a répondu par une prière. Les modes d'emploi ont dit tonalité, forme, durée. Il a répondu : encore. Il disait vouloir donner à l'auditeur une image des merveilles que l'on devine dans l'univers. On ne lui a jamais vu d'autre ambition, et c'est peut-être la seule qui vaille.
Ce guide n'est pas une biographie de plus. C'est une veillée : autour d'un saxophone qui brûle sans se consumer, entre un frère parti trop tôt et un vieux maître, Duke, venu lui tendre la main. On y démontrera, preuves à l'appui, ce que l'oreille devine : que Coltrane et Dolphy furent deux frères d'âme, et que Coltrane et Ellington, que quarante ans séparent, marchaient vers le même sanctuaire.
Entrez. Retirez vos chaussures, vos certitudes. La musique vous attend, et elle ne sait pas dire fin.
Comment lire ce guide — Trois portes
Ce guide est une maison à plusieurs entrées. Voici trois façons d'y pénétrer, selon le temps dont vous disposez ; chacune a son disque, à écouter en lisant. (Durées estimées sur environ 230 mots à la minute ; « § » renvoie aux titres numérotés.)
Parcours
Durée
À lire
À écouter
Un souffle
≈ 10 min
L'ouverture · §1 Hamlet et High Point · §3 L'abîme et l'éveil · §6 Une louange · §7 La dernière nuit · « Dernière mesure »
« Acknowledgement », première partie de A Love Supreme
Une soirée
≈ 1 h
L'ouverture, les repères et la chronologie · tout le récit (§1 à 7) · l'interlude du Vanguard · §22 Coltrane et Dolphy · §23 Coltrane et Ellington · §29 Playlists · « Dernière mesure »
Duke Ellington & John Coltrane (1962), puis « Naima » avec Dolphy (Village Vanguard, 1961)
L'intégrale
2 h 30 à 3 h
Tout, dans l'ordre ; quiz, vérification, sources et album en dernier
A Love Supreme d'un seul trait, puis Expression (1967)
Entrer par une envie
Prier : §3 L'abîme et l'éveil · §18 La quête spirituelle · §6 Une louange
Comprendre une amitié : §5 Eric, le frère · §12 Eric et Trane, les nuits · §12 bis Mingus et Dolphy · §22 Coltrane et Dolphy, dix preuves
Après lui : §16 Ce qu'il en reste · §16 bis Alice Coltrane
Rencontrer Duke : §11 Duke et Trane · §23 Coltrane et Ellington, dix points communs
Travailler comme lui : §9 Le travail · §21 Le génie · §19 Caractère · §20 La bonté
Les maîtres et le quartette : §10 Miles, Monk · §13 Le quartette et ses voix · §14 Studios et disques
Comprendre la colère et le deuil : §6 Une louange · §27 Frise des engagements · §15 En tournée
23 septembre : naissance de John William Coltrane à Hamlet. À trois mois, la famille s'installe à High Point.
fin 1938
Son père, une tante et ses grands-parents meurent à quelques mois d'intervalle.
vers 1939-1940
Le cor alto, puis la clarinette dans la fanfare de High Point ; en 1940, la fanfare du lycée William Penn. Lester Young l'oriente vers le saxophone alto.
1943
Juin : il quitte High Point pour Philadelphie. Septembre, pour ses dix-sept ans : premier saxophone, un alto, offert par sa mère.
1945
Juillet : avec Benny Golson, il entend Dizzy Gillespie et Charlie Parker à l'Academy of Music. Il entre dans la Marine.
1946
13 juillet : premier enregistrement, à Hawaï, avec des musiciens de la Navy. Août : démobilisé.
1947-1951
Le ténor avec Eddie « Cleanhead » Vinson (1947) ; l'orchestre de Dizzy Gillespie (1949-1951). Premier solo sur disque : « We Love to Boogie », 1ᵉʳ mars 1951.
1953-1954
Il joue dans le petit orchestre de Johnny Hodges, l'altiste d'Ellington, alors en congé de la formation de Duke.
1954
À Los Angeles, première rencontre avec Eric Dolphy (selon la version retenue ici ; voir §35).
1955
Été : Miles Davis l'appelle. Naissance du « premier grand quintette ».
1957
Avril : Miles le renvoie. Mai-juin : l'éveil spirituel, la rupture avec l'héroïne et l'alcool. Été : le Five Spot avec Monk. Septembre : Blue Train.
1958-1959
Retour chez Miles. Kind of Blue (mars et avril 1959). Giant Steps (Atlantic).
1960
Il forme son propre quartette. My Favorite Things.
1961
Eric Dolphy rejoint le groupe. Août : un mois au Village Gate. Africa/Brass ; Impulse!. 1ᵉʳ-5 novembre : le Village Vanguard. 11 novembre-4 décembre : tournée européenne. Le 23 novembre, Down Beat parle d'« anti-jazz ».
1962
12 avril : Down Beat, « Coltrane et Dolphy répondent aux critiques ». 26 septembre : la rencontre avec Duke Ellington, studio Van Gelder.
1963
7 mars : John Coltrane and Johnny Hartman. 15 septembre : l'attentat de Birmingham. 26 octobre : Schiphol. Novembre : « Alabama ».
1964
29 juin : mort d'Eric Dolphy, à Berlin. Il s'installe à Dix Hills (Long Island). 9 décembre : A Love Supreme.
1965
Ascension (environ six mois après), Newport, Seattle (Penthouse, septembre-octobre), Om.
1966
Janvier : Alice Coltrane remplace McCoy Tyner. Juillet : tournée au Japon ; le 16, concert à Nagasaki, « Peace on Earth ».
1967
Printemps : Expression, dont il approuve la parution le vendredi précédant sa mort. 16 juillet : hospitalisé. 17 juillet : mort. 21 juillet : obsèques à Saint Peter's, avec Albert Ayler et Ornette Coleman.
1969-1971
Naissance, à San Francisco, de l'église qui fera de lui un saint : la « Saint John Coltrane African Orthodox Church » (date à confirmer, voir §35).
2007
Citation spéciale du prix Pulitzer, à titre posthume.
2021-2023
Parutions de A Love Supreme: Live in Seattle (2021) et de Evenings at the Village Gate (2023), avec Eric Dolphy.
2026
23 septembre : le centenaire. Coltrane 100 : « The Tiberi Tapes » (Impulse!), concerts, hommages à Philadelphie, à Hollywood Bowl et ailleurs.
1. Hamlet et High Point, ou la première église (1926–1943)
Il y a des commencements qui tiennent dans une adresse. 200 Hamlet Avenue, à Hamlet, Caroline du Nord : un appartement, un cri, un enfant unique. John Robert, le père, est tailleur et musicien du dimanche ; Alice Blair, la mère, a la foi chevillée au corps. Les deux grands-pères sont pasteurs de l'Église épiscopale méthodiste africaine Sion. Trois mois après la naissance, tout ce monde déménage à High Point, tout près, pour se serrer autour du grand-père, le révérend William Blair. Le petit grandira là, dix-sept ans durant, dans une odeur de cantiques et de tissu repassé. ↗ · ↗ · ↗
Puis, à la fin de 1938, la maison se vide. Son père, une tante, ses grands-parents : tous s'éteignent en quelques mois. Il a douze ans. C'est à peu près le moment où il prend un instrument. On ne saura jamais si c'est une coïncidence. On sait seulement que, de ce trou dans la famille, sortira une habitude : mettre du son là où l'absence avait posé son silence. ↗ · ↗
Anecdotes de la première enfance
Le cor alto, puis la clarinette. Son premier orchestre est une fanfare communautaire, vers 1939 : un cor alto en mi bémol, puis la clarinette. En septembre 1940, son lycée crée une fanfare ; il en est un des membres fondateurs. ↗ · ↗
Lester Young, à la radio. À l'automne 1940, il écoute Lester Young ; l'alto saxophone lui apparaît comme un fruit défendu. Johnny Hodges, l'altiste d'Ellington, s'ajoute aux voix qui l'attirent. ↗ · ↗
Le garçon qui ne lâchait pas le cuivre. Une amie d'enfance, Rossetta Haywood, se souvient d'un adolescent qui gardait son saxophone avec lui tout le temps, s'enfermant dans la salle de musique pour travailler seul : il aimait ce cuivre, disait-elle simplement. ↗
Le mieux habillé, le plus musicien. Au lycée William Penn, ses camarades le sacrent « garçon le mieux habillé » en première année, puis « le plus musicien » de sa classe. Le tailleur avait laissé une trace. ↗
Un lycée qui s'arrête trop tôt. L'établissement ne va que jusqu'à la onzième année : il est diplômé en mai 1943, à seize ans. Le mois suivant, il rejoint sa mère à Philadelphie. ↗
Une ville qui l'attend et qu'il ne revoit presque pas. À High Point, il vécut à Underhill Street ; il n'y revint, par la suite, que de loin en loin, et jamais après 1945. Aujourd'hui une statue le salue en centre-ville. ↗
Il n'avait pas de fortune. Il avait un tuyau d'or : une direction. Tout ce qu'on lui retirait, il le transformait en chemin.
2. Philadelphie, la Marine, les maîtres (1943–1955)
Philadelphie, juin 1943. Une raffinerie de sucre le jour, le saxophone la nuit. Pour ses dix-sept ans, en septembre, sa mère lui achète un alto : c'est le vrai début. Il étudie à l'école de musique Ornstein, puis, quand la Marine l'a rendu à la vie civile, au Granoff Studio, grâce au G.I. Bill. Les cours de Dennis Sandole, un guitariste, lui ouvriront des portes harmoniques. ↗ · ↗
L'été 1945, il va entendre à l'Academy of Music deux hommes qui ne s'appellent pas encore bebop, parce que le mot ne tient pas dans la bouche : Dizzy Gillespie et Charlie Parker. Avec lui, son ami Benny Golson. Ils sortiront de là un peu plus nus qu'à l'entrée. ↗
Les années d'atelier
La Marine et ses fanfares. Il sert à Hawaï. Il s'intègre à un orchestre de swing de la base, les Melody Masters, formation entièrement blanche : on le traite en invité pour ne pas alerter les officiers. Le 13 juillet 1946, il enregistre là son premier disque informel, avec des camarades de la Navy. ↗
« Une journée à travailler, un sandwich, on recommence ». Benny Golson raconte à Lewis Porter qu'à partir de 1945 ils travaillaient toute la journée ensemble : l'un jouait les grilles d'accords au piano, l'autre les apprenait au saxophone, puis on échangeait. ↗
Jimmy Heath, ou la méthode. Entre 1947 et 1949 environ, Coltrane et Jimmy Heath s'exercent ensemble, relevant des phrases sur disques pour les « digérer », dira-t-il plus tard à Down Beat. ↗
Le ténor, 1947. Aux côtés d'Eddie « Cleanhead » Vinson, il passe de l'alto au ténor. Puis vient l'orchestre de Dizzy Gillespie (1949-1951) : le 1ᵉʳ mars 1951, sur « We Love to Boogie », il prend son premier solo gravé. ↗ · ↗
Chez le patron d'Ellington. En 1953-1954, il entre dans le petit orchestre de Johnny Hodges, le grand altiste de Duke, qui tire en parallèle sa propre barque pendant quatre ans. C'est la première fois que son chemin touche le monde d'Ellington. Le groupe de Hodges alterne ses sets avec celui d'un autre chef, Candoli ; après le travail, Coltrane relance un musicien, Winn, pour lire des partitions ensemble. ↗ · ↗
Los Angeles, 1954. Selon la version retenue ici, c'est pendant cette tournée californienne qu'il rencontre un jeune multi-instrumentiste de la ville, Eric Dolphy. Coltrane dira plus tard au journaliste de Down Beat qu'ils « parlaient musique » depuis 1954 environ. ↗ · ↗
L'ombre. Quelque part dans ces années-là, l'héroïne et l'alcool entrent dans sa vie. Cela le rend difficile à engager et le prépare à la chute. ↗
Le téléphone, l'été 1955. Il travaille encore à Philadelphie, étudie avec Sandole, quand Miles Davis l'appelle. ↗
3. L'abîme et l'éveil (1955–1959)
Le premier quintette de Miles est un laboratoire où le jeune ténor semble toujours arriver en retard sur lui-même : trop de notes, pas assez de silence. Le trompettiste le renvoie, une première fois en 1956, une seconde en avril 1957 : héroïne, alcool, fiabilité. Coltrane touche le fond. ↗ · ↗
Puis, en juin 1957, dans les affres du sevrage, il dira avoir connu un éveil spirituel, grâce à Dieu, qui le conduirait à une vie plus riche, plus pleine, plus productive. Le sevrage, selon plusieurs récits, s'est fait d'un coup : enfermé dans une chambre, chez sa mère à Philadelphie. Il ne remettra jamais d'héroïne dans sa vie. ↗ · ↗ · ↗
La renaissance, étape par étape
Thelonious Monk. Dans la foulée, Monk l'invite pour un été au Five Spot Café, à New York. C'est une école de géométrie : Monk lui apprend à entendre un accord comme un espace. En novembre 1957, un concert au Carnegie Hall est capté par la Voice of America : la bande, retrouvée bien plus tard, paraîtra chez Blue Note en 2005. ↗ · ↗
Blue Train. En septembre 1957, il enregistre pour Blue Note le disque qui porte son premier grand cri de bleu. ↗
Retour chez Miles. Début 1958, il rejoint à nouveau le quintette : cette fois, comme un autre homme. Au printemps 1959, Kind of Blue (les 2 mars et 22 avril 1959) ; la musique devient modale, c'est-à-dire que l'on ne court plus d'accord en accord : on s'installe dans une couleur. ↗ · ↗
« Retire donc le cor de ta bouche. » Dans les soirs d'excès, Miles lui demande pourquoi il joue si longtemps. Coltrane répond qu'il ne sait pas où finir. « Take the horn out your mouth », lui dit Miles. L'anecdote a fait le tour du monde. ↗
Vingt-sept chorus au lieu de vingt-huit. Un musicien du quintette racontera à Bill Crow que Miles lui disait de jouer vingt-sept chorus plutôt que vingt-huit, et que Trane répondait ne pas savoir s'arrêter, tant il se laissait happer. ↗
Le soprano, 1959. Selon Ashley Kahn, c'est cette année-là qu'il se met à jouer du soprano : un collègue l'a laissé en dépôt chez lui. L'instrument deviendra sa voix aiguë de prière. ↗
Giant Steps. Le disque de la fin 1959, publié en 1960 chez Atlantic, est l'exposé du système : des changements d'accords en tierces majeures, si denses qu'ils semblent des échelles de Jacob. ↗
Il s'était perdu pour se trouver. Il ne fit jamais de sa chute une légende : il en fit une reconnaissance.
4. Le temple des quatre (1960–1962)
1960 : l'année des départs. Il quitte Miles et monte son propre quartette. Autour de lui se tiennent trois hommes dont l'histoire retiendra les noms : McCoy Tyner au piano, Elvin Jones à la batterie, et, un peu plus tard, Jimmy Garrison à la contrebasse. Le Classic Quartet, dira-t-on. Plutôt une église à quatre piliers. ↗
Le quartette, en quelques éclats
My Favorite Things. Il prend un air de comédie musicale, de Rodgers et Hammerstein, et le transforme en incantation : au soprano, par la répétition, il déplace une valse jusqu'au transe. Ce sera son plus grand succès populaire. ↗
Impulse!, 1961. Le label de Bob Thiele lui ouvre la porte : Africa/Brass, Live at the Village Vanguard, Impressions, puis Ballads, Crescent, A Love Supreme. ↗ · ↗
Les quarante-cinq minutes. Les clubs de New York : Birdland, le Village Vanguard, le Five Spot, le Blue Coronet, le Half Note. On y raconte des solos de plus de quarante minutes. ↗
La baguette de Chicago. Un batteur raconte qu'un soir, au Sutherland, épuisé par un solo de trente minutes, il a laissé échapper une baguette qui a frôlé la tête de Trane. Il s'excuse ; Coltrane répond qu'il croyait qu'on lui avait enfin lancé quelque chose pour avoir joué si longtemps. (Récit de Bill Crow, batteur non identifié.) ↗
Un disque en deux orchestres. Pour l'Ellington de septembre 1962, on mêlera les deux rythmiques : Garrison et Jones côté Trane, Aaron Bell et Sam Woodyard côté Duke (voir §11). ↗
Le soir avec Johnny Hartman. Le 7 mars 1963, le baryton velouté Johnny Hartman et le quartette gravent un disque de ballades, un ruban de velours dans le tumulte. ↗ · ↗
5. Eric, le frère (1954–1964)
Il y a des rencontres qui n'ont pas besoin de date. Pourtant, Coltrane et Eric Dolphy en eurent une : Los Angeles, 1954, deux jeunes hommes dans la poussière dorée de la côte. Dolphy est né le 20 juin 1928, de parents panaméens : un garçon doux, qui ne boit pas, ne fume pas, ne se pique pas, et qui parle aux oiseaux avec son alto. Coltrane est de deux ans son aîné. Le premier est un fleuve sombre, le second une rivière claire. Ils se reconnaissent. ↗ · ↗ · ↗
À l'hiver 1960-1961, Dolphy rejoint peu à peu le groupe. Il y reste moins d'un an en formation régulière : de l'été 1961 au printemps suivant. Mais ces mois-là suffisent à changer deux vies. ↗ · ↗
Les mois d'Eric
Le Village Gate, août 1961. Le 8 août, Coltrane commence un mois au Village Gate avec Tyner, Jones, Workman, et, surprise, un second souffleur : Dolphy. Les bandes de ce mois dormiront jusqu'en 2023 sous le titre Evenings at the Village Gate. ↗ · ↗
Africa/Brass. Dolphy et Tyner aident Coltrane à orchestrer cette fresque ; Dolphy y joue de la clarinette basse. ↗
Le Village Vanguard, novembre 1961. Du 1ᵉʳ au 5, le club filme l'une des plus grandes semaines du siècle. Dans « Naima », Dolphy est le soliste mis en avant. ↗ · ↗
L'Europe, du 11 novembre au 4 décembre. Le quintette traverse le continent. Les bandes (Live Trane: The European Tours) montrent des salles aussi chargées qu'un concert de rock. ↗
« Anti-jazz ». Dès le 23 novembre 1961, un critique de Down Beat, John Tynan, parle d'un « anti-jazz » dans lequel Coltrane et Dolphy seraient les têtes de file. Leonard Feather reprend le mot. Les deux hommes demandent et obtiennent un article pour se défendre. ↗ · ↗
Le blessé par ricochet. Coltrane dira qu'on les avait fait passer pour deux ignorants et qu'il avait souffert de voir Dolphy touché. ↗
L'envol d'Eric. Il part continuer sa route : Far Cry, Iron Man, Out to Lunch! (25 février 1964, Blue Note), qui deviendra l'un des disques les plus étranges et les plus beaux de l'époque. ↗
Berlin, juin 1964
En avril 1964, Dolphy part avec Charles Mingus pour une tournée européenne. Avant de partir, il a annoncé qu'il resterait à Paris, où il pense à se marier. Le 2 juin, à Hilversum, il enregistre Last Date ; le 11 juin, à Paris, d'autres bandes. Il lui reste dix-huit jours. ↗ · ↗
Le 27 juin, il est à Berlin-Ouest pour un club, le Tangent. Le 28, il s'effondre dans la rue ; on l'emmène à l'hôpital. Il a un diabète que personne ne lui avait diagnostiqué. Il meurt le 29, à trente-six ans. ↗ · ↗ · ↗
À la fin du disque de Hilversum, sa voix : « after it's over, it's gone in the air. You can never capture it again. » — « Quand c'est fini, c'est parti dans l'air. On ne peut jamais le reprendre. » Ce n'était pas un adieu. Cela y ressemble tellement. ↗ · ↗
Deux frères : l'un resté dans l'air, l'autre parti en l'air. Trois ans plus tard, le second rejoint le premier.
6. Une louange (1963–1966)
1963 : la lumière change de côté. Le 15 septembre, à Birmingham (Alabama), une bombe du Ku Klux Klan détruit l'église baptiste de la 16ᵉ Rue et tue quatre fillettes. Le 18, Martin Luther King prononce leur éloge funèbre. Coltrane compose « Alabama », enregistrée en novembre : une mélodie qui s'appuie sur le phrasé de ce discours, un deuil sans amertume. Il ne dira jamais publiquement que c'est une réponse à l'attentat ; on le comprend sans qu'il ait à le dire. ↗ · ↗ · ↗
Neuf mois plus tard, Dolphy est mort. Et en 1964, dans une pièce de sa maison de Dix Hills, Long Island, Coltrane s'isole quatre ou cinq jours. Il en sort avec quatre mouvements. Le 9 décembre 1964, le quartette les enregistre : A Love Supreme. ↗ · ↗ · ↗
Les quatre portes
Un gong. Le disque s'ouvre sur un coup de gong, puis une mosaïque de sons. ↗
« Acknowledgement ». Quatre notes, répétées à travers les tonalités, comme une litanie. Le morceau propose un motif et le déplace, encore et encore. ↗ · ↗
« Psalm ». Dans la dernière partie, le saxophone récite le poème que Coltrane a écrit pour les notes de pochette : la voix du prêcheur, le sermon en poème. ↗
Un remerciement. Il l'a dit : c'était sa manière de dire merci à Dieu, pour l'éveil de 1957. ↗
Et après ?
Ascension, juin 1965. Un grand ensemble de onze musiciens, environ six mois après A Love Supreme : le monde de l'avant-garde. ↗
Om, octobre 1965. Le titre renvoie à la syllabe sacrée de l'hindouisme. La lecture de textes, l'étude de musiques d'ailleurs, l'Inde, l'Afrique : sa spiritualité s'élargit à toutes les traditions. ↗
Alice. En janvier 1966, Alice Coltrane remplace McCoy Tyner au piano. Elle sera son épouse, et, après lui, la gardienne du temple. ↗
Le Japon, juillet 1966. Dans le pays, il est, d'après la revue Swing Journal, le musicien le plus populaire. Il y fait une pause pour aller déposer une couronne de fleurs au lieu d'impact de la bombe de Nagasaki ; le 16 juillet, il y joue « Peace on Earth ». ↗ · ↗
7. La dernière nuit (juillet 1967)
Il souffre du foie depuis le milieu de 1966 ; il ne s'en occupe pas. Pendant des semaines, il a mal au ventre et refuse de voir un médecin. Au printemps 1967, il enregistre encore. Le vendredi qui précède sa mort, il approuve la parution d'Expression. ↗ · ↗ · ↗
Hospitalisé à Huntington, Long Island, il meurt le 17 juillet 1967, à quarante ans. Quatre jours plus tard, le 21, l'église luthérienne Saint Peter, à Manhattan, est pleine. Albert Ayler et son quartette ouvrent la cérémonie ; Ornette Coleman la clôt. Ni l'un ni l'autre ne joue les airs de Coltrane : ils jouent leur propre musique, ou l'improvisation libre. L'ami Calvin Massey lit le poème « A Love Supreme ». Il repose à Pinelawn Memorial Park, à Farmingdale. ↗ · ↗ · ↗
Dans le programme des obsèques, une phrase de la sainteté de l'ordinaire : « All praise be to God to whom all praise is due. » — « Toute louange à Dieu, à qui toute louange est due. » Au bas de la page, c'est sa voix qui conclut, et c'est une action de grâce. ↗
On n'arrête pas un homme qui n'a jamais su s'arrêter. On le laisse, tout au plus, au milieu d'un chorus — et le chorus continue.
II. LE GRAND RECUEIL D'ANECDOTES
Le récit ne disait que l'essentiel. Ici, on ouvre les tiroirs : les coulisses, les nuits, les témoins, les petites choses qui font qu'un homme devient une lumière. Chaque histoire porte sa source ↗ ; les témoignages sont rapportés en substance.
8. Enfance et Philadelphie — les à-côtés
Deux villes, deux églises. Hamlet pour la naissance (selon Wikipedia, 200 Hamlet Avenue ; selon NCpedia, Bridges Street : voir §35), High Point pour l'enfance. À Philadelphie, il vivra dans le quartier de Strawberry Mansion, presque toute la décennie 1950. ↗ · ↗ · ↗
Une mère partie la première. Après la mort du grand-père, du père et de la grand-mère, sa mère part à Philadelphie, vers 1942, chercher du travail : elle fait partie de la Grande Migration. Il reste à High Point pour finir l'école. ↗
La maison du gospel. Il grandit, note-t-on, dans l'atmosphère de l'Église du Sud, au milieu d'une profusion de gospel. ↗
Un enfant unique. Le seul fils de John Robert et d'Alice Blair Coltrane : c'est ce que dit le programme de ses obsèques. ↗
Deux écoles à Philadelphie. L'école Ornstein, avec Mike Guerra (1944-1945), puis le Granoff, avec Matthew Rastelli, où il suit un cours par semaine pendant deux ou trois ans. ↗
Le G.I. Bill, jusqu'à la dernière ligne. Les leçons s'arrêtent quand l'argent de ses études d'ancien combattant est épuisé. ↗
Le soir d'Academy of Music. En juillet 1945, l'adolescent et Benny Golson entendent Gillespie et Parker ; ils en parleront toute leur vie. ↗
La Marine. Il sert comme musicien sans en avoir le grade ; sa fonction est de jouer. À la fin de son service, il est devenu le chef du groupe. ↗
La « Golden Strip ». Dans le Nord de Philadelphie, il forge son son dans les clubs de la « Golden Strip » ; le Café Society se trouvait à trois pâtés de maisons de son appartement. ↗
Le cadeau des dix-sept ans. En septembre 1943, quelques mois après son arrivée à Philadelphie, sa mère lui achète son premier saxophone : un alto. ↗
Daisy Mae and the Hep Cats. McCoy Tyner se souvient d'avoir rencontré Coltrane quand lui-même jouait dans des groupes de rhythm and blues autour de Philadelphie : l'aîné tenait sa place dans une formation nommée Daisy Mae and the Hep Cats. ↗
Un ami d'adolescent. Leur amitié remonte aux années 1950, à Philadelphie, quand Tyner était encore un adolescent. ↗
Les copains de la Navy. C'est un ancien camarade des Melody Masters, le trompettiste William Massey, qui parle de Coltrane à Jimmy Heath ; après avoir tourné avec King Kolax, Coltrane entre dans l'orchestre de Heath. ↗
Earl Bostic, peut-être. Selon une autre version, c'est lors d'une tournée en Californie avec l'altiste de rhythm and blues Earl Bostic qu'il aurait croisé Eric Dolphy (voir §35). ↗
« Big Nick ». Chez Dizzy Gillespie, il côtoie le ténor George « Big Nick » Nicholas, auquel il dédiera un morceau douze ans plus tard. ↗
Presque inconnu à vingt-neuf ans. Un historien rappelle que personne n'avait vraiment entendu parler de lui avant qu'il rejoigne Miles en 1955 : un talent que la drogue et l'alcool avaient empêché de s'épanouir, mais un son qui saisissait. ↗
Timide, donc mystérieux. À la fin du lycée, il semblait déjà distant ; en vérité il était timide, et on le connaissait comme « le musicien de High Point ». ↗
Une marque dans la ville. Une plaque historique d'initiative privée lui rend hommage à High Point, et un centre culturel à son nom était prévu sur le campus de son ancien lycée. ↗
Départ pour New York. Après presque toute la décennie 1950 à Strawberry Mansion, il s'installe à New York en 1958. ↗
9. Le travail — pratiquer jusqu'à la prière
Il n'y a pas, chez Coltrane, de don sans sueur. Les anecdotes de ceux qui l'ont vu travailler dessinent un portrait obstiné.
Pratiquer à l'entracte. Il quitte la scène à la pause, va aux toilettes, et continue de travailler jusqu'à la reprise. ↗
Un coin de couloir. Un musicien de l'époque : il jouait toute la nuit, puis, à l'entracte, s'en allait jouer ailleurs, debout dans un coin. ↗
« Mes flûtes sont près du lit. » Dans un entretien de 1966, il explique qu'il laisse ses instruments à portée de main : quand il est fatigué, il s'allonge et joue. ↗
Des tapes d'étude. Chez le saxophoniste Joe Brazil, à Detroit, des bandes de Coltrane en train de travailler ont été enregistrées. Alice McLeod, future Alice Coltrane, fréquentait elle aussi la cave. ↗
Dennis Sandole. Il étudie avec Dennis Sandole de 1946 jusqu'au début des années 1950 ; au moment où Miles l'appelle, il est encore son élève. ↗
Cal Massey, vers 1957. Le trompettiste et compositeur Cal Massey s'exerçait avec lui, selon McCoy Tyner. ↗
La grille de Dolphy. Pendant l'hiver 1961-62, quand Dolphy partage la scène avec lui, Lewis Porter pense qu'ils travaillaient sans doute ensemble très souvent, chez l'un ou chez l'autre. ↗
L'humble. À propos de la séance Ellington, il dira qu'il aurait voulu retravailler tous ces morceaux, puis ajoute que les interprétations n'auraient sans doute pas été meilleures : la spontanéité vaut mieux. ↗
Slonimsky, chaque jour. Parmi les recueils d'exercices qu'il consultait quotidiennement figurait le Thesaurus of Scales and Melodic Patterns de Nicolas Slonimsky. (Une étude plus récente de ses manuscrits indique toutefois que ce livre n'est pas la source de ses pages « Scales of India ».) ↗ · ↗
Un chef qui ne dirige pas. McCoy Tyner : en tout et pour tout, ils répétèrent six ou sept fois pendant tout son séjour dans le groupe. Coltrane menait comme Miles : sans s'imposer. ↗
« John n'a jamais fait de mal à personne. » La phrase d'Elvin Jones, entendue à la radio le jour de sa mort, qui est restée dans la mémoire d'un auditeur. ↗
Un mot de Rashied Ali. Le batteur raconte que Coltrane changea toute sa conception de la musique, et qu'il était, de près, timide : parce qu'il était un si grand artiste, dit-il, on n'a jamais su comment était l'homme. ↗
Aller humblement. « When there's something you don't understand, you have to go humbly to it », répondait-il : on ouvre l'esprit, on absorbe, on reste tranquille. ↗
La main sur le flanc. Lewis Porter remarque qu'au repos, debout, Coltrane aimait poser sa main droite sur son côté. ↗
Jouer aussi longtemps qu'il le faut. Un historien affirme qu'il fut le premier chef d'orchestre à dire qu'il jouerait aussi longtemps qu'il en aurait besoin, bouleversant la manière dont les clubs programmaient la musique. ↗
Dans la voiture, 1966. L'un des rares entretiens approfondis qu'il a accordés, avec Frank Kofsky, eut lieu dans sa voiture, près de Dix Hills. ↗
Le sens du « contraire ». Dans un entretien cité par Bret Primack, il explique que, plongé dans les structures harmoniques, il ne savait pas s'il aurait songé à abandonner le système d'accords : Ornette Coleman l'a fait, et il s'est dit que c'était sans doute la réponse. ↗
10. Miles, Monk et les maîtres — l'atelier de New York
Un jeune homme sans repères se met sous la tutelle de deux géants têtus. L'un lui apprend le temps, l'autre l'espace.
Monk, le seuil. Monk, qui venait de retrouver sa « cabaret card » (le permis de jouer dans les clubs new-yorkais), accueille Coltrane chez lui dès le début de 1957 : il s'installe au piano et lui montre les réponses en jouant, sans presque parler. ↗
La tournée des appartements. Coltrane raconte aller le chercher chez lui et le sortir du lit : Monk se retournait vers le piano et commençait à jouer. ↗
« Trinkle Tinkle ». Une leçon célèbre : cette mélodie simple d'apparence, bâtie sur des accords qui changent de direction toutes les quelques mesures. Monk lui apprenait à percevoir des architectures entières, non des accords isolés. ↗
Laissé seul avec le morceau. Une fois le morceau montré, Monk repartait quelques heures, dehors ou au lit, et revenait le rejouer à deux. ↗
Le Five Spot. Le café du Cooper Square, fréquenté par poètes et peintres, qui avait déjà accueilli Cecil Taylor et David Amram, accepte d'engager Monk : le quartette commence en juillet 1957 avec Coltrane, le contrebassiste Wilbur Ware et, à la batterie, Shadow Wilson. ↗
Une scène minuscule. Moins de cent personnes y tiennent à l'aise ; le piano est si près de l'estrade que les deux hommes pouvaient presque se toucher. ↗ · ↗
« Ouverture, il se débattait avec tous les morceaux. » Le poète LeRoi Jones, présent, écrit que Coltrane luttait ce soir-là avec toute la musique ; l'historien Robin Kelley note que chaque chanson de Monk était un défi. ↗ · ↗
Monk danse. Quand la musique swingue, Monk quitte son tabouret pendant le solo d'un autre, esquisse un petit pas de danse en cercle, les yeux fermés, et revient au clavier à l'instant qu'il juge juste. ↗
Le bar, la cuisine, la lune. Il lui arrive d'aller prendre un verre en laissant jouer Coltrane, Wilbur Ware et Shadow Wilson seuls ; un copropriétaire du Five Spot le surprend à parler à un plongeur, puis le retrouve, un soir, à quelques rues, en train de regarder la lune. ↗ · ↗
« Le son le plus électrisant depuis Parker. » Le tromboniste J.J. Johnson, qui n'y est allé qu'une fois, dira qu'il n'avait rien entendu de tel depuis Charlie Parker. ↗
Les notes simultanées. Selon un critique, c'est de Monk qu'il tient ses solos plus longs et l'art de jouer plusieurs notes à la fois : technique qui définira son style tardif. ↗
Un concert de bienfaisance. Le 29 novembre 1957, au Carnegie Hall, pour un « Thanksgiving Jazz » au profit du Morningside Community Center, un concert capté par la Voice of America : la bande est retrouvée des décennies plus tard et publiée en 2005. ↗
Un enregistrement dû à Naima. Une prise de l'un des derniers soirs au Five Spot, en 1958, existe grâce à sa femme Naima, qui l'avait enregistrée. ↗
Le coup de poing, selon la légende. Dans une version racontée par un blog, Miles aurait giflé et frappé Coltrane après un concert, avant que Monk n'intervienne : « tu peux venir jouer avec moi quand tu veux ». (Récit non vérifié ; voir §35.) ↗
Au sortir du Five Spot. Début 1958, il retrouve l'orchestre de Miles, mais, note un chroniqueur, c'est un autre musicien. ↗
Une tournée sifflée. Du 21 mars au 10 avril 1960, la rythmique de Miles tourne en Europe avec les troupes de Jazz at the Philharmonic ; à l'Olympia de Paris, les solos de Coltrane sont hués. ↗
Réticent. Il s'était laissé persuader à contrecœur de partir pour cette dernière tournée avec Miles ; au retour, en avril, il est enfin libre de former son propre quartette. ↗
Atlantic, 7 000 dollars. Le manager de Miles, Harold Lovett, négocie pour lui un contrat Atlantic assorti d'une garantie annuelle de 7 000 dollars. ↗
Le Jazz Gallery. Après avoir quitté Miles au printemps 1960, il forme son premier quartette itinérant pour une résidence au Jazz Gallery. ↗
Le pont dentaire. Après les séances de Giant Steps, des problèmes de bridge dentaire le tiennent six mois hors des studios. ↗
Tyner, le gant. Il hésite à demander à Tyner de quitter le Jazztet, car il est ami avec Golson ; Naima l'encourage, il lui pose enfin la question, et Tyner le rejoint à la fin de mai 1960. Entre cette date et décembre 1965, aucun autre pianiste ne l'accompagne. ↗
11. Duke et Trane — le disque de septembre 1962, minute par minute
Duke a soixante-trois ans. Coltrane en a trente-six. Le premier a inventé un monde dans les années 1920 ; le second en invente un autre. Pour un jour, on tend un pont.
Le décor. Le 26 septembre 1962, au studio de Rudy Van Gelder, à Englewood Cliffs (New Jersey). Le producteur est Bob Thiele, d'Impulse!. ↗ · ↗
Deux rythmiques. Ellington n'a amené ni son orchestre, ni ses souffleurs : seulement le contrebassiste Aaron Bell et le batteur Sam Woodyard. Coltrane, lui, a ses compagnons, Jimmy Garrison et Elvin Jones. Ils se relaient d'un morceau à l'autre. ↗ · ↗
Une journée. La séance dure six à huit heures et donne sept morceaux ; tout est enregistré dans la journée. ↗ · ↗
Deux blues écrits sur place. « Take the Coltrane » et « Stevie » : deux esquisses de Duke, griffonnées pour l'occasion. Ellington offre à Trane son nom en titre. ↗
« My Little Brown Book ». Le chef-d'œuvre de la séance, une ballade de Billy Strayhorn, le compagnon d'Ellington. Coltrane la chante au ténor comme une valse esseulée à minuit. ↗ · ↗
« Big Nick ». Le seul morceau de Coltrane de l'album : un hommage au ténor George « Big Nick » Nicholas, qu'il a connu chez Gillespie. ↗
« In a Sentimental Mood ». Le titre qui ouvre l'album, composé par Ellington en 1935. Coltrane n'y fait presque rien d'autre que chanter, et Duke l'accompagne avec une retenue d'aristocrate. ↗
La première prise. À l'issue de la première prise, on propose de la refaire ; la première prise est conservée. Dans ses notes de pochette, Ellington expliquera qu'à force de reprises, Coltrane risquait de s'imiter lui-même. ↗
Sans clef. L'un des musiciens de la rythmique raconte que Duke se mettait à jouer sans même dire la tonalité : il savait communiquer sans paroles, et Trane l'entendait. (Identité du témoin à confirmer.) ↗
La phrase de Trane. Il dira avoir été honoré de travailler avec Duke, qui avait posé des normes qu'il n'avait pas encore atteintes. ↗
Le seul rendez-vous. Cet album est la seule rencontre enregistrée entre les deux hommes. ↗
Le Duke des grandes rencontres. Au début des années 1960, Ellington enchaîne les duos de générations : Count Basie, Louis Armstrong, Coleman Hawkins (18 août 1962), Max Roach, Mingus, puis Coltrane. ↗ · ↗
Hodges, la boucle. Le grand altiste de Duke, Johnny Hodges, fut l'une des premières idoles de Coltrane, puis son patron en 1953-1954 : huit ans plus tard, il s'assied devant Duke lui-même. ↗ · ↗
Un seul disque, deux rythmiques, un seul pianiste. C'est, de l'avis des éditeurs, leur unique rencontre enregistrée ; elle ne réunit jamais l'orchestre de Duke. ↗
« Coltrane joue Ellington ». Un critique écrit qu'en réalité le disque revient à « Coltrane joue Ellington », puisque le ténor y est tout le spectacle. ↗
« Tendrement féroce ». Le même texte lui prête une tendresse aussi féroce que sa fureur : nulle part mieux que chez Ellington et Strayhorn. ↗
Strayhorn, le fil. Coltrane intitule un album Lush Life (1958) ; en 1963, il y revient avec Hartman ; en 1962, il joue « My Little Brown Book » : trois fois Strayhorn, le compagnon de Duke. ↗ · ↗
Elvin chez Duke. En janvier 1966, Elvin Jones quitte Coltrane et entre dans l'orchestre d'Ellington : le batteur de A Love Supreme finira donc dans la maison de Duke. ↗
Sam Woodyard, côté Duke. Le batteur d'Ellington partage la séance avec Elvin Jones, un morceau sur deux. ↗
« Come Sunday ». L'hymne d'Ellington : Dolphy l'enregistre en duo en 1963 ; en septembre 1965, à Grace Cathedral, c'est Johnny Hodges qui le « chante » à l'alto, selon le récit d'Ellington lui-même. Hodges, Dolphy, Coltrane : trois souffles pour un même cantique. ↗ · ↗
Chaque musicien « en personnage ». Ellington écrit dans Music Is My Mistress que, pour le Concert sacré de 1965, chacun joua en caractère : Cootie Williams grognait, Cat Anderson envoyait des notes jusqu'au toit, Harry Carney énonçait le thème avec dignité. ↗
San Francisco, 16 septembre 1965. Le Concert de musique sacrée est donné à Grace Cathedral, au sommet de Nob Hill, dans l'année qui consacre la cathédrale ; Ellington en parlera comme de la chose la plus importante qu'il ait faite. ↗ · ↗
Trois concerts, 1965-1973. Ellington en écrira trois (1965, 1968, 1973). Le premier est repris à New York, avec Lena Horne, à la Fifth Avenue Presbyterian Church, le 27 décembre 1965. ↗
La Bible de maman. Sa mère lui avait donné une Bible en disant que c'était le seul livre dont il aurait jamais besoin, rapporte une chanteuse. ↗
Quarante ans avant. Dès 1943, Black, Brown and Beige contenait des thèmes sacrés. ↗
12. Eric et Trane — les nuits du frère
« Nous parlons musique depuis 1954. » Face à Down Beat, Coltrane dit qu'Eric et lui parlent de musique depuis 1954 environ. ↗
Trente secondes de silence. Quand l'éditeur, Don DeMicheal, leur demande ce qu'ils essaient de faire, les deux saxophonistes se taisent trente secondes. Puis Dolphy : « That's a good question. » ↗
Les oiseaux. Dolphy explique, en souriant, qu'un effet de son jeu est voulu : il a toujours aimé les oiseaux. « That's the way birds do », dit-il. ↗
L'univers en image. Coltrane répond que le but d'un musicien est de donner à l'auditeur une image des merveilles qu'il connaît et pressent dans l'univers. ↗
Monterey. À l'automne 1961, le groupe Coltrane-Dolphy est à l'affiche de la soirée d'ouverture du festival de jazz de Monterey. ↗
Une semaine de Village Vanguard. Les bandes de novembre 1961 sont publiées de façon partielle, puis intégrale en 1997, avec Dolphy à l'alto et à la clarinette basse. ↗ · ↗
« My Favorite Things », flûte. Sur les enregistrements européens, Dolphy joue ce thème à la flûte. ↗
Deux manières de souffler. Un auditeur note que les deux styles se complètent : Dolphy joue par rafales courtes, Coltrane, dans ses « nappes de sons », a l'air de ne jamais ôter le cor de sa bouche. ↗
Le sobre et le rescapé. Dolphy était un homme aimable qui ne buvait pas, ne fumait pas et ne se droguait pas. Coltrane, lui, sortait de l'abîme. ↗
L'adieu. À l'annonce de la mort d'Eric, Coltrane aurait dit qu'il était l'une des plus grandes personnes qu'il ait connues, comme homme, ami et musicien (source secondaire ; à recouper). Dans une interview, sa phrase sera plus sobre : tout ce qu'il pourrait dire serait en dessous de la vérité. ↗ · ↗
Un portrait au mur. Selon la même source secondaire, Coltrane voyageait avec une photographie de Dolphy qu'il accrochait aux murs de ses chambres d'hôtel. ↗
La mère. Sadie Dolphy, la mère d'Eric, qui se souvenait de son fils jouant dans le petit studio près de chez eux, donne à Coltrane des instruments qu'Eric avait achetés en France sans jamais les jouer. Coltrane en joue, la flûte et la clarinette basse, sur plusieurs disques avant sa propre mort. ↗
« Expression ». Sur le dernier album qu'il approuve, il joue de la flûte alto, à côté de la flûte et du piccolo de Pharoah Sanders. Nos sources ne disent pas si l'instrument est celui d'Eric. ↗
« Come Sunday ». En juillet 1963, Dolphy enregistre en duo avec le contrebassiste Richard Davis l'hymne d'Ellington « Come Sunday ». Le triangle se ferme : Duke, Eric, John. ↗
Mingus, l'autre frère. Mingus voyait en lui « un musicien complet » ; en 1964, Dolphy revient dans son groupe pour la tournée européenne. ↗
Le studio dans le jardin. Les parents de Dolphy lui ont fait bâtir un studio au fond de leur jardin, à Los Angeles ; des amis venaient jouer. Au milieu des années 1950, Coltrane, de passage à L.A., y traîna, selon une notice : les deux hommes étaient réputés pour travailler huit à douze heures par jour (source à recouper). ↗ · ↗
Six ans, une clarinette. À six ans, Eric prend ses premiers cours ; il aime aussi le hautbois, et ses parents rêvent de le voir un jour à l'Orchestre symphonique de Los Angeles. ↗ · ↗
Lloyd Reese, le maître. Le professeur qui le détourne d'une carrière classique « respectable » : Mingus écrira que Reese, un musicien accompli, avait aussi formé Harry Carney, l'homme d'Ellington, et Ben Webster. ↗
Le « 17 Beboppers ». Après le lycée, il joue dans le big band du batteur Roy Porter ; Art Farmer en fait partie. ↗
Mingus, l'ami de Los Angeles. Mingus le connaissait de leur jeunesse ; Dolphy le rejoint en 1960 peu après son arrivée à New York. ↗
Les oiseaux, pour de vrai. Sa flûte imitait des sons naturels, notamment le chant d'oiseaux qu'il avait étudié dans sa jeunesse. ↗
Gazzelloni. Il étudie la flûte auprès du flûtiste classique Severino Gazzelloni, dont il donne le nom à une pièce de Out to Lunch!. ↗
Miss Ann. Sa composition la plus célèbre apparaît sur Far Cry (21 décembre 1960) ; sur « Tenderly », il joue un solo d'alto sans accompagnement, « stupéfiant ». ↗
« God Bless the Child ». Sa version à la clarinette basse seule, pendant la tournée européenne, fixe l'idéal du solo pour cet instrument. ↗
Hale et Juanita Smith. Le compositeur Hale Smith et sa femme Juanita voyaient Dolphy chez eux, à Freeport (Long Island) : il arrivait en Volkswagen et passait la journée. Les bandes qu'il leur a laissées deviendront, en 2018, Musical Prophet. ↗
Pourquoi l'Europe. Il avait expliqué vouloir s'y installer parce qu'il pouvait y trouver plus de travail en jouant sa propre musique, alors qu'aux États-Unis on vous critique dès que vous faites quelque chose de différent. ↗
Répéter tous les jours. Un saxophoniste nommé Davis (probablement Nathan Davis), qui joua avec lui en 1964, se souviendra de n'avoir jamais travaillé dans un groupe où l'on répétait autant : répétition quotidienne, concert chaque soir de dix heures à quatre heures du matin. ↗
« Naima », à Paris, le 11 juin 1964. Dix-huit jours avant sa mort, Dolphy joue en studio la ballade de Coltrane. ↗
La nuit du Tangent. Le 27 juin, il joue pour l'ouverture d'un club de Berlin-Ouest. Selon la version, il s'effondre dans sa chambre ou sur scène ; à l'hôpital, on le prend, selon plusieurs témoins, pour un toxicomane ; il n'avait jamais touché à la drogue. Le trompettiste Ted Curson : « Il est mort pour rien. » ↗ · ↗
« Seulement le bien ». Mingus dira : quand un homme meurt, on se souvient en général des bons côtés ; avec Eric, il n'y en avait pas d'autres. ↗
Un barbecue pour Eric. Frank Zappa lui consacre « The Eric Dolphy Memorial Barbecue » (1970) et le cite dans les remerciements de Freak Out! — comme il y cite aussi Rahsaan Roland Kirk. ↗
Angelus-Rosedale. Il est enterré au cimetière d'Angelus-Rosedale, à Los Angeles. ↗
Pharoah, vu par les deux. Pharoah Sanders avait attiré l'attention de Dolphy et de Coltrane dès 1963 ; il devient un membre régulier du groupe à l'automne 1965. ↗
12 bis. Mingus et Dolphy — l'autre fraternité
Avant de rejoindre Coltrane, avant de le quitter, Eric Dolphy appartenait à Charles Mingus. Ce chapitre raconte l'autre fraternité, celle qui encadre la mort d'Eric comme deux mains.
Deux garçons de Los Angeles. Mingus connaissait Dolphy depuis leur jeunesse ; Eric le rejoint à New York en 1960, peu après son arrivée. ↗
Le Showplace. Eric entre dans le groupe de Mingus au Showplace, en 1960 : un poème, « Mingus at the Showplace », de William Matthews, en garde le souvenir. ↗
Candid, l'automne 1960. Dolphy joue sur les deux disques du label Candid : Charles Mingus Presents Charles Mingus (20 octobre 1960) et Mingus (11 novembre 1960). ↗
Antibes, 13 juillet 1960. Un enregistrement du festival paraîtra sous le titre Charles Mingus Live with Eric Dolphy. ↗
L'Europe de 1961. Pendant la tournée avec Mingus, Eric joue aussi en soliste : on l'enregistre en Scandinavie et à Berlin. ↗
Retour au bercail, 1964. Au début de 1964, il revient dans le groupe de travail de Mingus, avec Johnny Coles, Clifford Jordan, Jaki Byard, Dannie Richmond. ↗
Cornell, 18 mars 1964. Un concert exhumé et publié en 2007 : Dolphy y joue de l'alto, de la flûte et de la clarinette basse, « au sommet de sa forme, dans la maîtrise de tous ses instruments ». ↗
Ellington, deux fois, à Cornell. Mingus y interprète seul « Sophisticated Lady » à la contrebasse, et le sextette joue « Take the 'A' Train » : Duke traverse le concert d'Eric. ↗
« Meditations ». Sur le deuxième disque, un archet de Mingus, le piano de Byard, la flûte de Dolphy : un esprit grave et contemplatif. ↗
Un blues pour un départ. « So Long Eric » est écrit avant la tournée : il est déjà joué à Cornell, trois semaines avant le départ. Eric avait confié à Mingus qu'il resterait en Europe. ↗
Une dispute en musique. Mingus compose le morceau dans la continuité de sa discussion avec Eric, qui voulait quitter le groupe et rester en Europe à cause de la dégradation des relations raciales aux États-Unis. Autres sous-titres : « Hope So Eric » et « Don't Stay Over There Too Long ». ↗
Plus joyeux qu'un adieu. Un critique note que ce blues sautillant sonne plus joyeux que la plupart des adieux. ↗
Six villes en une semaine. La tournée commence à Amsterdam le 10 avril, puis Oslo, Stockholm, Copenhague, Brême et Paris en une semaine. ↗
La Belgique filme. En avril 1964, la télévision belge filme le groupe à Liège : dix semaines plus tard, Dolphy est mort. ↗
Salle Wagram, 17 avril 1964. Le fameux concert parisien, publié sous le titre Revenge!, l'un des deux plus piratés de la tournée. ↗
Un évanouissement. Le 18 avril, Johnny Coles s'effondre sur scène juste après « So Long Eric ». C'est pourquoi sa trompette n'apparaît que sur l'une des versions publiées. ↗
Un titre égaré. Sur le disque pirate français d'origine, le morceau reçoit par erreur le titre d'une autre pièce de Mingus, « Goodbye Pork Pie Hat » ; l'erreur sera longtemps reproduite. ↗
Un adieu de vingt minutes. Le 19 avril, The Great Concert of Charles Mingus contient une version de « So Long Eric » de près de vingt-deux minutes. ↗
Un fils prénommé Eric. Le fils de Mingus et de Judy, né le 8 juillet 1964, a pour prénom Eric. ↗
« Rien que du bien. » Dans les notes de Last Date, Mingus : en général, on ne se souvient que des bons côtés d'un mort ; avec Eric, c'était tout ce qu'on pouvait retenir, car il n'avait aucun besoin de blesser. ↗
La boucle avec Kirk. Sept ans plus tard, c'est Mingus qui tient la basse chez Ed Sullivan, avec Rahsaan Roland Kirk, pour « Haitian Fight Song » : la même main, d'un frère à l'autre. ↗
13. Le quartette et ses voix — Tyner, Elvin, Garrison, Pharoah, Alice
Un gant bien ajusté. Coltrane dit de Tyner : leurs idées se rencontrent et se mêlent, comme travailler avec un gant qui va bien. ↗
Le grand quartette, côté dates. Selon Wikipedia, le « classic quartet » existe vraiment depuis avril 1962 ; Garrison s'installe à la contrebasse en 1961-1962 ; avant cela, Reggie Workman et Steve Davis se relaient (voir §35). ↗ · ↗
Deux contrebasses pour Africa/Brass. Pour imiter le roulement des tablas, il engage deux bassistes. ↗
Elvin, le cœur. Un historien écrit que Jones « transformait le temps sans le détruire ». ↗
Garrison, le centre. Plus Coltrane s'éloignait du centre, plus Garrison savait lui donner du sens. ↗
Elvin dit « non ». Lors d'un atelier, en 1991, à San Francisco, un jeune ténor se met à citer A Love Supreme pour improviser : Elvin lève doucement la main et dit non. Cette musique n'était pas une chose légère. ↗
Pharoah, un coup de tonnerre. À l'été 1965, Pharoah Sanders entre dans le groupe ; il enregistre Tauhid (1966) pour Thiele alors qu'il joue encore avec Coltrane. ↗
Ascension, onze souffles. Juin 1965 : Freddie Hubbard et Dewey Johnson aux trompettes, Marion Brown et John Tchicai à l'alto, Archie Shepp et Pharoah Sanders au ténor, Art Davis en seconde basse, avec le quartette. ↗
Un parrain pour la « New Thing ». Coltrane défend Shepp, Ayler et d'autres ; c'est en grande partie grâce à lui qu'Impulse! devient le label de la nouvelle musique : Shepp, Ayler, Sanders, Sun Ra, Alice Coltrane, Coleman. ↗
Ayler sur scène. Il invite Albert Ayler à jouer avec son quartette et aide Thiele à le signer chez Impulse!. ↗
Ornette, dette. En 1963, il déclare se sentir redevable à Ornette Coleman. ↗
Les départs. Tyner quitte le groupe à la fin de 1965 : il ne s'entend plus au piano, dit-il, dans un mur de percussions — « all I could hear was a lot of noise ». Elvin Jones part ensuite (janvier ou mars 1966 selon les sources), jouant avec Rashied Ali en studio pour Meditations. ↗ · ↗
« Seuls les poètes comprennent. » La phrase d'Elvin Jones sur la nouvelle musique, d'après un résumé ; à recouper. ↗
Los Angeles, 1965 et 1966. Pharoah Sanders se rappelle que l'It Club, plein à craquer en 1965, n'accueillait que trois personnes lors du retour de Coltrane, l'année suivante, avec Alice, Garrison et Ali. ↗
Le Village Vanguard, 28 mai 1966. Le nouveau quintette (Coltrane, Alice, Ali, Garrison, Sanders) joue le Vanguard : Live at the Village Vanguard Again!, avec « Naima » et « My Favorite Things » méconnaissables, déroutant une partie du public. ↗
Alice, du gospel à la harpe. Née Alice McLeod à Detroit le 27 août 1937, elle joue dans sa jeunesse des hymnes et du gospel pour des congrégations noires. Elle remplace Tyner en janvier 1966. ↗ · ↗
Une harpe, après lui. Seule avec quatre enfants, elle reçoit un jour une harpe de concert Lyon & Healy, commandée avant la mort de son mari : elle deviendra harpiste accomplie. Elle fondera plus tard un ashram. ↗ · ↗
Joe Brazil, à Detroit. Dans sa cave, où se retrouvaient musiciens locaux et de passage, on enregistrait Coltrane en train de travailler ; Alice McLeod en était une habituée. ↗
Ravi, 6 août 1965. Son deuxième fils naît à Long Island ; après la mort de son père, il grandit à Los Angeles, sensible et timide ; il préside aujourd'hui l'association qui préserve la maison de Dix Hills. ↗
14. Studios et disques — les coulisses des chefs-d'œuvre
Giant Steps, sans répétition. Il apporte les morceaux au studio sans les avoir répétés ; c'est son premier disque entièrement composé par lui. ↗ · ↗
4 et 5 mai 1959. La séance principale a lieu deux semaines après la dernière séance de Kind of Blue, aux studios Atlantic de Manhattan. ↗
Une ballade, croyait-il. Tommy Flanagan, à qui l'on donne un exemplaire de « Giant Steps » à travailler, pense d'abord que c'est une ballade ; au studio, il est stupéfait par le tempo. Il enregistrera, des années plus tard, un disque entier dédié à Coltrane. ↗ · ↗
26 accords en seize mesures. Le thème contient 26 accords par grille de 16 mesures, avec plusieurs changements de tonalité. ↗
Une séance abandonnée. Une première tentative avec le pianiste Cedar Walton fut jetée. ↗
« Naima », décembre 1959. Mécontent des versions des séances Flanagan et Walton, il la regrave le 2 décembre avec la rythmique de Miles, Wynton Kelly et Jimmy Cobb. Le titre vient de sa femme, Juanita Naima Grubbs. ↗ · ↗
Syeeda et Cousin Mary. « Syeeda's Song Flute » porte le nom de la fille de Naima, Antonia (Syeeda) ; il dit que le thème, trouvé au piano, lui rappelait « a happy child's song ». « Cousin Mary » est celle d'une cousine. ↗ · ↗
Le poème de Brathwaite. Le poète Kamau Brathwaite lui a consacré « Naima for John Coltrane », affiché dans le métro de Londres (Poems on the Underground). ↗
Ballads. Pour calmer ses détracteurs, Bob Thiele lui suggère un programme de standards de la chanson américaine ; Coltrane apporte la partition de chansons qu'il aime depuis longtemps sans les avoir enregistrées, avec très peu de répétitions. ↗
Hartman, le choix unique. Quand on lui propose l'idée d'un album de ballades avec chanteur, Coltrane ne veut que Hartman, qu'il admirait depuis une affiche de l'Apollo, en 1950. ↗ · ↗
Un chanteur méfiant. Hartman hésite : il ne se tient pas pour un chanteur de jazz. Thiele lui conseille d'aller entendre Coltrane au Birdland ; après la fermeture, avec Tyner, ils déchiffrent quelques chansons. ↗ · ↗
« Lush Life », dans la voiture. Le 7 mars 1963, en route pour le studio, Hartman entend Nat King Cole chanter « Lush Life » à la radio et décide aussitôt de l'ajouter. ↗
La baguette d'Elvin. Tout est enregistré en une prise, sauf « You Are Too Beautiful » : Elvin Jones avait laissé tomber une baguette. ↗
Un seul chanteur. Hartman est le seul vocaliste avec lequel Coltrane ait enregistré en tant que leader. ↗
« India », un disque et un chant. Le morceau du Vanguard serait tiré d'un chant védique de Religious Music of India (Folkways, 1952), que le contrebassiste Ahmed Abdul-Malik lui aurait fait écouter. (Hypothèse de spécialistes.) ↗
A Love Supreme, dix-neuf fois. Le refrain « a love supreme » est chanté par Coltrane lui-même, en surimpression, dix-neuf fois. ↗
Versions sans chant. Il existe des versions de la suite sans le chant : il préféra celle avec. ↗
Juan-les-Pins, 26 juillet 1965. Pendant longtemps, la seule version live connue de la suite est celle du festival d'Antibes, éditée en 1987 ; plus tard, celle du Penthouse de Seattle (2 octobre 1965) paraît en 2021. ↗ · ↗
Un succès.A Love Supreme lui vaut deux nominations aux Grammy et devient son disque le plus vendu. ↗
La suite qu'il ne publiera pas. Le 2 septembre 1965, le quartette enregistre First Meditations ; Coltrane renonce à le publier et refait la suite le 23 novembre avec Pharoah Sanders et Rashied Ali ; la première version ne paraîtra qu'en 1977. ↗
Transition. Enregistré en mai 1965, publié en 1970 : une marche entre deux mondes, avec « Dear Lord », ballade d'une tendresse sans défense. ↗
« Alabama », télévision. Un mois après son enregistrement, le quartette joue « Alabama » dans l'émission Jazz Casual de Ralph Gleason. ↗
Le seul poème d'un autre. « Alabama » serait la seule occasion où Coltrane aurait joué le texte de quelqu'un d'autre sur son saxophone ; il préférait écrire ses propres poèmes. ↗
15. En tournée — Europe, Seattle, Japon
L'Europe, trois automnes. Les tournées européennes de 1961, 1962 et 1963 sont rassemblées sur Live Trane: The European Tours : un document sur lequel les foules semblent aussi chauffées qu'à un concert de rock. ↗
Au programme. Pour la tournée de 1961 : « Impressions », « Blue Train », « Naima ». ↗
Schiphol, 26 octobre 1963. Hugo van Gelderen, de l'agence Anefo, photographie sa descente d'avion : c'est l'image qui ouvre ce guide. ↗
Seattle, 1965. En septembre, Coltrane joue au Penthouse ; le 1ᵉʳ octobre, il enregistre Om près de Seattle. Plus tard, A Love Supreme: Live in Seattle (2021) révèlera une version vivante, rare, de la grande suite. ↗ · ↗
Le Japon, juillet 1966. À Tokyo, des centaines de fans l'accueillent à l'aéroport ; il en est stupéfait. Les albums de Coltrane se vendent jusqu'à 30 000 exemplaires au Japon. ↗ · ↗
Une flûte dans l'express. Le 16 juillet, en route vers Nagasaki, ses hôtes le trouvent jouant de la flûte dans le train : il cherchait un son approprié. Il demande à aller tout de suite sur le lieu où est tombée la bombe, y reste longtemps en silence, y dépose des fleurs. ↗
Un triomphe. Le biographe Eric Nisenson parlera de ce voyage comme de ce qui fut peut-être le plus grand triomphe de sa vie. ↗
« Peace on Earth ». Ce soir-là, à Nagasaki, le groupe joue une pièce nouvelle, élégie pour les morts de la bombe et condamnation de la guerre : l'auditoire la reçoit avec ferveur. ↗
Paris, 1960. À l'Olympia, avec Miles, ses solos sont hués. ↗
Tokyo, 1966. Il arrive avec Alice, Pharoah Sanders, Jimmy Garrison et Rashied Ali. Un journal japonais lui prête cette réponse à une question de presse : « I would like to be a saint. » ↗
Un saint ? Un éclat de rire. Lewis Porter, qui a écouté l'enregistrement de la conférence de presse, entend Coltrane et Alice en rire : la phrase serait un malentendu de traduction ; Coltrane était humble, il parlait franchement de ses insuffisances, et refusait d'être traité en icône. ↗
Il nie être un maître. En août 1966, quand Frank Kofsky lui dit que tous les saxophonistes jouent quelque chose qu'il a déjà esquissé, il nie avoir de l'influence. ↗
Les bandes du Japon. Les concerts, enregistrés pour la radio, deviennent Live in Japan ; Alice en sera la productrice. ↗
L'Inde, à distance. Dès 1961, il correspond avec Ravi Shankar ; ils se rencontrent en 1965 ; Shankar lui donne des leçons, mais ne trouve pas de goût à sa musique tardive, trop tumultueuse. ↗ · ↗
« Multiplier mes possibilités par dix. » Il disait que s'il enregistrait avec Shankar, il augmenterait ses possibilités d'un facteur dix. ↗
Ravi, le prénom. En 1965, John et Alice nomment leur deuxième fils Ravi, en l'honneur de Shankar. ↗
Shankar le décrit. Il se souvient d'un Coltrane végétarien, de vie propre, qui lisait Ramakrishna. ↗
Des lectures. Lewis Porter rapporte qu'il fit une « étude spéciale de l'Inde », Yogananda et Gandhi compris ; Bill Cole y ajoute Krishnamurti et le yoga. Om puise dans la Bhagavad-Gita. ↗
Un guide, Yusef Lateef. Selon un auteur, c'est Yusef Lateef qui l'aurait orienté vers Krishnamurti et vers le traité soufi de Hazrat Inayat Khan sur le mysticisme du son. ↗
16. Ce qu'il en reste — plaques, statues, maisons, églises
High Point. Une statue de John Coltrane se trouve en centre-ville ; elle a été financée par des subventions publiques et privées. Sa maison d'enfance, au 118 Underhill Street, est connue. ↗
Dix Hills. La maison de Candlewood Path, où il vécut de 1964 à sa mort et où naquit A Love Supreme. Elle devait ouvrir au public en 2026 comme « The John & Alice Coltrane Home » (ouverture à confirmer). ↗ · ↗
Philadelphie. La maison de Strawberry Mansion, restaurée, devait elle aussi ouvrir au public en 2026. Le 23 septembre 2026, le Conseil municipal fait de ce jour le « John Coltrane Day ». ↗ · ↗
Pinelawn. À Farmingdale, un grand monument de granit. ↗
San Francisco. En 1965, un jeune couple, les King (Franzo et Marina), entend Coltrane jouer ; leur expérience est « littéralement religieuse ». Ils fondent une communauté spirituelle qui devient l'église Saint John Will-I-Am Coltrane African Orthodox Church : le saxophoniste y est canonisé, sa musique tient lieu de liturgie. ↗ · ↗
Le frère de souffle. L'hommage de Rahsaan Roland Kirk, raconté dans un autre guide : un medley improvisé au Both/And de San Francisco, en juillet 1967, puis enregistré à Newport. ↗
Coltrane 100.The Tiberi Tapes (Impulse!) ; la boîte 1960-1964 Mono (Rhino) ; la diffusion de 100 heures de WKCR ; Coltrane 100: Legacy au Hollywood Bowl ; Branford Marsalis et Dianne Reeves à Chicago. ↗ · ↗
Ravi garde la maison. Ravi Coltrane préside l'organisation qui veut préserver la maison de Dix Hills comme musée et centre de recherche. ↗
La harpe d'Alice. Alice Coltrane, après lui, poursuit sa vision musicale et spirituelle : jazz moderne, ragas, chants védiques sur dix-huit albums, puis l'ashram de Californie. ↗
Une église. La communauté de San Francisco prie en jouant ses morceaux ; A Love Supreme en est le « texte central ». ↗ · ↗
Le Pulitzer. En 2007, citation spéciale « pour son improvisation magistrale, sa musicalité suprême et sa centralité iconique dans l'histoire du jazz ». ↗
Santana. Dans le documentaire Chasing Trane, le guitariste dit que son son « rearranges molecular structures ». Le film réunit famille, musiciens, journalistes et un ancien président américain, Bill Clinton. ↗
McLaughlin. Le guitariste découvre A Love Supreme en 1965 ; il en tirera son album To the One, nommé aux Grammy. ↗
Vanessa Daou. Son album Dear John Coltrane (1999) lui adresse une lettre en chansons. Sur le blog de KCRW, un auditeur se rappelle avoir appris sa mort à la radio, du haut d'une tour de maître-nageur, le 17 juillet 1967. ↗
WKCR, cent heures. La radio de l'université Columbia diffuse son œuvre pendant cent heures, du 19 septembre à 20 h au 23 septembre à minuit 2026. ↗
Philadelphie, 27 000 dollars. « Coltrane 100 Philly » distribue des subventions aux artistes ayant un « lien d'âme » avec sa musique ; la ville fait de la date un « John Coltrane Day ». ↗ · ↗
Tracing Trane. Le 27 septembre 2026, un bus visite le Nord de Philadelphie sur ses traces, avec pour premier arrêt le Café Society. ↗
Les bandes de Tiberi. Le saxophoniste Frank Tiberi avait enregistré en secret, dans des clubs de New York et de Philadelphie entre 1961 et 1965 ; ces bandes paraissent chez Impulse! en septembre 2026. ↗
Hollywood Bowl.Coltrane 100: Legacy, des arrangements symphoniques de compositeurs d'aujourd'hui, notamment Carlos Simon ; avec la saxophoniste Lakecia Benjamin et Wynton Marsalis. ↗ · ↗
Une capsule de vêtements. La succession s'associe à Online Ceramics pour une collection Coltrane 100. ↗
Dolphy, lui aussi.Evenings at the Village Gate, publié en 2023, rend à Dolphy sa place à ses côtés ; la critique y voit une étape vers A Love Supreme et Out to Lunch!. ↗ · ↗
16 bis. Alice Coltrane — la voix d'après
Elle fut la dernière pianiste de son quartette, puis la gardienne de son œuvre, puis une autre musicienne. Ce chapitre suit Alice de 1967 à 2007.
Un mariage à Juárez. Après son divorce, elle épouse John Coltrane en 1965, à Ciudad Juárez, au Mexique. ↗
Une pianiste qui joue de la harpe. Ses arpèges et ses accords étendus évoquent déjà l'instrument qu'elle apprendra : la harpiste Dorothy Ashby, selon une notice, influence aussi son piano. ↗
Une harpe commandée. En 1967, John Coltrane avait commandé une harpe ; elle arrive après sa mort. ↗
Un contrat, avant la fin. Avant sa mort, il l'aide à signer un contrat solo chez Impulse!. ↗
L'épreuve. Après la mort de John, Alice traverse des jours sans manger ni dormir, en proie à des hallucinations. ↗
Un vœu. Après la mort de son mari, elle fait vœu de célibat. ↗
A Monastic Trio, 1968. Son premier disque en solo, pour Impulse!, où elle joue du piano et de la harpe. ↗
Quatre enfants. Elle a quatre enfants à élever : Michelle, John Jr. (mort dans un accident de voiture en 1982), Ravi et Oran. Selon les sources, John Jr. est batteur ou bassiste. ↗ · ↗
Huntington Ashram Monastery, 1969. Le titre de son deuxième album annonce déjà la vie à venir. ↗
Un conseil de bassiste. C'est sur la suggestion de son bassiste, Vishnu Wood, qu'elle rencontre le gourou Swami Satchidananda, à l'Integral Yoga Institute. ↗
Un « gourou de Woodstock ». Satchidananda, que la presse surnommait ainsi ; en 1970, elle part avec lui cinq semaines en pèlerinage en Inde. ↗ · ↗
Journey in Satchidananda. Enregistré en novembre 1970 ; elle y consacre la pièce « Something About John Coltrane » (9 min 40). La critique y entend un profond sentiment de guérison, reflet de son propre voyage dans le deuil. ↗
« Le Seigneur m'appela… » Elle racontera avoir vu l'orange se déverser sur elle, et reçu un nom : Turiyasangitananda, « la félicité de la musique divine de Dieu ». ↗
Rishikesh, 1971. Une photographie la montre avec Swami Satchidananda, en Inde. ↗
Californie, 1972. Elle quitte la vie séculière, installe la famille à Woodland Hills, au nord de Los Angeles. ↗ · ↗
Le Vedantic Center, 1975. Elle l'ouvre chez elle ; la même année paraît Eternity chez Warner Bros., puis, en 1978, le double live Transfiguration. ↗
Les cassettes d'ashram. Elle fait paraître quatre cassettes dévotionnelles rarissimes, sur un label privé, l'Avatar Book Institute, dont Turiya Sings (1982). ↗
Un ashram sur cinquante acres. En 1983, le Vedantic Center ouvre le Shanti Anantam Ashram près de Malibu ; elle en est la swamini, et enregistrera très rarement ensuite. ↗ · ↗
Translinear Light. Son disque du retour, produit par Ravi ; Ravi est au saxophone et Oran à l'alto, avec Charlie Haden et Jack DeJohnette. (Les sources divergent sur la date : 1995 ou 2004.) ↗ · ↗
Ravi plaide. Elle dira que c'est son fils Ravi qui l'a priée de faire un disque, et qu'il a tout organisé « magnifiquement ». ↗
1998, la cathédrale. Elle joue avec Ravi et Oran dans un concert d'hommage à John, à la Cathedral of St. John the Divine, à New York. ↗
La dernière tournée. Quelques dates à Paris en 2005, puis trois concerts à l'automne 2006 avec Ravi : Ann Arbor, New York, San Francisco. ↗
12 janvier 2007. Elle meurt à Los Angeles d'une insuffisance respiratoire, à 69 ans. ↗ · ↗
Auprès de lui. Elle repose à Pinelawn Memorial Park, aux côtés de son mari. ↗
« Très, très singulière. » Ravi : « She was very, very, very unique. » ↗
Interlude — Une nuit au Village Vanguard, novembre 1961 (reconstitution)
Ceci n'est pas un témoignage. Le texte assemble ce qui est établi — le lieu, les dates, les musiciens, quelques titres — et invente le reste : l'ordre exact, la lumière, les gestes. Aucune parole n'est prêtée à un témoin réel. La liste de ce qui est documenté, et de ce qui est imaginé, suit le récit.
Descendez les marches. La rue s'éteint derrière vous comme une radio qu'on tourne. En bas, une salle basse, un coude, une scène étroite. Nous sommes à New York, un soir de novembre 1961, l'un de ceux, entre le 1ᵉʳ et le 5, dont les bandes ont gardé la trace.
Ils sont là avant lui. McCoy Tyner, au piano, qui dépose sa main gauche comme on pose la première pierre. Elvin Jones, aux fûts, qui fait tourner la nuit comme une roue. Un contrebassiste, Reggie Workman, ou bien Jimmy Garrison, qui tient le sol. Et, penché sur un instrument trop grand pour lui, la clarinette basse, Eric : doux, souriant, étrange.
Puis Coltrane. On l'imagine entrer comme on entre dans une église où l'on est un peu en retard : sans bruit, déjà tout entier. Pas de discours. Il lève le soprano. Quelque part dans la salle, un homme se redresse, une femme ferme les yeux.
Le premier thème est un seuil. Le deuxième est une plaine. Il y a un morceau où une tampura bourdonne, l'Inde passe sur la pointe des pieds. Il y en a un autre, une berceuse, « Naima », où Eric prend la parole comme on prend la main d'un enfant. Entre les deux, des silences qui n'ont pas de nom.
Il est possible qu'un solo dure vingt minutes. Il est possible qu'il en dure quarante. Il est possible que, dans une rue plus loin, un critique prépare déjà le mot anti-jazz. Cette nuit-là ? Nul ne peut le dire. Le Vanguard a l'habitude : il a entendu bien pire, et bien plus beau.
Au dernier accord, la salle ne sait pas si elle doit applaudir ou se taire. Elle fait l'un, puis l'autre. Les musiciens rangent. Eric, en sortant, sourit aux deux ou trois qui restent. Puis les marches, dans l'autre sens. La rue revient, avec ses sirènes à elle. Et l'on se surprend, le nez dans le vent de la Septième Avenue, à attendre un oiseau.
Ce qui est établi.
Le séjour de Coltrane au Village Vanguard du 1ᵉʳ au 5 novembre 1961, avec Eric Dolphy ; Ahmed Abdul-Malik à la tampura sur « India » ; Dolphy soliste sur « Naima » ; la sortie de l'intégrale en 1997. ↗ · ↗
Le quintette : Coltrane, Dolphy, Tyner, Jones, et un contrebassiste (Reggie Workman, Jimmy Garrison, ou les deux selon les soirs). ↗
Les critiques : Tynan écrit sur « l'anti-jazz » le 23 novembre 1961 ; cet été-là, Dolphy et Coltrane avaient été photographiés au Village Gate. ↗ · ↗
Les solos très longs de Coltrane, les quarante minutes dans les clubs. ↗
Ce qui est imaginé. L'ordre des morceaux tel qu'il fut joué ; la lumière, les gestes, l'entrée en scène ; la durée de tel ou tel solo ce soir-là ; les réactions de la salle ; la sortie.
III. LE PORTRAIT
17. Traits marquants
Le chercheur. Il ne s'est jamais contenté d'un son : chaque idée musicale était reprise, reformulée, tournée dans toutes ses permutations, à la recherche d'une affirmation ultime. ↗
Le soprano. Il en fait, à partir de 1959-1960, sa voix aiguë : « My Favorite Things », puis la prière. ↗ · ↗
Les « nappes de sons ». La formule désigne la densité de notes que sa virtuosité versait en cascade, au point qu'on avait l'impression qu'il ne retirait jamais l'embouchure de ses lèvres. ↗
Le modal. Avec Miles, puis seul, il apprend à rester dans une couleur au lieu de courir d'accord en accord. ↗
Les « changements Coltrane ». Les cycles de tierces majeures de « Giant Steps », devenus un passage obligé de tous les jazzmen. ↗
La répétition sacrée. Un motif de quatre notes déplacé de tonalité en tonalité : la litanie de A Love Supreme. ↗
La durée. Des solos de trente, quarante minutes ; le temps comme matière. ↗
La flûte, la clarinette basse. À la fin, il joue de la flûte et, d'après sa fiche, de la clarinette basse : l'héritage d'Eric. ↗ · ↗
L'écoute du monde. Inde, Afrique, Debussy, Ravel, Bartók, Stravinsky : il les écoutait tous. ↗
La douceur. Ni colère de façade, ni caprice : un homme que les musiciens décrivent comme discret, patient, jamais imposant. ↗
18. La quête spirituelle — de l'église d'Hamlet à l'Om
Il n'avait pas de dogme. Il avait une soif. Le grand-père pasteur lui avait appris que la prière a une voix ; la chute de 1957 lui apprit qu'elle a un prix. Après l'éveil, il lit. Sa bibliothèque s'ouvre : Indes, Afrique, soufisme. Il dira croire en toutes les religions, et il le prouvera en les jouant. ↗ · ↗
Les mots de la pochette. « THANK YOU GOD » : l'offrande de 1964 est une action de grâce pour l'éveil de 1957. ↗
« I believe in all religions. »« Je crois en toutes les religions. » Sa phrase, citée par un chroniqueur, résume son universalisme. ↗
Un saxophone, une prière. Il dira un jour que jouer du saxophone était comme prier. ↗
L'Inde. Ravi Shankar, India, Om ; une étude des gammes (« Scales of India »), des noms de ragas (Bhairavi, Charukeshi, Todi, Hanumatodi) que l'on reconnaît dans ses manuscrits. ↗
Lateef, Krishnamurti, Inayat Khan. Des lectures qui l'aident à penser le son comme une substance spirituelle. ↗
Les mots de 1961. Il disait de son usage des idées indiennes qu'il était « plus ou moins subconscient ». ↗
Le monde, en musique. En 1966, il dit à Frank Kofsky que la musique exprime ce qui se passe réellement. ↗
Une quête sans œillères. Pour l'historien Lewis Porter, il fit « une étude spéciale de l'Inde » avec Yogananda et Gandhi. ↗
La suite d'après. Alice devient swamini (femme swami) et ouvre un ashram védantique. ↗
Le saint, malgré lui. Il disait ne pas vouloir être traité comme un icône ; il fut canonisé. L'Église orthodoxe africaine a fait de lui un saint ; la communauté de San Francisco le prie. ↗ · ↗
19. Caractère — Le colosse timide
Il y avait, sous les épaules larges d'un homme que ses contemporains décrivent comme corpulent, un garçon timide. On l'a dit mystérieux ; il était d'abord pudique. Le portrait que Roy DeCarava en fit, en exposition multiple, lui ôte presque le corps : la silhouette massive devient vapeur, comme soufflée par l'extase de sa musique. ↗ · ↗
Il parle peu, il joue. Un portrait du Smithsonian le décrit timide, jouant simplement. ↗
L'obsessionnel. Il pratique à l'entracte, aux toilettes, dans un coin, au réveil. ↗
Un perfectionniste. Même après la séance avec Ellington, il aurait voulu tout recommencer : il se juge toujours en retard sur lui-même. ↗
L'humble. Lewis Porter : il était vraiment humble ; il parlait franchement de ses défauts. ↗
Le sobre. Après 1957, il ne retouche plus à l'héroïne ; un chroniqueur le décrit pur, doux, mûr, sans colère, à la différence de Bird, Miles ou Mingus. ↗
Il rit. À la conférence de presse de Tokyo, il rit avec Alice quand on lui prête le désir d'être un saint. ↗
Le père. Il laisse John Jr. (1964-1982), Ravi (né en 1965) et Oran (né en 1967), et une belle-fille, Michelle, fille d'Alice. ↗
20. La bonté — Ce qu'il donnait
La bonté, chez lui, n'est pas un trait de caractère : c'est une manière de tenir son instrument. Elle se lit dans les petits gestes.
Il défend Dolphy avant lui-même. Face au mot « anti-jazz », ce qui l'a blessé, dit-il, c'est de voir son frère blessé. ↗
Il prend le temps de répondre. À la question « Que cherchez-vous à faire ? », les deux musiciens se taisent trente secondes avant de répondre. ↗
Il ouvre les portes. Shepp, Ayler, Sanders, Alice : tous trouvent chez Impulse! une place, en partie grâce à lui. ↗
Il n'ose pas déranger. Il hésite à demander à Tyner de quitter le Jazztet pour ne pas fâcher Golson. ↗
Il choisit un chanteur qu'il admire. Pour son disque de ballades, il ne voulait que Hartman. ↗
Il rend hommage à Duke. « Take the Coltrane » est un cadeau d'Ellington ; « Big Nick », un cadeau de Coltrane. ↗
Il consacre un morceau à une fillette. « Syeeda's Song Flute » : le thème lui rappelait la chanson d'un enfant heureux. ↗
Il compose un deuil. « Alabama » : un deuil sans amertume. ↗
Il joue pour la paix. À Nagasaki, il demande à se rendre d'abord sur les lieux et y reste en silence. ↗
Ses pairs le disent. Elvin Jones : John n'a jamais fait de mal à personne. ↗
Ses enfants le suivent. Ravi, saxophoniste ; Oran, musicien : la musique n'a pas cessé. ↗
21. Le génie — La cathédrale et la porte ouverte
Il y eut deux Coltrane : celui qui construit une cathédrale (les accords de « Giant Steps », la suite en quatre mouvements) et celui qui, après, abat les murs pour voir ce qu'il y a derrière (Ascension, Om, Interstellar Space). Les critiques ont préféré l'un ou l'autre. Il ne s'est jamais posé la question. ↗ · ↗
Quelques éclats :
La complexité. « Giant Steps », pour certains, est la fin logique du bebop et de l'improvisation sur accords. ↗
Le style en trois temps. Bebop et hard bop, puis modal, puis libre : trois langues parlées sans accent. ↗
La ballade.Ballads, Hartman, « Naima », « Dear Lord » : sa tendresse est un autre sommet. ↗
Le blues.Coltrane Plays the Blues, « Village Blues » : les racines. ↗ · ↗
Le groupe. Le quartette classique « a développé l'un des langages d'ensemble les plus complets du jazz moderne ». ↗
Le deuil sans paroles. « Alabama » montre qu'un deuil n'a pas besoin de mots pour parler à l'histoire. ↗
Sa part du free. Il était, avec Ornette Coleman et d'autres, à l'avant-garde du free jazz. ↗
Le contrepoint honnête. Elvin Jones et McCoy Tyner, qui l'aimaient, n'entendaient plus que « du bruit » dans la dernière période ; Shankar la trouvait tumultueuse. Un siècle après, d'autres y entendent une prière, ou un orage de lumière. ↗ · ↗
22. Coltrane et Eric Dolphy — dix preuves de fraternité
Il ne s'agit pas de dire que Dolphy fut « le meilleur ami » de Coltrane : aucune source ne le classe ainsi. Il s'agit d'établir, pièce après pièce, qu'ils furent deux frères d'âme. Chaque preuve porte son degré de certitude : ✔ établi · ≈ à nuancer · ? source unique.
#
La preuve
Statut
Source
1
Ils se parlent depuis 1954. Coltrane : « Eric et moi, nous parlons musique depuis environ 1954. »
Ils partagent une éthique du son. L'un veut donner à l'auditeur une image des merveilles de l'univers ; l'autre, imiter les oiseaux « parce que c'est ce qu'ils font ».
Sa mère lui confie ses instruments. Flûte et clarinette basse, que Coltrane jouera sur plusieurs disques ; il aurait aussi voyagé avec une photographie d'Eric.
Les ressemblances qu'on peut ajouter, sans les prouver. Deux hommes sobres à la fin (Dolphy ne but jamais ; Coltrane renonça en 1957). Deux musiciens qui travaillaient jusqu'à l'épuisement. Deux oreilles tournées vers le dehors — les oiseaux, l'Inde. Deux morts causées par une maladie qu'on ne vit pas à temps : l'un par un diabète ignoré, l'autre par un cancer du foie qu'il n'a pas fait examiner à temps. ↗ · ↗
Ce qui les distingue. Dolphy est resté dans l'air, Coltrane est monté vers le ciel. L'un cherchait la liberté du chant, l'autre la grâce. Dolphy jouait en rafales courtes, Coltrane en fleuves. ↗
23. Coltrane et Duke Ellington — dix points communs
Quarante ans les séparent : Duke est né en 1899, Coltrane en 1926. Duke avait 63 ans à la séance de 1962 ; Coltrane, 36. Pourtant, on peut démontrer qu'ils marchaient vers le même sanctuaire. Même légende des degrés de certitude : ✔ établi · ≈ lecture · ? à recouper.
#
Le point commun
Statut
Source
1
Un même saxophoniste. Johnny Hodges, grande voix de Duke, est l'une des premières idoles de Coltrane, qui joue dans son petit groupe en 1953-1954.
Un orchestre fait de personnes. Ellington écrit pour chaque voix « en personnage » ; Coltrane construit un quartette où Tyner, Jones, Garrison sont des voix, non des accompagnateurs.
Ce qui les distingue. L'âge, évidemment : soixante-quinze ans de vie pour l'un (mort en 1974), quarante pour l'autre. L'instrument : un orchestre contre un quartette. Le rapport au temps : Ellington écrit des miniatures et des suites ; Coltrane tient des solos de quarante minutes. Mais le but ? Une louange. ↗
24. Influences — La généalogie d'un homme qui écoute
Source
Ce qu'il en a fait
L'église A.M.E. Zion, la maison
La ferveur, la répétition, la réponse.
Lester Young, Johnny Hodges
Le chant de l'alto, le son d'abord ; Hodges, son premier patron sérieux.
Charlie Parker, Dizzy Gillespie
L'entrée dans le monde nouveau, juillet 1945, Academy of Music.
Dennis Sandole, Granoff, Ornstein
La technique, l'harmonie, les gammes.
Jimmy Heath, Benny Golson
Les camarades de travail : on relève, on digère.
Thelonious Monk
L'architecture, l'espace, la liberté.
Miles Davis
Le modal, le silence, la sobriété — et le contraire.
Ornette Coleman
« Abandonner le système d'accords » : une dette reconnue en 1963.
Ravi Shankar, Yusef Lateef
L'Inde, la modalité, le bourdon.
Eric Dolphy
Le frère de souffle ; la flûte, la clarinette basse, l'oiseau.
Duke Ellington, Billy Strayhorn
La tendresse, le sacré, le répertoire.
Slonimsky, Debussy, Ravel, Bartók, Stravinsky
Les livres d'exercices et les couleurs européennes.
On mesure une lumière à ce qu'elle fait lever. Celle de Coltrane a levé des églises, des orchestres symphoniques, des guitaristes, des poètes et des villes.
Par ses pairs
Ornette Coleman et Albert Ayler, deux des saxophonistes les plus discutés de l'avant-garde, jouent à ses obsèques, le 21 juillet 1967 : le premier pour la clôture, le second en ouverture. ↗
Pharoah Sanders, devenu son partenaire de scène à l'automne 1965, poursuit sa propre route d'invocation et de souffle. ↗
McCoy Tyner, Elvin Jones, Jimmy Garrison, Rashied Ali : les voix du quartette, dont chacun a gardé son témoignage. ↗
Tommy Flanagan, qui avait peiné sur « Giant Steps », lui dédie plus tard un album entier du même nom. ↗
Rahsaan Roland Kirk, au Both/And de San Francisco puis à Newport, lui compose un medley (« Lush Life », « Afro-Blue », « Bessie's Blues ») que l'écrivain Bill Cole jugea le plus beau qu'il ait entendu (récit de l'autre guide). ↗
Par la famille
Alice Coltrane : harpiste, pianiste, swamini, fondatrice d'un ashram ; elle continue l'œuvre sur dix-huit albums. ↗
Ravi Coltrane, saxophoniste, ténor et soprano, préside l'organisation de la maison de Dix Hills. Oran, son frère, est saxophoniste, guitariste, batteur et chanteur. ↗ · ↗
Par les musiciens d'après
Carlos Santana : son son « réarrange les structures moléculaires », dit-il dans Chasing Trane. ↗
John McLaughlin : A Love Supreme arrive dans ses mains alors qu'il se pose des questions fondamentales ; il en tire To the One. ↗
Kamasi Washington, dit un auditeur, prolonge l'héritage du jazz spirituel. ↗
Vanessa Daou (Dear John Coltrane, 1999) ; Lakecia Benjamin, Wynton Marsalis, Branford Marsalis et Dianne Reeves (concerts du centenaire). ↗
Par les institutions et les villes
Le prix Pulitzer : citation spéciale à titre posthume (2007). ↗
High Point : une statue en centre-ville. Philadelphie : un « John Coltrane Day » le 23 septembre 2026. Columbia (WKCR) : cent heures de diffusion. ↗ · ↗ · ↗
Le Smithsonian conserve le portrait de Roy DeCarava, en pose multiple. ↗
L'Église orthodoxe africaine le canonise ; l'église de San Francisco prie en jouant sa musique. ↗
L'Orchestre symphonique de Boston lui consacre Coltrane: A Centennial Symphonic Celebration. ↗
Par les écrivains
Lewis Porter, John Coltrane: His Life and Music (1998) et le John Coltrane Reference. Ashley Kahn, A Love Supreme: The Creation of John Coltrane's Classic Album. Ben Ratliff, Coltrane: The Story of a Sound. Bill Cole, John Coltrane (1976). Poète Kamau Brathwaite, « Naima for John Coltrane ». ↗ · ↗ · ↗ · ↗
26. Portraits de l'entourage — Ceux qui ont tenu la lampe
Alice Blair Coltrane et John R. Coltrane, les parents. Lui, tailleur et musicien amateur, meurt en 1938-39 ; elle, très religieuse, part à Philadelphie vers 1942 et lui offre son premier saxophone. ↗ · ↗ · ↗
Le révérend William Blair, grand-père maternel, ministre de l'église A.M.E. Zion : l'autre pilier de l'enfance. ↗
Rossetta Haywood, amie d'enfance, témoin du garçon qui gardait son saxophone avec lui. ↗
Benny Golson, camarade de Philadelphie : on travaillait ensemble toute la journée, puis un sandwich. ↗
Jimmy Heath, qui l'engage dans son orchestre ; ils relèvent des disques ensemble. ↗
William Massey, trompettiste, camarade de la Marine, qui parle de lui à Heath. ↗
Dennis Sandole, guitariste et professeur ; Coltrane est son élève de 1946 au début des années 1950, et encore en 1955. ↗
Juanita Naima Grubbs (Naima), première épouse ; elle donne son nom à la plus célèbre ballade ; elle enregistre un soir de 1958 au Five Spot ; sa fille Syeeda donne son nom à un autre morceau. ↗ · ↗
Alice McLeod Coltrane, seconde épouse ; pianiste dès janvier 1966 ; gardienne du temple après 1967. ↗
Nuance : Coltrane parlait peu de politique ; un journaliste rappelle qu'il refusa un jour de donner son avis sur Malcolm X. Ses engagements passent par les titres et les notes. ↗
28. Liens avec les autres arts
Cinéma.Chasing Trane (documentaire) réunit famille, musiciens, journalistes ; Carlos Santana et Bill Clinton y parlent de lui. Dolphy et Coltrane apparaissent aussi à l'écran dans The Coltrane Legacy. ↗ · ↗
Poésie. Kamau Brathwaite, « Naima for John Coltrane » ; LeRoi Jones, témoin du Five Spot ; le poème de A Love Supreme, lu à ses obsèques. ↗ · ↗
Photographie. Roy DeCarava, portrait en pose multiple. ↗
Peinture. Le Five Spot, où poètes et peintres traînaient, devient son atelier. ↗
Musique de concert.Coltrane: A Centennial Symphonic Celebration (BSO) ; Coltrane 100: Legacy (Hollywood Bowl). ↗ · ↗
Cinéma de fiction. « Naima » dans un film polonais de 2013. ↗
Mode. Une capsule Coltrane 100 chez Online Ceramics. ↗
V. LES CLÉS
29. Playlists thématiques
Choix éditoriaux — chaque liste tient dans une soirée et raconte une face de Coltrane.
1. Pour entrer dans la prièreA Love Supreme (1964-65) · « Alabama » (Live at Birdland, 1964) · « Peace on Earth » (Live in Japan, 1966) · Meditations (1965) · « Dear Lord » (Transition)
2. La tendresseBallads (1962) · John Coltrane and Johnny Hartman (1963) · « Naima » (Giant Steps) · « In a Sentimental Mood » (avec Ellington)
3. Avec DukeDuke Ellington & John Coltrane (1962) : « In a Sentimental Mood », « My Little Brown Book », « Big Nick », « Take the Coltrane » · puis, d'Ellington, Concert of Sacred Music (1965) et « Come Sunday »
4. Avec EricEvenings at the Village Gate (2023) · The Complete 1961 Village Vanguard Recordings (« Naima », « India ») · Africa/Brass · So Many Things (Europe, 1961) · de Dolphy : Out to Lunch! (1964), Last Date (1964), Far Cry (« Tenderly »), Naima (Paris, 1964) · de Mingus : Cornell 1964, Revenge! (« So Long Eric »)
5. Colère et deuil « Alabama » · « Peace on Earth » · Ascension · Meditations
6. Les maîtresThelonious Monk with John Coltrane · Thelonious Monk Quartet with John Coltrane at Carnegie Hall · Blue Train · Kind of Blue (avec Miles)
7. Les concertsLive at the Village Vanguard · Live at Birdland · Live Trane: The European Tours · A Love Supreme: Live in Seattle · Live in Japan · Live at the Village Vanguard Again!
8. Après le quartetteAscension · Om · Kulu Sé Mama · Expression · Interstellar Space · Stellar Regions
9. Les autres l'entendent John McLaughlin, To the One · Vanessa Daou, Dear John Coltrane · Alice et Ravi Coltrane · Tommy Flanagan, Giant Steps · Pharoah Sanders, Tauhid · Alice Coltrane, A Monastic Trio, Journey in Satchidananda, Translinear Light · Rahsaan Roland Kirk, le medley pour Trane (Newport, 1968)
Trois portes, une seule règle : n'essayez pas de tout comprendre. Laissez la musique revenir.
Par la prière.A Love Supreme, d'un trait, sans interruption, le soir. Puis Ballads, pour la tendresse.
Par les rencontres.Duke Ellington & John Coltrane (une demi-heure) ; John Coltrane and Johnny Hartman ; Thelonious Monk with John Coltrane.
Par le frère.Evenings at the Village Gate, puis Out to Lunch! d'Eric Dolphy, puis Last Date — jusqu'à la dernière phrase.
Trois habitudes d'écoute.
Suivez une seule voix : le piano, ou la basse, ou Elvin, le temps d'un morceau.
Écoutez un solo long sans regarder l'heure.
Cherchez, dans chaque disque, une ballade : c'est souvent là qu'il se confie.
Pour prolonger : le documentaire Chasing Trane, la biographie de Lewis Porter, et le livre d'Ashley Kahn sur A Love Supreme.
31. Petit glossaire
Terme
Sens
Modal (jazz)
Improvisation sur une échelle ou un mode plutôt que sur des accords qui changent sans cesse ; Kind of Blue en est l'exemple.
Changements Coltrane
Progression d'accords cyclant par tierces majeures, à grande vitesse, popularisée par « Giant Steps ».
Nappes de sons
Formule qui désigne la densité de notes de ses solos des années 1958-1960.
Quartette classique
McCoy Tyner, Elvin Jones, Jimmy Garrison, autour de Coltrane (vers 1962-1965).
Impulse!
Label de Bob Thiele, où il enregistre de 1961 à 1967.
Soprano
Saxophone aigu qu'il adopte vers 1959-1960.
Clarinette basse
Instrument de Dolphy ; Coltrane en joua à la fin.
Tampura
Luth indien à bourdon, joué par Ahmed Abdul-Malik sur « India ».
Anti-jazz
Étiquette lancée en novembre 1961 par un critique de Down Beat contre Coltrane et Dolphy.
New Thing, free jazz
Les musiques d'Ornette, Shepp, Ayler, Sanders, qu'il aida.
A Love Supreme
Suite en quatre parties : « Acknowledgement », « Resolution », « Pursuance », « Psalm ».
Naima
La ballade dédiée à sa première épouse.
Cabaret card
Permis de jouer dans les clubs new-yorkais, retiré à Monk, retrouvé en 1957.
Five Spot
Café de Cooper Square où Monk et Coltrane jouent six mois en 1957.
Village Vanguard
Club de la Septième Avenue, où il enregistre en 1961 et 1966.
Concert de musique sacrée
Œuvre d'Ellington créée à Grace Cathedral, le 16 septembre 1965.
Melody Masters
Orchestre de swing de la base navale d'Hawaï où il joue en 1945-1946.
G.I. Bill
Aide d'État pour les anciens combattants, qui finance ses études.
Raga
Cadre mélodique indien ; ses manuscrits en contiennent plusieurs.
Om
Syllabe sacrée ; titre d'un album de 1965.
Surimpression (overdub)
Superposition de pistes ; le chant de A Love Supreme y a recours.
Saint John Coltrane Church
Église de San Francisco qui célèbre sa musique comme liturgie.
32. Citations
De lui — en toutes lettres
« My music is the spiritual expression of what I am. » — « Ma musique est l'expression spirituelle de ce que je suis. »↗
« THANK YOU GOD. » — « Merci, mon Dieu. » Le sens qu'il donnait à A Love Supreme. ↗
« When there's something you don't understand, you have to go humbly to it. » — « Face à ce qu'on ne comprend pas, il faut aller humblement. »↗
« I believe in all religions. » — « Je crois en toutes les religions. »↗
« I get involved in this thing and I don't know how to stop. » — « Je m'y plonge et ne sais plus m'arrêter. » Réponse à Miles, rapportée par Bill Crow. ↗
« My flutes are by the bed. » — « Mes flûtes sont près du lit. »↗
« He has set standards I haven't caught up with yet. » — « Il a fixé des normes que je n'ai pas encore atteintes. » À propos de Duke Ellington. ↗
« Whatever I'd say would be an understatement. » — « Tout ce que je dirais serait en dessous de la vérité. » À propos d'Eric Dolphy. ↗
« All praise be to God to whom all praise is due. » — « Toute louange à Dieu, à qui toute louange est due. » Imprimé dans le programme de ses obsèques. ↗
De lui — en substance
Avec Dolphy, il parle de musique depuis 1954 environ. ↗
Il voudrait donner à l'auditeur une image des merveilles qu'il connaît et pressent dans l'univers. ↗
Un historien (Harvard) : il a changé la manière dont les clubs programmaient la musique. ↗
33. Sur les pas de John Coltrane
Une carte pour marcher, pour écouter, pour imaginer. Plusieurs lieux n'existent plus.
En Caroline du Nord
Hamlet : l'appartement du 200 Hamlet Avenue (selon Wikipedia ; Bridges Street selon NCpedia). ↗ · ↗
High Point : la maison d'enfance, 118 Underhill Street ; la statue en centre-ville ; l'ancien lycée William Penn. ↗
À Philadelphie
Strawberry Mansion : la maison de Coltrane, restaurée en 2026 ; le Café Society ; la « Golden Strip ». ↗ · ↗
L'Academy of Music, où il entend Parker et Gillespie en 1945 ; Ornstein et Granoff, ses écoles. ↗ · ↗
À Hawaï
La base navale de Pearl Harbor : le premier enregistrement, 13 juillet 1946. ↗
À New York
Five Spot (Cooper Square, disparu), Village Vanguard (Septième Avenue), Birdland, Village Gate, Half Note, Jazz Gallery, Carnegie Hall : les scènes. ↗ · ↗ · ↗
Saint Peter's Church, Lexington Avenue et 54ᵉ Rue : les obsèques du 21 juillet 1967. ↗
Englewood Cliffs (New Jersey) : le studio de Rudy Van Gelder. ↗
Long Island : la maison de Dix Hills ; l'hôpital de Huntington ; Pinelawn Memorial Park, Farmingdale. ↗
Sur la côte ouest
San Francisco : Grace Cathedral (le Concert sacré d'Ellington, 1965) ; l'église Saint John Coltrane. ↗ · ↗
Los Angeles : l'It Club ; le studio du jardin de Dolphy ; le cimetière d'Angelus-Rosedale, où repose Dolphy. ↗ · ↗ · ↗
Seattle : le Penthouse (septembre-octobre 1965). ↗
En Europe
Paris, Olympia (1960, hué) ; Juan-les-Pins (26 juillet 1965) ; Amsterdam, Schiphol (26 octobre 1963). ↗ · ↗ · ↗
Hilversum (Last Date, 2 juin 1964) ; Berlin, le Tangent, où Dolphy joue sa dernière soirée. ↗ · ↗
Au Japon
Tokyo, la tournée de juillet 1966 ; Nagasaki, le Parc de la paix, 16 juillet. ↗ · ↗
34. Quiz final
En quelle année naît Coltrane, et dans quelle ville ?
Quel instrument sa mère lui offre-t-elle pour ses dix-sept ans ?
Quel guitariste lui enseigne l'harmonie à Philadelphie ?
Quel orchestre de la base navale d'Hawaï rejoint-il en 1945-1946 ?
Quel altiste d'Ellington est sa première idole ?
Qui l'appelle à l'été 1955 ?
Chez quel pianiste apprend-il l'architecture des accords en 1957 ?
Quel club de Cooper Square accueille six mois de résidence avec Monk ?
Combien de fois chante-t-il « a love supreme » en surimpression ?
Pour quelle épouse écrit-il « Naima » ?
Quel mot un critique de Down Beat emploie-t-il le 23 novembre 1961 contre lui et Dolphy ?
En quelle année Dolphy et lui se parlent-ils de musique, selon Coltrane ?
Quel instrument Dolphy joue-t-il sur Africa/Brass ?
Où et quand meurt Eric Dolphy ?
Quel album enregistre-t-il avec Duke Ellington, et quel jour ?
Quelle chanson de Strayhorn Hartman ajoute-t-il dans la voiture ?
Quel batteur de Coltrane rejoint ensuite l'orchestre d'Ellington ?
Quel attentat inspire « Alabama » ?
Où joue-t-il « Peace on Earth », le 16 juillet 1966 ?
Quel jour meurt-il, et quels deux musiciens jouent à ses obsèques ?
Quel blues Mingus écrit-il pour Dolphy avant la tournée de 1964 ?
Quel nom spirituel Alice Coltrane reçoit-elle, et que signifie-t-il ?
Réponses. 1. 1926, à Hamlet (Caroline du Nord). — 2. Un saxophone alto. — 3. Dennis Sandole. — 4. Les Melody Masters, orchestre de swing de la base (13 juillet 1946). — 5. Johnny Hodges. — 6. Miles Davis. — 7. Thelonious Monk. — 8. Le Five Spot Café. — 9. Dix-neuf fois. — 10. Juanita Naima Grubbs. — 11. « Anti-jazz ». — 12. Vers 1954. — 13. La clarinette basse. — 14. À Berlin-Ouest, le 29 juin 1964. — 15. Duke Ellington & John Coltrane, le 26 septembre 1962. — 16. « Lush Life ». — 17. Elvin Jones. — 18. L'attentat contre l'église baptiste de la 16ᵉ Rue, à Birmingham, le 15 septembre 1963. — 19. À Nagasaki. — 20. Le 17 juillet 1967 ; Albert Ayler et Ornette Coleman jouent aux obsèques du 21 juillet. — 21. « So Long Eric ». — 22. Turiyasangitananda, « la félicité de la musique divine de Dieu » (Alice Coltrane).
35. Passe de vérification des faits
✔ concordant · ≈ à nuancer · ? source unique, à recouper
Point
Ce que disent les sources
Statut
Naissance
23 septembre 1926, Hamlet
✔
Lieu précis de naissance
200 Hamlet Avenue (Wikipedia) ; Bridges Street (NCpedia)
1953-1954 (New World, Wikipedia FR) ; une notice écrit à tort que c'est Ellington qui l'a engagé
≈ orchestre de Hodges
Première rencontre avec Dolphy
Los Angeles, 1954, pendant l'engagement chez Hodges (Wikipedia FR, Eric Dolphy) ; tournée californienne d'Earl Bostic (Wikipedia FR, Coltrane) ; « depuis environ 1954 » (Coltrane)
≈ 1954, circonstances incertaines
Date de mort de Dolphy
29 juin 1964 (la plupart) ; 28 juin (effondrement) ; 21 juin (BlackPast)
≈ 29 juin
Circonstances de la mort de Dolphy
Coma diabétique ; effondrement dans la chambre d'hôtel ou sur scène ; soupçon de toxicomanie rapporté par des proches
≈
Date de Kind of Blue
2 mars et 22 avril 1959 ; un blog écrit « 1958 »
✔ 1959
Giant Steps
Enregistré les 4-5 mai 1959 ; « Naima », 2 décembre 1959 ; paru en février 1960
✔
Séance Ellington
26 septembre 1962 ; durée : 6 à 8 heures selon les sources
≈
Prise d'« In a Sentimental Mood »
Première prise conservée ; récit de l'insistance, selon les notices
≈
Témoin « sans clef »
Auteur d'une citation de la rythmique : identité non confirmée
?
A Love Supreme
Enregistré le 9 décembre 1964 ; paru en janvier 1965
✔
Chant de A Love Supreme
Dix-neuf surimpressions (Wikipedia)
? source unique
« Alabama »
Enregistré en novembre 1963 ; certains disent « 1964 » (parution) ; sur Live at Birdland (1964), titre studio
≈ novembre 1963
Naima, mariage
1953 (infobox), 1955 (usage courant)
?
Mariage avec Alice
1965, à Ciudad Juárez (Wikipedia FR, Ebsco) ; 1966 selon une notice
≈ 1965
John Jr.
Mort en 1982 dans un accident de voiture ; batteur (Wikipedia) ou bassiste (autre notice)
≈
Translinear Light
1995 (une notice) ; enregistré en 2004 avec Ravi et Oran (autre notice)
≈
Titre de « So Long Eric »
Édité à tort sous le titre « Goodbye Pork Pie Hat » (disques pirates, LP Great Concert)
✔
Divorce
1965 (Porter), 1966 (Wikipedia)
≈
Quartette classique
« Depuis avril 1962 » (Wikipedia) ; formé en 1960-61 ; Garrison dès 1961 (Harvard)
≈
Départ d'Elvin Jones
Janvier 1966 (Wikipedia) ; mars 1966 (autre source) ; vers l'orchestre d'Ellington
≈
Église de San Francisco
Fondée en 1969 (courant) ; 1971 (Smithsonian)
≈
Pulitzer
2007, citation spéciale ; un blog écrit 1997
✔ 2007
Grammy « Lifetime Achievement »
1992 (Find a Grave) ; 1997 (autres)
?
Giant Steps, Grammy/Registry
Grammy Hall of Fame 2001 (Wikipedia) ; National Recording Registry 2004 (TV Tropes)
≈
Citation de Coltrane sur Dolphy
« tout ce que je dirais serait en dessous de la vérité » (Wikipedia FR) ; « l'une des plus grandes personnes… » (blog)
✔ / ?
Photographie de Dolphy accrochée
Coltrane Code (unique)
?
Instruments de Dolphy donnés à Coltrane
Wikipedia (achetés en France, jamais joués) ; autre version : sa flûte et sa clarinette basse
≈
Huit à douze heures de travail par jour
KUVO (unique)
?
Miles frappe Coltrane
Pete Covington (blog)
? à ne pas présenter comme un fait
Sevrage dans la chambre de sa mère
Plusieurs récits ; source de qualité variable
≈
« I would like to be a saint »
Attribué dans Swing Journal ; Porter y voit un malentendu
≈
Slonimsky
Consulté chaque jour (blog) ; ses pages « Scales of India » n'en viendraient pas (The Wire)
≈
Giant Steps et tierces majeures
Connaissance générale ; sources en ligne confirment
✔
Pharoah, entrée dans le groupe
Été-automne 1965
≈
Coltrane House, Philadelphie ; Dix Hills
Ouverture au public annoncée pour 2026
? à confirmer
Concerts du centenaire
Annoncés (Hollywood Bowl, Chicago, Philadelphie) ; vérifier le déroulé
?
Sheets of sound
Expression attribuée au critique Ira Gitler : connaissance générale, source à relever
Harvard Gazette ↗ · Down Beat ↗ · Brooklyn Rail ↗ · Northeast Times ↗ · WHYY ↗ · WKCR ↗ · Chicago Symphony ↗ · The Music Universe ↗
Mingus et Alice Coltrane
JazzFuel, « So Long Eric » ↗ · charlesmingus.com ↗ · ↗ · JazzTimes, Cornell 1964↗ · All About Jazz ↗ · Wikipedia, The Great Concert of Charles Mingus↗
Wikipedia, Alice Coltrane (EN ↗ · FR ↗) · AllMusic ↗ · Ebsco ↗ · Dazed ↗ · Integral Yoga Magazine ↗ · Wikipedia, Journey in Satchidananda↗ · Music by Women ↗
Ouvrages de référence
Lewis Porter, John Coltrane: His Life and Music (University of Michigan Press, 1998) ; Ashley Kahn, A Love Supreme (Viking, 2002) ; Ben Ratliff, Coltrane: The Story of a Sound (Farrar, Straus and Giroux, 2007) ; Bill Cole, John Coltrane (Schirmer, 1976) ; Bill Crow, Jazz Anecdotes (Oxford University Press). (Éditeurs et années à confirmer.)
37. Album photo
Toutes les images de cet album sont hébergées sur Wikimedia Commons, qui n'accepte que des fichiers libres de droit ou du domaine public. L'auteur et la licence exacts de chaque fichier figurent sur sa fiche (lien « fiche ↗ ») : à recopier ou à confirmer au moment de la publication. Les photographies de Getty, d'Alamy, de la NYPL et du Smithsonian n'ont pas été retenues, faute de licence libre vérifiée. Les images libres d'Eric Dolphy sont rares : deux fichiers seulement existent sur Commons à ce jour, de statut à confirmer.
1 — Schiphol, 26 octobre 1963
Photo : Hugo van Gelderen / Anefo, Nationaal Archief, CC0, via Wikimedia Commons. Fiche ↗
2 — Coltrane, 1961
Licence CC0 lue sur la fiche ; auteur et source à relever avant publication. Fiche ↗
3 — Duke Ellington, 1964
Le maître de la séance de 1962. Statut : domaine public (publicité sans mention de droits) selon la fiche, à confirmer. Fiche ↗
4 — Rahsaan Roland Kirk, Hambourg, 1972
L'ami de la nuit, qui lui consacra un medley (voir le guide « Le voyant aux trois souffles »). Crédit : Heinrich Klaffs, CC BY-SA 2.0, via Wikimedia Commons. Fiche ↗
5 — Charles Mingus, 4 juillet 1976
Le patron de Dolphy et l'ami de Duke. Crédit : Tom Marcello, CC BY-SA 2.0, via Wikimedia Commons. Fiche ↗
6 — Charlie Parker, 1947
Celui que Coltrane entend à l'Academy of Music en 1945. Photo : William P. Gottlieb, Library of Congress, domaine public. Fiche ↗
7 — Coleman Hawkins et Miles Davis, 1947
Miles Davis, patron de Coltrane en 1955-1960. Photo : William P. Gottlieb, Library of Congress, domaine public. Fiche ↗
8 — Eric Dolphy (deux fichiers à confirmer)
Photographie de lycée (Dorsey High School, 1947). Licence et auteur : à confirmer sur la fiche ↗.
Photographie sans crédit parue dans The Jazz Review (juin 1960). Statut : à confirmer ; à retirer si la licence n'est pas libre. Fiche ↗
9 — À consulter en ligne (domaine public, non intégrées)
Le fonds Gottlieb de la Library of Congress propose aussi des portraits de Duke Ellington, de Dizzy Gillespie, de Thelonious Monk et de Miles Davis. Collection « Gottlieb Jazz Photos » ↗
Dernière mesure
Il y a, au bout d'un disque de 1964, une voix qui dit que la musique, quand c'est fini, est partie dans l'air, et qu'on ne peut plus la reprendre.
C'est faux, peut-être. Ou c'est vrai d'une manière que seuls savent les souffleurs.
Car l'air, lui, n'oublie rien. Il garde la flûte d'Eric dans les feuilles d'un jardin de Los Angeles. Il garde les quatre notes d'un homme de Caroline du Nord qui prie sans mot, d'un bout à l'autre d'une nuit. Il garde une valse de Strayhorn qui hésite sur un trottoir, un matin de septembre, entre un vieux monsieur en smoking et un jeune homme qui cherche encore.
Deux frères, trop tôt partis. Un maître, aussi, qui vécut soixante-quinze ans pour tendre la main.
Posez le disque. Écoutez le premier coup de gong. Puis, tout au bout du silence, quelqu'un, quelque part, reprend la phrase.