Chanson · Chanteur et auteur-compositeur · Le scaphandrier des mots
Boby Lapointe
1922 – 1972 · Pézenas (Hérault), France
📋 Navigation rapide
- 00 · Ouverture — Ce que les mots ont dans le ventre
- 01 · Comment lire ce guide — Trois portes
- 02 · Repères — La fiche en un souffle
- 03 · Chronologie repère
- 04 · LE RÉCIT
- 05 · Pézenas, ou la farce première (1922–1941)
- 06 · Le scaphandrier et l'imbécile heureux (1942–1955)
- 07 · Le Cheval d'Or (1955–1959)
- 08 · Le chanteur sous-titré (1960–1961)
- 09 · Le Cadran Bleu et la route (1962–1965)
- 10 · Saucisson de cheval, bibi, et le Studio des Dames (1966–1970)
- 11 · La dernière tournée (1971–1972)
- 12 · LE GRAND RECUEIL D'ANECDOTES
- 13 · Pézenas, ou les farces et les premiers pas — les à-côtés
- 14 · Mots, rythme et plateau — ce qu'on apprenait en montant sur scène avec lui
- 15 · Studio, télévision, réclames — l'homme de tous les écrans
- 16 · Brassens et les copains — une amitié en cuivre et en bois
- 17 · Cinéma — un visage pour les films des autres
- 18 · Ce qu'il en reste à Pézenas — musée, fresques, fêtes
- 19 · Interlude — Une nuit au Cheval d'Or, décembre 1959 (reconstitution)
- 20 · LE PORTRAIT
- 21 · Traits marquants
- 22 · L'atelier des mots — La poésie à l'établi
- 23 · Caractère — Le colosse timide et l'enfant farceur
- 24 · Le génie — Une virtuosité qui riait sous cape
- 25 · Le rythme — Les épaules, le pied, la comptine
- 26 · Le rire — Le clown à jeun
- 27 · La modernité — Un homme de nombres et d'avenir
- 28 · Influences — La généalogie d'un homme sans école
- 29 · L'ÉCHO
- 30 · Hommages reçus — Ce que les mots ont rapporté
- 31 · Portraits de l'entourage — Ceux qui ont tenu l'échelle
- 32 · Frise des audaces
- 33 · Liens avec les autres arts
- 34 · LES CLÉS
- 35 · Playlists thématiques
- 36 · Conseils pour découvrir l'œuvre
- 37 · Petit glossaire
- 38 · Citations
- 39 · Sur les pas de Boby Lapointe
- 40 · Quiz final
- 41 · Passe de vérification des faits
- 42 · Sources
- 43 · Album photo
- 44 · Dernière mesure
Le scaphandrier des mots
Hommage — 1922 · 1972 Rubrique : Chanteurs
« Dans les hauts, j'installais des antennes ; dans les bas, j'étais scaphandrier. »
— Boby Lapointe, résumant ses métiers de fortune ↗
(Une note d'orthographe : on a écrit « Bobby » pendant des décennies, y compris sur des affiches et dans des journaux de son vivant. Lui s'appelait Boby, avec un seul b. Ce guide s'y tient.)
Ouverture — Ce que les mots ont dans le ventre
Il y a des hommes qui portent leurs mots comme un costume. Lui les portait comme un scaphandre : lourds, étanches, plombés aux semelles — et c'est dedans qu'il descendait le plus profond, là où la langue cesse de nager droit et se met à faire des bulles.
Il avait la carrure d'un déménageur et la grâce embarrassée d'un funambule. Il chantait comme on dévale une pente : plus vite que la musique, les épaules en balancier, le pied battant la mesure sur le plancher comme un cœur qui aurait oublié d'être discret. Et dans la bouche, un feu d'artifice de syllabes : des poissons qui s'appellent fa, une framboise qui subit des avanies, un saucisson, un cheval, une maman, un hélicon — un monde où chaque mot en cachait un autre, comme ces poupées russes dont la plus petite éclate de rire.
On l'a dit loufoque. On l'a dit « fou chantant ». On l'a baptisé « Douanier Rousseau de la chanson française ». On a dit surtout qu'on ne le comprenait pas : alors, un jour, au cinéma, on l'a sous-titré, syllabe par syllabe — seul chanteur de langue française à avoir jamais eu besoin d'un sous-titre dans sa propre langue. Il en a fait un surnom. Il en a fait une médaille.
Ce qu'on a mis du temps à entendre, c'est que ce n'était pas du désordre : c'était de l'architecture. Il était ingénieur dans l'âme, mathématicien dans les nerfs, et il a bâti avec les mots comme avec des chiffres : des charpentes d'allitérations, des ponts de contrepèteries, des escaliers dérobés d'à-peu-près. Il a même fini par inventer une façon d'écrire les nombres qui chante — HO, HA, HE, HI — comme si l'arithmétique, elle aussi, pouvait apprendre à rire.
Il est mort à cinquante ans, en juin, dans sa ville, entouré des siens. Sur sa tombe, quatre mots d'une chanson : il voulait jouer de l'hélicon. Ce qui est, à bien y réfléchir, la plus belle épitaphe qu'on puisse offrir à quelqu'un : un rêve minuscule, une grosse voix de cuivre, et le rire qui reste.
Ce guide n'est pas une biographie de plus. C'est une farandole autour d'un homme qui a fait de la langue un jouet, du jouet un instrument, et de l'instrument une tendresse.
Entrez. Ne cherchez pas le sens trop vite. Écoutez d'abord comment ça roule.
Comment lire ce guide — Trois portes
Ce guide est une maison à plusieurs entrées. Voici trois façons d'y pénétrer, selon le temps dont vous disposez ; chacune a son disque, à écouter en lisant. (Durées calculées sur environ 230 mots à la minute ; « § » renvoie aux titres numérotés.)
| Parcours | Durée | À lire | À écouter |
|---|---|---|---|
| Un clin d'œil | ≈ 10 min | L'ouverture · §1 Pézenas · §4 Le chanteur sous-titré · §20 La modernité (le bibi) · §7 La dernière tournée · « Dernière mesure » | « Aragon et Castille », puis « Framboise » |
| Une soirée | ≈ 1 h | L'ouverture, les repères et la chronologie · tout le récit (§1 à 7) · l'interlude du Cheval d'Or · le portrait (§14 à 21) · §11 Brassens et les copains · §22 Hommages reçus · §26 Playlists · « Dernière mesure » | Comprend qui peut (1970) |
| L'intégrale | 1 h 30 à 2 h | Tout, dans l'ordre ; quiz, vérification, sources et album en dernier | L'Intégrale de 1976, quatre disques, jusqu'au bout |
Entrer par une envie
- Rire : §8 Les farces de Pézenas · §11 Brassens et les copains · §19 Le rire
- Comprendre le mécanisme : §15 L'atelier des mots · §17 Le génie · §18 Le rythme · §20 La modernité
- Mieux écouter : §26 Playlists · §27 Conseils pour découvrir l'œuvre · §28 Glossaire
- Les rencontres (Brassens, Truffaut, Aznavour, Dassin, Anne Sylvestre) : §3 · §4 · §11 · §23 Portraits de l'entourage
- Voir et marcher : §30 Sur les pas de Boby Lapointe · §34 Album photo · la page « Carte et frise »
- Vérifier : §32 Passe de vérification des faits · §33 Sources
Le plan en un coup d'œil
- Ouverture, repères, chronologie
- I. Le récit — §1 à 7, de Pézenas à Pézenas
- II. Le grand recueil d'anecdotes — §8 à 13, et l'interlude du Cheval d'Or
- III. Le portrait — §14 à 21
- IV. L'écho — §22 à 25
- V. Les clés — §26 à 34 : playlists, conseils, glossaire, citations, itinéraire, quiz, vérification, sources, album
- Dernière mesure
Repères — La fiche en un souffle
| Nom de naissance | Robert Jean-François Joseph Pascal Lapointe, dit « Boby » |
| Naissance | 16 avril 1922, à Pézenas (Hérault) |
| Mort | 29 juin 1972, à Pézenas, à 50 ans (d'un cancer) |
| Métiers | Chanteur, auteur-compositeur, comédien ; mais aussi scaphandrier, installateur d'antennes de télévision, commerçant en layette, électricien, livreur, barman, rédacteur publicitaire… |
| Signatures | Calembours, contrepèteries, allitérations, à-peu-près ; chant à contretemps, épaules en balancier ; chansons accélérées ; le « système bibi-binaire » |
| Surnoms | « Le chanteur sous-titré » ; « le Douanier Rousseau de la chanson française » ; « chanteur radiopassif » (de sa propre plume) |
| Labels | Fontana / Philips (1960-1965, puis 1969-1970), Disc'AZ (1966-1967) |
| Disques repères | Aragon et Castille (1960) · Le chanteur sous-titré (1961) · Sacré Boby Lapointe (25 cm, 1961) · Comprend qui peut (1970) · l'Intégrale en 4 disques (1976) |
| Cinéma | Tirez sur le pianiste (Truffaut, 1960) ; Sautet, Carné, Granier-Deferre, Delvaux… |
| Compagnons de route | Georges Brassens, Philippe Weil, Alain Goraguer, Joe Dassin, Anne Sylvestre, Jacques Canetti, Pierre Perret |
| Famille | Colette Maclaud (épouse, 1946), Simone Triadou dite Manouchka (1960), Bernadette Marques dite Bichon (1966) ; deux enfants, Ticha et Jacky |
Sources : Site officiel (repères biographiques) ↗ · Wikipedia ↗ · Universal Music ↗ · IMDb ↗
Chronologie repère
| Année | Événement |
|---|---|
| 1922 | 16 avril : naissance à Pézenas, un dimanche, à dix heures trente. |
| 1935-1940 | La TSF et le pick-up entrent à Pézenas : Mireille, Pills et Tabet, Trenet. Il apprend le solfège et le violon, brille en maths. |
| 1940-1942 | Prépare l'école Centrale à Montpellier, puis Sup-Aéro à Toulouse ; interrompu en 1942 par les Chantiers de jeunesse. |
| 1943 | Envoyé au STO à Linz (Autriche) ; s'évade en novembre, est repris, s'évade de nouveau sous un faux nom, « Robert Foulcan ». |
| 1944 | Mai : se cache comme scaphandrier dans le port de La Ciotat. |
| 1946 | Août : rencontre Colette Maclaud. Mariage le 10 décembre, à Marseille. |
| 1948-1950 | Naissance de Ticha (1948 selon le site officiel) et de Jacky (1950). Il travaille à Pézenas dans l'entreprise de son père. |
| 1951 | Sous le pseudonyme « b.bumbo », publie à compte d'auteur Les douze chants d'un imbécile heureux. |
| 1952 | S'installe à Paris : représentant, rédacteur publicitaire, magasin de bonneterie « Poil de Carotte ». |
| 1954 | Installe des antennes de télévision sur les toits. Bourvil chante « Aragon et Castille » dans Poisson d'avril (sorti le 28 juillet). |
| 1956 | 28 avril : divorce de Colette et Boby. |
| 1958 | Enregistre huit chansons sur son magnétophone pour démarcher des interprètes ; s'installe antenniste à Saint-Mandé. |
| Décembre 1959 | Premier tour de chant officiel, au Cheval d'Or. Il a 37 ans. |
| 1960 | 27 janvier : contrat Fontana. Trois Baudets (5 février-29 mars). 16 mai : première séance (5 titres). 26 août : mariage avec Manouchka. 25 novembre : sortie de Tirez sur le pianiste. Alhambra avec Aznavour. Première tournée avec Brassens. |
| 1961 | EP Le chanteur sous-titré (15 mai). Olympia, vedette anglaise de Johnny Hallyday (20 septembre-9 octobre). Scopitone. 25 cm Sacré Boby Lapointe (1er novembre). |
| 1962 | Divorce de Manouchka (20 juillet). Ouvre son cabaret, Le Cadran Bleu, rue de la Huchette. |
| 1963 | L'hélicon (EP, 15 février). Mardis de la Chanson (octobre). Tournée Festival du disque avec Brassens ; repas chez ses parents, à Pézenas, le 24 novembre. |
| 1964 | Nouvelle tournée avec Brassens (février-mars). Festival du Marais (juin). EP « Boby Lapointe / Jack Sélaire ». Bobino avec Brassens et Barbara (automne). |
| 1965 | Février : grave accident de voiture sur la route de Louviers. 9 novembre : Philips lui rend son contrat. |
| 1966 | Contrat Disc'AZ (15 mars). 29 août : mariage avec Bichon. « Le saucisson de cheval » entre au hit-parade (13ᵉ). |
| 1968 | 28 mars : brevet du système bibi-binaire. 2 décembre : il rédige Chanson-Bricole. |
| 1969 | Août : duo avec Anne Sylvestre. 22-29 octobre : séances de Comprend qui peut, produit avec Joe Dassin. |
| 1970 | Juillet : album Comprend qui peut (dessins de Wolinski, portrait de Ghiglion-Green). Films avec Sautet. Fête de l'Huma (11 septembre). Olympia avec Michel Delpech (décembre). |
| 1971 | Tournées avec Moustaki et Maurice Fanon ; trois tournages : Carné, Granier-Deferre, Delvaux. |
| Déc. 1971-janv. 1972 | Malade, chante chaque soir à Bobino en première partie de Pierre Perret. |
| 1972 | 29 juin : mort à Pézenas. Enterré le 2 juillet. |
| 1976 | 16 avril : parution de l'Intégrale (4 disques), préfacée par Brassens. Début de la gloire posthume. |
| 2000 | Création du festival Printival à Pézenas (date à recouper, voir §32). |
| 2008 | Mort de son fils Jacky, le 27 août ; Dany Lapointe reprend le flambeau. |
| 2022 | Centenaire : fêtes à Pézenas, spectacle « Chantons Boby », franceinfo, Hall de la Chanson. |
Sources principales : Site officiel ↗ · Brassens, par les routes du printemps ↗ · Wikipedia ↗ · fr-academic (Wikipédia FR) ↗ · Universal Music ↗
I. LE RÉCIT
1. Pézenas, ou la farce première (1922–1941)
Il y a des villes qui sont des scènes avant d'être des villes. Pézenas : le pays de Molière, des ruelles étroites, des barbiers qui savent tout ; une cité où l'on a sans doute mieux compris qu'ailleurs qu'on peut faire rire avec du sérieux. C'est là que naît, un dimanche d'avril, à dix heures et demie, Robert Jean-François Joseph Pascal Lapointe. Dans la maison de François-Ernest et d'Élodie-Henriette, dit-on, on collectionne les instruments comme d'autres les timbres : un violon, un trombone, un tambour, un hélicon. ↗ · ↗
Lui résume son enfance en trois mots : « Fort en maths. » Un professeur de collège, qui lisait ses rédactions à toute la classe, lui lance un jour qu'il écrit bien, mais que ses idées sont complètement loufoques. On ne dira jamais mieux de lui. Il prend des leçons de solfège, s'essaie au violon — avec ce principe énoncé plus tard : ou l'on joue juste, ou l'on joue tzigane ; lui joue tzigane. Dans les années 1935-1940, la TSF et le pick-up arrivent dans la ville ; les disques passent, brouillés à longueur de jour par le commerçant d'en face : Mireille, Pills et Tabet, puis Trenet. C'est de ce brouillage-là que naîtra une oreille. ↗
Anecdotes de l'enfance et de l'adolescence
- Le coq phosphorescent. Avec quelques camarades, l'adolescent en voit « de toutes les couleurs » aux habitants de Pézenas. De ses farces, la légende a retenu un coq de clocher devenu phosphorescent un jour de Pâques. ↗
- Le sphinx devenu zèbre. Un sphinx de pierre, dans le parc d'un notable, est recouvert de rayures vertes et rebaptisé « zèbre » ; un pékinois, celui de la femme du percepteur, est tondu façon singe. ↗
- Pilote d'essai. Son rêve est de voler. Il veut devenir pilote d'essai et conçoit des engins plus ou moins volants, qu'il essaie lui-même, sans se soucier des fractures ni des hospitalisations. ↗
- L'embrayage et le savant. Toujours selon Wikipédia (en « référence nécessaire »), il aurait inventé un embrayage automatique pour automobile, que les constructeurs jugèrent sans avenir ; et le physicien Louis Leprince-Ringuet, à qui il présenta un traité de mathématiques, lui aurait dit qu'il aurait pu faire de la recherche. À prendre avec prudence. ↗
- Le violon et la médiocrité. Sa maxime favorite sur son instrument : le violon supporterait la médiocrité ; ce serait ceux qui écoutent qui ne la supportent pas. ↗
- La classe préparatoire. En 1940, il prépare Centrale à Montpellier ; en 1941, Sup-Aéro à Toulouse. Il avait tout pour devenir ingénieur. L'Histoire a eu d'autres plans. ↗
Dans cet enfant qui bricolait des ailes et déglinguait les statues, il y avait déjà tout l'homme : un ingénieur qui ne résistait pas à l'envie de repeindre le sphinx en zèbre.
2. Le scaphandrier et l'imbécile heureux (1942–1955)
En 1942, les Chantiers de jeunesse, instaurés par l'occupant, interrompent ses études. En 1943, le voilà au Service du travail obligatoire, à Linz, en Autriche. Il s'évade en novembre ; on le reprend ; il s'évade de nouveau, sous un pseudonyme revanchard : Robert Foulcan. En mai 1944, recherché par les soldats allemands, il se planque comme scaphandrier dans le port de La Ciotat : sa haute stature et sa force le désignaient pour la combinaison de plomb. Il n'en sortira jamais tout à fait. ↗ · ↗
En août 1946, il rencontre Colette Maclaud. Ils se marient le 10 décembre, à Marseille. Deux enfants, Ticha et Jacky, naîtront. Le couple s'installe à Pézenas : Boby travaille dans l'entreprise de commerce de produits agricoles de son père. Mais le soir, il écrit. En 1951, sous le pseudonyme b.bumbo, il publie à compte d'auteur son premier livre, Les douze chants d'un imbécile heureux : treize textes fondateurs, dont plusieurs deviendront des chansons — Le poisson Fa, Sentimental bourreau, Insomnie, Revanche, Ta Katie t'a quitté. ↗
En 1952, il monte à Paris. Représentant, rédacteur publicitaire ; avec Colette, ils prennent des cours de chant et de théâtre et essaient ses textes dans les cabarets de Montmartre ; ils gèrent un magasin de bonneterie, baptisé par Boby « Poil de Carotte ». Il écrit une comédie, présentée comme un « drame social en vingt scènes et trois époques ». Il écrit Aragon et Castille. Il démarche, son recueil sous le bras : il parvient jusque dans la loge d'Édith Piaf, à l'ABC, pour lui demander conseil. ↗
Les petits métiers, ou l'art de tomber de haut
- Le catalogue des gagne-pain. Électricien, fort des Halles, barman, vendeur de machines à écrire, livreur, figurant (Une vie de garçon, Tourments), représentant en café, auteur de nouvelles humoristiques pour les journaux. ↗
- « Sur le toit ! » En 1954, il passe l'essentiel de ses journées sur les toits à installer des antennes de télévision. Quand on lui demande comment installer une antenne, il répond sans hésiter : sur le toit. ↗
- Les hauts et les bas. De cette double vie, la formule qui ouvre ce guide : dans les hauts, les antennes ; dans les bas, le scaphandre. Il en fera plus tard une pochette de disque. ↗ · ↗
- Les Frères Jacques déclinent. À Juan-les-Pins, lors d'un gala de la chanson, les Frères Jacques, un peu effrayés par la complexité de ses calembours, déclinent sa proposition. ↗
- Bourvil, premier interprète. Étienne Lorin, compositeur attitré de Bourvil, rencontre Boby en 1954 et tombe amoureux d'« Aragon et Castille ». Bourvil la chante dans Poisson d'avril (Gilles Grangier). Le film n'a pas de succès, la chanson sombre. Il ne perd pas espoir. ↗ · ↗
- Colette et le divorce. Le 28 avril 1956, Colette et Boby divorcent. Ce n'est pas la dernière fois que la vie lui joue un tour de sa façon. ↗
On imagine mal plongeur plus lourd, ni poète plus léger. Il remontait des fonds avec des perles que personne n'avait demandées.
3. Le Cheval d'Or (1955–1959)
Un samedi de mars 1955, au 33 rue Descartes, sur la montagne Sainte-Geneviève, un cabaret ouvre ses portes : Le Cheval d'Or, dirigé par Léon Tcherniak et Jean-Pierre Suc — un auteur-compositeur montpelliérain, féru de jazz, monté à Paris sur les conseils de Brassens. C'est là que Boby apportera, en 1958, ses huit chansons enregistrées sur son magnétophone à bande, accompagnées d'une « guitare sommaire » : Aragon et Castille, Petit homme qui vit d'espoir, Bobo Léon, L'ange, Sentimental bourreau… destinées à des interprètes, de préférence féminines. ↗ · ↗
Suc l'écoute et s'étrangle : des interprètes ? Mais des chansons pareilles, on ne les confie à personne. Il le pousse sur scène, hors programme. Boby proteste : c'est une blague, il ne sait pas chanter. Il chante. En décembre 1959, il effectue son premier tour de chant officiel, sur la scène en demi-lune du Cheval d'Or. Il a 37 ans, un tour de quatre chansons — parmi lesquelles Aragon et Castille et Avanie et Framboise, ses deux fétiches pour la vie — et aucune carrière. ↗
Les nuits de la rue Descartes
- Un cavalier débutant. Pierre Maguelon, alias « Petit Bobo », animateur du cabaret, se souvient de ses débuts : il prenait une chaise, s'asseyait, accoudé au piano, de sorte qu'on avait du mal à l'éclairer. Soudain il tressautait, de la tête et du séant, comme un cavalier débutant, scandait la mesure à voix haute — elle lui était rétive — et la voix éclatait, tonitruante. ↗
- Un galop de taureau. Maguelon encore : quand Boby était en scène, il avait l'impression d'un galop de taureau, d'un animal libre qui fonce tête au vent et défonce les barrières. ↗
- Deux fois la même chanson. Il lui arrivait, dans sa fougue, de chanter deux fois la même chanson. Maguelon le lui fait remarquer : « Bof ! Je ne m'en suis pas aperçu », répondit Boby, et il y avait des chances que le public non plus. ↗
- Un mathématicien de la chanson. Léon Tcherniak se souvient d'une façon « mathématique » de disposer ses chansons, d'imbriquer les mots les uns dans les autres, de renforcer le système par le rythme — bien avant Gainsbourg, dit-il, les rythmes jamaïcains l'avaient inspiré. Il fallait le pousser : il voulait chanter trois chansons, puis, porté par le public, il recommençait un couplet, puis un autre. ↗
- Rosie Maurel et le moustachu. C'est Rosie Maurel qui présente Boby à Georges Brassens, qui fréquente le lieu de ses copains méridionaux. Elle leur avait trouvé tant de traits communs : gentillesse, tendresse, profondeur, simplicité, aversion égrillarde du factice. ↗
- L'antenne de Philippe Weil. Philippe Weil, ex-décorateur, a succédé en 1959 à Boris Vian à la direction artistique de Fontana. Un jour, Boby vient lui installer une antenne de télévision : ils parlent chansons, ils sympathisent, Weil vient au Cheval d'Or, il est conquis. Le destin de Boby Lapointe se joue sur un toit. ↗
- Le cinéaste dans la salle. François Truffaut, habitué du lieu, repère le trublion. ↗
4. Le chanteur sous-titré (1960–1961)
Voici l'année des premières fois. Le 27 janvier 1960, il signe son premier contrat avec Fontana — « la danseuse de Philips », où l'on pouvait se permettre de prendre des risques avec des artistes un peu hors normes. Du 5 février au 29 mars, aux Trois Baudets, dans le spectacle Qualitativement vôtre (la vedette est Renée Lebas), un journaliste croit déceler en lui « un nouveau fou chantant ». Le 16 mai, au studio DMS, avec Alain Goraguer aux arrangements, Philippe Weil à la direction artistique et trois « calembouriens dans l'âme » dans la cabine, on met cinq titres en boîte : Aragon et Castille, Framboise, Marcelle, Insomnie, Le poisson Fa. ↗ · ↗
Entre-temps, il a tourné pour François Truffaut : Tirez sur le pianiste, avec Charles Aznavour. Le tournage s'étale du 30 novembre 1959 au 22 janvier 1960. Boby chante Framboise et Marcelle devant la caméra. Le producteur Pierre Braunberger juge qu'il n'articule pas assez et demande de couper la scène ou de la sous-titrer. Truffaut sous-titre. Le film sort le 25 novembre 1960, et Boby devient « le chanteur français sous-titré ». ↗ · ↗
Premières fois
- L'homme-grenouille. Sur la pochette de son premier super 45 tours (octobre 1960), il est en homme-grenouille — idée de Boby, « il y tenait » : clin d'œil au Poisson Fa et à son passé de scaphandrier. Jacques Canetti note que cet homme pudique et mystérieux avait toujours besoin de faire passer quelque chose de lui par les pochettes. ↗
- Le Douanier Rousseau. Au dos de la pochette, Philippe Weil l'appelle « le Douanier Rousseau de la chanson française », pour son air de monsieur Tout-le-monde et sa cocasserie à la portée de tous — et signe : « C'est marrant… non ? » ↗
- La première du film. À l'avant-première, Boby se sent mal à l'aise quand il doit saluer le public ovationnant ; avec Aznavour, lui aussi réservé, il finit par se lever et sourire, avec de petits mouvements de tête. ↗
- Aznavour l'engage. À la fin de l'année, Charles Aznavour l'engage comme « vedette anglaise » de son tour de chant à l'Alhambra. Commence le marathon des cabarets : parfois quatre par nuit. ↗
- Le livret avant l'heure. En mai 1961, Fontana édite l'EP Le chanteur sous-titré, tiré à 1000 exemplaires : la pochette porte la mention « les sous-titres sont à l'intérieur ». Un livret de paroles avant la lettre. ↗
- « Radiopassif ». Il ajoute à son surnom : « chanteur radiopassif », car comme Brassens avant lui, la censure ne l'épargne pas (notamment pour Embrouille Minet). ↗
- Johnny à l'Olympia. Du 20 septembre au 9 octobre 1961, premier Olympia : il est la vedette anglaise de Johnny Hallyday. ↗
- Le seul scopitone. En octobre 1961, il tourne son unique scopitone — Aragon et Castille — aux studios Éclair, à Épinay. ↗
- Un 25 cm. Le 1ᵉʳ novembre sort son seul 33 tours 25 cm, Sacré Boby Lapointe : six titres anciens et quatre nouveaux. ↗
- En son direct, pas cher. Claude Dejacques, son directeur artistique : Philips tolérait qu'on enregistre Boby parce qu'on s'arrangeait pour que cela ne coûte pas cher — en son direct, au vaste studio Blanqui. Il se tapait sur le bras pour battre la mesure. ↗
Il a été le seul chanteur à qui l'on a dû écrire ses mots sous les pieds pour qu'on les suive. Il en est sorti plus grand : on n'est jamais si bien compris que lorsqu'on a été si mal entendu.
5. Le Cadran Bleu et la route (1962–1965)
À la fin de 1962, Boby reprend un cabaret au 10 rue de la Huchette. Il songe à l'appeler Ah ! pour être en tête de la liste des cabarets de la capitale ; il opte pour Le Cadran Bleu, d'après la couleur du cadran de la pointeuse installée à l'entrée. Devise : Chez Lapointe, on s'pointe et on pointe ! Il y joue un spectacle de son cru, Show et froid de volaille, sert à table, fait du gringue aux dames, chante en jouant du violon. Le « happening avant l'heure » ne séduit pas : sa gestion comptable est catastrophique, la faillite vient vite. ↗ · ↗
C'est alors que Georges Brassens intervient : il éponge une partie des dettes et soutient Boby auprès de Philips, où celui-ci finit magasinier, à expédier les disques de ses confrères. De 1963 à 1966, tournée après tournée, les deux Héraultais voyagent ensemble. ↗ · ↗
La vie en première partie
- Les Mardis de la Chanson. Le 10 octobre 1963, France-Soir écrit à propos de la soirée : « Clay impassible jusqu'ici s'anime : il rit ! Kessel plié en deux, Brassens en huit. » ↗
- Le repas de Pézenas. Pendant la tournée Festival du disque, la troupe fait une journée de repos dans l'Hérault, le 24 novembre 1963. Les parents de Boby invitent tout le monde dans leur mas, bâti sur un coteau de vignes : un chien qu'il faut empêcher de corriger un chat, une ânesse qui apprécie les sucres de Christine Sèvres, Brassens tendre avec le jeune neveu de Boby, surnommé Titou. ↗
- Un ours véritable. Brassens, à qui l'on collait l'étiquette d'ours, trouve en substance que le titre revient plutôt à Boby, quand il se dandine en scène : « un ours véritable », dit-il. ↗
- L'accélérateur. En 1964, sortent pour les juke-box deux EP « Boby Lapointe / Jack Sélaire » : les faces B, enregistrées à 33 tours, tournent à 45. Explication de Boby : « Si je passe de 33 tours en 45 tours pas de doute, j'accélère ! » ↗ · ↗
- Les strip-teaseurs croque-morts. Avec Marino, l'auteur de La confiture, il s'effeuille au Crazy Horse dans un numéro hilarant : Les strip-teasers croque-morts. Ils le rejouent pour le réveillon à la télévision allemande. ↗
- Cinq cabarets, une nuit. Le 24 décembre 1964, il chante dans la même soirée au Don Camillo, au Port du Salut, à La Méthode, au Crazy Horse et au Diable à 4. ↗
- Louviers. En février 1965, grave accident de voiture sur la route de Louviers : il en gardera des séquelles toute sa vie. Brassens répond présent et lui prête une forte somme pour une voiture neuve. ↗ · ↗
- Les rendez-vous manqués. Le 9 novembre 1965, Philips lui rend son contrat : pas assez rentable. Il n'a pas encore quarante-trois ans. ↗
6. Saucisson de cheval, bibi, et le Studio des Dames (1966–1970)
Le 15 mars 1966, Boby signe chez Disc'AZ. Premier grand succès : Le saucisson de cheval, treizième au hit-parade. Michel Colombier, arrangeur des deux Saucissons, de La question ne se pose pas et de L'idole et l'enfant, lui donne un son pop. ↗
Et pendant que le monde yéyé tourne, le 28 mars 1968, il met le point final à son système bibi-binaire, une écriture alphanumérique en base 16 dont le brevet est déposé le jour même. La revue Science et Avenir s'en empare ; un journaliste se demande si les enfants de l'an 2000 apprendront le bibi, et s'interroge, en somme, sur les débuts d'un « lapointisme » qui se cherche encore. Le 2 décembre, il rédige Chanson-Bricole, manuel pratique et loufoque du bricoleur de chansons. ↗ · ↗
En octobre 1969, treize chansons sont enregistrées en trois jours (22-24 octobre, bases orchestre) puis trois jours (27-29, re-recording) au Studio des Dames, sous la houlette de Jean-Jacques Thébaut et de Joe Dassin, qui produit presque bénévolement. L'album, Comprend qui peut, paraît en juillet 1970, illustré par Wolinski, avec en pochette un portrait de Boby par le peintre naïf Maurice Ghiglion-Green : pull marin, nez dans les pâquerettes. Il deviendra l'icône de Boby. ↗ · ↗
Les années pop
- Le feu rouge et le feu vert. Michel Colombier : Boby ne ressentait pas naturellement le rythme ; il fallait ruser pour lui indiquer le feu rouge et le feu vert. Sur scène, il levait et baissait les épaules ; Colombier crut à une mise en scène — c'était sa façon de prendre la pulsation. « Il m'a bluffé », dit-il. ↗
- « En mesure de quoi ? » Un ingénieur du son lui dit : « Monsieur Lapointe, je crois que vous n'êtes pas en mesure… » — « En mesure de quoi ? Dites tout de suite que je dépasse la mesure ! » ↗
- Le soprano ralenti. Pour L'été où est-il ? et Andréa c'est toi, la chanteuse lyrique Janine de Waleyne fait la voix de soprano sur l'une, de ténor sur l'autre : la mutation de sa tessiture est obtenue en ralentissant la bande — bidouillage cher à l'ingénieur Roger Roche. ↗
- Dassin, Brassens et un plat de pâtes. Boby les réunit à dîner chez lui, rue Lecourbe. Brassens surprend Joe en lui montrant qu'il connaît ses chansons par cœur. (La date varie selon les sources : voir §32.) ↗ · ↗
- Treize titres, douze retenus. « In the Desert » restera « ensablé » jusqu'à l'Intégrale de 1976. Roland Guillotel, ingénieur du son : la plus grande difficulté pour les techniciens et les musiciens était de ne pas rire. ↗
- Le défaut de Boby. Guillotel encore : il allait plus vite que la musique. ↗
- Le prince charmant. En août 1969, il enregistre avec Anne Sylvestre un duo qui fait date — Depuis l'temps que j'l'attends mon prince charmant, dont elle signe paroles et musique. Le disque marche très fort. ↗
- Le M'escampi. Il s'offre un « pointu », modeste bateau de pêcheur baptisé Le M'escampi, pour emmener enfants et amis en balade. Il lui arrive de caboter avec une simple carte routière du sud de la France ; l'embarcation s'échoue plusieurs fois sur les bancs de sable, non répertoriés ; lors d'une escale à Monaco, il se fracture le calcanéum. ↗
- Dieu dans « Hara-Kiri ». En 1970, le numéro 101 de Hara-Kiri publie un roman-photo où Boby incarne rien de moins que Dieu lui-même. ↗
- Le fromage blanc. La même année, il écrit et enregistre une publicité pour le fromage blanc Jockey. ↗
7. La dernière tournée (1971–1972)
En 1971, tournées avec Georges Moustaki et Maurice Fanon ; trois films : Les assassins de l'ordre (Marcel Carné), La veuve Couderc (Pierre Granier-Deferre), Rendez-vous à Bray (André Delvaux). De décembre 1971 à début janvier 1972, affaibli par un cancer qui le ronge, il trouve la force de chanter chaque soir à Bobino, en première partie de son ami et admirateur Pierre Perret. ↗ · ↗
Puis il rentre à Pézenas se reposer. L'écologie et le futur de la planète le passionnent : il rédige un long manuscrit sur l'état du monde — démographie, pollution, énergies nouvelles. Il écrira jusqu'à la fin. Le 29 juin 1972, il succombe à son cancer, à cinquante ans. Il est enterré au cimetière de Pézenas le 2 juillet. Sur la tombe, on a fait graver : Il voulait jouer de l'hélicon. ↗
Son dernier anniversaire, celui de ses cinquante ans, il l'a fêté avec Rosie Maurel et Georges Brassens, venus les bras pleins de gâteaux et de champagne : sa sœur Huguette entend encore, dit-elle, l'écho de leurs rires, de leurs jeux d'esprit, de leurs engueulades et de leurs gauloiseries — alors « qu'ils savaient » l'un et l'autre. ↗
En 1976, préfaçant l'Intégrale, Brassens refuse en substance de croire son ami mort : avec lui, à sa façon, cela ne prend pas. ↗
On n'enterre pas un homme qui a toujours devancé la mesure. On l'attend, tout au plus, au refrain suivant — et le refrain revient.
II. LE GRAND RECUEIL D'ANECDOTES
Le récit ne disait que l'essentiel. Ici, on ouvre les tiroirs : les coulisses, les copains, les farces, les petites choses qui font qu'un homme devient une légende. Chaque histoire porte sa source ↗ ; les témoignages sont rapportés en substance.
8. Pézenas, ou les farces et les premiers pas — les à-côtés
- Une naissance bien rythmée. Il vient au monde un dimanche 16 avril 1922 à dix heures trente. Les chroniqueurs de sa vie ont gardé jusqu'à l'heure : on dirait que la ville savait déjà qu'elle avait mis au monde quelqu'un à qui le rythme importerait. ↗
- La maison des instruments. Violon, trombone, tambour, hélicon : la famille ne jetait pas un cuivre. On comprend mieux, après coup, pourquoi sa tombe parlera d'hélicon. ↗ (source unique : à recouper)
- Un nom d'état civil à rallonge. Robert Jean-François Joseph Pascal Lapointe : de quoi remplir une rime riche, ou trois. « Boby » est son nom d'usage de toujours. ↗
- Le brouillage du voisin. Quand les disques de Mireille, de Pills et Tabet ou de Trenet entraient à Pézenas, ils arrivaient à travers les grésillements d'un commerçant d'en face. Il a grandi dans la musique avec du bruit autour — de quoi expliquer un goût pour les sons qui déraillent. ↗
- Des maths pour se rassurer. Quand il prépare l'école Centrale, puis Sup-Aéro, c'est avec un projet d'ingénieur ; ce goût de la structure ne le quittera pas, et se retrouvera dans la façon dont il bâtit ses chansons. ↗
- « Poil de Carotte ». Le magasin de bonneterie du couple à Paris porte le nom qu'il lui a donné lui-même — signe que le nom, chez lui, passait avant la marchandise. ↗
- Pseudonyme de plomb. Quand il s'évade du STO, il prend le nom de Robert Foulcan. Il en conservera le prénom de baptême, et se servira de « b.bumbo » pour signer son premier livre. ↗
- Le chat, le chien, l'ânesse. À Pézenas, la ferme des parents tient de l'arche de Noé : en 1963, Brassens y croise un chien qu'on retient de punir un chat, une ânesse qui aime les sucres et deux sloughis, lévriers d'Afrique du Nord. ↗
- Une carte de visite en 45 tours. Le tout premier disque de Boby, le 15 septembre 1960 (Fontana), ne contient que deux titres : « Aragon et Castille » et « Avanie et Framboise ». Un mois plus tard, le 15 octobre, le super 45 tours en compte cinq. ↗
- Un mini-album d'instants. Le 15 mai 1961 sort un second EP : « Embrouille minet », « Troubadour ou la crue du Tage », « Petit homme qui vit d'espoir », « La fleur bleue contondante » et « Bobo Léon ». ↗
- Un 25 cm de dix titres. Sacré Boby Lapointe (1ᵉʳ novembre 1961) réunit dix chansons, parmi lesquelles « Tchita », « Le beau voyage », « L'ange » et « La fille du pêcheur » ; il est réédité en CD en 2002. ↗
- Un disque pour les juke-box. Le 15 décembre 1962, un 45 tours hors circuit pour les juke-box associe « L'hélicon » et « Eh ! Toto ! » ; en février 1963, le même « Hélicon » ressort sur un EP de quatre titres avec « La peinture à l'huile » et « Léna ». ↗
- Boby et Jack Sélaire. En septembre et octobre 1964, deux disques « Medium » réservés aux juke-box partagent leurs faces entre Boby Lapointe et Jack Sélaire. ↗
- Un 45 tours à rallonge. Celui du 15 octobre 1964 aligne « J'ai fantaisie », « T'as pas tout dit », « Eh ! V'nez les potes ! » et « Ta Katie t'a quitté ». ↗
- Les quatre titres de 1966. Chez AZ, le 15 mai 1966 : « Le papa du papa du papa de mon papa », « Aubade à Lydie en do », « Lumière tango », « From Two to Two to Two Two ». ↗
- Les deux « Saucissons ». Le 15 août 1966, le même 45 tours réunit « Saucisson de cheval » 1 et 2, « L'ami Zantrop » et « La banane Anana ». ↗
- Quatre titres en juin 1967. « L'été où est-il ? », « La question ne se pose pas », « Andréa c'est toi », « L'idole et l'enfant ». ↗
- Une compilation d'avant-album. Le 15 septembre 1969, la compilation 33 tours Avanie et Framboise rassemble onze titres de ses années Fontana ; elle est rééditée en CD en 1997. ↗
- Le titre long de l'album. Comprend qui peut s'intitule en réalité Comprend qui peut ou comprend qui veut (juillet 1970). Ses dix titres comprennent « Madame Mado m'a dit », « Moi, le philosophe et l'esthète », « Ça va, ça vient » et « Je suis né au Chili ». ↗
- Un 45 tours « Parade ». Le 15 juillet 1970, « Monsieur l'agent » et « Le tube de toilette » sortent sur un 45 tours de la série Parade. ↗
- Le livre-disque de 1975. Trois ans après sa mort paraît un livre-disque 25 cm chez Philips, avec dix titres dont « Mon père et ses verres ». ↗
- L'Intégrale, 48 + 2. Le coffret de quatre 33 tours de 1976 reprend les 48 titres déjà publiés et ajoute « Je joue du violon tzigane » et « In the Desert », avec un livret des textes et de nombreuses photos ; il est aussi disponible en triple cassette. ↗
- Le single de l'Intégrale. En avril 1976, « Comprend qui peut » et « Le tube de toilette » sont extraits du coffret en 45 tours. ↗
- Une chanson posthume. « Le tigre » est publiée après sa mort. ↗
- Une cinquantaine de chansons. Au total, Boby a enregistré une cinquantaine de titres : une œuvre courte, qui tient dans une soirée. ↗
9. Mots, rythme et plateau — ce qu'on apprenait en montant sur scène avec lui
Monter avec Boby, ou le faire enregistrer, c'était un exercice d'équilibriste : tenir le tempo, tenir son sérieux. Voici ce qu'en ont gardé ses compagnons de cabine et de scène.
- Ne pas rire. Roland Guillotel, ingénieur du son sur Comprend qui peut : la principale difficulté, pour les techniciens comme pour les musiciens, était de ne pas éclater de rire à chaque calembour. ↗
- Aller trop vite. Guillotel toujours : le défaut de Boby, c'était d'aller plus vite que la musique. Il fallait le tirer en arrière. Lui répondait, en substance, que si les autres étaient contents, il l'était aussi. ↗
- Le feu rouge, le feu vert. Michel Colombier : pour lui indiquer le tempo, il fallait recourir à un système de feu rouge, de feu vert — Boby n'avait pas de sens naturel du rythme, mais une volonté de fer. Sur scène, il levait et baissait les épaules pour sentir la pulsation, et Colombier crut d'abord à une chorégraphie. ↗
- Le pied qui battait. Ceux qui l'ont vu en tour de chant évoquent le pied qui martèle la mesure, le corps qui se déhanche et la tête qui dodeline : un orchestre de plancher. ↗
- Se taper sur le bras. Au studio Blanqui, en son direct, il se frappait le bras avec la main pour battre la mesure : les ingénieurs du son devaient s'arranger pour que cela ne s'entende pas. ↗
- Ingénieur du bidouillage. Roger Roche et Janine de Waleyne : la voix de soprano et celle de ténor obtenues en ralentissant la bande — le calembour, jusque dans la vitesse du magnétophone. ↗
- Plus vite que le disque. Les faces B des EP juke-box de 1964 tournaient à 45 tours alors qu'elles avaient été enregistrées à 33. Boby en tire un mot : s'il passe de 33 à 45, il accélère, c'est bien connu. ↗
- « Le squelette de toute expression du comique ». C'est la formule de Boby pour désigner le jeu de mots : il se disait fasciné par le fait que le même son puisse porter deux sens. ↗
- Il fallait le pousser. Léon Tcherniak : quand il montait sur scène, il ne voulait chanter que trois chansons ; porté par la salle, il en recommençait une, puis une autre. Il ne voulait plus partir. ↗
- La voiture punie. Un témoin cité par Wikipédia raconte qu'un jour, lors d'un enregistrement public, il aperçoit sur le trottoir un homme qui donne de rageurs coups de pied à sa voiture et lui annonce qu'il ne lui paiera plus d'essence. C'était Boby. ↗
- Le toit ouvrant. Un autre témoin, des tournées de Brassens de 1960-1965, raconte que, malgré une route correcte et une direction bonne, on voyait parfois surgir en sens inverse la voiture de Boby, qui les saluait par le toit ouvrant. À l'étape, il était arrivé avant tout le monde, serein, jamais bavard sur ses itinéraires. (Récit marqué « référence nécessaire » sur Wikipédia.) ↗
- Le bassiste de Brassens. Dans ce récit, le conducteur voisin est Pierre Nicolas, le contrebassiste de Georges Brassens. ↗
- Une décennie de tournées. Pour Ticha, sa fille, il partageait les tournées de Brassens pendant une dizaine d'années ; l'un et l'autre, dit-elle, aimaient la compagnie de l'autre. ↗
- « Trop en avance. » L'association des Amis de Boby, Eh ! Dis Boby, est convaincue qu'il était « trop en avance sur son temps ». ↗
- Brassens, impuissant à le refaire. Selon la presse du centenaire, Brassens disait en substance que, s'il voulait refaire Boby, il en serait incapable : Boby mettait la mesure là où il ne fallait pas. ↗
- Le « Piscénois ». Dans sa préface de 1976, Brassens appelle son ami « Piscénois » — le nom des habitants de Pézenas — et lui dit que son décès ne prend pas auprès des copains. ↗
- Un chanteur de fanfare. Pour les auteurs de la notice de Wikipédia, toutes ses chansons reposent sur un style de fanfare : ce qui explique que la vague yéyé ne lui ait pas facilité la tâche. ↗
- Lucien Morisse. Le directeur des programmes d'Europe 1 intervient, selon cette notice, pour qu'il signe un contrat de disques. ↗
- Raymond Devos, Ricet Barrier, Anne Sylvestre. Au Cheval d'Or, il croise ces trois artistes, et Brassens. ↗
- Un astronome en poche. Le physicien Louis Leprince-Ringuet, à qui il présente un traité de mathématiques, est impressionné par la rigueur de son raisonnement et lui confie qu'il aurait pu se lancer dans la recherche (récit de Wikipédia, signalé « référence nécessaire »). ↗
- Un « traité sur les calembours ». Avant d'être chanteur, il rédige un recueil de poèmes et un traité sur les calembours. ↗
- « Il était trop intellectuel. » Son style, selon Wikipédia, était jugé trop intellectuel pour qu'on lui laisse sa chance : les Frères Jacques, à Juan-les-Pins, déclinent de chanter ses textes, un peu effrayés par leur complexité. ↗
10. Studio, télévision, réclames — l'homme de tous les écrans
- Les Raisins verts. Au début des années 1960, il participe à l'émission de Jean-Christophe Averty ; Wikipédia rapporte une séquence où il chante avec la faucille et le marteau un hommage détourné à un tube mondial. ↗ (à recouper)
- L'émission des fous. On le retrouve, pour une émission, en charentaise et en treillis : l'image est celle d'un homme qui revendique la fantaisie comme une profession de foi. ↗
- Le Scopitone d'Épinay. Ce prédécesseur du clip, tourné en octobre 1961 aux studios Éclair, est l'unique scopitone de sa carrière : Aragon et Castille. ↗
- Marino, les croque-morts et le réveillon allemand. Le numéro de strip-tease funèbre, présenté au Crazy Horse, a trouvé le chemin de la télévision allemande pour le réveillon : le rire se passe de traduction. ↗
- Le fromage blanc de 1970. Il écrit et enregistre lui-même une publicité pour le fromage blanc Jockey, preuve que le poète, chez lui, savait aussi s'asseoir à la table du commerce. ↗
- Dieu en roman-photo. Hara-Kiri n° 101 (1970) : Boby y incarne Dieu. ↗
- Rome, Cinecittà. Il tourne à Cinecittà Chapagua, un western italien de Giancarlo Romitelli dont il tient le rôle-titre ; les sources le datent de 1970 ou de 1971. ↗ · ↗
- La Fête de l'Huma. Le 11 septembre 1970, il monte sur la scène de la Fête de L'Humanité. ↗
- Les Mardis de la Chanson. Dans cette soirée parisienne d'octobre 1963, les noms du tout-Paris se pressent ; France-Soir titre sur le rire général. ↗
- Un feuilleton de petits boulots filmés. Dans Une vie de garçon et Tourments, il n'est que figurant : un visage, déjà. ↗
- « Le non-sens à caractère chantant. » C'est ainsi que Jean-Roger Caussimon le présente en 1966 dans l'émission Rhésus B. ↗
- Galas à Bruxelles. En 1967, il enchaîne une série de galas dans la capitale belge. ↗
- Cabarets en série. Parmi ses scènes : Le Port du Salut, L'échelle de Jacob, Le Cheval d'Or, et le Crazy Horse. ↗
- Neuf films, acteur ou compositeur. Entre 1969 et 1971, il participe à neuf films, comme comédien ou comme compositeur. ↗
- Moustaki en 1971. La tournée avec Georges Moustaki a lieu du 1ᵉʳ au 13 mars et du 15 avril au 1ᵉʳ mai, Maurice Fanon en co-vedette. ↗
- Delpech à l'Olympia. Du 9 au 15 décembre 1970, Boby est vedette américaine du spectacle de Michel Delpech. (Une autre notice parle de Joe Dassin ; voir §32.) ↗
- Le Studio des Dames, propriété de Philips. Selon un témoin de la séance de 1969, le studio appartenait à Philips, on enregistrait en direct avec l'orchestre, en séances de trois heures. ↗
- Un divorce en 1970. Bernadette Marques (« Bichon ») : mariage en 1966, divorce le 23 mars 1970 selon IMDb. ↗
- Première télé : 20 février 1960. Dans l'émission Tout neuf, il chante « Aragon et Castille » (2 min 34, noir et blanc). ↗
- Samedi square, 5 août 1961. Il y chante « Insomnie ». ↗
- Nice, août 1961. Le 13 août, au Festival de Nice consacré à la « nouvelle vague de la chanson française », il interprète « Framboise ». ↗
- Ni figue ni raisin, 12 octobre 1964. « Ta Katie t'a quitté », en noir et blanc. ↗
- Discorama, 10 janvier 1965. « J'ai fantaisie » : près de quatre minutes et demie. ↗
- Passant par Paris, 29 juin 1965. Il chante « Marcelle » en 1 min 16 et « Bobo Léon » en 1 min 36. ↗
- Calembredaines, 14 décembre 1965. « Aubade à Lydie en do » et « Le papa du papa du papa de mon papa ». ↗
- Rhésus B, 10 avril 1966. Dans Rhésus B, la vie exemplaire d'Arsène Jonquille, il chante « Lumière tango ». ↗
- Vient de paraître, 17 septembre 1966. « L'ami Zantrop ». ↗
- Au risque de vous plaire, 1ᵉʳ octobre 1966. « From Two to Two to Two Two ». ↗
- La première couleur. Le 21 octobre 1967, dans Diversion Mouloudji, « Aragon et Castille » est filmé en couleur. ↗
- Le Petit Dimanche illustré, 25 février 1968. « L'été où est-il ? ». ↗
- Musicolor, juin et octobre 1969. « La peinture à l'huile » (12 juin), puis « Le saucisson de cheval n° 1 » en couleur (18 octobre). ↗
- Top à la une, 25 décembre 1970. Un duo télévisé avec Anne Sylvestre, pour Noël. ↗
- Début 1971. « Méli-mélodie » le 20 février, « Je suis né au Chili » le 13 mars. ↗
- La Lucarne magique, 4 octobre 1971. Son ultime passage télévisé, en couleur : « Le tube de toilette ». Wikipédia cite parmi les invités Dani, Michel Fugain et Claude Piéplu. (Certaines sources parlent d'une émission de Jean-Christophe Averty ; voir §32.) ↗ ↗
- Rue de la Gaîté. En 1960, il apparaît dans cette série télévisée, où l'on entend « Aragon et Castille ». ↗
- Le Commandant Watrin, 1964. Un téléfilm de Jacques Rutman, d'après Armand Lanoux. ↗
- Un DVD de 2008. Une compilation de chansons et d'interviews rassemble vingt de ces archives. ↗
- Archives suisses. La télévision suisse romande conserve une archive de 1967 où il chante « Saucisson de cheval ». ↗
11. Brassens et les copains — une amitié en cuivre et en bois
De leurs années de tournées communes, il reste quelques scènes à garder au chaud.
- La rencontre. Rosie Maurel, au Cheval d'Or, présente Boby à Georges Brassens. Elle voit tout de suite chez eux une même simplicité, une même pudeur, et le même goût de la gaudriole. ↗
- Le passeur. Brassens, déjà célèbre, devient l'ange gardien de Boby : il l'invite sur ses tournées, intervient auprès de Philips, éponge une partie de ses dettes. ↗ · ↗
- La voiture neuve. Après l'accident de Louviers, en 1965, Brassens prête une forte somme à Boby pour se racheter un véhicule. ↗
- Le déjeuner de Pézenas. Le lundi 24 novembre 1963, jour de relâche de la tournée Festival du disque, les parents Lapointe offrent à toute la troupe un déjeuner dans leur mas. Brassens, détendu, joue au grand frère avec le jeune neveu de Boby. ↗
- Le cimetière de la mémoire. Dans un texte rapporté sur le blog consacré à Brassens, on lit que le dernier asile de Boby et de Bourvil, c'est la mémoire de ceux qui les ont aimés. ↗
- 1974, RTL. Interrogé par Nucera sur les artistes injustement méconnus, Brassens cite d'abord Boby Lapointe. ↗
- Le dernier anniversaire. Pour les cinquante ans de Boby, Brassens et Rosie Maurel apportent gâteaux et champagne à Pézenas. ↗
- La préface de 1976. En avril 1976, Brassens préface l'Intégrale. Il y refuse la mort de son ami, et l'on sait que l'Intégrale se vendra à plusieurs dizaines de milliers d'exemplaires par an, bien après la disparition de son auteur. ↗ · ↗
- Christine Sèvres et l'ânesse. La chanteuse Christine Sèvres, de la même tournée, donne ses sucres à l'ânesse des Lapointe. ↗
12. Cinéma — un visage pour les films des autres
- Truffaut, 1960. Boby chante Framboise puis Marcelle dans Tirez sur le pianiste, au Mamie Blue, avec Aznavour au piano. Le producteur Pierre Braunberger, jugeant qu'il articulait mal, demande de couper ou de sous-titrer : Truffaut sous-titre, par jeu autant que par nécessité. ↗
- Aznavour, camarade d'écran. Entre les deux hommes, la timidité commune : à l'avant-première, à l'heure de saluer la salle, ils se lèvent à peine, avec les mêmes petits mouvements de tête. ↗
- Sautet, 1970. Claude Sautet lui offre un rôle dans Les choses de la vie (Romy Schneider, Michel Piccoli). ↗
- Marcel Carné. Les assassins de l'ordre (1971) : un second rôle dans l'un des derniers films de l'auteur du Quai des brumes. ↗
- La veuve Couderc. Dans le film de Pierre Granier-Deferre (1971), avec Simone Signoret et Alain Delon, il joue Désiré. Un de ses derniers tournages. ↗ · ↗
- Rendez-vous à Bray. André Delvaux, grand cinéaste belge, l'engage la même année : il aura trois tournages en 1971, malgré la maladie. ↗
- Les choses de la vie. Chez Sautet, il est le conducteur de la bétaillère, la camionnette fatale. ↗ ↗
- Max et les Ferrailleurs. Il joue Lui Serafino, dit « P'tit Lu », dans le film que Sautet a toujours préféré, selon sa monteuse Jacqueline Thiédot : quand il remonte sept de ses films avant sa mort, il n'a presque pas touché à celui-là. ↗ ↗
- Les assassins de l'ordre. Chez Marcel Carné (1971), il est Louis Casso, un cafetier, témoin. ↗
- Rendez-vous à Bray. Dans le film d'André Delvaux, d'après Julien Gracq, il joue l'aubergiste. ↗ ↗
- La veuve Couderc. Il est Désiré, dans l'adaptation du roman de Georges Simenon. ↗
- L'ardoise. Il est le fermier de ce film de Claude Bernard-Aubert (1970). ↗ ↗
- Honoré. En 1969, dans Qu'est-ce qui fait courir les crocodiles ? de Jacques Poitrenaud. ↗
- Chapagua. En 1970, il tient le rôle-titre d'un western italien de Giancarlo Romitelli. ↗
- Pierre Étaix, le projet manqué. Le clown-cinéaste Pierre Étaix, qui connaissait le succès avec son personnage de Yoyo, voyait en Boby un acteur comique ou dramatique et envisageait plusieurs films avec lui. Le temps a manqué. ↗ ↗
- Neuf films. La filmographie que recense un site de programmation parisien compte neuf titres, de Tirez sur le pianiste (1960) à La veuve Couderc (1971). ↗
- Le film préféré de Sautet. Selon Allociné, Max et les Ferrailleurs est le plus noir des films de son auteur ; Boby, qui y joue P'tit Lu, avait déjà été dirigé par lui dans Les choses de la vie. ↗
13. Ce qu'il en reste à Pézenas — musée, fresques, fêtes
- L'A-Musée Boby Lapointe. Place Gambetta, à Pézenas, dans l'ancienne boutique du barbier Gély (où Molière aurait écouté les nouvelles de la cité), un petit musée-boutique rassemble photos, objets et disques. C'est l'un des lieux de mémoire du chanteur ; il porte son nom avec un jeu de mots (« A-Musée »). ↗ · ↗
- Une place à son nom. Pézenas lui a dédié une place, dit-on ; la mairie et plusieurs lieux de la ville portent sa trace. ↗ (à confirmer sur place)
- Une fresque. Une fresque murale le représente dans les rues de la ville, signée de l'artiste Terence Torres. ↗
- Une aire d'autoroute. Sur l'A9, près de Béziers, l'aire de Montblanc porte l'hommage de Vinci Autoroutes à l'artiste : le musée y est signalé. ↗
- Le Printival. Le festival de chansons de Pézenas qui porte son nom, créé par son fils Jacky, puis repris par Dany Lapointe. ↗ · ↗
- La mort de Jacky. Son fils meurt d'un cancer le 27 août 2008 ; Dany Lapointe reprend le flambeau de l'association. ↗
- Le centenaire. En 2022, la ville fête les 100 ans de sa naissance, avec animations, concerts et un clip réalisé par des lycéens. Ticha, sa fille, y confie qu'on découvre sans cesse, avec le temps, de nouveaux jeux de mots dans ses chansons. ↗
- « Boby Tutti-Frutti ». En 2002, un album collectif rend hommage à ses chansons (Lilicub). ↗
- La Fête à Boby. Le contrebassiste Jean-Marie Machado et le chanteur André Minvielle lui consacrent un spectacle mêlant jazz et chanson. ↗
- Une place, sept sculptures. Pézenas compte un monument sur la place Boby-Lapointe et sept sculptures de pierre liées à l'homme et à ses chansons ; d'autres sculptures se voient devant la mairie et cours Jean-Jaurès. ↗ ↗
- Un astéroïde. En 1997, un astéroïde de la ceinture principale reçoit son nom : (27968) Bobylapointe. ↗
- Le « bibibinaire », OVNI mathématique. En 2002, Le Monde consacre un article à son système sous ce titre. ↗
- Le brevet n° 1 569 028. Déposé le 28 mars 1968 au ministère de l'Industrie, il est délivré par arrêté l'année suivante, au Bulletin officiel de la propriété industrielle. ↗
- Un livre d'informatique. Le bibi est publié en 1970 dans Les cerveaux non humains, introduction à l'informatique, par Jean-Claude Quiniou, Jean-Marc Font, Gérard Verroust, Philippe et Claudine Marenco. ↗
- Nicolas Graner. En 2012, ce médiateur scientifique explique à Sciences et Avenir que Boby n'a pas inventé l'hexadécimal, mais que, dans son système, une seule façon d'exprimer chaque entier existe : donc c'est cohérent. ↗
- Un « jazz très personnel ». En 1992, le jazzman suisse René Bottlang crée à Pézenas le festival Bleus d'automne, le 27 octobre, pour le 70ᵉ anniversaire du chanteur ; deux ans plus tard, avec Jean Querlier et Phil Minton, il enregistre Round About Boby, réédité par Frémeaux en 2001. ↗
- Boby Groove. En 2000, le groupe a cappella Les Grandes Gueules sort un album de treize chansons revisitées, devenu un spectacle joué pendant deux décennies. ↗
- Les Croquants. Ce groupe, spécialiste des standards de la chanson française, reprend « Sentimental bourreau » (2001), « Ta Katie t'a quitté » (2004) et « Ça va, ça vient » (2014) ; le chanteur Merlot reprend aussi « Ça va, ça vient » en 2008. ↗
- Renaud, deux fois. En 2002, il cite Boby dans « Mon bistrot préféré ». En 2022, pour le centenaire, il reprend « Ça va, ça vient » sur son album du 6 mai. ↗ ↗
- Hello, Boby ! Le chanteur Gilbert Laffaille lui dédie une chanson, tendre hommage à celui qu'on a beaucoup pillé sans toujours le citer. ↗
- Franquin, Greg et un refrain. Le refrain d'« Aragon et Castille », légèrement modifié, est cité page 5 de la bande dessinée QRN sur Bretzelburg. ↗
- Au théâtre. En 2010, Le Prénom le cite dans une réplique sur de drôles de prénoms ; en 2016, Tic tac d'amour met en scène ses textes ; en 2019, la compagnie belge Les compagnons pointent crée un spectacle sur sa vie. ↗
- Une bande dessinée. Au pays de Boby Lapointe (Gaston, septembre 2022, 56 pages) est préfacée par Pierre Perret. ↗
- Boby, son nez. Un film du réalisateur Jean Lassave, Boby Lapointe… son nez, a été financé par une collecte en ligne ; Ticha, sa fille, signe un mot pour l'accompagner. ↗
- Une bibliographie. Biographies de Huguette Long-Lapointe, de Jacques Donzel (Seghers), de Jacques Perciot (Denoël), d'Alain Poulanges, un abécédaire de Chloé Radiguet (C'est bon pour c'que t'as), le recueil Chansonbricole, un album illustré chez Mango. ↗
- Les enfants l'étudient. Il est aujourd'hui étudié à l'école, avec sa fameuse maman des poissons ; les artistes le reprennent, dit-on, davantage qu'à son époque. ↗
- Un allitérophile. C'est ainsi qu'une conférence en Corse, avec chansons à l'accordéon, présente celui qu'elle suit de Pézenas à Pézenas, en passant par Montpellier, l'Allemagne, la Lorraine, La Ciotat, Paris, les cabarets et les tournées. ↗
- Le musée des amis. L'A-Musée est géré par l'association des Amis de Boby Lapointe : exposition permanente d'objets, discographie, panneaux biographiques. ↗
- Sa mort : un cancer du pancréas. C'est la cause du décès que rapportent Wikipédia et JeSuisMort. ↗ ↗
Interlude — Une nuit au Cheval d'Or, décembre 1959 (reconstitution)
Ceci n'est pas un témoignage. Le texte assemble ce qui est établi — le lieu, la date approximative, la configuration de la salle, les chansons d'un premier tour de chant, les habitudes de scène de Boby — et invente le reste : l'ordre exact, la lumière, les gestes. Aucune parole n'est prêtée à un témoin réel. La liste de ce qui est documenté, et de ce qui est imaginé, suit le récit.
Montez la rue Descartes. Le quartier dort à moitié, comme une montagne qui se souvient d'avoir été sainte. Au numéro 33, une porte, un escalier, une cave, et, tout au fond, une scène en demi-lune qui a vu passer plus de rêves que de recettes.
C'est un de ces soirs de décembre 1959. Il fait froid dehors, il fait dense dedans. Les nappes sentent le vin et le tabac. Au piano, on prépare le terrain ; une voix de présentateur lance un nom que personne, ici, ne connaît encore.
Alors il vient. Grand, large, un peu trop lourd pour la petite estrade. Il prend une chaise. Il s'assied, le coude contre le piano, de sorte que la lumière ne sait plus où se poser. On ne le voit pas : on l'entend déjà, car son pied frappe la mesure sur le plancher. Il tressaute, de la tête, des épaules, comme un cavalier qui n'a jamais tenu une bride.
Puis la voix. Une voix qui ne demande pas la permission, qui arrive avant la musique, qui glisse d'un mot à l'autre sans que l'on sache où finit l'un, où commence l'autre. On rit, avant même de comprendre. On comprend, un peu après. On rit encore, parce qu'on a compris.
Quatre chansons, pas une de plus — du moins était-ce prévu. Il y a Aragon et Castille ; il y a Avanie et Framboise. Il y a, il est possible qu'il y ait, quelqu'un au fond qui se retienne de rire pour ne pas perdre un mot. Et il y a ce moment où la salle réclame, où lui hésite : il avait promis trois chansons, il en reprend un couplet, puis un autre — il ne sait plus partir.
Au dernier accord, les mains claquent comme des portes. On l'entend dire quelque chose comme : merci ; on ne sait pas quoi exactement. Puis il redescend, retrouve les coulisses, les copains. Quelque part, un directeur de cabaret se frotte les mains. Un autre homme, dans la salle, se dit déjà qu'il faudra le revoir.
Ce soir-là, personne ne sait qu'un scaphandrier vient de remonter à la surface. Mais l'eau, autour de lui, a changé de couleur.
Ce qui est établi.
- Le Cheval d'Or, cabaret du 33 rue Descartes, dirigé par Léon Tcherniak et Jean-Pierre Suc, ouvert en mars 1955 ; une scène en demi-lune. ↗
- Le premier tour de chant officiel de Boby, en décembre 1959 ; un tour de quatre chansons, dont Aragon et Castille et Avanie et Framboise. ↗
- Les habitudes de scène : la chaise, le coude au piano, les tressautements de tête et de séant, le pied qui bat la mesure, la voix tonitruante (Pierre Maguelon). ↗
- Le public qui réclame plus de chansons que prévu (Léon Tcherniak). ↗
Ce qui est imaginé. La date exacte du soir, l'ordre des quatre chansons, la température, la lumière, l'état de la salle ce soir-là, la présence de quelqu'un qui se retiendrait de rire, la sortie de scène, la phrase de remerciement, et la conclusion sur le scaphandrier.
III. LE PORTRAIT
14. Traits marquants
- Le colosse. Haute stature, force physique, allure d'athlète : c'est ce qui lui vaut, en 1944, la combinaison de plomb du scaphandrier. Sur scène, la carrure fait le contraste avec la délicatesse des mots. ↗
- Le corps qui compte. Pied qui bat la mesure, épaules qui montent et descendent, tête qui dodeline : il chante avec tout le corps, comme s'il devait aller chercher le rythme au fond de lui. ↗ · ↗
- La voix tonitruante. Maguelon se souvient d'un galop de taureau : la voix ne demandait pas la permission, elle fonçait. ↗
- Le calembour comme squelette. Pour lui, le jeu de mots n'est pas un ornement : c'est la structure même de l'expression comique. ↗
- L'ingénieur. Prépa Centrale puis Sup-Aéro, l'amour des maths, puis le système bibi : il pense en architecte. ↗
- Poète par nature, claqueur par tempérament. Interrogé, il aurait dit être venu à la chanson parce qu'il était « poète par nature » et aimait « donner des claques par tempérament ». ↗
- Le chanteur sous-titré. Seul chanteur de langue française dont les chansons aient été sous-titrées en français, d'abord au cinéma, puis sur sa pochette. ↗
- Le touche-à-tout. Scaphandrier, antenniste, barman, électricien, représentant, publicitaire, comédien : un citoyen de tous les métiers. ↗
- Le rêveur d'ailes. Adolescent, il rêve de piloter et bricole des engins volants ; adulte, il rêve d'une écriture des nombres qui chante. ↗ · ↗
- Le marin d'eau douce. Son pointu, Le M'escampi, s'échoue sur les bancs de sable : un navigateur qui regarde les cartes comme il regarde les mots, c'est-à-dire avec confiance. ↗
15. L'atelier des mots — La poésie à l'établi
Il n'avait pas de muse. Il avait un établi.
Ce que d'autres demandent à l'inspiration, Boby le fabriquait. Il appelait cela, avec un sérieux comique, le bricolage : il a même rédigé en décembre 1968 un manuel, Chanson-Bricole, où il s'amuse à expliquer comment on construit une chanson comme on monte une étagère. Sa méthode, c'est d'écouter une syllabe, de la mettre dans un sens, de la tourner dans un autre, de voir si le deuxième sens tient debout. Puis de l'attacher à son voisin, par un son, par un rythme, par un hasard rendu nécessaire. ↗
Voici, dans l'ordre où l'on peut les suivre, les pièces de l'atelier.
- Les douze chants. En 1951, le premier livre : Les douze chants d'un imbécile heureux, publié sous le pseudonyme b.bumbo. Plusieurs de ses plus belles chansons y sont déjà : Le poisson Fa, Insomnie, Sentimental bourreau, Revanche, Ta Katie t'a quitté. Le matériau était là, dix ans avant le premier disque. ↗
- Le magnétophone. En 1958, il enregistre huit chansons sur une bande, à la guitare sommaire, pour les montrer aux interprètes : il ne se pensait pas chanteur, il se pensait fournisseur. ↗
- Les commandes. Il écrit aussi pour le grand public : une publicité pour le fromage blanc, un roman-photo où il joue Dieu, un manuscrit sur l'écologie. Le poète ne dédaigne aucune scène. ↗
- Le bibi. Le 28 mars 1968, le brevet. L'établi se prolonge dans les nombres : seize syllabes pour seize chiffres, de quoi dire « mille neuf cent soixante-huit » comme on chante une comptine. ↗ · ↗
- Le dernier chantier. Dans ses derniers mois, à Pézenas, il rédige un manuscrit sur le sort de la planète : démographie, pollution, énergies. Les mots ne servent pas qu'à faire rire. ↗
Ce qu'ils ont en commun. À lire les témoignages, l'atelier de Boby est un lieu de patience : rien n'y est spontané, tout y est travaillé pour avoir l'air de l'être. Il a fait de la fantaisie un métier, du métier une joie, et de la joie une forme de politesse envers ceux qui l'écoutent.
16. Caractère — Le colosse timide et l'enfant farceur
Il y avait plusieurs hommes sous la marinière.
L'enfant farceur. Celui qui, à Pézenas, repeint un sphinx en zèbre, fait briller un coq, tond un pékinois ; le même qui, cinquante ans plus tard, enregistre une publicité pour le fromage blanc et se laisse photographier en Dieu. ↗ · ↗
Le timide. À l'avant-première de Tirez sur le pianiste, quand la salle l'acclame, il se sent mal à l'aise et ne se lève qu'à moitié. Jacques Canetti décrit un homme pudique, secret, qui faisait passer quelque chose de lui par ses pochettes plutôt que par ses paroles. ↗
Le piètre gestionnaire. Le Cadran Bleu fait faillite : la comptabilité n'est pas son fort. Il lui faudra Brassens pour éponger. Il accepte sans fierté déplacée, et avec une reconnaissance qui durera jusqu'au bout. ↗
Le généreux. Il reçoit Brassens et Dassin à dîner rue Lecourbe ; sur son pointu, il emmène enfants et amis en balade. ↗ · ↗
L'évadé. Il s'évade deux fois du STO, change de nom, se cache sous l'eau : la légèreté du chanteur repose sur un vrai courage. ↗
L'homme du pays. Il revient à Pézenas pour y mourir, dans la ville de son enfance. Sa sœur Huguette se souvient des rires, des jeux d'esprit et des engueulades joyeuses du dernier anniversaire. ↗
17. Le génie — Une virtuosité qui riait sous cape
On l'a dit loufoque. C'était sans voir que le rire est le dernier étage d'un édifice bien plus sérieux : celui d'un homme qui entend, dans chaque syllabe, une deuxième possibilité.
Quelques éclats :
- Les titres seuls. Comprend qui peut ; Ta Katie t'a quitté ; Méli-mélodie ; Le tube de toilette : avant même qu'on entende le premier couplet, l'oreille a déjà fait un tour de piste. ↗
- L'écriture comme jeu de piste. Les sous-titres de la pochette de 1961 étaient « à l'intérieur » : on les cherchait, on les trouvait, on les relisait en riant. ↗
- Le sous-titrage verbal. Jean Perciot parle d'un art où le mot sert à en entendre un autre, et où les sous-titres sont dans l'oreille avant d'être sur la pochette. ↗ (formulation de ce guide d'après la notice)
- La vitesse. Il chante plus vite que la musique : l'ingénieur du son Guillotel en garde un sourire. ↗
- Le duo du siècle. Avec Anne Sylvestre, Depuis l'temps que j'l'attends mon prince charmant : un autre registre, tendre et espiègle ; le disque marche très fort. ↗
- La note sous le mot. Weil l'a dit : le Douanier Rousseau de la chanson française, un art naïf qui n'a rien de naïf. ↗
Le contrepoint honnête. Les radios de l'époque ne l'ont pas aidé : la censure a fait de lui un chanteur « radiopassif », et l'on a souvent jugé ses chansons trop difficiles à suivre. Le sous-titre fut la réponse, moitié humour, moitié défi. ↗
18. Le rythme — Les épaules, le pied, la comptine
Il n'avait pas, dit Michel Colombier, le sens naturel du rythme. Il avait mieux : l'obstination. Sur scène, il levait et baissait les épaules pour sentir la pulsation ; ce n'était pas un effet, c'était un moteur. Le pied battait la mesure, le bras aussi, au studio, au point qu'il fallait s'arranger pour que cela ne s'entende pas. Ses chansons filent, serrées, un peu à contre-temps, et ne laissent pas à l'auditeur le temps de se demander s'il comprend. ↗ · ↗
Le rythme, chez lui, n'était pas un don : c'était une conquête. Et c'est pour cela qu'on l'entend si bien.
19. Le rire — Le clown à jeun
Le rire est son habit de fête et son armure. Il glisse, à travers lui, une tendresse qu'on entend à peine et qui fait mal ensuite. Les anecdotes le montrent facétieux — le coq de Pâques, les strip-teaseurs croque-morts, le fromage blanc, Dieu dans Hara-Kiri — et toujours amical, jamais méchant.
- Les strip-teaseurs croque-morts. Avec Marino, le numéro du Crazy Horse que la télévision allemande a repris pour un réveillon. ↗
- Le sous-titre en pied de nez. Il s'est fait appeler « chanteur sous-titré », comme d'autres se coiffent d'une médaille. ↗
- « Sur le toit ! » Quand on lui demande où installer une antenne. ↗
- Chez Lapointe, on s'pointe et on pointe ! La devise du Cadran Bleu, d'après la pointeuse à l'entrée. ↗
- Les rires interdits en studio. Les ingénieurs et les musiciens du Studio des Dames devaient se retenir : la difficulté majeure du disque. ↗
20. La modernité — Un homme de nombres et d'avenir
Le bibi-binaire, ou système bibi, est une notation des nombres en base seize, où chaque chiffre est une syllabe : quatre consonnes (H, B, K, D) et quatre voyelles (O, A, E, I), pour seize combinaisons. HO vaut zéro, HA un, HE deux, HI trois ; BO quatre, BA cinq, BE six, BI sept ; KO huit, KA neuf, KE dix, KI onze ; DO douze, DA treize, DE quatorze, DI quinze. Ainsi cent s'écrit BEBO (6 × 16 + 4), deux cent cinquante-cinq DIDI : un nombre qui se prononce, qui se chante, qui peut tenir dans un refrain. ↗ · ↗
Boby y met un point final le 28 mars 1968 et en dépose le brevet. La revue Science et Avenir s'y intéresse, et un de ses journalistes, Charles-Noël Martin, se demande si les enfants de l'an 2000 apprendront le bibi. Selon Wikipedia, le système est publié dès 1970 dans un livre consacré aux « cerveaux non humains ». Il intéressera des informaticiens : des programmeurs en ont fait des bibliothèques de code qu'on trouve aujourd'hui en ligne. ↗ · ↗ · ↗
Il n'est pas le seul coup d'avance : ses duos avec bande ralentie (L'été où est-il ?, Andréa c'est toi), son unique scopitone de 1961, ses EP accélérés de 1964, sa publicité de 1970, son manuscrit d'écologie : l'artiste pense à la technique, aux médias et à l'avenir de la planète avec un temps d'avance. ↗
21. Influences — La généalogie d'un homme sans école
| Source | Ce qu'il en a fait |
|---|---|
| Pézenas, la maison aux instruments | Le goût du cuivre, du violon, de la fanfare ; plus tard, l'hélicon sur la tombe. |
| La TSF et le pick-up (Mireille, Pills et Tabet, Trenet) | L'oreille formée par les chansons de radio, au milieu des parasites. |
| Les mathématiques et l'ingénierie | La construction : charpente de mots, rythme comme mécanique, puis le système bibi. |
| Les farces d'adolescent | Le sens du canular, du clin d'œil, du retournement. |
| Le métier de scaphandrier | L'imagerie sous-marine : le poisson Fa, la maman des poissons, l'homme-grenouille. |
| Georges Brassens | Le compagnon de scène et d'amitié : la complicité de deux Héraultais. |
| Bourvil | Le premier à chanter son « Aragon et Castille », en 1954. |
| Philippe Weil, Alain Goraguer, Michel Colombier, Joe Dassin | Les artisans de ses disques, qui l'ont habillé de jazz, de pop, de studio. |
Sources : Site officiel ↗ · Brassens, par les routes du printemps ↗ · Wikipedia ↗
IV. L'ÉCHO
22. Hommages reçus — Ce que les mots ont rapporté
On mesure un chanteur à ce qu'il fait lever. Celui de Boby a levé des copains, des festivals, des générations d'enfants et une ville entière.
Par ses pairs
- Georges Brassens préface l'Intégrale de 1976 et, en 1974, cite Boby Lapointe au premier rang des artistes injustement méconnus. ↗ · ↗
- Pierre Perret, admirateur et ami, l'accueille chaque soir à Bobino en première partie, de décembre 1971 à janvier 1972. ↗
- Anne Sylvestre : le duo de 1969, Depuis l'temps que j'l'attends mon prince charmant. ↗
- Joe Dassin produit Comprend qui peut presque bénévolement. ↗
- Bourvil chante Aragon et Castille dès 1954. ↗
Par les artistes d'aujourd'hui
- Zazie, Ours, Souchon, Jonasz, Chedid, Adamo, Bénabar se retrouvent sur un medley Boby Lapointe dans un disque collectif, aux côtés de Christophe Willem. ↗
- Boby Tutti-Frutti (2002) : un album collectif consacré à son répertoire. ↗
- La Fête à Boby : Jean-Marie Machado et André Minvielle lui consacrent un spectacle où jazz et chanson se répondent. ↗
Par les villes et les institutions
- Pézenas : l'A-Musée de la place Gambetta, le Printival, la fresque de Terence Torres, le centenaire de 2022. ↗ · ↗
- Vinci Autoroutes : l'aire de Montblanc, sur l'A9, signale le musée. ↗
- Le Hall de la Chanson et son spectacle « Chantons Boby », pour le centenaire. ↗
Par les enfants
- Les écoles de Pézenas : un clip réalisé par des lycéens pour le centenaire. ↗
23. Portraits de l'entourage — Ceux qui ont tenu l'échelle
- François-Ernest et Élodie-Henriette Lapointe, les parents, à Pézenas : un mas sur un coteau de vignes, un déjeuner pour toute la troupe de la tournée en 1963. ↗
- Huguette Long-Lapointe, sa sœur, gardienne de la mémoire : le dernier anniversaire, les rires. ↗
- Colette Maclaud, première épouse (1946), mère de Ticha et de Jacky ; divorce en 1956. ↗
- Manouchka (Simone Triadou), épouse de 1960 à 1962. Bichon (Bernadette Marques), épouse à partir de 1966. ↗
- Ticha et Jacky, ses enfants ; Jacky crée le Printival et meurt en 2008 ; Dany Lapointe reprend l'association (lien de parenté à confirmer). ↗ · ↗
- Georges Brassens et Rosie Maurel, l'ami et la passeuse. ↗
- Léon Tcherniak et Jean-Pierre Suc, les directeurs du Cheval d'Or, qui l'ont poussé sur scène. ↗
- Pierre Maguelon, « Petit Bobo », animateur du cabaret : le plus beau portrait de scène. ↗
- Étienne Lorin, compositeur de Bourvil, qui l'a fait chanter dès 1954. ↗
- Philippe Weil, directeur artistique de Fontana, que Boby rencontre en installant une antenne. ↗
- Alain Goraguer, Michel Colombier, arrangeurs ; Claude Dejacques, directeur artistique ; Roland Guillotel et Roger Roche, ingénieurs du son. ↗ · ↗
- Jacques Canetti, découvreur de talents (Brassens entre autres), observateur attentif de ses pochettes. ↗
- François Truffaut, Charles Aznavour, Pierre Braunberger, le film qui l'a fait connaître. ↗
- Marino, partenaire du numéro des strip-teaseurs croque-morts. Janine de Waleyne, voix de soprano et de ténor ralentie. ↗
- Wolinski et Maurice Ghiglion-Green, les images de Comprend qui peut. ↗
24. Frise des audaces
| Date | Audace | Trace |
|---|---|---|
| 1951 | Publier à compte d'auteur Les douze chants d'un imbécile heureux sous le pseudonyme b.bumbo | Site officiel ↗ |
| 1954 | Confier Aragon et Castille à Bourvil | Site officiel ↗ |
| 1958 | Enregistrer huit chansons sur bande pour les proposer aux interprètes | Brassens, par les routes du printemps ↗ |
| 1959 | Monter sur scène, hors programme, à 37 ans | Brassens, par les routes du printemps ↗ |
| 1960 | Accepter d'être sous-titré à l'écran | Site officiel ↗ |
| 1961 | Un EP dont les sous-titres sont à l'intérieur ; un scopitone | Site officiel ↗ |
| 1962 | Ouvrir son propre cabaret, Le Cadran Bleu | Site officiel ↗ |
| 1964 | Des faces B enregistrées à 33 tours et diffusées à 45 | Site officiel ↗ |
| 1966 | Prendre un son pop avec Michel Colombier | Site officiel ↗ |
| 1968 | Breveter le système bibi-binaire ; rédiger Chanson-Bricole | Site officiel ↗ · Wikipedia ↗ |
| 1969 | Ralentir des bandes pour changer les voix ; un duo avec Anne Sylvestre | Site officiel ↗ |
| 1970 | Jouer Dieu dans Hara-Kiri ; écrire une publicité pour un fromage blanc | Site officiel ↗ |
| 1971-1972 | Chanter à Bobino, malade, en première partie de Pierre Perret | Site officiel ↗ |
25. Liens avec les autres arts
- Cinéma. Tirez sur le pianiste (Truffaut), puis Sautet, Carné, Granier-Deferre, Delvaux. ↗ · ↗
- Dessin et peinture. Wolinski pour les dessins de Comprend qui peut, Maurice Ghiglion-Green pour le portrait naïf de la pochette. ↗
- Presse satirique. Hara-Kiri, roman-photo n° 101. ↗
- Publicité. Le fromage blanc Jockey. ↗
- Télévision. Les émissions de l'époque, de l'ORTF au Scopitone ; la télévision allemande pour le réveillon. ↗ · ↗
- Mathématiques et informatique. Le bibi-binaire, les bibliothèques de code. ↗ · ↗
- Jazz. La Fête à Boby, de Machado et Minvielle. ↗
- Arts de la rue. La fresque de Terence Torres à Pézenas, et l'œuvre « Boby en vrac » de Bruno Mendola. ↗
- Livre. Les douze chants d'un imbécile heureux, Chanson-Bricole, et la chanson La maman des poissons (1971), devenue un classique pour enfants. ↗
V. LES CLÉS
26. Playlists thématiques
Choix éditoriaux, limités aux titres cités dans ce guide — chaque liste tient dans une soirée et raconte une face de Boby.
1. Pour entrer dans le jeu « Aragon et Castille » · « Framboise » · « Le poisson Fa » · « Insomnie » · « Marcelle »
2. Calembours en rafale Comprend qui peut (album, 1970) · « Ta Katie t'a quitté » · « Méli-mélodie » · « Le tube de toilette » · « Avanie et Framboise »
3. Le Boby pop (1966-1967) « Le saucisson de cheval » · « La question ne se pose pas » · « L'idole et l'enfant »
4. Tendresse et mélancolie « Petit homme qui vit d'espoir » · « L'ange » · « Sentimental bourreau » · « Revanche »
5. À deux voix, voix ralenties « Depuis l'temps que j'l'attends mon prince charmant » (avec Anne Sylvestre) · « L'été où est-il ? » · « Andréa c'est toi » (voix de Janine de Waleyne, bande ralentie)
6. L'eau, la mer, les poissons « La maman des poissons » · « Le poisson Fa » · L'hélicon (EP, 1963)
7. Les raretés « In the Desert » (inédit jusqu'à l'Intégrale de 1976) · « Embrouille Minet » (que la censure a gênée) · « Bobo Léon »
8. Les autres l'entendent Boby Tutti-Frutti (2002) · La Fête à Boby (Machado, Minvielle) · le medley Boby Lapointe de Zazie, Ours, Souchon, Jonasz, Chedid, Adamo, Bénabar · « Chantons Boby » (centenaire, 2022)
Références : Site officiel ↗ · Universal Music ↗ · lachansonfrancaise.net ↗ · Lyon Capitale ↗ · NRJ ↗
27. Conseils pour découvrir l'œuvre
Trois portes, une seule règle : ne cherchez pas à tout comprendre du premier coup, laissez-vous rouler.
- Par la chanson. Commencez par « Aragon et Castille », puis « Framboise ». Deux minutes chacune : vous saurez tout de suite si le charme opère.
- Par l'album. Comprend qui peut (1970) : douze chansons, un son pop soigné, des dessins de Wolinski, et la pochette de Ghiglion-Green. C'est la porte royale.
- Par l'intégrale. L'Intégrale de 1976, quatre disques préfacés par Brassens : on y voit l'homme grandir.
Trois habitudes d'écoute.
- Écoutez deux fois : la première pour le rythme, la seconde pour les mots cachés derrière les mots.
- Lisez les paroles en écoutant. Boby a lui-même fait imprimer ses sous-titres : il vous les doit.
- Cherchez dans chaque chanson le moment où il va plus vite que la musique : c'est là qu'il vous attend.
Pour prolonger : le site officiel (bobylapointe.fr), l'A-Musée de Pézenas, le film Tirez sur le pianiste de Truffaut, et le système bibi, avec lequel on peut s'amuser à écrire son année de naissance.
28. Petit glossaire
| Terme | Sens |
|---|---|
| Bibi (système bibi-binaire) | Notation des nombres en base 16 où chaque chiffre est une syllabe (HO, HA, HE, HI, BO, BA, BE, BI, KO, KA, KE, KI, DO, DA, DE, DI). |
| Calembour | Jeu de mots fondé sur la ressemblance de sons entre deux mots ou expressions. |
| Contrepèterie | Jeu consistant à permuter des sons ou des lettres pour obtenir une autre phrase, souvent grivoise. |
| Allitération | Répétition d'un même son consonantique dans une suite de mots. |
| À-peu-près | Mot ou expression qui ressemble à un autre sans le même sens, cher à Boby. |
| Sous-titrage verbal | Expression utilisée à propos de son art : le mot qu'on entend en cache un autre. |
| Hélicon | Grand cuivre à pavillon circulaire, de la famille des tubas ; celui du rêve gravé sur sa tombe. |
| Pointu | Bateau de pêche méditerranéen ; le sien s'appelait Le M'escampi. |
| Scopitone | Juke-box à film des années 1960, ancêtre du clip. |
| Vedette anglaise | Artiste qui passe en première partie du spectacle principal. |
| Chanteur radiopassif | Son expression ironique : un chanteur que la radio ne passe pas. |
| Chanson-Bricole | Manuel de 1968 où il explique comment fabriquer une chanson. |
| Cheval d'Or | Cabaret du 33 rue Descartes où il fit ses débuts en 1959. |
| Cadran Bleu | Son propre cabaret, rue de la Huchette (1962-1963). |
| Comprend qui peut | Album de 1970, et manière de dire qu'on le sous-titre toujours. |
| Printival | Festival de chanson de Pézenas porté par sa famille. |
| A-Musée | Musée Boby Lapointe de Pézenas, place Gambetta. |
| Piscénois | Habitant de Pézenas. |
29. Citations
De lui — en toutes lettres
« Dans les hauts, j'installais des antennes ; dans les bas, j'étais scaphandrier. » Pour résumer ses petits métiers. ↗
« Sur le toit ! » Réponse à qui lui demandait où installer une antenne. ↗
« Chez Lapointe, on s'pointe et on pointe ! » Devise du Cadran Bleu. ↗
« Si je passe de 33 tours en 45 tours pas de doute, j'accélère ! » À propos de ses faces B de 1964. ↗
« Dites tout de suite que je dépasse la mesure ! » À l'ingénieur du son qui le jugeait « pas en mesure ». ↗
« Bof ! Je ne m'en suis pas aperçu. » Quand Maguelon lui fait remarquer qu'il vient de chanter deux fois la même chanson. ↗
« Fort en maths. » Son bilan de l'enfance. ↗
« le squelette de toute expression du comique » Sa définition du jeu de mots. ↗
De lui — en substance
- Le violon supporterait la médiocrité ; ce sont ceux qui écoutent qui ne la supportent pas. ↗
- Il se disait poète par nature et amateur de claques par tempérament (propos rapportés). ↗
Sur lui — en toutes lettres
« le Douanier Rousseau de la chanson française » Philippe Weil, au dos de la pochette de 1960. ↗
« un nouveau fou chantant » Un journaliste, aux Trois Baudets, en 1960. ↗
« un galop de taureau » Pierre Maguelon, à propos de sa présence en scène. ↗
« un ours véritable » Brassens, en substance, à propos de Boby sur scène. ↗
Sur lui — en substance
- Michel Colombier : sans sens naturel du rythme, mais un tempérament têtu ; les épaules servaient de métronome. ↗
- Roland Guillotel : au studio, la principale difficulté était de ne pas rire. ↗
- Léon Tcherniak : une façon « mathématique » d'imbriquer les mots. ↗
- Jacques Canetti : un homme pudique, qui parlait de lui à travers ses pochettes. ↗
- Claude Dejacques : Philips acceptait de l'enregistrer parce que cela coûtait peu, en son direct. ↗
- Ticha, sa fille : on découvre toujours de nouveaux jeux de mots dans ses chansons. ↗
- Brassens (1976) : il refuse de croire son ami mort, dans la préface de l'Intégrale. ↗
30. Sur les pas de Boby Lapointe
Une carte pour marcher, pour écouter, pour sourire. Plusieurs lieux n'existent plus : le marqueur est alors symbolique.
À Pézenas (Hérault)
- L'A-Musée Boby Lapointe, place Gambetta, dans l'ancienne boutique du barbier Gély. ↗ · ↗
- La fresque de Terence Torres (adresse à confirmer sur place) et la mairie. ↗
- Le cimetière de Pézenas : la tombe, Il voulait jouer de l'hélicon. ↗
- Le mas familial sur un coteau de vignes, où Brassens fut reçu en 1963 (lieu privé, non visitable). ↗
- Le Printival, festival annuel. ↗
À Paris et aux environs
- Le Cheval d'Or, 33 rue Descartes (disparu) : les débuts, décembre 1959. ↗
- Les Trois Baudets (février-mars 1960) · l'Alhambra (fin 1960) · l'Olympia (1961) · Bobino (1964, 1971-72). ↗
- Le Cadran Bleu, 10 rue de la Huchette (1962-63). ↗
- Le Crazy Horse : les strip-teaseurs croque-morts. ↗
- Le Studio des Dames : l'enregistrement de Comprend qui peut (octobre 1969). ↗
- Les studios Éclair, Épinay-sur-Seine : le scopitone (1961). ↗
Ailleurs
- Montpellier (prépa Centrale, 1940), Toulouse (Sup-Aéro, 1941), Linz (STO, 1943), La Ciotat (scaphandrier, 1944), Marseille (mariage, 1946), Saint-Mandé (antenniste, 1958), Rome, Cinecittà (Chapagua). ↗
- L'aire de Montblanc (A9, près de Béziers) : le musée y est signalé. ↗
31. Quiz final
- En quelle année naît Boby Lapointe, et dans quelle ville ?
- Sous quel pseudonyme publie-t-il en 1951 Les douze chants d'un imbécile heureux ?
- Quel faux nom prend-il quand il s'évade du STO ?
- Quel métier de fortune exerce-t-il dans le port de La Ciotat en 1944 ?
- Quel chanteur interprète « Aragon et Castille » dès 1954, dans un film ?
- Quel cabaret parisien accueille son premier tour de chant, en décembre 1959 ?
- Quel cinéaste le fait chanter dans Tirez sur le pianiste, et que fait-il de sa scène ?
- Quel surnom lui donne Philippe Weil au dos d'une pochette ?
- Quel cabaret ouvre-t-il rue de la Huchette en 1962 ?
- Quel est l'accident de 1965 ?
- Quel label l'engage en 1966 pour « Le saucisson de cheval » ?
- En quelle année dépose-t-il le brevet du système bibi ?
- Que vaut HO dans le système bibi ? Et DI ?
- Quel jeune producteur participe à Comprend qui peut ?
- Avec quelle chanteuse enregistre-t-il un duo en 1969 ?
- Quel illustrateur dessine pour Comprend qui peut ?
- À Bobino, en première partie de qui chante-t-il fin 1971 ?
- Quand et où meurt-il, et à quel âge ?
- Quelle phrase est gravée sur sa tombe ?
Réponses. 1. 1922, Pézenas. — 2. « b.bumbo ». — 3. Robert Foulcan. — 4. Scaphandrier. — 5. Bourvil (Poisson d'avril). — 6. Le Cheval d'Or. — 7. François Truffaut ; la scène est sous-titrée. — 8. « Le Douanier Rousseau de la chanson française ». — 9. Le Cadran Bleu. — 10. Un grave accident de voiture sur la route de Louviers. — 11. Disc'AZ. — 12. 1968 (28 mars). — 13. Zéro ; quinze. — 14. Joe Dassin. — 15. Anne Sylvestre. — 16. Wolinski. — 17. Pierre Perret. — 18. Le 29 juin 1972, à Pézenas, à 50 ans. — 19. « Il voulait jouer de l'hélicon ».
32. Passe de vérification des faits
✔ concordant · ≈ à nuancer · ? source unique, à recouper
| Point | Ce que disent les sources | Statut |
|---|---|---|
| Orthographe du prénom | « Boby » (site officiel) ; « Bobby » dans de nombreux journaux d'époque | ✔ Boby retenu |
| Naissance | 16 avril 1922, Pézenas (site officiel, Wikipedia) | ✔ |
| Mort | 29 juin 1972 (site officiel, Wikipedia) ; 30 juin dans d'autres bases (IMDb, Commons) | ≈ 29 juin |
| Âge à la mort | 50 ans | ✔ |
| Naissance de Ticha | 1948 (site officiel) ; 1946 (Universal Music) | ≈ 1948 retenu |
| Mariage avec Colette | 10 décembre 1946, Marseille (site officiel) | ✔ |
| Divorce de Colette | 28 avril 1956 (site officiel) | ✔ |
| Mariage avec Manouchka | 26 août 1960 ; divorce le 20 juillet 1962 (site officiel) | ✔ |
| Dernier mariage | Bichon, 29 août 1966 (site officiel) | ✔ |
| Date du brevet bibi | 28 mars 1968 (site officiel) ; Wikipedia indique 1971 pour la publication/ la formalisation | ≈ 1968 (brevet), publication 1970 selon Wikipedia |
| Cheval d'Or, ouverture | Mars 1955 (blog Brassens) | ? |
| Premier tour de chant | Décembre 1959, Cheval d'Or | ≈ |
| Contrat Fontana | 27 janvier 1960 (site officiel) | ✔ |
| Trois Baudets | 5 février-29 mars 1960 (site officiel) | ✔ |
| Tournage de Tirez sur le pianiste | 30 novembre 1959-22 janvier 1960 ; sortie le 25 novembre 1960 | ✔ |
| Premier interprète d'« Aragon et Castille » | Bourvil, Poisson d'avril, 1954 (site officiel) ; certaines notices parlent de 1956 | ≈ 1954 |
| Olympia | 20 septembre-9 octobre 1961 | ✔ |
| Cadran Bleu | Fin 1962 (site officiel) ; 1962-1963 | ≈ |
| Bobino 1964 | « Du 21 octobre au 10 janvier » (site officiel) ; « 21 octobre-10 novembre » (blog) | ≈ |
| Accident de Louviers | Février 1965 | ✔ |
| Dîner Dassin-Brassens rue Lecourbe | 13 février 1968 (site officiel) ; 12 février 1969 (blog) | ≈ date incertaine |
| Comprend qui peut — enregistrement | 22-29 octobre 1969 ; parution juillet 1970 | ✔ |
| Chapagua | Mai-juin 1970, Cinecittà (site officiel) ; 1971 (Wikipédia) | ≈ |
| Bobino avec Perret | Décembre 1971-janvier 1972 | ✔ |
| Funérailles | 2 juillet 1972 | ✔ |
| Préface de Brassens | Avril 1976 ; Intégrale parue le 16 avril 1976 | ✔ |
| Création du Printival | 2000 (Anniversaire-célébrité) ; « il y a 12 ans » (un blog suisse) | ? à recouper |
| Dany Lapointe | Reprend l'association après la mort de Jacky (2008) ; lien de parenté avec Boby non confirmé dans mes sources | ? |
| Dernière apparition télévisée | La Lucarne magique, 4 octobre 1971, émission de Christophe Izard (Wikipédia) ; « La lanterne magique » de Jean-Christophe Averty, été 1971 (autre version de Wikipédia, reprise par JeSuisMort) | ≈ octobre 1971, producteur à recouper |
| Chapagua | Western italien de Giancarlo Romitelli, rôle-titre, 1970 (Wikipédia) ; tournage à Cinecittà en mai-juin 1970 (site officiel) ; 1971 (autre version de Wikipédia) | ≈ 1970 |
| Cause de la mort | Cancer du pancréas (Wikipédia, JeSuisMort) | ✔ |
| Bibi, publication | Les cerveaux non humains (1970) ; brevet déposé le 28 mars 1968, délivré en 1969 (INPI n° 1 569 028) | ✔ |
| Anecdote du « toit ouvrant » | Récit sans auteur précis, marqué « référence nécessaire » sur Wikipédia | ? à ne pas présenter comme un fait |
| Mariage avec Bichon | 29 août 1966 (site officiel) ; 28 octobre 1966 (IMDb) ; divorce le 23 mars 1970 (IMDb) | ≈ 1966, jour à recouper |
| Tournée Festival du disque avec Brassens | 1963 (site officiel, blog) ; 1966 (Universal Music) | ≈ 1963 retenu |
| Olympia de décembre 1970 | Vedette américaine de Michel Delpech, 9-15 décembre (site officiel) ; de Joe Dassin (Universal Music) | ≈ Delpech retenu |
| Inscription sur la tombe | « Il voulait jouer de l'hélicon » (site officiel) | ✔ |
| Anecdotes de Leprince-Ringuet, embrayage, Frères Jacques | Wikipédia FR, avec la mention « référence nécessaire » | ? à ne pas présenter comme des faits |
| Instruments de la maison familiale | Une seule source | ? |
| Citation de Truffaut | Relayée par un blog, non incluse dans le guide | ? |
33. Sources
Biographie et contexte
- Site officiel Boby Lapointe, « Biographie » ↗
- « Et chercher sur la terre un endroit… », Brassens, par les routes du printemps (blog) ↗
- Wikipedia, « Boby Lapointe » ↗ · « Bibi-binary » ↗
- fr-academic (copie de Wikipédia FR) ↗
- Universal Music, biographie ↗
- Anniversaire-célébrité ↗
- IMDb ↗ · Wikidata ↗
Compléments de la seconde campagne de recherche
- Wikipédia FR, « Boby Lapointe » (texte complet, filmographie, télévision, postérité) ↗
- Site officiel, « Sa discographie » ↗ · « Boby Lapointe… son nez » ↗
- JeSuisMort, notice ↗ · Offi, filmographie ↗ · Allociné, Max et les Ferrailleurs ↗
- Presse du centenaire (Archyde) ↗ · Corse Net Infos ↗ · La Procure, Au pays de Boby Lapointe ↗
Lieux, musée, célébrations
- Vinci Autoroutes, « L'A-Musée Boby Lapointe » ↗
- Plus Beaux Détours ↗
- franceinfo, centenaire à Pézenas ↗
- Wikimedia Commons, catégorie Boby Lapointe ↗
Hommages, critiques, portraits
- lachansonfrancaise.net ↗ · Extremaidurabl ↗ · Jeanpopo ↗ · Yapaslefeuaulac ↗
- Lyon Capitale, La Fête à Boby ↗ · NRJ ↗
- Jacques Canetti, « Rencontre avec Georges Brassens » ↗
Bibi-binaire
Note sur les paroles : les chansons de Boby Lapointe sont protégées par le droit d'auteur ; ce guide n'en reproduit que les titres.
34. Album photo
Je n'ai pas pu ouvrir Wikimedia Commons depuis mon environnement de travail : aucun statut de licence n'a été vérifié pour cet album. Les noms de fichiers viennent de la liste de la catégorie « Boby Lapointe ». Chaque auteur, licence et date est à relever sur la fiche (lien « fiche ↗ ») avant publication ; une image dont la licence n'est pas libre doit être retirée. En France, les œuvres exposées dans l'espace public (fresques, sculptures) restent protégées : l'accord de leur auteur est nécessaire.
1 — La carte d'identité de la Sacem, 1951

Crédit : Wikimedia Commons — auteur et licence sur la fiche ↗. À confirmer.
2 — Pézenas, la mairie
Crédit : Wikimedia Commons — auteur et licence sur la fiche ↗. À confirmer.
3 — Fresque à Pézenas

Fresque de Terence Torres. Crédit : Wikimedia Commons — fiche ↗. À confirmer, y compris l'accord de l'artiste ; à retirer sinon.
4 — « Boby en vrac », de Bruno Mendola

Crédit : Wikimedia Commons — fiche ↗. À confirmer (œuvre d'un artiste).
5 — « Takatitakite », graphisme

Crédit : Wikimedia Commons — fiche ↗. À confirmer.
6 — À rechercher sur Commons (non intégrées)
Pas de fichier précis retenu, faute de vérification : Boby Lapointe ↗ · Georges Brassens ↗ · Bourvil ↗ · François Truffaut ↗ · Charles Aznavour ↗ · Joe Dassin ↗ · Anne Sylvestre ↗ · Pierre Perret ↗ · Pézenas ↗
Dernière mesure
Il y a, dans un cimetière du Midi, une tombe qui sourit. La pierre ne dit pas « repose en paix ». Elle dit qu'un homme voulait jouer de l'hélicon.
Un rêve de gamin, un cuivre trop gros pour lui, une voix de taureau qui courait plus vite que la musique : voilà, peut-être, tout ce qu'il nous a laissé. La preuve que le sérieux n'est pas l'ennemi du rire, que les nombres peuvent chanter, que les poissons ont des notes et les framboises des chagrins, et que ceux qui plongent le plus profond sont souvent ceux qui remontent avec le plus de bulles.
Posez l'oreille. Quelque part, quelqu'un tape du pied un peu trop vite. Il vous attend au prochain couplet.