Guide · laurentberthelier.site/guides/#john-coltrane John Coltrane à l'aéroport de Schiphol, 1963

John Coltrane

1926 – 1967 · Hamlet (Caroline du Nord) – Huntington (New York), États-Unis

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Le pèlerin de l'infini

Hommage — 1926 · 1967 · 2026

John Coltrane à l'aéroport de Schiphol, 1963

John Coltrane à son arrivée à l'aéroport de Schiphol (Pays-Bas), 26 octobre 1963. Photo : Hugo van Gelderen / Anefo (Nationaal Archief), CC0, via Wikimedia Commons (fiche du fichier ↗).

« My music is the spiritual expression of what I am. »
— « Ma musique est l'expression spirituelle de ce que je suis. »
John Coltrane, notes de pochette de A Love Supreme ↗

Ouverture — Le fleuve qui ne finit pas

Il y a des hommes qui cherchent la note juste. Lui cherchait ce qu'il y a derrière.

On raconte qu'il ne lâchait pas l'instrument. À l'entracte, il s'en allait jouer dans un coin, comme on s'en va prier. Sur scène, il ne savait pas, disait-il, comment s'arrêter : le solo devenait fleuve, le fleuve devenait mer, et la mer, une question posée au ciel. Ce n'était pas de l'excès. C'était de la soif.

Un saxophone, offert par sa mère le jour de ses dix-sept ans. Un quartette qu'on dira classique parce qu'il fut un temple. Une nuit de décembre 1964, quatre mouvements qui sont une seule action de grâce. Et puis la tendresse, aussi — celle qui frappe, un matin de septembre 1962, à la porte de Duke Ellington et demande, très bas, la permission d'entrer.

À côté de lui, toujours, un frère. Eric Dolphy, qui jouait la flûte comme on parle aux oiseaux, la clarinette basse comme on parle aux morts, et qui partit le premier, à trente-six ans, sur un trottoir de Berlin. Trois ans plus tard, ce fut le tour de l'autre. Deux destins trop courts. Deux souffles qui ne se sont jamais vraiment séparés.

Les critiques ont dit anti-jazz. Il a répondu par une prière. Les modes d'emploi ont dit tonalité, forme, durée. Il a répondu : encore. Il disait vouloir donner à l'auditeur une image des merveilles que l'on devine dans l'univers. On ne lui a jamais vu d'autre ambition, et c'est peut-être la seule qui vaille.

Ce guide n'est pas une biographie de plus. C'est une veillée : autour d'un saxophone qui brûle sans se consumer, entre un frère parti trop tôt et un vieux maître, Duke, venu lui tendre la main. On y démontrera, preuves à l'appui, ce que l'oreille devine : que Coltrane et Dolphy furent deux frères d'âme, et que Coltrane et Ellington, que quarante ans séparent, marchaient vers le même sanctuaire.

Entrez. Retirez vos chaussures, vos certitudes. La musique vous attend, et elle ne sait pas dire fin.

Comment lire ce guide — Trois portes

Ce guide est une maison à plusieurs entrées. Voici trois façons d'y pénétrer, selon le temps dont vous disposez ; chacune a son disque, à écouter en lisant. (Durées estimées sur environ 230 mots à la minute ; « § » renvoie aux titres numérotés.)

ParcoursDuréeÀ lireÀ écouter
Un souffle≈ 10 minL'ouverture · §1 Hamlet et High Point · §3 L'abîme et l'éveil · §6 Une louange · §7 La dernière nuit · « Dernière mesure »« Acknowledgement », première partie de A Love Supreme
Une soirée≈ 1 hL'ouverture, les repères et la chronologie · tout le récit (§1 à 7) · l'interlude du Vanguard · §22 Coltrane et Dolphy · §23 Coltrane et Ellington · §29 Playlists · « Dernière mesure »Duke Ellington & John Coltrane (1962), puis « Naima » avec Dolphy (Village Vanguard, 1961)
L'intégrale2 h 30 à 3 hTout, dans l'ordre ; quiz, vérification, sources et album en dernierA Love Supreme d'un seul trait, puis Expression (1967)

Entrer par une envie

Le plan en un coup d'œil

Repères — La fiche en un souffle

Nom de naissanceJohn William Coltrane (« Trane » pour les amis et les fidèles)
Naissance23 septembre 1926, Hamlet (Caroline du Nord) ; enfance à High Point
Mort17 juillet 1967, Huntington Hospital (Long Island), à 40 ans, d'un cancer du foie
SépulturePinelawn Memorial Park, Farmingdale (État de New York)
InstrumentsSaxophones ténor, soprano et alto ; flûte ; clarinette basse (à la fin)
SignaturesLes « nappes de sons » ; la quête modale ; le saxophone soprano ; le solo-prière ; A Love Supreme
Label(s)Prestige, Atlantic, Impulse! ; Blue Note (Blue Train seul) ; Columbia (avec Miles Davis) ; Riverside (avec Monk)
FormationLe « Classic Quartet » : McCoy Tyner, Elvin Jones, Jimmy Garrison
Compagnons de routeEric Dolphy, Miles Davis, Thelonious Monk, Johnny Hodges, Duke Ellington, Dizzy Gillespie ; le producteur Bob Thiele, l'ingénieur Rudy Van Gelder
ÉpousesJuanita Naima, puis Alice Coltrane, pianiste et harpiste
EnfantsJohn Jr. (1964–1982), Ravi (né en 1965), Oran (né en 1967) ; et Michelle, fille d'Alice

Sources : Wikipedia ↗ · NCpedia ↗ · Ville de High Point ↗ · Alice Coltrane, Wikipedia ↗ · Blue Note ↗

Chronologie repère

AnnéeÉvénement
192623 septembre : naissance de John William Coltrane à Hamlet. À trois mois, la famille s'installe à High Point.
fin 1938Son père, une tante et ses grands-parents meurent à quelques mois d'intervalle.
vers 1939-1940Le cor alto, puis la clarinette dans la fanfare de High Point ; en 1940, la fanfare du lycée William Penn. Lester Young l'oriente vers le saxophone alto.
1943Juin : il quitte High Point pour Philadelphie. Septembre, pour ses dix-sept ans : premier saxophone, un alto, offert par sa mère.
1945Juillet : avec Benny Golson, il entend Dizzy Gillespie et Charlie Parker à l'Academy of Music. Il entre dans la Marine.
194613 juillet : premier enregistrement, à Hawaï, avec des musiciens de la Navy. Août : démobilisé.
1947-1951Le ténor avec Eddie « Cleanhead » Vinson (1947) ; l'orchestre de Dizzy Gillespie (1949-1951). Premier solo sur disque : « We Love to Boogie », 1ᵉʳ mars 1951.
1953-1954Il joue dans le petit orchestre de Johnny Hodges, l'altiste d'Ellington, alors en congé de la formation de Duke.
1954À Los Angeles, première rencontre avec Eric Dolphy (selon la version retenue ici ; voir §35).
1955Été : Miles Davis l'appelle. Naissance du « premier grand quintette ».
1957Avril : Miles le renvoie. Mai-juin : l'éveil spirituel, la rupture avec l'héroïne et l'alcool. Été : le Five Spot avec Monk. Septembre : Blue Train.
1958-1959Retour chez Miles. Kind of Blue (mars et avril 1959). Giant Steps (Atlantic).
1960Il forme son propre quartette. My Favorite Things.
1961Eric Dolphy rejoint le groupe. Août : un mois au Village Gate. Africa/Brass ; Impulse!. 1ᵉʳ-5 novembre : le Village Vanguard. 11 novembre-4 décembre : tournée européenne. Le 23 novembre, Down Beat parle d'« anti-jazz ».
196212 avril : Down Beat, « Coltrane et Dolphy répondent aux critiques ». 26 septembre : la rencontre avec Duke Ellington, studio Van Gelder.
19637 mars : John Coltrane and Johnny Hartman. 15 septembre : l'attentat de Birmingham. 26 octobre : Schiphol. Novembre : « Alabama ».
196429 juin : mort d'Eric Dolphy, à Berlin. Il s'installe à Dix Hills (Long Island). 9 décembre : A Love Supreme.
1965Ascension (environ six mois après), Newport, Seattle (Penthouse, septembre-octobre), Om.
1966Janvier : Alice Coltrane remplace McCoy Tyner. Juillet : tournée au Japon ; le 16, concert à Nagasaki, « Peace on Earth ».
1967Printemps : Expression, dont il approuve la parution le vendredi précédant sa mort. 16 juillet : hospitalisé. 17 juillet : mort. 21 juillet : obsèques à Saint Peter's, avec Albert Ayler et Ornette Coleman.
1969-1971Naissance, à San Francisco, de l'église qui fera de lui un saint : la « Saint John Coltrane African Orthodox Church » (date à confirmer, voir §35).
2007Citation spéciale du prix Pulitzer, à titre posthume.
2021-2023Parutions de A Love Supreme: Live in Seattle (2021) et de Evenings at the Village Gate (2023), avec Eric Dolphy.
202623 septembre : le centenaire. Coltrane 100 : « The Tiberi Tapes » (Impulse!), concerts, hommages à Philadelphie, à Hollywood Bowl et ailleurs.

Sources principales : Wikipedia ↗ · AllMusic, biographie ↗ · Jazz.com, encyclopédie ↗ · New World Encyclopedia ↗ · Discographie, jazzdisco.org ↗ · Down Beat, 1962 ↗ · Coltrane 100, The Music Universe ↗ · Chicago Symphony ↗

I. LE RÉCIT

1. Hamlet et High Point, ou la première église (1926–1943)

Il y a des commencements qui tiennent dans une adresse. 200 Hamlet Avenue, à Hamlet, Caroline du Nord : un appartement, un cri, un enfant unique. John Robert, le père, est tailleur et musicien du dimanche ; Alice Blair, la mère, a la foi chevillée au corps. Les deux grands-pères sont pasteurs de l'Église épiscopale méthodiste africaine Sion. Trois mois après la naissance, tout ce monde déménage à High Point, tout près, pour se serrer autour du grand-père, le révérend William Blair. Le petit grandira là, dix-sept ans durant, dans une odeur de cantiques et de tissu repassé. ↗ · ↗ · ↗

Puis, à la fin de 1938, la maison se vide. Son père, une tante, ses grands-parents : tous s'éteignent en quelques mois. Il a douze ans. C'est à peu près le moment où il prend un instrument. On ne saura jamais si c'est une coïncidence. On sait seulement que, de ce trou dans la famille, sortira une habitude : mettre du son là où l'absence avait posé son silence. ↗ · ↗

Anecdotes de la première enfance

Il n'avait pas de fortune. Il avait un tuyau d'or : une direction. Tout ce qu'on lui retirait, il le transformait en chemin.

2. Philadelphie, la Marine, les maîtres (1943–1955)

Philadelphie, juin 1943. Une raffinerie de sucre le jour, le saxophone la nuit. Pour ses dix-sept ans, en septembre, sa mère lui achète un alto : c'est le vrai début. Il étudie à l'école de musique Ornstein, puis, quand la Marine l'a rendu à la vie civile, au Granoff Studio, grâce au G.I. Bill. Les cours de Dennis Sandole, un guitariste, lui ouvriront des portes harmoniques. ↗ · ↗

L'été 1945, il va entendre à l'Academy of Music deux hommes qui ne s'appellent pas encore bebop, parce que le mot ne tient pas dans la bouche : Dizzy Gillespie et Charlie Parker. Avec lui, son ami Benny Golson. Ils sortiront de là un peu plus nus qu'à l'entrée. ↗

Les années d'atelier

3. L'abîme et l'éveil (1955–1959)

Le premier quintette de Miles est un laboratoire où le jeune ténor semble toujours arriver en retard sur lui-même : trop de notes, pas assez de silence. Le trompettiste le renvoie, une première fois en 1956, une seconde en avril 1957 : héroïne, alcool, fiabilité. Coltrane touche le fond. ↗ · ↗

Puis, en juin 1957, dans les affres du sevrage, il dira avoir connu un éveil spirituel, grâce à Dieu, qui le conduirait à une vie plus riche, plus pleine, plus productive. Le sevrage, selon plusieurs récits, s'est fait d'un coup : enfermé dans une chambre, chez sa mère à Philadelphie. Il ne remettra jamais d'héroïne dans sa vie. ↗ · ↗ · ↗

La renaissance, étape par étape

Il s'était perdu pour se trouver. Il ne fit jamais de sa chute une légende : il en fit une reconnaissance.

4. Le temple des quatre (1960–1962)

1960 : l'année des départs. Il quitte Miles et monte son propre quartette. Autour de lui se tiennent trois hommes dont l'histoire retiendra les noms : McCoy Tyner au piano, Elvin Jones à la batterie, et, un peu plus tard, Jimmy Garrison à la contrebasse. Le Classic Quartet, dira-t-on. Plutôt une église à quatre piliers. ↗

Le quartette, en quelques éclats

5. Eric, le frère (1954–1964)

Il y a des rencontres qui n'ont pas besoin de date. Pourtant, Coltrane et Eric Dolphy en eurent une : Los Angeles, 1954, deux jeunes hommes dans la poussière dorée de la côte. Dolphy est né le 20 juin 1928, de parents panaméens : un garçon doux, qui ne boit pas, ne fume pas, ne se pique pas, et qui parle aux oiseaux avec son alto. Coltrane est de deux ans son aîné. Le premier est un fleuve sombre, le second une rivière claire. Ils se reconnaissent. ↗ · ↗ · ↗

À l'hiver 1960-1961, Dolphy rejoint peu à peu le groupe. Il y reste moins d'un an en formation régulière : de l'été 1961 au printemps suivant. Mais ces mois-là suffisent à changer deux vies. ↗ · ↗

Les mois d'Eric

Berlin, juin 1964

En avril 1964, Dolphy part avec Charles Mingus pour une tournée européenne. Avant de partir, il a annoncé qu'il resterait à Paris, où il pense à se marier. Le 2 juin, à Hilversum, il enregistre Last Date ; le 11 juin, à Paris, d'autres bandes. Il lui reste dix-huit jours. ↗ · ↗

Le 27 juin, il est à Berlin-Ouest pour un club, le Tangent. Le 28, il s'effondre dans la rue ; on l'emmène à l'hôpital. Il a un diabète que personne ne lui avait diagnostiqué. Il meurt le 29, à trente-six ans. ↗ · ↗ · ↗

À la fin du disque de Hilversum, sa voix : « after it's over, it's gone in the air. You can never capture it again. » — « Quand c'est fini, c'est parti dans l'air. On ne peut jamais le reprendre. » Ce n'était pas un adieu. Cela y ressemble tellement. ↗ · ↗

Deux frères : l'un resté dans l'air, l'autre parti en l'air. Trois ans plus tard, le second rejoint le premier.

6. Une louange (1963–1966)

1963 : la lumière change de côté. Le 15 septembre, à Birmingham (Alabama), une bombe du Ku Klux Klan détruit l'église baptiste de la 16ᵉ Rue et tue quatre fillettes. Le 18, Martin Luther King prononce leur éloge funèbre. Coltrane compose « Alabama », enregistrée en novembre : une mélodie qui s'appuie sur le phrasé de ce discours, un deuil sans amertume. Il ne dira jamais publiquement que c'est une réponse à l'attentat ; on le comprend sans qu'il ait à le dire. ↗ · ↗ · ↗

Neuf mois plus tard, Dolphy est mort. Et en 1964, dans une pièce de sa maison de Dix Hills, Long Island, Coltrane s'isole quatre ou cinq jours. Il en sort avec quatre mouvements. Le 9 décembre 1964, le quartette les enregistre : A Love Supreme. ↗ · ↗ · ↗

Les quatre portes

Et après ?

7. La dernière nuit (juillet 1967)

Il souffre du foie depuis le milieu de 1966 ; il ne s'en occupe pas. Pendant des semaines, il a mal au ventre et refuse de voir un médecin. Au printemps 1967, il enregistre encore. Le vendredi qui précède sa mort, il approuve la parution d'Expression. ↗ · ↗ · ↗

Hospitalisé à Huntington, Long Island, il meurt le 17 juillet 1967, à quarante ans. Quatre jours plus tard, le 21, l'église luthérienne Saint Peter, à Manhattan, est pleine. Albert Ayler et son quartette ouvrent la cérémonie ; Ornette Coleman la clôt. Ni l'un ni l'autre ne joue les airs de Coltrane : ils jouent leur propre musique, ou l'improvisation libre. L'ami Calvin Massey lit le poème « A Love Supreme ». Il repose à Pinelawn Memorial Park, à Farmingdale. ↗ · ↗ · ↗

Dans le programme des obsèques, une phrase de la sainteté de l'ordinaire : « All praise be to God to whom all praise is due. » — « Toute louange à Dieu, à qui toute louange est due. » Au bas de la page, c'est sa voix qui conclut, et c'est une action de grâce. ↗

On n'arrête pas un homme qui n'a jamais su s'arrêter. On le laisse, tout au plus, au milieu d'un chorus — et le chorus continue.

II. LE GRAND RECUEIL D'ANECDOTES

Le récit ne disait que l'essentiel. Ici, on ouvre les tiroirs : les coulisses, les nuits, les témoins, les petites choses qui font qu'un homme devient une lumière. Chaque histoire porte sa source ↗ ; les témoignages sont rapportés en substance.

8. Enfance et Philadelphie — les à-côtés

9. Le travail — pratiquer jusqu'à la prière

Il n'y a pas, chez Coltrane, de don sans sueur. Les anecdotes de ceux qui l'ont vu travailler dessinent un portrait obstiné.

10. Miles, Monk et les maîtres — l'atelier de New York

Un jeune homme sans repères se met sous la tutelle de deux géants têtus. L'un lui apprend le temps, l'autre l'espace.

11. Duke et Trane — le disque de septembre 1962, minute par minute

Duke a soixante-trois ans. Coltrane en a trente-six. Le premier a inventé un monde dans les années 1920 ; le second en invente un autre. Pour un jour, on tend un pont.

12. Eric et Trane — les nuits du frère

12 bis. Mingus et Dolphy — l'autre fraternité

Avant de rejoindre Coltrane, avant de le quitter, Eric Dolphy appartenait à Charles Mingus. Ce chapitre raconte l'autre fraternité, celle qui encadre la mort d'Eric comme deux mains.

13. Le quartette et ses voix — Tyner, Elvin, Garrison, Pharoah, Alice

14. Studios et disques — les coulisses des chefs-d'œuvre

15. En tournée — Europe, Seattle, Japon

16. Ce qu'il en reste — plaques, statues, maisons, églises

16 bis. Alice Coltrane — la voix d'après

Elle fut la dernière pianiste de son quartette, puis la gardienne de son œuvre, puis une autre musicienne. Ce chapitre suit Alice de 1967 à 2007.

Interlude — Une nuit au Village Vanguard, novembre 1961 (reconstitution)

Ceci n'est pas un témoignage. Le texte assemble ce qui est établi — le lieu, les dates, les musiciens, quelques titres — et invente le reste : l'ordre exact, la lumière, les gestes. Aucune parole n'est prêtée à un témoin réel. La liste de ce qui est documenté, et de ce qui est imaginé, suit le récit.

Descendez les marches. La rue s'éteint derrière vous comme une radio qu'on tourne. En bas, une salle basse, un coude, une scène étroite. Nous sommes à New York, un soir de novembre 1961, l'un de ceux, entre le 1ᵉʳ et le 5, dont les bandes ont gardé la trace.

Ils sont là avant lui. McCoy Tyner, au piano, qui dépose sa main gauche comme on pose la première pierre. Elvin Jones, aux fûts, qui fait tourner la nuit comme une roue. Un contrebassiste, Reggie Workman, ou bien Jimmy Garrison, qui tient le sol. Et, penché sur un instrument trop grand pour lui, la clarinette basse, Eric : doux, souriant, étrange.

Puis Coltrane. On l'imagine entrer comme on entre dans une église où l'on est un peu en retard : sans bruit, déjà tout entier. Pas de discours. Il lève le soprano. Quelque part dans la salle, un homme se redresse, une femme ferme les yeux.

Le premier thème est un seuil. Le deuxième est une plaine. Il y a un morceau où une tampura bourdonne, l'Inde passe sur la pointe des pieds. Il y en a un autre, une berceuse, « Naima », où Eric prend la parole comme on prend la main d'un enfant. Entre les deux, des silences qui n'ont pas de nom.

Il est possible qu'un solo dure vingt minutes. Il est possible qu'il en dure quarante. Il est possible que, dans une rue plus loin, un critique prépare déjà le mot anti-jazz. Cette nuit-là ? Nul ne peut le dire. Le Vanguard a l'habitude : il a entendu bien pire, et bien plus beau.

Au dernier accord, la salle ne sait pas si elle doit applaudir ou se taire. Elle fait l'un, puis l'autre. Les musiciens rangent. Eric, en sortant, sourit aux deux ou trois qui restent. Puis les marches, dans l'autre sens. La rue revient, avec ses sirènes à elle. Et l'on se surprend, le nez dans le vent de la Septième Avenue, à attendre un oiseau.

Ce qui est établi.

Ce qui est imaginé. L'ordre des morceaux tel qu'il fut joué ; la lumière, les gestes, l'entrée en scène ; la durée de tel ou tel solo ce soir-là ; les réactions de la salle ; la sortie.

III. LE PORTRAIT

17. Traits marquants

18. La quête spirituelle — de l'église d'Hamlet à l'Om

Il n'avait pas de dogme. Il avait une soif. Le grand-père pasteur lui avait appris que la prière a une voix ; la chute de 1957 lui apprit qu'elle a un prix. Après l'éveil, il lit. Sa bibliothèque s'ouvre : Indes, Afrique, soufisme. Il dira croire en toutes les religions, et il le prouvera en les jouant. ↗ · ↗

19. Caractère — Le colosse timide

Il y avait, sous les épaules larges d'un homme que ses contemporains décrivent comme corpulent, un garçon timide. On l'a dit mystérieux ; il était d'abord pudique. Le portrait que Roy DeCarava en fit, en exposition multiple, lui ôte presque le corps : la silhouette massive devient vapeur, comme soufflée par l'extase de sa musique. ↗ · ↗

20. La bonté — Ce qu'il donnait

La bonté, chez lui, n'est pas un trait de caractère : c'est une manière de tenir son instrument. Elle se lit dans les petits gestes.

21. Le génie — La cathédrale et la porte ouverte

Il y eut deux Coltrane : celui qui construit une cathédrale (les accords de « Giant Steps », la suite en quatre mouvements) et celui qui, après, abat les murs pour voir ce qu'il y a derrière (Ascension, Om, Interstellar Space). Les critiques ont préféré l'un ou l'autre. Il ne s'est jamais posé la question. ↗ · ↗

Quelques éclats :

Le contrepoint honnête. Elvin Jones et McCoy Tyner, qui l'aimaient, n'entendaient plus que « du bruit » dans la dernière période ; Shankar la trouvait tumultueuse. Un siècle après, d'autres y entendent une prière, ou un orage de lumière. ↗ · ↗

22. Coltrane et Eric Dolphy — dix preuves de fraternité

Il ne s'agit pas de dire que Dolphy fut « le meilleur ami » de Coltrane : aucune source ne le classe ainsi. Il s'agit d'établir, pièce après pièce, qu'ils furent deux frères d'âme. Chaque preuve porte son degré de certitude : ✔ établi · ≈ à nuancer · ? source unique.

#La preuveStatutSource
1Ils se parlent depuis 1954. Coltrane : « Eric et moi, nous parlons musique depuis environ 1954. »✔Down Beat, 1962 ↗
2Ils travaillent comme des forcenés. Tous deux auraient pratiqué huit à douze heures par jour ; Coltrane hantait le studio du jardin de Dolphy.≈KUVO ↗
3Ils orchestrent ensemble. Dolphy et Tyner aident Coltrane à orchestrer Africa/Brass (1961).✔BlackPast ↗
4Ils partagent la scène. Village Gate (août 1961), Village Vanguard (novembre 1961), tournée d'Europe (11 novembre-4 décembre).✔Tidal ↗ · Wikipedia ↗
5Ils sont attaqués ensemble. « Anti-jazz » (23 novembre 1961) ; ils répondent ensemble (12 avril 1962).✔Down Beat ↗
6Coltrane souffre pour Eric. Il dit qu'il fut blessé de voir Dolphy blessé.✔All About Jazz ↗
7Ils partagent une éthique du son. L'un veut donner à l'auditeur une image des merveilles de l'univers ; l'autre, imiter les oiseaux « parce que c'est ce qu'ils font ».≈Down Beat ↗
8Coltrane joue « Naima »… et Dolphy aussi. Dolphy est le soliste mis en avant dans « Naima » au Vanguard ; il l'enregistre à Paris le 11 juin 1964.✔Fandom ↗ · Wikipedia ↗
9Sa mère lui confie ses instruments. Flûte et clarinette basse, que Coltrane jouera sur plusieurs disques ; il aurait aussi voyagé avec une photographie d'Eric.✔ (instruments) / ? (photo)Fandom ↗ · Coltrane Code ↗
10Ils meurent trop jeunes, à trois ans d'écart. Eric à 36 ans (29 juin 1964), John à 40 ans (17 juillet 1967).✔Wikipedia ↗ · Wikipedia ↗

Les ressemblances qu'on peut ajouter, sans les prouver. Deux hommes sobres à la fin (Dolphy ne but jamais ; Coltrane renonça en 1957). Deux musiciens qui travaillaient jusqu'à l'épuisement. Deux oreilles tournées vers le dehors — les oiseaux, l'Inde. Deux morts causées par une maladie qu'on ne vit pas à temps : l'un par un diabète ignoré, l'autre par un cancer du foie qu'il n'a pas fait examiner à temps. ↗ · ↗

Ce qui les distingue. Dolphy est resté dans l'air, Coltrane est monté vers le ciel. L'un cherchait la liberté du chant, l'autre la grâce. Dolphy jouait en rafales courtes, Coltrane en fleuves. ↗

23. Coltrane et Duke Ellington — dix points communs

Quarante ans les séparent : Duke est né en 1899, Coltrane en 1926. Duke avait 63 ans à la séance de 1962 ; Coltrane, 36. Pourtant, on peut démontrer qu'ils marchaient vers le même sanctuaire. Même légende des degrés de certitude : ✔ établi · ≈ lecture · ? à recouper.

#Le point communStatutSource
1Un même saxophoniste. Johnny Hodges, grande voix de Duke, est l'une des premières idoles de Coltrane, qui joue dans son petit groupe en 1953-1954.✔New World Encyclopedia ↗
2Une mère croyante. La Bible de la mère d'Ellington ; la ferveur de la mère de Coltrane et des deux grands-pères pasteurs.✔NPR ↗ · BSO ↗
3Une œuvre sacrée en fin de route. A Love Supreme (9 décembre 1964) ; le Concert de musique sacrée, 16 septembre 1965 : à neuf mois d'écart.✔Wikipedia ↗ · Wikipedia ↗
4« L'œuvre la plus importante ». Ellington le dit de son sacré ; Coltrane parle de remerciement à Dieu.✔KQED ↗ · johncoltrane.com ↗
5Un même poète : Billy Strayhorn. « My Little Brown Book », « Lush Life ».✔Wikipedia ↗
6Un même hymne. « Come Sunday » : Hodges (1965), Dolphy (1963).✔LED ↗ · Wikipedia ↗
7La spontanéité. La première prise d'« In a Sentimental Mood » est conservée ; Coltrane parlera de la spontanéité plutôt que de la perfection.✔MusiqXXL ↗ · Wikipedia ↗
8Un orchestre fait de personnes. Ellington écrit pour chaque voix « en personnage » ; Coltrane construit un quartette où Tyner, Jones, Garrison sont des voix, non des accompagnateurs.≈LED ↗ · Rogue Art Historian ↗
9Un passage de relais. Elvin Jones quitte Coltrane en janvier 1966 et rejoint Ellington.✔Wikipedia ↗
10L'humilité devant l'autre. Coltrane : Duke a posé des normes qu'il n'a pas encore atteintes.✔Wikipedia ↗

Ce qui les distingue. L'âge, évidemment : soixante-quinze ans de vie pour l'un (mort en 1974), quarante pour l'autre. L'instrument : un orchestre contre un quartette. Le rapport au temps : Ellington écrit des miniatures et des suites ; Coltrane tient des solos de quarante minutes. Mais le but ? Une louange. ↗

24. Influences — La généalogie d'un homme qui écoute

SourceCe qu'il en a fait
L'église A.M.E. Zion, la maisonLa ferveur, la répétition, la réponse.
Lester Young, Johnny HodgesLe chant de l'alto, le son d'abord ; Hodges, son premier patron sérieux.
Charlie Parker, Dizzy GillespieL'entrée dans le monde nouveau, juillet 1945, Academy of Music.
Dennis Sandole, Granoff, OrnsteinLa technique, l'harmonie, les gammes.
Jimmy Heath, Benny GolsonLes camarades de travail : on relève, on digère.
Thelonious MonkL'architecture, l'espace, la liberté.
Miles DavisLe modal, le silence, la sobriété — et le contraire.
Ornette Coleman« Abandonner le système d'accords » : une dette reconnue en 1963.
Ravi Shankar, Yusef LateefL'Inde, la modalité, le bourdon.
Eric DolphyLe frère de souffle ; la flûte, la clarinette basse, l'oiseau.
Duke Ellington, Billy StrayhornLa tendresse, le sacré, le répertoire.
Slonimsky, Debussy, Ravel, Bartók, StravinskyLes livres d'exercices et les couleurs européennes.

Sources : Jazz.com ↗ · Wikipedia ↗ · Coltrane Code ↗ · Stephen Jones ↗ · The Wire ↗

IV. L'ÉCHO

25. Hommages reçus — Ce que le vent a rapporté

On mesure une lumière à ce qu'elle fait lever. Celle de Coltrane a levé des églises, des orchestres symphoniques, des guitaristes, des poètes et des villes.

Par ses pairs

Par la famille

Par les musiciens d'après

Par les institutions et les villes

Par les écrivains

26. Portraits de l'entourage — Ceux qui ont tenu la lampe

27. Frise des engagements

DateEngagementTrace
1957Renoncer à l'héroïne et à l'alcool ; consacrer sa vie à Dieu et à la musiqueGood News ↗
1961-1962Défendre, avec Dolphy, une musique qu'on dit « anti-jazz »Down Beat ↗
1963Reconnaître sa dette envers Ornette ColemanMusic & Literature ↗
Septembre-novembre 1963« Alabama », deuil des quatre fillettes de BirminghamBSO ↗ · WBGO ↗
1963-1965Imposer des musiciens neufs (Ayler, Shepp, Sanders) chez Impulse!All Things Jazz ↗
1964A Love Supreme : une action de grâcejohncoltrane.com ↗
1966Nagasaki : une couronne, un silence, « Peace on Earth »KCCK ↗
1966Refuser le statut d'icôneLewis Porter ↗
1966-1967S'ouvrir à toutes les traditions : l'Inde, l'Afrique, le soufismeThe Wire ↗
1967Terminer Expression le vendredi avant sa mortBlue Note ↗

Nuance : Coltrane parlait peu de politique ; un journaliste rappelle qu'il refusa un jour de donner son avis sur Malcolm X. Ses engagements passent par les titres et les notes. ↗

28. Liens avec les autres arts

V. LES CLÉS

29. Playlists thématiques

Choix éditoriaux — chaque liste tient dans une soirée et raconte une face de Coltrane.

1. Pour entrer dans la prière A Love Supreme (1964-65) · « Alabama » (Live at Birdland, 1964) · « Peace on Earth » (Live in Japan, 1966) · Meditations (1965) · « Dear Lord » (Transition)

2. La tendresse Ballads (1962) · John Coltrane and Johnny Hartman (1963) · « Naima » (Giant Steps) · « In a Sentimental Mood » (avec Ellington)

3. Avec Duke Duke Ellington & John Coltrane (1962) : « In a Sentimental Mood », « My Little Brown Book », « Big Nick », « Take the Coltrane » · puis, d'Ellington, Concert of Sacred Music (1965) et « Come Sunday »

4. Avec Eric Evenings at the Village Gate (2023) · The Complete 1961 Village Vanguard Recordings (« Naima », « India ») · Africa/Brass · So Many Things (Europe, 1961) · de Dolphy : Out to Lunch! (1964), Last Date (1964), Far Cry (« Tenderly »), Naima (Paris, 1964) · de Mingus : Cornell 1964, Revenge! (« So Long Eric »)

5. Colère et deuil « Alabama » · « Peace on Earth » · Ascension · Meditations

6. Les maîtres Thelonious Monk with John Coltrane · Thelonious Monk Quartet with John Coltrane at Carnegie Hall · Blue Train · Kind of Blue (avec Miles)

7. Les concerts Live at the Village Vanguard · Live at Birdland · Live Trane: The European Tours · A Love Supreme: Live in Seattle · Live in Japan · Live at the Village Vanguard Again!

8. Après le quartette Ascension · Om · Kulu Sé Mama · Expression · Interstellar Space · Stellar Regions

9. Les autres l'entendent John McLaughlin, To the One · Vanessa Daou, Dear John Coltrane · Alice et Ravi Coltrane · Tommy Flanagan, Giant Steps · Pharoah Sanders, Tauhid · Alice Coltrane, A Monastic Trio, Journey in Satchidananda, Translinear Light · Rahsaan Roland Kirk, le medley pour Trane (Newport, 1968)

Références : Wikipedia, discographie ↗ · jazzdisco.org ↗ · Wikipedia, Evenings at the Village Gate ↗ · Wikipedia, Last Date ↗ · Wikipedia, Live Trane ↗ · Wikipedia, Live in Japan ↗

30. Conseils pour découvrir l'œuvre

Trois portes, une seule règle : n'essayez pas de tout comprendre. Laissez la musique revenir.

  1. Par la prière. A Love Supreme, d'un trait, sans interruption, le soir. Puis Ballads, pour la tendresse.
  2. Par les rencontres. Duke Ellington & John Coltrane (une demi-heure) ; John Coltrane and Johnny Hartman ; Thelonious Monk with John Coltrane.
  3. Par le frère. Evenings at the Village Gate, puis Out to Lunch! d'Eric Dolphy, puis Last Date — jusqu'à la dernière phrase.

Trois habitudes d'écoute.

Pour prolonger : le documentaire Chasing Trane, la biographie de Lewis Porter, et le livre d'Ashley Kahn sur A Love Supreme.

31. Petit glossaire

TermeSens
Modal (jazz)Improvisation sur une échelle ou un mode plutôt que sur des accords qui changent sans cesse ; Kind of Blue en est l'exemple.
Changements ColtraneProgression d'accords cyclant par tierces majeures, à grande vitesse, popularisée par « Giant Steps ».
Nappes de sonsFormule qui désigne la densité de notes de ses solos des années 1958-1960.
Quartette classiqueMcCoy Tyner, Elvin Jones, Jimmy Garrison, autour de Coltrane (vers 1962-1965).
Impulse!Label de Bob Thiele, où il enregistre de 1961 à 1967.
SopranoSaxophone aigu qu'il adopte vers 1959-1960.
Clarinette basseInstrument de Dolphy ; Coltrane en joua à la fin.
TampuraLuth indien à bourdon, joué par Ahmed Abdul-Malik sur « India ».
Anti-jazzÉtiquette lancée en novembre 1961 par un critique de Down Beat contre Coltrane et Dolphy.
New Thing, free jazzLes musiques d'Ornette, Shepp, Ayler, Sanders, qu'il aida.
A Love SupremeSuite en quatre parties : « Acknowledgement », « Resolution », « Pursuance », « Psalm ».
NaimaLa ballade dédiée à sa première épouse.
Cabaret cardPermis de jouer dans les clubs new-yorkais, retiré à Monk, retrouvé en 1957.
Five SpotCafé de Cooper Square où Monk et Coltrane jouent six mois en 1957.
Village VanguardClub de la Septième Avenue, où il enregistre en 1961 et 1966.
Concert de musique sacréeŒuvre d'Ellington créée à Grace Cathedral, le 16 septembre 1965.
Melody MastersOrchestre de swing de la base navale d'Hawaï où il joue en 1945-1946.
G.I. BillAide d'État pour les anciens combattants, qui finance ses études.
RagaCadre mélodique indien ; ses manuscrits en contiennent plusieurs.
OmSyllabe sacrée ; titre d'un album de 1965.
Surimpression (overdub)Superposition de pistes ; le chant de A Love Supreme y a recours.
Saint John Coltrane ChurchÉglise de San Francisco qui célèbre sa musique comme liturgie.

32. Citations

De lui — en toutes lettres

« My music is the spiritual expression of what I am. » — « Ma musique est l'expression spirituelle de ce que je suis. » ↗

« THANK YOU GOD. » — « Merci, mon Dieu. » Le sens qu'il donnait à A Love Supreme. ↗

« When there's something you don't understand, you have to go humbly to it. » — « Face à ce qu'on ne comprend pas, il faut aller humblement. » ↗

« I believe in all religions. » — « Je crois en toutes les religions. » ↗

« I get involved in this thing and I don't know how to stop. » — « Je m'y plonge et ne sais plus m'arrêter. » Réponse à Miles, rapportée par Bill Crow. ↗

« My flutes are by the bed. » — « Mes flûtes sont près du lit. » ↗

« He has set standards I haven't caught up with yet. » — « Il a fixé des normes que je n'ai pas encore atteintes. » À propos de Duke Ellington. ↗

« Whatever I'd say would be an understatement. » — « Tout ce que je dirais serait en dessous de la vérité. » À propos d'Eric Dolphy. ↗

« All praise be to God to whom all praise is due. » — « Toute louange à Dieu, à qui toute louange est due. » Imprimé dans le programme de ses obsèques. ↗

De lui — en substance

Sur lui — en toutes lettres

« rearranges molecular structures » — « réarrange les structures moléculaires ». Carlos Santana, à propos de son son. ↗

« John never hurt anybody. » — « John n'a jamais fait de mal à personne. » Elvin Jones. ↗

« All I could hear was a lot of noise. » — « Je n'entendais plus que du bruit. » McCoy Tyner, sur la fin du quartette. ↗

« After it's over, it's gone in the air. » — « Quand c'est fini, c'est parti dans l'air. » Eric Dolphy, dernier disque. ↗

« a complete musician » — « un musicien complet ». Mingus, sur Dolphy. ↗

« masterful improvisation, supreme musicianship » — « improvisation magistrale, musicalité suprême ». Citation du Pulitzer 2007. ↗

Sur lui — en substance

33. Sur les pas de John Coltrane

Une carte pour marcher, pour écouter, pour imaginer. Plusieurs lieux n'existent plus.

En Caroline du Nord

À Philadelphie

À Hawaï

À New York

Sur la côte ouest

En Europe

Au Japon

34. Quiz final

  1. En quelle année naît Coltrane, et dans quelle ville ?
  2. Quel instrument sa mère lui offre-t-elle pour ses dix-sept ans ?
  3. Quel guitariste lui enseigne l'harmonie à Philadelphie ?
  4. Quel orchestre de la base navale d'Hawaï rejoint-il en 1945-1946 ?
  5. Quel altiste d'Ellington est sa première idole ?
  6. Qui l'appelle à l'été 1955 ?
  7. Chez quel pianiste apprend-il l'architecture des accords en 1957 ?
  8. Quel club de Cooper Square accueille six mois de résidence avec Monk ?
  9. Combien de fois chante-t-il « a love supreme » en surimpression ?
  10. Pour quelle épouse écrit-il « Naima » ?
  11. Quel mot un critique de Down Beat emploie-t-il le 23 novembre 1961 contre lui et Dolphy ?
  12. En quelle année Dolphy et lui se parlent-ils de musique, selon Coltrane ?
  13. Quel instrument Dolphy joue-t-il sur Africa/Brass ?
  14. Où et quand meurt Eric Dolphy ?
  15. Quel album enregistre-t-il avec Duke Ellington, et quel jour ?
  16. Quelle chanson de Strayhorn Hartman ajoute-t-il dans la voiture ?
  17. Quel batteur de Coltrane rejoint ensuite l'orchestre d'Ellington ?
  18. Quel attentat inspire « Alabama » ?
  19. Où joue-t-il « Peace on Earth », le 16 juillet 1966 ?
  20. Quel jour meurt-il, et quels deux musiciens jouent à ses obsèques ?
  21. Quel blues Mingus écrit-il pour Dolphy avant la tournée de 1964 ?
  22. Quel nom spirituel Alice Coltrane reçoit-elle, et que signifie-t-il ?

Réponses. 1. 1926, à Hamlet (Caroline du Nord). — 2. Un saxophone alto. — 3. Dennis Sandole. — 4. Les Melody Masters, orchestre de swing de la base (13 juillet 1946). — 5. Johnny Hodges. — 6. Miles Davis. — 7. Thelonious Monk. — 8. Le Five Spot Café. — 9. Dix-neuf fois. — 10. Juanita Naima Grubbs. — 11. « Anti-jazz ». — 12. Vers 1954. — 13. La clarinette basse. — 14. À Berlin-Ouest, le 29 juin 1964. — 15. Duke Ellington & John Coltrane, le 26 septembre 1962. — 16. « Lush Life ». — 17. Elvin Jones. — 18. L'attentat contre l'église baptiste de la 16ᵉ Rue, à Birmingham, le 15 septembre 1963. — 19. À Nagasaki. — 20. Le 17 juillet 1967 ; Albert Ayler et Ornette Coleman jouent aux obsèques du 21 juillet. — 21. « So Long Eric ». — 22. Turiyasangitananda, « la félicité de la musique divine de Dieu » (Alice Coltrane).

35. Passe de vérification des faits

✔ concordant · ≈ à nuancer · ? source unique, à recouper

PointCe que disent les sourcesStatut
Naissance23 septembre 1926, Hamlet✔
Lieu précis de naissance200 Hamlet Avenue (Wikipedia) ; Bridges Street (NCpedia)≈ Hamlet
Mort17 juillet 1967, à 40 ans, cancer du foie✔
MarineEnrôlement : 1945 (récits courants) ; une légende d'image évoque 1943≈ 1945
Hodges1953-1954 (New World, Wikipedia FR) ; une notice écrit à tort que c'est Ellington qui l'a engagé≈ orchestre de Hodges
Première rencontre avec DolphyLos Angeles, 1954, pendant l'engagement chez Hodges (Wikipedia FR, Eric Dolphy) ; tournée californienne d'Earl Bostic (Wikipedia FR, Coltrane) ; « depuis environ 1954 » (Coltrane)≈ 1954, circonstances incertaines
Date de mort de Dolphy29 juin 1964 (la plupart) ; 28 juin (effondrement) ; 21 juin (BlackPast)≈ 29 juin
Circonstances de la mort de DolphyComa diabétique ; effondrement dans la chambre d'hôtel ou sur scène ; soupçon de toxicomanie rapporté par des proches≈
Date de Kind of Blue2 mars et 22 avril 1959 ; un blog écrit « 1958 »✔ 1959
Giant StepsEnregistré les 4-5 mai 1959 ; « Naima », 2 décembre 1959 ; paru en février 1960✔
Séance Ellington26 septembre 1962 ; durée : 6 à 8 heures selon les sources≈
Prise d'« In a Sentimental Mood »Première prise conservée ; récit de l'insistance, selon les notices≈
Témoin « sans clef »Auteur d'une citation de la rythmique : identité non confirmée?
A Love SupremeEnregistré le 9 décembre 1964 ; paru en janvier 1965✔
Chant de A Love SupremeDix-neuf surimpressions (Wikipedia)? source unique
« Alabama »Enregistré en novembre 1963 ; certains disent « 1964 » (parution) ; sur Live at Birdland (1964), titre studio≈ novembre 1963
Naima, mariage1953 (infobox), 1955 (usage courant)?
Mariage avec Alice1965, à Ciudad Juárez (Wikipedia FR, Ebsco) ; 1966 selon une notice≈ 1965
John Jr.Mort en 1982 dans un accident de voiture ; batteur (Wikipedia) ou bassiste (autre notice)≈
Translinear Light1995 (une notice) ; enregistré en 2004 avec Ravi et Oran (autre notice)≈
Titre de « So Long Eric »Édité à tort sous le titre « Goodbye Pork Pie Hat » (disques pirates, LP Great Concert)✔
Divorce1965 (Porter), 1966 (Wikipedia)≈
Quartette classique« Depuis avril 1962 » (Wikipedia) ; formé en 1960-61 ; Garrison dès 1961 (Harvard)≈
Départ d'Elvin JonesJanvier 1966 (Wikipedia) ; mars 1966 (autre source) ; vers l'orchestre d'Ellington≈
Église de San FranciscoFondée en 1969 (courant) ; 1971 (Smithsonian)≈
Pulitzer2007, citation spéciale ; un blog écrit 1997✔ 2007
Grammy « Lifetime Achievement »1992 (Find a Grave) ; 1997 (autres)?
Giant Steps, Grammy/RegistryGrammy Hall of Fame 2001 (Wikipedia) ; National Recording Registry 2004 (TV Tropes)≈
Citation de Coltrane sur Dolphy« tout ce que je dirais serait en dessous de la vérité » (Wikipedia FR) ; « l'une des plus grandes personnes… » (blog)✔ / ?
Photographie de Dolphy accrochéeColtrane Code (unique)?
Instruments de Dolphy donnés à ColtraneWikipedia (achetés en France, jamais joués) ; autre version : sa flûte et sa clarinette basse≈
Huit à douze heures de travail par jourKUVO (unique)?
Miles frappe ColtranePete Covington (blog)? à ne pas présenter comme un fait
Sevrage dans la chambre de sa mèrePlusieurs récits ; source de qualité variable≈
« I would like to be a saint »Attribué dans Swing Journal ; Porter y voit un malentendu≈
SlonimskyConsulté chaque jour (blog) ; ses pages « Scales of India » n'en viendraient pas (The Wire)≈
Giant Steps et tierces majeuresConnaissance générale ; sources en ligne confirment✔
Pharoah, entrée dans le groupeÉté-automne 1965≈
Coltrane House, Philadelphie ; Dix HillsOuverture au public annoncée pour 2026? à confirmer
Concerts du centenaireAnnoncés (Hollywood Bowl, Chicago, Philadelphie) ; vérifier le déroulé?
Sheets of soundExpression attribuée au critique Ira Gitler : connaissance générale, source à relever?

36. Sources

Biographie et contexte

Monk, Miles, studios

Dolphy

Ellington

Spiritualité, Inde, Japon

Centenaire

Mingus et Alice Coltrane

Ouvrages de référence

37. Album photo

Toutes les images de cet album sont hébergées sur Wikimedia Commons, qui n'accepte que des fichiers libres de droit ou du domaine public. L'auteur et la licence exacts de chaque fichier figurent sur sa fiche (lien « fiche ↗ ») : à recopier ou à confirmer au moment de la publication. Les photographies de Getty, d'Alamy, de la NYPL et du Smithsonian n'ont pas été retenues, faute de licence libre vérifiée. Les images libres d'Eric Dolphy sont rares : deux fichiers seulement existent sur Commons à ce jour, de statut à confirmer.

1 — Schiphol, 26 octobre 1963

John Coltrane à Schiphol, 1963

Photo : Hugo van Gelderen / Anefo, Nationaal Archief, CC0, via Wikimedia Commons. Fiche ↗

2 — Coltrane, 1961

John Coltrane, 1961

Licence CC0 lue sur la fiche ; auteur et source à relever avant publication. Fiche ↗

3 — Duke Ellington, 1964

Duke Ellington, 1964

Le maître de la séance de 1962. Statut : domaine public (publicité sans mention de droits) selon la fiche, à confirmer. Fiche ↗

4 — Rahsaan Roland Kirk, Hambourg, 1972

Rahsaan Roland Kirk, Hambourg, 1972

L'ami de la nuit, qui lui consacra un medley (voir le guide « Le voyant aux trois souffles »). Crédit : Heinrich Klaffs, CC BY-SA 2.0, via Wikimedia Commons. Fiche ↗

5 — Charles Mingus, 4 juillet 1976

Charles Mingus, Lower Manhattan, 1976

Le patron de Dolphy et l'ami de Duke. Crédit : Tom Marcello, CC BY-SA 2.0, via Wikimedia Commons. Fiche ↗

6 — Charlie Parker, 1947

Charlie Parker, Three Deuces, New York, 1947

Celui que Coltrane entend à l'Academy of Music en 1945. Photo : William P. Gottlieb, Library of Congress, domaine public. Fiche ↗

7 — Coleman Hawkins et Miles Davis, 1947

Coleman Hawkins et Miles Davis, 1947

Miles Davis, patron de Coltrane en 1955-1960. Photo : William P. Gottlieb, Library of Congress, domaine public. Fiche ↗

8 — Eric Dolphy (deux fichiers à confirmer)

Eric Dolphy, Dorsey, 1947

Photographie de lycée (Dorsey High School, 1947). Licence et auteur : à confirmer sur la fiche ↗.

Eric Dolphy, The Jazz Review, juin 1960

Photographie sans crédit parue dans The Jazz Review (juin 1960). Statut : à confirmer ; à retirer si la licence n'est pas libre. Fiche ↗

9 — À consulter en ligne (domaine public, non intégrées)

Le fonds Gottlieb de la Library of Congress propose aussi des portraits de Duke Ellington, de Dizzy Gillespie, de Thelonious Monk et de Miles Davis. Collection « Gottlieb Jazz Photos » ↗

Dernière mesure

Il y a, au bout d'un disque de 1964, une voix qui dit que la musique, quand c'est fini, est partie dans l'air, et qu'on ne peut plus la reprendre.

C'est faux, peut-être. Ou c'est vrai d'une manière que seuls savent les souffleurs.

Car l'air, lui, n'oublie rien. Il garde la flûte d'Eric dans les feuilles d'un jardin de Los Angeles. Il garde les quatre notes d'un homme de Caroline du Nord qui prie sans mot, d'un bout à l'autre d'une nuit. Il garde une valse de Strayhorn qui hésite sur un trottoir, un matin de septembre, entre un vieux monsieur en smoking et un jeune homme qui cherche encore.

Deux frères, trop tôt partis. Un maître, aussi, qui vécut soixante-quinze ans pour tendre la main.

Posez le disque. Écoutez le premier coup de gong. Puis, tout au bout du silence, quelqu'un, quelque part, reprend la phrase.