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Chanson · Chanteur et auteur-compositeur · Le scaphandrier des mots

Boby Lapointe

1922 – 1972 · Pézenas (Hérault), France

🗺️Frise et carte (page compagnon)

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Le scaphandrier des mots

Hommage — 1922 · 1972 Rubrique : Chanteurs

« Dans les hauts, j'installais des antennes ; dans les bas, j'étais scaphandrier. »
— Boby Lapointe, résumant ses métiers de fortune ↗

(Une note d'orthographe : on a écrit « Bobby » pendant des décennies, y compris sur des affiches et dans des journaux de son vivant. Lui s'appelait Boby, avec un seul b. Ce guide s'y tient.)

Ouverture — Ce que les mots ont dans le ventre

Il y a des hommes qui portent leurs mots comme un costume. Lui les portait comme un scaphandre : lourds, étanches, plombés aux semelles — et c'est dedans qu'il descendait le plus profond, là où la langue cesse de nager droit et se met à faire des bulles.

Il avait la carrure d'un déménageur et la grâce embarrassée d'un funambule. Il chantait comme on dévale une pente : plus vite que la musique, les épaules en balancier, le pied battant la mesure sur le plancher comme un cœur qui aurait oublié d'être discret. Et dans la bouche, un feu d'artifice de syllabes : des poissons qui s'appellent fa, une framboise qui subit des avanies, un saucisson, un cheval, une maman, un hélicon — un monde où chaque mot en cachait un autre, comme ces poupées russes dont la plus petite éclate de rire.

On l'a dit loufoque. On l'a dit « fou chantant ». On l'a baptisé « Douanier Rousseau de la chanson française ». On a dit surtout qu'on ne le comprenait pas : alors, un jour, au cinéma, on l'a sous-titré, syllabe par syllabe — seul chanteur de langue française à avoir jamais eu besoin d'un sous-titre dans sa propre langue. Il en a fait un surnom. Il en a fait une médaille.

Ce qu'on a mis du temps à entendre, c'est que ce n'était pas du désordre : c'était de l'architecture. Il était ingénieur dans l'âme, mathématicien dans les nerfs, et il a bâti avec les mots comme avec des chiffres : des charpentes d'allitérations, des ponts de contrepèteries, des escaliers dérobés d'à-peu-près. Il a même fini par inventer une façon d'écrire les nombres qui chante — HO, HA, HE, HI — comme si l'arithmétique, elle aussi, pouvait apprendre à rire.

Il est mort à cinquante ans, en juin, dans sa ville, entouré des siens. Sur sa tombe, quatre mots d'une chanson : il voulait jouer de l'hélicon. Ce qui est, à bien y réfléchir, la plus belle épitaphe qu'on puisse offrir à quelqu'un : un rêve minuscule, une grosse voix de cuivre, et le rire qui reste.

Ce guide n'est pas une biographie de plus. C'est une farandole autour d'un homme qui a fait de la langue un jouet, du jouet un instrument, et de l'instrument une tendresse.

Entrez. Ne cherchez pas le sens trop vite. Écoutez d'abord comment ça roule.

Comment lire ce guide — Trois portes

Ce guide est une maison à plusieurs entrées. Voici trois façons d'y pénétrer, selon le temps dont vous disposez ; chacune a son disque, à écouter en lisant. (Durées calculées sur environ 230 mots à la minute ; « § » renvoie aux titres numérotés.)

ParcoursDuréeÀ lireÀ écouter
Un clin d'œil≈ 10 minL'ouverture · §1 Pézenas · §4 Le chanteur sous-titré · §20 La modernité (le bibi) · §7 La dernière tournée · « Dernière mesure »« Aragon et Castille », puis « Framboise »
Une soirée≈ 1 hL'ouverture, les repères et la chronologie · tout le récit (§1 à 7) · l'interlude du Cheval d'Or · le portrait (§14 à 21) · §11 Brassens et les copains · §22 Hommages reçus · §26 Playlists · « Dernière mesure »Comprend qui peut (1970)
L'intégrale1 h 30 à 2 hTout, dans l'ordre ; quiz, vérification, sources et album en dernierL'Intégrale de 1976, quatre disques, jusqu'au bout

Entrer par une envie

Le plan en un coup d'œil

Repères — La fiche en un souffle

Nom de naissanceRobert Jean-François Joseph Pascal Lapointe, dit « Boby »
Naissance16 avril 1922, à Pézenas (Hérault)
Mort29 juin 1972, à Pézenas, à 50 ans (d'un cancer)
MétiersChanteur, auteur-compositeur, comédien ; mais aussi scaphandrier, installateur d'antennes de télévision, commerçant en layette, électricien, livreur, barman, rédacteur publicitaire…
SignaturesCalembours, contrepèteries, allitérations, à-peu-près ; chant à contretemps, épaules en balancier ; chansons accélérées ; le « système bibi-binaire »
Surnoms« Le chanteur sous-titré » ; « le Douanier Rousseau de la chanson française » ; « chanteur radiopassif » (de sa propre plume)
LabelsFontana / Philips (1960-1965, puis 1969-1970), Disc'AZ (1966-1967)
Disques repèresAragon et Castille (1960) · Le chanteur sous-titré (1961) · Sacré Boby Lapointe (25 cm, 1961) · Comprend qui peut (1970) · l'Intégrale en 4 disques (1976)
CinémaTirez sur le pianiste (Truffaut, 1960) ; Sautet, Carné, Granier-Deferre, Delvaux…
Compagnons de routeGeorges Brassens, Philippe Weil, Alain Goraguer, Joe Dassin, Anne Sylvestre, Jacques Canetti, Pierre Perret
FamilleColette Maclaud (épouse, 1946), Simone Triadou dite Manouchka (1960), Bernadette Marques dite Bichon (1966) ; deux enfants, Ticha et Jacky

Sources : Site officiel (repères biographiques) ↗ · Wikipedia ↗ · Universal Music ↗ · IMDb ↗

Chronologie repère

AnnéeÉvénement
192216 avril : naissance à Pézenas, un dimanche, à dix heures trente.
1935-1940La TSF et le pick-up entrent à Pézenas : Mireille, Pills et Tabet, Trenet. Il apprend le solfège et le violon, brille en maths.
1940-1942Prépare l'école Centrale à Montpellier, puis Sup-Aéro à Toulouse ; interrompu en 1942 par les Chantiers de jeunesse.
1943Envoyé au STO à Linz (Autriche) ; s'évade en novembre, est repris, s'évade de nouveau sous un faux nom, « Robert Foulcan ».
1944Mai : se cache comme scaphandrier dans le port de La Ciotat.
1946Août : rencontre Colette Maclaud. Mariage le 10 décembre, à Marseille.
1948-1950Naissance de Ticha (1948 selon le site officiel) et de Jacky (1950). Il travaille à Pézenas dans l'entreprise de son père.
1951Sous le pseudonyme « b.bumbo », publie à compte d'auteur Les douze chants d'un imbécile heureux.
1952S'installe à Paris : représentant, rédacteur publicitaire, magasin de bonneterie « Poil de Carotte ».
1954Installe des antennes de télévision sur les toits. Bourvil chante « Aragon et Castille » dans Poisson d'avril (sorti le 28 juillet).
195628 avril : divorce de Colette et Boby.
1958Enregistre huit chansons sur son magnétophone pour démarcher des interprètes ; s'installe antenniste à Saint-Mandé.
Décembre 1959Premier tour de chant officiel, au Cheval d'Or. Il a 37 ans.
196027 janvier : contrat Fontana. Trois Baudets (5 février-29 mars). 16 mai : première séance (5 titres). 26 août : mariage avec Manouchka. 25 novembre : sortie de Tirez sur le pianiste. Alhambra avec Aznavour. Première tournée avec Brassens.
1961EP Le chanteur sous-titré (15 mai). Olympia, vedette anglaise de Johnny Hallyday (20 septembre-9 octobre). Scopitone. 25 cm Sacré Boby Lapointe (1er novembre).
1962Divorce de Manouchka (20 juillet). Ouvre son cabaret, Le Cadran Bleu, rue de la Huchette.
1963L'hélicon (EP, 15 février). Mardis de la Chanson (octobre). Tournée Festival du disque avec Brassens ; repas chez ses parents, à Pézenas, le 24 novembre.
1964Nouvelle tournée avec Brassens (février-mars). Festival du Marais (juin). EP « Boby Lapointe / Jack Sélaire ». Bobino avec Brassens et Barbara (automne).
1965Février : grave accident de voiture sur la route de Louviers. 9 novembre : Philips lui rend son contrat.
1966Contrat Disc'AZ (15 mars). 29 août : mariage avec Bichon. « Le saucisson de cheval » entre au hit-parade (13ᵉ).
196828 mars : brevet du système bibi-binaire. 2 décembre : il rédige Chanson-Bricole.
1969Août : duo avec Anne Sylvestre. 22-29 octobre : séances de Comprend qui peut, produit avec Joe Dassin.
1970Juillet : album Comprend qui peut (dessins de Wolinski, portrait de Ghiglion-Green). Films avec Sautet. Fête de l'Huma (11 septembre). Olympia avec Michel Delpech (décembre).
1971Tournées avec Moustaki et Maurice Fanon ; trois tournages : Carné, Granier-Deferre, Delvaux.
Déc. 1971-janv. 1972Malade, chante chaque soir à Bobino en première partie de Pierre Perret.
197229 juin : mort à Pézenas. Enterré le 2 juillet.
197616 avril : parution de l'Intégrale (4 disques), préfacée par Brassens. Début de la gloire posthume.
2000Création du festival Printival à Pézenas (date à recouper, voir §32).
2008Mort de son fils Jacky, le 27 août ; Dany Lapointe reprend le flambeau.
2022Centenaire : fêtes à Pézenas, spectacle « Chantons Boby », franceinfo, Hall de la Chanson.

Sources principales : Site officiel ↗ · Brassens, par les routes du printemps ↗ · Wikipedia ↗ · fr-academic (Wikipédia FR) ↗ · Universal Music ↗

I. LE RÉCIT

1. Pézenas, ou la farce première (1922–1941)

Il y a des villes qui sont des scènes avant d'être des villes. Pézenas : le pays de Molière, des ruelles étroites, des barbiers qui savent tout ; une cité où l'on a sans doute mieux compris qu'ailleurs qu'on peut faire rire avec du sérieux. C'est là que naît, un dimanche d'avril, à dix heures et demie, Robert Jean-François Joseph Pascal Lapointe. Dans la maison de François-Ernest et d'Élodie-Henriette, dit-on, on collectionne les instruments comme d'autres les timbres : un violon, un trombone, un tambour, un hélicon. ↗ · ↗

Lui résume son enfance en trois mots : « Fort en maths. » Un professeur de collège, qui lisait ses rédactions à toute la classe, lui lance un jour qu'il écrit bien, mais que ses idées sont complètement loufoques. On ne dira jamais mieux de lui. Il prend des leçons de solfège, s'essaie au violon — avec ce principe énoncé plus tard : ou l'on joue juste, ou l'on joue tzigane ; lui joue tzigane. Dans les années 1935-1940, la TSF et le pick-up arrivent dans la ville ; les disques passent, brouillés à longueur de jour par le commerçant d'en face : Mireille, Pills et Tabet, puis Trenet. C'est de ce brouillage-là que naîtra une oreille. ↗

Anecdotes de l'enfance et de l'adolescence

Dans cet enfant qui bricolait des ailes et déglinguait les statues, il y avait déjà tout l'homme : un ingénieur qui ne résistait pas à l'envie de repeindre le sphinx en zèbre.

2. Le scaphandrier et l'imbécile heureux (1942–1955)

En 1942, les Chantiers de jeunesse, instaurés par l'occupant, interrompent ses études. En 1943, le voilà au Service du travail obligatoire, à Linz, en Autriche. Il s'évade en novembre ; on le reprend ; il s'évade de nouveau, sous un pseudonyme revanchard : Robert Foulcan. En mai 1944, recherché par les soldats allemands, il se planque comme scaphandrier dans le port de La Ciotat : sa haute stature et sa force le désignaient pour la combinaison de plomb. Il n'en sortira jamais tout à fait. ↗ · ↗

En août 1946, il rencontre Colette Maclaud. Ils se marient le 10 décembre, à Marseille. Deux enfants, Ticha et Jacky, naîtront. Le couple s'installe à Pézenas : Boby travaille dans l'entreprise de commerce de produits agricoles de son père. Mais le soir, il écrit. En 1951, sous le pseudonyme b.bumbo, il publie à compte d'auteur son premier livre, Les douze chants d'un imbécile heureux : treize textes fondateurs, dont plusieurs deviendront des chansons — Le poisson Fa, Sentimental bourreau, Insomnie, Revanche, Ta Katie t'a quitté. ↗

En 1952, il monte à Paris. Représentant, rédacteur publicitaire ; avec Colette, ils prennent des cours de chant et de théâtre et essaient ses textes dans les cabarets de Montmartre ; ils gèrent un magasin de bonneterie, baptisé par Boby « Poil de Carotte ». Il écrit une comédie, présentée comme un « drame social en vingt scènes et trois époques ». Il écrit Aragon et Castille. Il démarche, son recueil sous le bras : il parvient jusque dans la loge d'Édith Piaf, à l'ABC, pour lui demander conseil. ↗

Les petits métiers, ou l'art de tomber de haut

On imagine mal plongeur plus lourd, ni poète plus léger. Il remontait des fonds avec des perles que personne n'avait demandées.

3. Le Cheval d'Or (1955–1959)

Un samedi de mars 1955, au 33 rue Descartes, sur la montagne Sainte-Geneviève, un cabaret ouvre ses portes : Le Cheval d'Or, dirigé par Léon Tcherniak et Jean-Pierre Suc — un auteur-compositeur montpelliérain, féru de jazz, monté à Paris sur les conseils de Brassens. C'est là que Boby apportera, en 1958, ses huit chansons enregistrées sur son magnétophone à bande, accompagnées d'une « guitare sommaire » : Aragon et Castille, Petit homme qui vit d'espoir, Bobo Léon, L'ange, Sentimental bourreau… destinées à des interprètes, de préférence féminines. ↗ · ↗

Suc l'écoute et s'étrangle : des interprètes ? Mais des chansons pareilles, on ne les confie à personne. Il le pousse sur scène, hors programme. Boby proteste : c'est une blague, il ne sait pas chanter. Il chante. En décembre 1959, il effectue son premier tour de chant officiel, sur la scène en demi-lune du Cheval d'Or. Il a 37 ans, un tour de quatre chansons — parmi lesquelles Aragon et Castille et Avanie et Framboise, ses deux fétiches pour la vie — et aucune carrière. ↗

Les nuits de la rue Descartes

4. Le chanteur sous-titré (1960–1961)

Voici l'année des premières fois. Le 27 janvier 1960, il signe son premier contrat avec Fontana — « la danseuse de Philips », où l'on pouvait se permettre de prendre des risques avec des artistes un peu hors normes. Du 5 février au 29 mars, aux Trois Baudets, dans le spectacle Qualitativement vôtre (la vedette est Renée Lebas), un journaliste croit déceler en lui « un nouveau fou chantant ». Le 16 mai, au studio DMS, avec Alain Goraguer aux arrangements, Philippe Weil à la direction artistique et trois « calembouriens dans l'âme » dans la cabine, on met cinq titres en boîte : Aragon et Castille, Framboise, Marcelle, Insomnie, Le poisson Fa. ↗ · ↗

Entre-temps, il a tourné pour François Truffaut : Tirez sur le pianiste, avec Charles Aznavour. Le tournage s'étale du 30 novembre 1959 au 22 janvier 1960. Boby chante Framboise et Marcelle devant la caméra. Le producteur Pierre Braunberger juge qu'il n'articule pas assez et demande de couper la scène ou de la sous-titrer. Truffaut sous-titre. Le film sort le 25 novembre 1960, et Boby devient « le chanteur français sous-titré ». ↗ · ↗

Premières fois

Il a été le seul chanteur à qui l'on a dû écrire ses mots sous les pieds pour qu'on les suive. Il en est sorti plus grand : on n'est jamais si bien compris que lorsqu'on a été si mal entendu.

5. Le Cadran Bleu et la route (1962–1965)

À la fin de 1962, Boby reprend un cabaret au 10 rue de la Huchette. Il songe à l'appeler Ah ! pour être en tête de la liste des cabarets de la capitale ; il opte pour Le Cadran Bleu, d'après la couleur du cadran de la pointeuse installée à l'entrée. Devise : Chez Lapointe, on s'pointe et on pointe ! Il y joue un spectacle de son cru, Show et froid de volaille, sert à table, fait du gringue aux dames, chante en jouant du violon. Le « happening avant l'heure » ne séduit pas : sa gestion comptable est catastrophique, la faillite vient vite. ↗ · ↗

C'est alors que Georges Brassens intervient : il éponge une partie des dettes et soutient Boby auprès de Philips, où celui-ci finit magasinier, à expédier les disques de ses confrères. De 1963 à 1966, tournée après tournée, les deux Héraultais voyagent ensemble. ↗ · ↗

La vie en première partie

6. Saucisson de cheval, bibi, et le Studio des Dames (1966–1970)

Le 15 mars 1966, Boby signe chez Disc'AZ. Premier grand succès : Le saucisson de cheval, treizième au hit-parade. Michel Colombier, arrangeur des deux Saucissons, de La question ne se pose pas et de L'idole et l'enfant, lui donne un son pop. ↗

Et pendant que le monde yéyé tourne, le 28 mars 1968, il met le point final à son système bibi-binaire, une écriture alphanumérique en base 16 dont le brevet est déposé le jour même. La revue Science et Avenir s'en empare ; un journaliste se demande si les enfants de l'an 2000 apprendront le bibi, et s'interroge, en somme, sur les débuts d'un « lapointisme » qui se cherche encore. Le 2 décembre, il rédige Chanson-Bricole, manuel pratique et loufoque du bricoleur de chansons. ↗ · ↗

En octobre 1969, treize chansons sont enregistrées en trois jours (22-24 octobre, bases orchestre) puis trois jours (27-29, re-recording) au Studio des Dames, sous la houlette de Jean-Jacques Thébaut et de Joe Dassin, qui produit presque bénévolement. L'album, Comprend qui peut, paraît en juillet 1970, illustré par Wolinski, avec en pochette un portrait de Boby par le peintre naïf Maurice Ghiglion-Green : pull marin, nez dans les pâquerettes. Il deviendra l'icône de Boby. ↗ · ↗

Les années pop

7. La dernière tournée (1971–1972)

En 1971, tournées avec Georges Moustaki et Maurice Fanon ; trois films : Les assassins de l'ordre (Marcel Carné), La veuve Couderc (Pierre Granier-Deferre), Rendez-vous à Bray (André Delvaux). De décembre 1971 à début janvier 1972, affaibli par un cancer qui le ronge, il trouve la force de chanter chaque soir à Bobino, en première partie de son ami et admirateur Pierre Perret. ↗ · ↗

Puis il rentre à Pézenas se reposer. L'écologie et le futur de la planète le passionnent : il rédige un long manuscrit sur l'état du monde — démographie, pollution, énergies nouvelles. Il écrira jusqu'à la fin. Le 29 juin 1972, il succombe à son cancer, à cinquante ans. Il est enterré au cimetière de Pézenas le 2 juillet. Sur la tombe, on a fait graver : Il voulait jouer de l'hélicon. ↗

Son dernier anniversaire, celui de ses cinquante ans, il l'a fêté avec Rosie Maurel et Georges Brassens, venus les bras pleins de gâteaux et de champagne : sa sœur Huguette entend encore, dit-elle, l'écho de leurs rires, de leurs jeux d'esprit, de leurs engueulades et de leurs gauloiseries — alors « qu'ils savaient » l'un et l'autre. ↗

En 1976, préfaçant l'Intégrale, Brassens refuse en substance de croire son ami mort : avec lui, à sa façon, cela ne prend pas. ↗

On n'enterre pas un homme qui a toujours devancé la mesure. On l'attend, tout au plus, au refrain suivant — et le refrain revient.

II. LE GRAND RECUEIL D'ANECDOTES

Le récit ne disait que l'essentiel. Ici, on ouvre les tiroirs : les coulisses, les copains, les farces, les petites choses qui font qu'un homme devient une légende. Chaque histoire porte sa source ↗ ; les témoignages sont rapportés en substance.

8. Pézenas, ou les farces et les premiers pas — les à-côtés

9. Mots, rythme et plateau — ce qu'on apprenait en montant sur scène avec lui

Monter avec Boby, ou le faire enregistrer, c'était un exercice d'équilibriste : tenir le tempo, tenir son sérieux. Voici ce qu'en ont gardé ses compagnons de cabine et de scène.

10. Studio, télévision, réclames — l'homme de tous les écrans

11. Brassens et les copains — une amitié en cuivre et en bois

De leurs années de tournées communes, il reste quelques scènes à garder au chaud.

12. Cinéma — un visage pour les films des autres

13. Ce qu'il en reste à Pézenas — musée, fresques, fêtes

Interlude — Une nuit au Cheval d'Or, décembre 1959 (reconstitution)

Ceci n'est pas un témoignage. Le texte assemble ce qui est établi — le lieu, la date approximative, la configuration de la salle, les chansons d'un premier tour de chant, les habitudes de scène de Boby — et invente le reste : l'ordre exact, la lumière, les gestes. Aucune parole n'est prêtée à un témoin réel. La liste de ce qui est documenté, et de ce qui est imaginé, suit le récit.

Montez la rue Descartes. Le quartier dort à moitié, comme une montagne qui se souvient d'avoir été sainte. Au numéro 33, une porte, un escalier, une cave, et, tout au fond, une scène en demi-lune qui a vu passer plus de rêves que de recettes.

C'est un de ces soirs de décembre 1959. Il fait froid dehors, il fait dense dedans. Les nappes sentent le vin et le tabac. Au piano, on prépare le terrain ; une voix de présentateur lance un nom que personne, ici, ne connaît encore.

Alors il vient. Grand, large, un peu trop lourd pour la petite estrade. Il prend une chaise. Il s'assied, le coude contre le piano, de sorte que la lumière ne sait plus où se poser. On ne le voit pas : on l'entend déjà, car son pied frappe la mesure sur le plancher. Il tressaute, de la tête, des épaules, comme un cavalier qui n'a jamais tenu une bride.

Puis la voix. Une voix qui ne demande pas la permission, qui arrive avant la musique, qui glisse d'un mot à l'autre sans que l'on sache où finit l'un, où commence l'autre. On rit, avant même de comprendre. On comprend, un peu après. On rit encore, parce qu'on a compris.

Quatre chansons, pas une de plus — du moins était-ce prévu. Il y a Aragon et Castille ; il y a Avanie et Framboise. Il y a, il est possible qu'il y ait, quelqu'un au fond qui se retienne de rire pour ne pas perdre un mot. Et il y a ce moment où la salle réclame, où lui hésite : il avait promis trois chansons, il en reprend un couplet, puis un autre — il ne sait plus partir.

Au dernier accord, les mains claquent comme des portes. On l'entend dire quelque chose comme : merci ; on ne sait pas quoi exactement. Puis il redescend, retrouve les coulisses, les copains. Quelque part, un directeur de cabaret se frotte les mains. Un autre homme, dans la salle, se dit déjà qu'il faudra le revoir.

Ce soir-là, personne ne sait qu'un scaphandrier vient de remonter à la surface. Mais l'eau, autour de lui, a changé de couleur.

Ce qui est établi.

Ce qui est imaginé. La date exacte du soir, l'ordre des quatre chansons, la température, la lumière, l'état de la salle ce soir-là, la présence de quelqu'un qui se retiendrait de rire, la sortie de scène, la phrase de remerciement, et la conclusion sur le scaphandrier.

III. LE PORTRAIT

14. Traits marquants

15. L'atelier des mots — La poésie à l'établi

Il n'avait pas de muse. Il avait un établi.

Ce que d'autres demandent à l'inspiration, Boby le fabriquait. Il appelait cela, avec un sérieux comique, le bricolage : il a même rédigé en décembre 1968 un manuel, Chanson-Bricole, où il s'amuse à expliquer comment on construit une chanson comme on monte une étagère. Sa méthode, c'est d'écouter une syllabe, de la mettre dans un sens, de la tourner dans un autre, de voir si le deuxième sens tient debout. Puis de l'attacher à son voisin, par un son, par un rythme, par un hasard rendu nécessaire. ↗

Voici, dans l'ordre où l'on peut les suivre, les pièces de l'atelier.

Ce qu'ils ont en commun. À lire les témoignages, l'atelier de Boby est un lieu de patience : rien n'y est spontané, tout y est travaillé pour avoir l'air de l'être. Il a fait de la fantaisie un métier, du métier une joie, et de la joie une forme de politesse envers ceux qui l'écoutent.

16. Caractère — Le colosse timide et l'enfant farceur

Il y avait plusieurs hommes sous la marinière.

L'enfant farceur. Celui qui, à Pézenas, repeint un sphinx en zèbre, fait briller un coq, tond un pékinois ; le même qui, cinquante ans plus tard, enregistre une publicité pour le fromage blanc et se laisse photographier en Dieu. ↗ · ↗

Le timide. À l'avant-première de Tirez sur le pianiste, quand la salle l'acclame, il se sent mal à l'aise et ne se lève qu'à moitié. Jacques Canetti décrit un homme pudique, secret, qui faisait passer quelque chose de lui par ses pochettes plutôt que par ses paroles. ↗

Le piètre gestionnaire. Le Cadran Bleu fait faillite : la comptabilité n'est pas son fort. Il lui faudra Brassens pour éponger. Il accepte sans fierté déplacée, et avec une reconnaissance qui durera jusqu'au bout. ↗

Le généreux. Il reçoit Brassens et Dassin à dîner rue Lecourbe ; sur son pointu, il emmène enfants et amis en balade. ↗ · ↗

L'évadé. Il s'évade deux fois du STO, change de nom, se cache sous l'eau : la légèreté du chanteur repose sur un vrai courage. ↗

L'homme du pays. Il revient à Pézenas pour y mourir, dans la ville de son enfance. Sa sœur Huguette se souvient des rires, des jeux d'esprit et des engueulades joyeuses du dernier anniversaire. ↗

17. Le génie — Une virtuosité qui riait sous cape

On l'a dit loufoque. C'était sans voir que le rire est le dernier étage d'un édifice bien plus sérieux : celui d'un homme qui entend, dans chaque syllabe, une deuxième possibilité.

Quelques éclats :

Le contrepoint honnête. Les radios de l'époque ne l'ont pas aidé : la censure a fait de lui un chanteur « radiopassif », et l'on a souvent jugé ses chansons trop difficiles à suivre. Le sous-titre fut la réponse, moitié humour, moitié défi. ↗

18. Le rythme — Les épaules, le pied, la comptine

Il n'avait pas, dit Michel Colombier, le sens naturel du rythme. Il avait mieux : l'obstination. Sur scène, il levait et baissait les épaules pour sentir la pulsation ; ce n'était pas un effet, c'était un moteur. Le pied battait la mesure, le bras aussi, au studio, au point qu'il fallait s'arranger pour que cela ne s'entende pas. Ses chansons filent, serrées, un peu à contre-temps, et ne laissent pas à l'auditeur le temps de se demander s'il comprend. ↗ · ↗

Le rythme, chez lui, n'était pas un don : c'était une conquête. Et c'est pour cela qu'on l'entend si bien.

19. Le rire — Le clown à jeun

Le rire est son habit de fête et son armure. Il glisse, à travers lui, une tendresse qu'on entend à peine et qui fait mal ensuite. Les anecdotes le montrent facétieux — le coq de Pâques, les strip-teaseurs croque-morts, le fromage blanc, Dieu dans Hara-Kiri — et toujours amical, jamais méchant.

20. La modernité — Un homme de nombres et d'avenir

Le bibi-binaire, ou système bibi, est une notation des nombres en base seize, où chaque chiffre est une syllabe : quatre consonnes (H, B, K, D) et quatre voyelles (O, A, E, I), pour seize combinaisons. HO vaut zéro, HA un, HE deux, HI trois ; BO quatre, BA cinq, BE six, BI sept ; KO huit, KA neuf, KE dix, KI onze ; DO douze, DA treize, DE quatorze, DI quinze. Ainsi cent s'écrit BEBO (6 × 16 + 4), deux cent cinquante-cinq DIDI : un nombre qui se prononce, qui se chante, qui peut tenir dans un refrain. ↗ · ↗

Boby y met un point final le 28 mars 1968 et en dépose le brevet. La revue Science et Avenir s'y intéresse, et un de ses journalistes, Charles-Noël Martin, se demande si les enfants de l'an 2000 apprendront le bibi. Selon Wikipedia, le système est publié dès 1970 dans un livre consacré aux « cerveaux non humains ». Il intéressera des informaticiens : des programmeurs en ont fait des bibliothèques de code qu'on trouve aujourd'hui en ligne. ↗ · ↗ · ↗

Il n'est pas le seul coup d'avance : ses duos avec bande ralentie (L'été où est-il ?, Andréa c'est toi), son unique scopitone de 1961, ses EP accélérés de 1964, sa publicité de 1970, son manuscrit d'écologie : l'artiste pense à la technique, aux médias et à l'avenir de la planète avec un temps d'avance. ↗

21. Influences — La généalogie d'un homme sans école

SourceCe qu'il en a fait
Pézenas, la maison aux instrumentsLe goût du cuivre, du violon, de la fanfare ; plus tard, l'hélicon sur la tombe.
La TSF et le pick-up (Mireille, Pills et Tabet, Trenet)L'oreille formée par les chansons de radio, au milieu des parasites.
Les mathématiques et l'ingénierieLa construction : charpente de mots, rythme comme mécanique, puis le système bibi.
Les farces d'adolescentLe sens du canular, du clin d'œil, du retournement.
Le métier de scaphandrierL'imagerie sous-marine : le poisson Fa, la maman des poissons, l'homme-grenouille.
Georges BrassensLe compagnon de scène et d'amitié : la complicité de deux Héraultais.
BourvilLe premier à chanter son « Aragon et Castille », en 1954.
Philippe Weil, Alain Goraguer, Michel Colombier, Joe DassinLes artisans de ses disques, qui l'ont habillé de jazz, de pop, de studio.

Sources : Site officiel ↗ · Brassens, par les routes du printemps ↗ · Wikipedia ↗

IV. L'ÉCHO

22. Hommages reçus — Ce que les mots ont rapporté

On mesure un chanteur à ce qu'il fait lever. Celui de Boby a levé des copains, des festivals, des générations d'enfants et une ville entière.

Par ses pairs

Par les artistes d'aujourd'hui

Par les villes et les institutions

Par les enfants

23. Portraits de l'entourage — Ceux qui ont tenu l'échelle

24. Frise des audaces

DateAudaceTrace
1951Publier à compte d'auteur Les douze chants d'un imbécile heureux sous le pseudonyme b.bumboSite officiel ↗
1954Confier Aragon et Castille à BourvilSite officiel ↗
1958Enregistrer huit chansons sur bande pour les proposer aux interprètesBrassens, par les routes du printemps ↗
1959Monter sur scène, hors programme, à 37 ansBrassens, par les routes du printemps ↗
1960Accepter d'être sous-titré à l'écranSite officiel ↗
1961Un EP dont les sous-titres sont à l'intérieur ; un scopitoneSite officiel ↗
1962Ouvrir son propre cabaret, Le Cadran BleuSite officiel ↗
1964Des faces B enregistrées à 33 tours et diffusées à 45Site officiel ↗
1966Prendre un son pop avec Michel ColombierSite officiel ↗
1968Breveter le système bibi-binaire ; rédiger Chanson-BricoleSite officiel ↗ · Wikipedia ↗
1969Ralentir des bandes pour changer les voix ; un duo avec Anne SylvestreSite officiel ↗
1970Jouer Dieu dans Hara-Kiri ; écrire une publicité pour un fromage blancSite officiel ↗
1971-1972Chanter à Bobino, malade, en première partie de Pierre PerretSite officiel ↗

25. Liens avec les autres arts

V. LES CLÉS

26. Playlists thématiques

Choix éditoriaux, limités aux titres cités dans ce guide — chaque liste tient dans une soirée et raconte une face de Boby.

1. Pour entrer dans le jeu « Aragon et Castille » · « Framboise » · « Le poisson Fa » · « Insomnie » · « Marcelle »

2. Calembours en rafale Comprend qui peut (album, 1970) · « Ta Katie t'a quitté » · « Méli-mélodie » · « Le tube de toilette » · « Avanie et Framboise »

3. Le Boby pop (1966-1967) « Le saucisson de cheval » · « La question ne se pose pas » · « L'idole et l'enfant »

4. Tendresse et mélancolie « Petit homme qui vit d'espoir » · « L'ange » · « Sentimental bourreau » · « Revanche »

5. À deux voix, voix ralenties « Depuis l'temps que j'l'attends mon prince charmant » (avec Anne Sylvestre) · « L'été où est-il ? » · « Andréa c'est toi » (voix de Janine de Waleyne, bande ralentie)

6. L'eau, la mer, les poissons « La maman des poissons » · « Le poisson Fa » · L'hélicon (EP, 1963)

7. Les raretés « In the Desert » (inédit jusqu'à l'Intégrale de 1976) · « Embrouille Minet » (que la censure a gênée) · « Bobo Léon »

8. Les autres l'entendent Boby Tutti-Frutti (2002) · La Fête à Boby (Machado, Minvielle) · le medley Boby Lapointe de Zazie, Ours, Souchon, Jonasz, Chedid, Adamo, Bénabar · « Chantons Boby » (centenaire, 2022)

Références : Site officiel ↗ · Universal Music ↗ · lachansonfrancaise.net ↗ · Lyon Capitale ↗ · NRJ ↗

27. Conseils pour découvrir l'œuvre

Trois portes, une seule règle : ne cherchez pas à tout comprendre du premier coup, laissez-vous rouler.

  1. Par la chanson. Commencez par « Aragon et Castille », puis « Framboise ». Deux minutes chacune : vous saurez tout de suite si le charme opère.
  2. Par l'album. Comprend qui peut (1970) : douze chansons, un son pop soigné, des dessins de Wolinski, et la pochette de Ghiglion-Green. C'est la porte royale.
  3. Par l'intégrale. L'Intégrale de 1976, quatre disques préfacés par Brassens : on y voit l'homme grandir.

Trois habitudes d'écoute.

Pour prolonger : le site officiel (bobylapointe.fr), l'A-Musée de Pézenas, le film Tirez sur le pianiste de Truffaut, et le système bibi, avec lequel on peut s'amuser à écrire son année de naissance.

28. Petit glossaire

TermeSens
Bibi (système bibi-binaire)Notation des nombres en base 16 où chaque chiffre est une syllabe (HO, HA, HE, HI, BO, BA, BE, BI, KO, KA, KE, KI, DO, DA, DE, DI).
CalembourJeu de mots fondé sur la ressemblance de sons entre deux mots ou expressions.
ContrepèterieJeu consistant à permuter des sons ou des lettres pour obtenir une autre phrase, souvent grivoise.
AllitérationRépétition d'un même son consonantique dans une suite de mots.
À-peu-prèsMot ou expression qui ressemble à un autre sans le même sens, cher à Boby.
Sous-titrage verbalExpression utilisée à propos de son art : le mot qu'on entend en cache un autre.
HéliconGrand cuivre à pavillon circulaire, de la famille des tubas ; celui du rêve gravé sur sa tombe.
PointuBateau de pêche méditerranéen ; le sien s'appelait Le M'escampi.
ScopitoneJuke-box à film des années 1960, ancêtre du clip.
Vedette anglaiseArtiste qui passe en première partie du spectacle principal.
Chanteur radiopassifSon expression ironique : un chanteur que la radio ne passe pas.
Chanson-BricoleManuel de 1968 où il explique comment fabriquer une chanson.
Cheval d'OrCabaret du 33 rue Descartes où il fit ses débuts en 1959.
Cadran BleuSon propre cabaret, rue de la Huchette (1962-1963).
Comprend qui peutAlbum de 1970, et manière de dire qu'on le sous-titre toujours.
PrintivalFestival de chanson de Pézenas porté par sa famille.
A-MuséeMusée Boby Lapointe de Pézenas, place Gambetta.
PiscénoisHabitant de Pézenas.

29. Citations

De lui — en toutes lettres

« Dans les hauts, j'installais des antennes ; dans les bas, j'étais scaphandrier. » Pour résumer ses petits métiers. ↗

« Sur le toit ! » Réponse à qui lui demandait où installer une antenne. ↗

« Chez Lapointe, on s'pointe et on pointe ! » Devise du Cadran Bleu. ↗

« Si je passe de 33 tours en 45 tours pas de doute, j'accélère ! » À propos de ses faces B de 1964. ↗

« Dites tout de suite que je dépasse la mesure ! » À l'ingénieur du son qui le jugeait « pas en mesure ». ↗

« Bof ! Je ne m'en suis pas aperçu. » Quand Maguelon lui fait remarquer qu'il vient de chanter deux fois la même chanson. ↗

« Fort en maths. » Son bilan de l'enfance. ↗

« le squelette de toute expression du comique » Sa définition du jeu de mots. ↗

De lui — en substance

Sur lui — en toutes lettres

« le Douanier Rousseau de la chanson française » Philippe Weil, au dos de la pochette de 1960. ↗

« un nouveau fou chantant » Un journaliste, aux Trois Baudets, en 1960. ↗

« un galop de taureau » Pierre Maguelon, à propos de sa présence en scène. ↗

« un ours véritable » Brassens, en substance, à propos de Boby sur scène. ↗

Sur lui — en substance

30. Sur les pas de Boby Lapointe

Une carte pour marcher, pour écouter, pour sourire. Plusieurs lieux n'existent plus : le marqueur est alors symbolique.

À Pézenas (Hérault)

À Paris et aux environs

Ailleurs

31. Quiz final

  1. En quelle année naît Boby Lapointe, et dans quelle ville ?
  2. Sous quel pseudonyme publie-t-il en 1951 Les douze chants d'un imbécile heureux ?
  3. Quel faux nom prend-il quand il s'évade du STO ?
  4. Quel métier de fortune exerce-t-il dans le port de La Ciotat en 1944 ?
  5. Quel chanteur interprète « Aragon et Castille » dès 1954, dans un film ?
  6. Quel cabaret parisien accueille son premier tour de chant, en décembre 1959 ?
  7. Quel cinéaste le fait chanter dans Tirez sur le pianiste, et que fait-il de sa scène ?
  8. Quel surnom lui donne Philippe Weil au dos d'une pochette ?
  9. Quel cabaret ouvre-t-il rue de la Huchette en 1962 ?
  10. Quel est l'accident de 1965 ?
  11. Quel label l'engage en 1966 pour « Le saucisson de cheval » ?
  12. En quelle année dépose-t-il le brevet du système bibi ?
  13. Que vaut HO dans le système bibi ? Et DI ?
  14. Quel jeune producteur participe à Comprend qui peut ?
  15. Avec quelle chanteuse enregistre-t-il un duo en 1969 ?
  16. Quel illustrateur dessine pour Comprend qui peut ?
  17. À Bobino, en première partie de qui chante-t-il fin 1971 ?
  18. Quand et où meurt-il, et à quel âge ?
  19. Quelle phrase est gravée sur sa tombe ?

Réponses. 1. 1922, Pézenas. — 2. « b.bumbo ». — 3. Robert Foulcan. — 4. Scaphandrier. — 5. Bourvil (Poisson d'avril). — 6. Le Cheval d'Or. — 7. François Truffaut ; la scène est sous-titrée. — 8. « Le Douanier Rousseau de la chanson française ». — 9. Le Cadran Bleu. — 10. Un grave accident de voiture sur la route de Louviers. — 11. Disc'AZ. — 12. 1968 (28 mars). — 13. Zéro ; quinze. — 14. Joe Dassin. — 15. Anne Sylvestre. — 16. Wolinski. — 17. Pierre Perret. — 18. Le 29 juin 1972, à Pézenas, à 50 ans. — 19. « Il voulait jouer de l'hélicon ».

32. Passe de vérification des faits

✔ concordant · ≈ à nuancer · ? source unique, à recouper

PointCe que disent les sourcesStatut
Orthographe du prénom« Boby » (site officiel) ; « Bobby » dans de nombreux journaux d'époque✔ Boby retenu
Naissance16 avril 1922, Pézenas (site officiel, Wikipedia)✔
Mort29 juin 1972 (site officiel, Wikipedia) ; 30 juin dans d'autres bases (IMDb, Commons)≈ 29 juin
Âge à la mort50 ans✔
Naissance de Ticha1948 (site officiel) ; 1946 (Universal Music)≈ 1948 retenu
Mariage avec Colette10 décembre 1946, Marseille (site officiel)✔
Divorce de Colette28 avril 1956 (site officiel)✔
Mariage avec Manouchka26 août 1960 ; divorce le 20 juillet 1962 (site officiel)✔
Dernier mariageBichon, 29 août 1966 (site officiel)✔
Date du brevet bibi28 mars 1968 (site officiel) ; Wikipedia indique 1971 pour la publication/ la formalisation≈ 1968 (brevet), publication 1970 selon Wikipedia
Cheval d'Or, ouvertureMars 1955 (blog Brassens)?
Premier tour de chantDécembre 1959, Cheval d'Or≈
Contrat Fontana27 janvier 1960 (site officiel)✔
Trois Baudets5 février-29 mars 1960 (site officiel)✔
Tournage de Tirez sur le pianiste30 novembre 1959-22 janvier 1960 ; sortie le 25 novembre 1960✔
Premier interprète d'« Aragon et Castille »Bourvil, Poisson d'avril, 1954 (site officiel) ; certaines notices parlent de 1956≈ 1954
Olympia20 septembre-9 octobre 1961✔
Cadran BleuFin 1962 (site officiel) ; 1962-1963≈
Bobino 1964« Du 21 octobre au 10 janvier » (site officiel) ; « 21 octobre-10 novembre » (blog)≈
Accident de LouviersFévrier 1965✔
Dîner Dassin-Brassens rue Lecourbe13 février 1968 (site officiel) ; 12 février 1969 (blog)≈ date incertaine
Comprend qui peut — enregistrement22-29 octobre 1969 ; parution juillet 1970✔
ChapaguaMai-juin 1970, Cinecittà (site officiel) ; 1971 (Wikipédia)≈
Bobino avec PerretDécembre 1971-janvier 1972✔
Funérailles2 juillet 1972✔
Préface de BrassensAvril 1976 ; Intégrale parue le 16 avril 1976✔
Création du Printival2000 (Anniversaire-célébrité) ; « il y a 12 ans » (un blog suisse)? à recouper
Dany LapointeReprend l'association après la mort de Jacky (2008) ; lien de parenté avec Boby non confirmé dans mes sources?
Dernière apparition téléviséeLa Lucarne magique, 4 octobre 1971, émission de Christophe Izard (Wikipédia) ; « La lanterne magique » de Jean-Christophe Averty, été 1971 (autre version de Wikipédia, reprise par JeSuisMort)≈ octobre 1971, producteur à recouper
ChapaguaWestern italien de Giancarlo Romitelli, rôle-titre, 1970 (Wikipédia) ; tournage à Cinecittà en mai-juin 1970 (site officiel) ; 1971 (autre version de Wikipédia)≈ 1970
Cause de la mortCancer du pancréas (Wikipédia, JeSuisMort)✔
Bibi, publicationLes cerveaux non humains (1970) ; brevet déposé le 28 mars 1968, délivré en 1969 (INPI n° 1 569 028)✔
Anecdote du « toit ouvrant »Récit sans auteur précis, marqué « référence nécessaire » sur Wikipédia? à ne pas présenter comme un fait
Mariage avec Bichon29 août 1966 (site officiel) ; 28 octobre 1966 (IMDb) ; divorce le 23 mars 1970 (IMDb)≈ 1966, jour à recouper
Tournée Festival du disque avec Brassens1963 (site officiel, blog) ; 1966 (Universal Music)≈ 1963 retenu
Olympia de décembre 1970Vedette américaine de Michel Delpech, 9-15 décembre (site officiel) ; de Joe Dassin (Universal Music)≈ Delpech retenu
Inscription sur la tombe« Il voulait jouer de l'hélicon » (site officiel)✔
Anecdotes de Leprince-Ringuet, embrayage, Frères JacquesWikipédia FR, avec la mention « référence nécessaire »? à ne pas présenter comme des faits
Instruments de la maison familialeUne seule source?
Citation de TruffautRelayée par un blog, non incluse dans le guide?

33. Sources

Biographie et contexte

Compléments de la seconde campagne de recherche

Lieux, musée, célébrations

Hommages, critiques, portraits

Bibi-binaire

Note sur les paroles : les chansons de Boby Lapointe sont protégées par le droit d'auteur ; ce guide n'en reproduit que les titres.

34. Album photo

Je n'ai pas pu ouvrir Wikimedia Commons depuis mon environnement de travail : aucun statut de licence n'a été vérifié pour cet album. Les noms de fichiers viennent de la liste de la catégorie « Boby Lapointe ». Chaque auteur, licence et date est à relever sur la fiche (lien « fiche ↗ ») avant publication ; une image dont la licence n'est pas libre doit être retirée. En France, les œuvres exposées dans l'espace public (fresques, sculptures) restent protégées : l'accord de leur auteur est nécessaire.

1 — La carte d'identité de la Sacem, 1951

Carte d'identité Sacem de Boby Lapointe, 1951

Crédit : Wikimedia Commons — auteur et licence sur la fiche ↗. À confirmer.

2 — Pézenas, la mairie

Mairie de Pézenas

Crédit : Wikimedia Commons — auteur et licence sur la fiche ↗. À confirmer.

3 — Fresque à Pézenas

Fresque Boby Lapointe à Pézenas

Fresque de Terence Torres. Crédit : Wikimedia Commons — fiche ↗. À confirmer, y compris l'accord de l'artiste ; à retirer sinon.

4 — « Boby en vrac », de Bruno Mendola

Boby en vrac, Bruno Mendola, Pézenas

Crédit : Wikimedia Commons — fiche ↗. À confirmer (œuvre d'un artiste).

5 — « Takatitakite », graphisme

Takatitakite, graphisme

Crédit : Wikimedia Commons — fiche ↗. À confirmer.

6 — À rechercher sur Commons (non intégrées)

Pas de fichier précis retenu, faute de vérification : Boby Lapointe ↗ · Georges Brassens ↗ · Bourvil ↗ · François Truffaut ↗ · Charles Aznavour ↗ · Joe Dassin ↗ · Anne Sylvestre ↗ · Pierre Perret ↗ · Pézenas ↗

Dernière mesure

Il y a, dans un cimetière du Midi, une tombe qui sourit. La pierre ne dit pas « repose en paix ». Elle dit qu'un homme voulait jouer de l'hélicon.

Un rêve de gamin, un cuivre trop gros pour lui, une voix de taureau qui courait plus vite que la musique : voilà, peut-être, tout ce qu'il nous a laissé. La preuve que le sérieux n'est pas l'ennemi du rire, que les nombres peuvent chanter, que les poissons ont des notes et les framboises des chagrins, et que ceux qui plongent le plus profond sont souvent ceux qui remontent avec le plus de bulles.

Posez l'oreille. Quelque part, quelqu'un tape du pied un peu trop vite. Il vous attend au prochain couplet.