# Krishnamurti — un pays sans chemin

*« La liberté est au commencement, non à la fin. »*
— *Se libérer du connu*, 1969

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## Prologue — un sac à dos, des collines

Il y a des livres qu'on ne lit pas. On les porte.

Celui-là a voyagé dans mon sac, froissé par les marches, gondolé par la pluie, relu aux haltes sous des arbres dont j'ignorais le nom — et c'est peut-être cela, déjà, la première leçon reçue sans le savoir : regarder l'arbre avant de nommer l'arbre. J'ai marché avec Krishnamurti comme on marche avec quelqu'un qui ne parle presque jamais, mais qui, dans le silence entre deux phrases, retourne le monde comme un gant.

Voici ce que je lui dois. Voici, en quelques pages, ce que je voudrais lui rendre.

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## I. L'enfant sur le sable

Madanapalle, 1895. Un huitième enfant naît dans une famille brahmane, on l'appelle Krishna comme on nomme un dieu par habitude plus que par espérance. Il est chétif, malarique, on le dit ailleurs, absent, à peine doué — un cancre magnifique que personne ne remarque. Sa mère meurt quand il a dix ans. Plus tard il racontera l'avoir revue, elle et sa sœur disparue, dans ces zones du deuil où l'enfance invente ses propres résurrections.

Puis vient la plage.

Adyar, 1909. Un théosophe anglais du nom de Charles Leadbeater, qui se dit clairvoyant, observe ce gamin de quatorze ans sur le sable privé de la Société théosophique. Le corps ne dit rien : sous-alimenté, dents de travers, regard vague, jugé quasiment simple d'esprit par ceux qui l'aidaient à ses devoirs. Mais Leadbeater voit — ou dit voir — *the most wonderful aura he had ever seen, without a particle of selfishness in it*. La plus merveilleuse aura jamais vue. Sans une once d'égoïsme.

On demandera à Krishnamurti, bien plus tard, ce qu'il serait devenu sans cette rencontre de sable et de hasard. Il répondra sans détour : *« I would have died. »* — Je serais mort.

Voilà comment naît un messie malgré lui : sur une plage, dans l'œil de quelqu'un d'autre.

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## II. Le poids qu'on lui donne à porter

Annie Besant obtient sa garde légale contre son père, au terme d'un procès. On l'emmène en Angleterre. On fonde pour lui, autour de lui, un Ordre — celui de l'Étoile d'Orient — dont il devient le chef sans l'avoir choisi, préparé comme un vase pour recevoir un Instructeur du monde qu'il n'a jamais demandé à devenir.

De cette époque naît pourtant une chose inattendue : un poète.

Dans *The Immortal Friend* (1928), le jeune homme écrit des vers qui cherchent, à tâtons, ce que la prose dira plus tard avec plus de sécheresse :

> « O world, / In thee I behold the face of my Beloved… / The trees and birds listened with unexpected silence. / There was thunder in the skies — / Then, utter peace. »

Ô monde, en toi je contemple le visage de mon Bien-Aimé. Les arbres et les oiseaux écoutaient dans un silence inattendu. Il y eut du tonnerre dans les cieux — puis une paix totale. Tout est déjà là : l'orage, le silence après l'orage, et cette manière de ne jamais séparer le sacré du feuillage.

De Besant, qui fut sa tutrice autant que sa geôlière bienveillante, il dira un jour ce mot d'une justesse presque cruelle : *« She never said to me, "Do this" or "Don't do that". She left me alone. »* Elle ne m'a jamais dit *fais ceci* ou *ne fais pas cela*. Elle m'a laissé seul. — Le plus grand hommage qu'il pouvait lui rendre : elle ne l'avait pas empêché de devenir personne d'autre que lui-même.

Il y a pourtant, dans ces années-là, une anecdote d'une tendresse involontaire : dès 1910, Leadbeater lui invente un nom d'emprunt, Alcyone, et publie pour lui trente vies antérieures qu'il n'a pas vécues. Un enfant qui n'a pas encore choisi ses propres mots se retrouve affublé d'une identité vieille de plusieurs siècles, tissée par d'autres. Et comme pour ajouter à l'ironie du destin qu'on lui façonnait, celui qu'on préparait à devenir l'Instructeur du monde échouera, plusieurs fois de suite, à l'examen d'entrée des universités anglaises — ce simple Matriculation que des milliers d'écoliers ordinaires franchissaient sans peine. Aucun diplôme, semble-t-il, n'a jamais su mesurer ce dont il allait parler toute sa vie.

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## III. Le feu sous la nuque

Ojai, Californie, 17 août 1922. Sous un poivrier qu'on peut encore voir aujourd'hui, quelque chose se déchire. Une douleur à la nuque, puis à toute la colonne, une hypersensibilité à la lumière et au bruit qui confine au délire. Son frère Nitya écrit à Leadbeater que chaque soir, entre 18h30 et 20h, *« the ego seems to leave »* — l'ego semble se retirer — et que le corps est laissé seul à sa souffrance.

Krishnamurti appellera cela, sobrement, *the process*. Le Processus. Il ne prendra jamais, toute sa vie, ni antidouleur, ni alcool, ni drogue pour l'apaiser. Il distinguera cette douleur physique récurrente d'états qu'il nommera autrement — *the benediction*, *the otherness*, *the immensity* — comme s'il fallait plusieurs mots pour ne pas trahir une seule expérience.

Trois ans plus tard, en 1925, Nitya meurt de la tuberculose qu'on croyait vaincue — on avait promis à Krishnamurti que son frère, « essentiel à sa mission », ne pouvait pas mourir. Le télégramme le trouve près du canal de Suez. Quelque chose, dans la hiérarchie des maîtres invisibles en laquelle il avait cru, se brise avec ce corps-là. Les témoins diront qu'*« it broke him completely »* — que cela le brisa complètement — et pourtant, douze jours plus tard, il est *« immensely quiet, radiant, and free of all sentiment »* : immensément calme, rayonnant, libre de tout sentiment.

De Colombo, il écrira ces lignes, publiées dans le *Herald of the Star* de janvier 1926 :

> « An old dream is dead and a new one is being born, as a flower that pushes through the solid earth. […] I have wept but I do not want others to weep […] »

Un vieux rêve est mort et un nouveau naît, comme une fleur qui perce la terre dure. J'ai pleuré, mais je ne veux pas que d'autres pleurent. — Le deuil, ici, ne ferme rien : il pousse, littéralement, à travers la terre.

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## IV. Un pays sans chemin

Ommen, Pays-Bas, 3 août 1929. Trois mille personnes sont rassemblées pour l'ouverture du camp annuel de l'Étoile. La radio néerlandaise diffuse ce qui va suivre. Krishnamurti a trente-quatre ans. Il tient dans ses mains l'Ordre entier qu'on a bâti pour lui, autour de lui, à cause de lui — et il le dissout.

Avant de prononcer la phrase qui allait tout emporter, il raconte une petite histoire. Le diable marche avec un ami. Ils voient un homme se pencher, ramasser quelque chose au sol, le glisser dans sa poche — et son visage, soudain, s'illumine. « Qu'a-t-il trouvé ? » demande l'ami. « Un fragment de vérité », répond le diable. « Cela ne t'inquiète pas ? » sourit l'ami. « Pas le moins du monde », dit le diable. « Je vais le laisser l'organiser. » — C'est très exactement ce piège que Krishnamurti refuse ce jour d'août : laisser organiser ce qui, par nature, ne se laisse ni ranger ni posséder.

> « I maintain that Truth is a pathless land, and you cannot approach it by any path whatsoever, by any religion, by any sect. […] Truth, being limitless, unconditioned, unapproachable by any path whatsoever, cannot be organized. »

La vérité est un pays sans chemin. On ne peut l'approcher par aucune voie, aucune religion, aucune secte. Étant sans limite, inconditionnée, elle ne peut être organisée.

Et puis cette phrase, qui aurait dû suffire à décourager toute vénération à venir — et qui, avec une ironie que l'histoire aime tant, n'y parviendra jamais tout à fait :

> « This is no magnificent deed, because I do not want followers […] I am concerning myself with only one essential thing: to set man free. »

Ce n'est pas un acte grandiose, car je ne veux pas de disciples. Je ne me préoccupe que d'une seule chose essentielle : libérer l'homme.

Il rend l'argent, les terres, les titres. Il repart les mains vides — ou plutôt, les mains enfin ouvertes.

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## V. Ojai, ou l'école du regard

Il reviendra toujours à Ojai. *« If I had nowhere to go in the world, I would come to Ojai. I would sit under an orange tree; it would shade me from the sun, and I could live on the fruit. »* Si je n'avais nulle part où aller dans le monde, je viendrais à Ojai. Je m'assiérais sous un oranger ; il m'abriterait du soleil, et je pourrais vivre de son fruit.

On l'y voit marcher, coiffé d'un grand chapeau mexicain, chantant parfois avec les cueilleurs d'oranges, montant seul vers la crête de Topa Topa. La marche, chez lui, n'est pas un exercice : c'est une manière de rester en présence du monde sans l'interrompre par la pensée.

Dans ses carnets — *Krishnamurti's Notebook*, écrit d'un seul jet en 1961, sans une rature, dira sa biographe Mary Lutyens — le philosophe redevient, page après page, l'auteur du recueil de sa jeunesse. Le penseur et le poète ne font plus qu'un :

> « It was there early in the morning, it came with the sun in a clear, opaque sky; it was a marvellous thing full of beauty, a benediction that asked nothing. »
> — *Notebook*, Paris, 10 septembre 1961

> « The clouds were magnificent; the horizon was filled with them […] they were piled up one against the other, with immense power and beauty. »
> — *Notebook*

> « The feeling of essence is beauty. »
> — *Notebook*, Ojai, 27 juin 1961

Et, douze ans plus tard, dans le *Journal* de 1973 tenu à Brockwood Park, en Angleterre, cette page sur un arbre qu'il faudrait apprendre par cœur :

> « There is a single tree in a green field that occupies a whole acre; it is old and highly respected by all the other trees on the hill. […] It is whole, untouched by an axe or saw. […] you were aware of the depth and the beauty of life. »
> — *Journal*, Brockwood Park, 6 octobre 1973

Il ne cessera de répéter, sous mille formes, cette invitation à voir sans l'écran des mots :

> « Watch as though you are looking for the first time. […] the wonder, the strangeness, the miracle of a fresh morning that has never been before, never will be. »

Regarde comme si c'était la première fois. L'émerveillement, l'étrangeté, le miracle d'un matin neuf qui n'a jamais existé, qui n'existera plus jamais.

Et cette phrase, presque une éthique tout entière tenue dans une seule image :

> « If you hurt nature, you are hurting yourself. All life is relationship — with others, with nature, with the universe and with the little flower in the field. »

Si tu blesses la nature, tu te blesses toi-même. Toute vie est relation — aux autres, à la nature, à l'univers, et à la petite fleur des champs.

Pendant les douze dernières années de sa vie, un jeune Allemand du nom de Michael Krohnen lui prépare presque chaque repas. Il en tirera un livre plein de tendresse, *The Kitchen Chronicles*, mille et un déjeuners avec un homme qu'on disait habité par une intelligence immense et qui, à table, ne demandait qu'une soupe aux sept légumineuses, sans beurre, sans crème, sans sucre raffiné, sans épice qui crie. Rien d'ascétique là-dedans — simplement un homme qui n'avait besoin de rien d'excessif pour se sentir vivant, pas même dans son assiette.

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## VI. Ne pas suivre

Il refusera toujours d'être suivi, et c'est précisément pour cela qu'on le suivra. Le physicien David Bohm assiste, dans les années 1960, à presque toutes ses causeries en Europe et en Californie. Leur amitié durera plus de vingt ans ; on la dira, après coup, *« the most significant encounter of Bohm's life »* — la rencontre la plus décisive de la vie de Bohm. De leurs dialogues naîtra *La Fin du temps*.

Aldous Huxley, voisin et ami à Ojai dès 1938, écrira la préface de *La Première et Dernière Liberté* et le comparera, dans une formule qu'on cite encore, à *« a discourse of the Buddha »* — un discours du Bouddha. Alan Watts le dira *« one of the most original and profound thinkers in the world »*. Le Dalaï-Lama, plus tard, le nommera *« one of the greatest thinkers of the age »*.

Et pourtant, jamais de disciples au sens propre. Jamais de rituel, de titre, d'onction. Juste des salles pleines de gens venus écouter quelqu'un leur dire, encore et encore, de ne faire confiance à personne — pas même à lui.

Sur la peur, qu'il traquait comme on traque une ombre dans une pièce vide :

> « The movement from certainty to uncertainty is what I call fear. »

Le mouvement de la certitude vers l'incertitude, voilà ce que j'appelle la peur.

Sur l'éducation, cause à laquelle il donnera des écoles entières — Brockwood Park en Angleterre, Rishi Valley et Oak Grove en Inde et en Californie :

> « To understand life is to understand ourselves, and that is both the beginning and the end of education. »

Comprendre la vie, c'est se comprendre soi-même — et c'est là, à la fois, le commencement et la fin de l'éducation.

Sur la méditation, qu'il ne cessera de dépouiller de tout exotisme :

> « Meditation is not a means to an end. It is both the means and the end. »

La méditation n'est pas un moyen vers une fin. Elle est à la fois le moyen et la fin.

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## VII. La dernière lumière

Le 4 janvier 1986, à Madras, il donne sa dernière causerie publique. Il a quatre-vingt-dix ans, la voix encore posée, le regard encore vif — personne dans la salle ne sait que c'est un adieu, lui non plus peut-être. Il rentre à Ojai le 10 janvier. C'est là, quelques jours plus tard, qu'on lui diagnostique un cancer du pancréas, inopérable. Entre la dernière salle pleine et la dernière chambre vide, à peine deux semaines.

Ojai, dans les dernières semaines de sa vie, affaibli par un cancer que rien ne pouvait plus arrêter, il continue de sortir marcher chaque soir. Le 7 février 1986, dix jours avant sa mort, il fait enregistrer ces mots, rapportés par Mary Lutyens :

> « […] for seventy years that […] immense energy, immense intelligence, has been using this body. […] You won't find another body like this […] When he goes, it goes. »

Pendant soixante-dix ans, cette énergie immense, cette intelligence immense, s'est servie de ce corps. Vous ne retrouverez pas un autre corps comme celui-ci. Quand il partira, elle partira aussi.

Il meurt le 17 février 1986, à Pine Cottage, Ojai, à quatre-vingt-dix ans. Pas de cérémonie — il ne le voulait pas. Ses cendres seront partagées entre trois lieux qui avaient compté : l'Inde, l'Angleterre, la Californie. Trois pays, pour un homme qui n'avait cessé de dire qu'aucun chemin ne mène nulle part qui vaille — sauf celui, sans carte, de regarder ce qui est.

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## Épilogue — ce qui continue de marcher

Je repense au poivrier d'Ojai, à l'arbre du champ de Brockwood « untouched by an axe or saw », à l'enfant sur le sable qu'on avait cru simple d'esprit et qui allait un jour dissoudre un empire spirituel entier d'une seule phrase.

Je repense à mon propre sac à dos, à ces pages cornées qui ont pris la pluie sur des chemins qu'il n'a jamais foulés, et qui pourtant portaient la même invitation que ses marches solitaires vers Topa Topa : regarder l'arbre avant de le nommer, écouter le silence avant de le remplir, laisser la liberté commencer maintenant plutôt que d'en faire la récompense d'un long effort.

Il n'a rien fondé qui doive être suivi. Il a seulement laissé une porte ouverte — et quelque chose, en moi, continue d'y passer.

*« The door is there and the room is there, but you must enter it yourself. »*

La porte est là, la pièce est là. Mais il te faut entrer toi-même.

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## Chronologie repère

- **11 mai 1895** — Naissance à Madanapalle (Andhra Pradesh), huitième enfant d'une famille brahmane télougoue.
- **1905** — Mort de sa mère Sanjeevamma ; il a dix ans.
- **Avril 1909** — Découverte sur la plage d'Adyar par Charles Webster Leadbeater.
- **1910** — Leadbeater lui invente le nom d'Alcyone et lui prête trente vies antérieures.
- **1911** — Fondation de l'Ordre de l'Étoile d'Orient, dont il devient le chef ; premier voyage en Angleterre.
- **1912–1920** — Éducation anglaise sous la tutelle d'Annie Besant ; échecs répétés au Matriculation.
- **17 août 1922** — Début du « Processus » à Ojai, sous le poivrier de Pine Cottage.
- **13 novembre 1925** — Mort de son frère Nitya ; télégramme reçu près du canal de Suez.
- **1926** — Fondation de Rishi Valley (Andhra Pradesh) et de l'école de Rajghat (Bénarès).
- **3 août 1929** — Dissolution de l'Ordre de l'Étoile à Ommen (Pays-Bas) : « La vérité est un pays sans chemin. »
- **1938** — Amitié avec Aldous Huxley, voisin à Ojai.
- **1957** — Première visite à Saanen (Suisse).
- **1961** — Rencontre avec le physicien David Bohm à Londres ; début des causeries annuelles de Saanen ; rédaction du *Notebook*.
- **1968–1970** — Fondation des quatre Krishnamurti Foundations (Angleterre, Amérique, Inde, Amérique latine).
- **1969** — Fondation de Brockwood Park School (Hampshire).
- **1975** — Fondation d'Oak Grove School à Ojai.
- **1980** — *The Ending of Time*, treize dialogues avec David Bohm.
- **11 avril 1985** — Discours pour la paix au siège des Nations Unies, New York ; il a 90 ans.
- **Juillet 1985** — Dernier rassemblement de Saanen, après vingt-cinq ans de causeries d'été.
- **4 janvier 1986** — Dernière causerie publique, à Madras.
- **10 janvier 1986** — Retour à Ojai ; diagnostic d'un cancer du pancréas inopérable.
- **17 février 1986** — Mort à Pine Cottage, Ojai, à 90 ans. Cendres partagées entre l'Inde, l'Angleterre et les États-Unis.
- **1987** — Publication posthume de *Krishnamurti to Himself: His Last Journal*.
- **2019–2020** — Exposition commémorative au Museum der Landschaft Saanen, « J. Krishnamurti in Saanen, 1961–1985 ».

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## Petit glossaire

**Le Processus (*the process*)** — Le phénomène physique et énergétique commencé en 1922 à Ojai, distinct des états qu'il nommait « the otherness », « the benediction », « the immensity ».

**La vérité, pays sans chemin** — L'impossibilité, pour Krishnamurti, que la vérité soit organisée, enseignée ou transmise par une tradition, une religion ou un maître.

**La conscience sans choix (*choiceless awareness*)** — Observer sans juger, sans sélectionner, sans condamner — « to observe without the observer ».

**L'observateur est l'observé** — L'idée que la division entre celui qui regarde et ce qui est regardé est elle-même une illusion créée par la pensée.

**Le conditionnement** — Ce que le mental porte du passé : nationalité, caste, religion, éducation, expérience — la matière même qu'il faut voir pour s'en affranchir.

**Le temps psychologique** — Distinct du temps de l'horloge : l'intervalle que le mental crée entre « ce qui est » et « ce qui devrait être ».

**Le devenir et l'être (*becoming* / *being*)** — Le devenir prolonge le temps et la souffrance ; l'être est toujours présent, sans direction ni but.

**La peur** — Pour Krishnamurti, un mouvement de la pensée : « the movement from certainty to uncertainty ».

**L'intelligence** — Distincte de l'intellect : la capacité de percevoir l'essentiel, ce qui est.

**L'esprit religieux** — Un état sans peur et donc sans croyance, entièrement tourné vers ce qui est réellement.

**La relation comme miroir** — La relation aux autres révèle ce que l'on est, non ce que l'on voudrait être.

**La révolution psychologique** — Le changement véritable, pour Krishnamurti, ne vient jamais des mouvements de masse mais d'une réévaluation intérieure de la relation.

**La mutation psychologique** — Une transformation radicale et immédiate de la conscience, sans effort ni durée.

**Le silence de l'esprit** — « It is only in alert silence that truth can be. »

**La méditation** — Non une technique, mais un mouvement sans motif : « It has no technique and therefore no authority. »

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## Florilège — 50 citations

**Sur l'amour**

1. « To love is not to ask anything in return. » — Aimer, ce n'est rien demander en retour.
2. « Love is not a reaction… it is not love. » — L'amour n'est pas une réaction ; sinon ce n'est que du commerce.
3. « Freedom and love go together. » — La liberté et l'amour vont de pair.
4. « It is the mind […] that destroys love. » — C'est le mental qui détruit l'amour. *(The Book of Life)*

**Sur la mort**

5. « One is never afraid of the unknown; one is afraid of the known coming to an end. » — On n'a jamais peur de l'inconnu ; on a peur de voir finir le connu.
6. « You cannot live without dying. » — On ne peut vivre sans mourir. *(Se libérer du connu)*
7. « Death means the ending of the known. » — La mort, c'est la fin du connu.

**Sur la solitude**

8. « Solitude is one thing and being alone is another. » — La solitude est une chose, être seul en est une autre. *(Meeting Life)*
9. « The ecstasy of solitude comes when you are not frightened to be alone. » — L'extase de la solitude vient quand on n'a plus peur d'être seul. *(Meditations)*
10. « As long as one is escaping from loneliness, there is no essential difference between the worship of God and addiction to alcohol. » — Tant que l'on fuit la solitude, il n'y a pas de différence entre adorer Dieu et être alcoolique. *(On Love and Loneliness)*

**Sur la comparaison et la compétition**

11. « Real learning comes about when the competitive spirit has ceased. » — Le véritable apprentissage advient quand l'esprit de compétition a cessé.
12. « Comparison brings about frustration and merely encourages envy. » — La comparaison engendre la frustration et l'envie. *(The Book of Life)*
13. « Never compare what you are with what you should be. » — Ne jamais comparer ce que tu es à ce que tu devrais être. *(Krishnamurti to Himself)*

**Sur l'autorité et la tradition**

14. « All authority… is the most destructive, evil thing. » — Toute autorité est la chose la plus destructrice qui soit. *(Se libérer du connu)*
15. « The moment you follow someone you cease to follow Truth. » — Dès l'instant où tu suis quelqu'un, tu cesses de suivre la Vérité.
16. « You have to be your own teacher and your own disciple. » — Tu dois être ton propre maître et ton propre disciple.
17. « Tradition becomes our security, and when the mind is secure it is in decay. » — La tradition devient notre sécurité, et un mental en sécurité est en déclin. *(Think on These Things)*

**Sur le désir, le plaisir et la douleur**

18. « The very demand for the repetition of pleasure brings about pain. » — Exiger la répétition du plaisir engendre la douleur.
19. « To end pleasure is to end pain. » — Mettre fin au plaisir, c'est mettre fin à la douleur.
20. « Will is the very essence of desire. » — La volonté est l'essence même du désir. *(Commentaries on Living)*

**Sur l'ambition**

21. « The moment we want to be something we are no longer free. » — Dès l'instant où nous voulons être quelque chose, nous ne sommes plus libres. *(Think on These Things)*
22. « The result has become more important than the action. » — Le résultat est devenu plus important que l'action.

**Sur la simplicité**

23. « Simplicity of the heart is of far greater importance than simplicity of possessions. » — La simplicité du cœur importe plus que la simplicité des possessions. *(Commentaries on Living)*
24. « If you are simple, deeply simple in yourself, you will discover something extraordinary. » — Si tu es simple, profondément simple, tu découvriras quelque chose d'extraordinaire.

**Sur la beauté, l'énergie, la nature**

25. « All living is energy… boundless, endless. » — Toute vie est énergie, sans conflit elle est sans bornes.
26. « Most people have lost that relationship with Nature. » — La plupart des gens ont perdu leur relation à la Nature. *(Meeting Life)*
27. « One never realizes how sacred life is. » — On ne réalise jamais à quel point la vie est sacrée. *(Krishnamurti to Himself)*

**Sur la totalité de la vie**

28. « You must understand the whole of life… write poems, and suffer, and understand, for all that is life. » — Il faut comprendre la vie tout entière : lire, chanter, danser, écrire des poèmes, souffrir, comprendre. *(Think on These Things)*
29. « A school is a place where one learns about the totality of life. » — Une école est un lieu où l'on apprend la totalité de la vie. *(à propos d'Oak Grove, 1975)*

**Sur le silence et le sacré**

30. « It is only in alert silence that truth can be. » — Ce n'est que dans un silence vigilant que la vérité peut être.
31. « Meditation is a movement without any motive. » — La méditation est un mouvement sans motif. *(Krishnamurti to Himself)*

**Sur l'attention**

32. « The ability to observe without evaluating is the highest form of intelligence. » — Observer sans évaluer est la forme la plus haute de l'intelligence.
33. « Complete attention is love. » — L'attention totale est amour. *(Meeting Life)*
34. « When you have an ideal, you cease to observe. » — Quand tu as un idéal, tu cesses d'observer.

**Sur le devenir et le changement radical**

35. « The constant endeavour to become something psychologically is a factor of time. » — L'effort constant pour devenir quelque chose est un facteur de temps. *(The Ending of Time)*
36. « Self-improvement is something so utterly ugly. » — L'amélioration de soi est une chose profondément laide. *(The Ending of Time)*
37. « Freedom from the known is death, and then you are living. » — La liberté à l'égard du connu est la mort, et alors tu es vivant.

**Sur l'ordre et le désordre**

38. « It is no measure of health to be well adjusted to a profoundly sick society. » — Ce n'est pas un signe de santé que d'être adapté à une société malade.
39. « The primary cause of disorder in ourselves is the seeking of reality promised by another. » — La cause première du désordre est de chercher une réalité promise par autrui. *(Se libérer du connu)*

**Sur la révolution intérieure**

40. « Real revolution takes place not through mass movements but through the inward revaluation of relationship. » — La vraie révolution vient de la réévaluation intérieure de la relation.
41. « All outward forms of change […] have failed completely to change the basic nature of man. » — Tous les changements extérieurs ont échoué à changer la nature de l'homme. *(Se libérer du connu)*

**Sur la mémoire et l'image de soi**

42. « We build an image about the other, and these two images have relationship, not the human beings themselves. » — Nous construisons une image de l'autre, et ce sont ces images qui sont en relation. *(Se libérer du connu)*

**Sur la compassion**

43. « Compassion is not hard to come by when the heart is not filled with the cunning things of the mind. » — La compassion n'est pas difficile quand le cœur n'est pas rempli des ruses du mental. *(The Book of Life)*
44. « Virtue of the heart is understanding. » — La vertu du cœur est la compréhension. *(Commentaries on Living)*

**Sur la liberté**

45. « Freedom is to stand alone, unattached and unafraid. » — La liberté, c'est se tenir seul, sans attache et sans peur. *(Meeting Life)*
46. « It is truth that liberates, not your effort to be free. » — C'est la vérité qui libère, non ton effort pour être libre.

**Sur la paix (ONU, 1985)**

47. « None can lead you to peace but yourself. » — Nul ne peut te conduire à la paix, sinon toi-même.
48. « If we don't stop quarrels, struggles, antagonism, hate now, it will be like that tomorrow. » — Si nous ne cessons pas maintenant les querelles et la haine, il en sera de même demain. *(ONU, 11 avril 1985)*

**Sur la vie et la responsabilité**

49. « The world is not something separate from you and me. » — Le monde n'est pas séparé de toi et moi.
50. « There is only you — your relationship with others and with the world — there is nothing else. » — Il n'y a que toi, ta relation aux autres et au monde : il n'y a rien d'autre.

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## Sur les pas de Jiddu Krishnamurti

**Inde**

*Vasanta Vihar, Chennai* — Siège de la Krishnamurti Foundation India, sur un domaine arboré où il séjournait ; la pierre qui lui servait de siège pour ses causeries se trouve encore sur la pelouse. Bibliothèque, archives, librairie, retraites mensuelles.

*Rishi Valley, Andhra Pradesh* — La première de ses écoles (1926), dans une vallée protégée où il revint presque chaque hiver jusqu'en 1986. École toujours active, sanctuaire ornithologique, grand banian.

*Rajghat Besant School, Varanasi* — Fondée en 1928 au confluent de la Varuna et du Gange, aux abords de la ville sainte.

*Madanapalle* — Sa maison natale, rachetée par Rishi Valley School, est devenue un centre d'étude ouvert au public.

**Angleterre**

*Brockwood Park, Hampshire* — École internationale et Krishnamurti Centre (conçu selon ses instructions, ouvert en 1987), sur plus de 40 acres, avec bibliothèque, bosquet de séquoias et retraites pour adultes.

**États-Unis**

*Ojai, Californie* — Cœur américain de sa vie (1922–1986) : l'Oak Grove où il donna ses causeries en plein air pendant plus de soixante ans ; Pine Cottage, sa demeure et le lieu de sa mort, aujourd'hui bibliothèque publique ; et, tout près, le poivrier de 1922.

**Suisse**

*Saanen / Gstaad* — Site des célèbres causeries d'été, chaque année de 1961 à 1985 ; il logeait au Chalet Tannegg et marchait le long de la Sarine.

**Pays-Bas**

*Ommen* — Lieu des camps de l'Ordre de l'Étoile et de la dissolution du 3 août 1929 ; lieu de mémoire plutôt que site aménagé aujourd'hui.

*Quatre fondations, voulues sans autorité doctrinale, conservent et diffusent son œuvre : Krishnamurti Foundation Trust (Angleterre), Krishnamurti Foundation of America (Ojai), Krishnamurti Foundation India (Chennai) et la Fundación Krishnamurti Latinoamericana.*

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# Repères

## Œuvres essentielles

**Écrits de jeunesse**
- *The Immortal Friend* (1928) — recueil de poèmes de jeunesse, le poète avant le penseur.
- *The Search*, *The Pool of Wisdom*, *Life in Freedom* (1928) — écrits de la même période, empreints de lyrisme théosophique.

**Le cœur de l'enseignement**
- *Se libérer du connu* — *Freedom from the Known* (1969, éd. Mary Lutyens) — le meilleur point d'entrée, dense et limpide.
- *La Première et Dernière Liberté* — *The First and Last Freedom* (1954, préface d'Aldous Huxley).
- *L'Éducation et le sens de la vie* — *Education and the Significance of Life* (1953).
- *Le Sens du bonheur* — *Think on These Things* (1964).
- *Commentaires sur la vie* — *Commentaries on Living*, trois séries (1956, 1958, 1960).

**Les carnets — le versant poète**
- *Krishnamurti's Notebook* (écrit 1961, publié 1976) — le plus intime, le plus lyrique, écrit sans une rature.
- *Krishnamurti's Journal* (1982).
- *Krishnamurti to Himself: His Last Journal* (1987).

**Les dialogues avec David Bohm**
- *La Fin du temps* — *The Ending of Time* (1985).
- *Vérité et réalité* — *Truth and Actuality* (1977).
- *The Limits of Thought* (1999).

**Autres jalons**
- *La Révolution du silence* — *The Only Revolution* (1970).
- *Vous êtes le monde* — *You Are the World* (1972).
- *L'Éveil de l'intelligence* — *The Awakening of Intelligence* (1973).
- *La Flamme de l'attention* — *The Flame of Attention* (1983).
- *Le Réseau de la pensée* — *The Network of Thought* (1982).
- *The Future Is Now: Last Talks in India* (1988).
- *Total Freedom: The Essential Krishnamurti* (1996) — bonne anthologie de synthèse.
- *The Book of Life: Daily Meditations with Krishnamurti* (1995) — un extrait par jour, belle porte d'entrée.
- *Meeting Life: Writings and Talks on Finding Your Path Without Retreating from Society* (1991).
- *On Love and Loneliness* (1993).
- *How To Find Peace* (recueil KFT autour du discours à l'ONU, 1985).

**Biographies de référence**
- Mary Lutyens, trilogie : *The Years of Awakening* (1975), *The Years of Fulfilment* (1983), *The Open Door* (1988), puis *Krishnamurti: His Life and Death* (1990) — la biographie autorisée, la plus fiable.
- Pupul Jayakar, *Krishnamurti: A Biography* (1986).
- Michael Krohnen, *The Kitchen Chronicles: 1001 Lunches with J. Krishnamurti* (1997) — le quotidien vu depuis la cuisine.
- Roland Vernon, *Star in the East: Krishnamurti, the Invention of a Messiah*.
- Radha Rajagopal Sloss, *Lives in the Shadow with J. Krishnamurti* (1991) — regard plus critique, contesté par les Fondations.

## Bibliothèque de liens

**Sources officielles**
- Krishnamurti Foundation Trust (Royaume-Uni) — [kfoundation.org](https://kfoundation.org)
- Krishnamurti Foundation of America — [kfa.org](https://kfa.org)
- Frise biographique détaillée (KFA) — [thelifeofkrishnamurti.kfa.org](https://thelifeofkrishnamurti.kfa.org)
- J. Krishnamurti Online — archives complètes, textes et vidéos — [jkrishnamurti.org](https://jkrishnamurti.org)
- Krishnamurti Foundation India — [kfionline.org](https://www.kfionline.org)
- The Bohm–Krishnamurti Project — [bohmkrishnamurti.com](https://bohmkrishnamurti.com)

**Les écoles et centres**
- Brockwood Park School (Angleterre, 1969) — [brockwood.org.uk](https://brockwood.org.uk)
- Oak Grove School (Ojai, 1975) — [oakgroveschool.org](https://oakgroveschool.org)
- Krishnamurti Center, Ojai — [krishnamurticenter.org](https://krishnamurticenter.org)
- Rishi Valley Education Centre (Andhra Pradesh, 1926) — [rishivalley.org](https://www.rishivalley.org)
- Rajghat Besant School (Varanasi, 1928) — [rajghatbesantschool.org](https://www.rajghatbesantschool.org)

**Vidéos**
- Chaîne YouTube officielle « J. Krishnamurti – Official Channel » (KFT/KFA) — plusieurs centaines de causeries intégrales sous-titrées.

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## Remerciements

©️ Laurent Berthelier assisté par Claude.ai - [https://laurentberthelier.site/](https://laurentberthelier.site/)
