Musiciens · Chanteuse · La vraie chanteuse de jazz
Élisabeth Caumont
Née en 1957 · Cambrai, France
📋 Navigation rapide
- 00 · Ouverture — Ce que la voix sait
- 01 · Comment lire ce guide — Trois portes
- 02 · Repères — La fiche en un souffle
- 03 · Chronologie repère
- 04 · LE RÉCIT
- 05 · Cambrai, Perpignan, Paris (1957–1983)
- 06 · La révélation (1983–1990)
- 07 · Les disques, les scènes (1986–2009)
- 08 · LES MUSICIENS
- 09 · Les musiciens : ceux qui ont tenu la lampe
- 10 · Fils croisés : ceux qui se tiennent derrière ses chansons
- 11 · LE PORTRAIT
- 12 · Style, musicalité, rythme, sensibilité
- 13 · « Chet Baker mon amour »
- 14 · L'ÉCHO
- 15 · Portraits de l'entourage — Ceux qui ont tenu la lampe
- 16 · Citations
- 17 · LES CLÉS
- 18 · Playlists thématiques
- 19 · Conseils pour découvrir l'œuvre
- 20 · Petit glossaire
- 21 · Quiz final
- 22 · Passe de vérification des faits
- 23 · Sources
- 24 · Album photo
- 25 · Dernière mesure
La vraie chanteuse de jazz
Hommage — née en 1957
« Longtemps, longtemps, longtemps après que les poètes ont disparu… »
Ouverture de la page « Longtemps » du site de la chanteuse, où ses chansons s'écoutent. ↗
Ouverture — Ce que la voix sait
Il y a des voix qui n'élèvent pas le ton : elles élèvent la phrase. Celle-ci a appris les gammes dans le Sud, la scène dans le théâtre, le swing dans les clubs de Paris — et elle a décidé que le swing pouvait parler français.
Un français qui roule, qui rit, qui bute sur un mot pour en faire un rythme. Un français qui se glisse sous les thèmes de Parker, de Monk, de Corea, comme on glisse des paroles sous le pas d'un danseur, pour qu'il sache enfin ce que ses jambes disaient. Un français qui a dit, à un trompettiste fragile : mon amour, sans crainte du mot, avec la nudité de ceux qui ont du métier.
On l'a appelée « la vraie chanteuse de jazz ». Elle l'a pris pour titre, avec ce sourire qu'on devine dans les textes : l'élégance, l'humour, la précision, l'envie de swinguer.
Ce guide n'est pas une biographie de plus. C'est une lanterne posée sur le bord d'une route trop peu éclairée. Entrez. Ne cherchez pas le bruit. Écoutez plutôt qui parle, et comment la phrase respire.
Comment lire ce guide — Trois portes
Ce guide est une maison à plusieurs entrées. Voici trois façons d'y pénétrer, selon le temps dont vous disposez ; chacune a son disque, à écouter en lisant. (Durées calculées sur environ 230 mots à la minute ; « § » renvoie aux titres numérotés.)
| Parcours | Durée | À lire | À écouter |
|---|---|---|---|
| Un souffle | ≈ 6 min | L'ouverture · §1 Cambrai, Perpignan, Paris · §2 La révélation · §7 « Chet Baker mon amour » · « Dernière mesure » | « Chet Baker mon amour », sur Acte 2 (1989) |
| Une soirée | ≈ 23 min | L'ouverture, les repères et la chronologie · tout le récit (§1 à 3) · §4 Les musiciens · §6 Style, musicalité, rythme, sensibilité · §7 · §10 Playlists · « Dernière mesure » | Dix chansons d'amour (1990), avec Jimmy Rowles |
| L'intégrale | ≈ 39 min | Tout, dans l'ordre ; quiz, vérification, sources et album en dernier | Princesse Micomiconne (2009), jusqu'au bout |
Entrer par une envie
- Rire : §3 Les disques, les scènes · §6 (l'humour et la sensibilité) · §12 le glossaire
- Comprendre le rythme : §6 Style, musicalité, rythme, sensibilité · §10 Playlists (2. Parole aux maîtres)
- Les rencontres (Jimmy Rowles, Chet Baker, Parker) : §4 · §5 · §8 Portraits de l'entourage
- Chet Baker : §5 (la fragilité pour style) · §7 « Chet Baker mon amour »
- Mieux écouter : §10 Playlists · §11 Conseils pour découvrir l'œuvre · §12 Glossaire
- Voir et situer : la page « Carte et frise »
- Vérifier : §14 Passe de vérification des faits · §15 Sources
Le plan en un coup d'œil
- Ouverture, repères, chronologie
- I. Le récit — §1 à 3, de Cambrai aux scènes
- II. Les musiciens — §4 et 5
- III. Le portrait — §6 et 7
- IV. L'écho — §8 et 9
- V. Les clés — §10 à 16 : playlists, conseils, glossaire, quiz, vérification, sources, album
- Dernière mesure
Repères — La fiche en un souffle
| Nom | Élisabeth Caumont (« Elizabeth » sur plusieurs pages de son site officiel) |
| Naissance | 25 novembre 1957, Cambrai |
| Activité | Chanteuse, auteure, interprète, au croisement du jazz et de la chanson française |
| Formation | Conservatoire de Perpignan ; cours d'art dramatique à Paris (1975) |
| Style | « Précision, rythme et élégance » ; l'humour, la fantaisie ; mettre des paroles françaises sur des thèmes de jazz |
| Disques | Elisabeth Caumont (1986), Acte 2 (1989), Dix chansons d'amour (1990), Ciao mon cœur (1993), Mieux qu'un baiser (1997), Préliminaires (2004), Princesse Micomiconne (2009) |
| Labels | Carlyne Music, Vogue, Le Chant du Monde |
| Compagnons de route | Jimmy Rowles, Benoît de Mesmay, Éric Le Lann, Louis Winsberg, Stéphane Huchard, Alain Debiossat, Manu Dibango |
| Reconnaissances | Élue première chanteuse par les lecteurs de Jazz Hot (1987, 1988) ; chevalier de l'Ordre des Arts et des Lettres |
| Site officiel | elisabethcaumont.fr ↗ |
Sources : Wikipédia ↗ · Qobuz ↗ · Jazz in Marciac ↗ · site officiel ↗
Chronologie repère
| Année | Événement |
|---|---|
| 25 novembre 1957 | Naissance à Cambrai (Wikipédia ↗). |
| avant 1975 | Elle entre au conservatoire de Perpignan, où elle étudie le chant (date exacte non trouvée) (Qobuz ↗). |
| 1975 | Elle s'installe à Paris pour suivre des cours d'art dramatique (Wikipédia ↗). |
| 1983 | Selon le programme de Jazz in Marciac (1990), elle est « révélée » par Michel Laverdure : une découverte qui avait déjà valeur de consécration (Jazz in Marciac ↗). |
| 1985 | Elle se produit à Jazz in Marciac, à Paris et au Nice Jazz Festival (Wikipédia ↗). Nina Barbier lui consacre un film de 3 minutes en 16 mm : elle y chante « Le Funk du bègue » dans un bar parisien (film-documentaire.fr ↗). |
| 1986 | Premier album, Elisabeth Caumont (Carlyne Music, puis réédité chez Vogue) (Discogs ↗). |
| 1987-1988 | Les lecteurs de Jazz Hot l'élisent première chanteuse et révélation européenne (Jazz in Marciac ↗). |
| 1988 | Le 45 tours La vraie chanteuse de jazz / Chet Baker mon amour (Vogue) (Encyclopédisque ↗). |
| 1989 | Acte 2 (Qobuz ↗). |
| 1990 | Dix chansons d'amour, avec le pianiste Jimmy Rowles (Wikipédia ↗). |
| 1993 | Ciao mon cœur (Wikipédia ↗). |
| 1997 | Mieux qu'un baiser, dont les musiques portent les signatures d'Éric Le Lann, O. Louvel, Stéphane Huchard et Alain Debiossat, entre autres (site officiel ↗). |
| 2000-2005 | Théâtre de Vienne (18 décembre 2000), puis Jazz à Vienne avec son trio (2004) et en 2005 (Citizen Jazz ↗). |
| 2004 | Préliminaires (Wikipédia ↗). |
| 22 novembre 2007 | Elle présente la 16ᵉ cérémonie des DjangodOr, avec Manu Dibango, au pavillon Baltard de Nogent-sur-Marne (Wikipédia ↗). |
| 11 mai 2009 | Princesse Micomiconne (Le Chant du Monde), 12 titres (Last.fm ↗). |
| date à préciser | Un feuilleton musical de 20 épisodes, qu'elle a réalisé pour France Musique, diffusé pendant l'été (Wikipédia ↗). Un communiqué annonce une émission « du lundi 3 juillet au vendredi 28 juillet », chaque soir à 17 h : cela fait vingt jours ouvrés, ce qui correspond à 2017. C'est un calcul de ma part, à vérifier (Citizen Jazz ↗). |
| 2018 | Mise en ligne de son site officiel, où elle rend ses chansons accessibles (elisabethcaumont.fr ↗). |
| sans date | Chevalier de l'Ordre des Arts et des Lettres (Wikipédia ↗). |
Les dates marquées d'un point d'interrogation ou « déduites » sont discutées dans la passe de vérification des faits (§14).
I. LE RÉCIT
1. Cambrai, Perpignan, Paris (1957–1983)
Elle naît à Cambrai, le 25 novembre 1957. Une ville du Nord, de brique et de beffrois, où l'on ne devine pas encore qu'une voix s'apprête à apprendre le swing. ↗
Puis le Sud : Perpignan, son conservatoire, la formation classique. Sa notice parle d'une formation classique, et d'un style fait de précision. On aime croire que les gammes apprises là-bas ont été comme des marches de pierre : on les monte une à une, puis, un jour, on les descend en dansant. ↗ · ↗
En 1975, elle monte à Paris pour apprendre l'art dramatique. La scène d'abord, avant la musique : on comprend, plus tard, d'où viennent ses chansons qui sont de petits théâtres. Elle fréquente les clubs de jazz, rencontre des musiciens, forme avec eux un premier groupe. ↗ · ↗
Elle est venue au jazz par le théâtre, comme on entre dans une maison par la porte de la cuisine : là où l'on sent déjà les odeurs, avant de voir la table.
2. La révélation (1983–1990)
« C'est à Michel Laverdure que l'on doit la révélation d'Elisabeth Caumont », écrit, en 1990, le programme du festival de Marciac : on y vante son charme, l'éclat de son regard, et un talent de vocaliste capable de tirer des standards des versions très personnelles. Cette découverte, en 1983, avait déjà valeur de consécration. ↗
La suite va vite. Un triomphe à Jazz in Marciac, son premier grand festival ; puis Nice et Paris ; puis Genève, Montréal, les Francofolies de La Rochelle, sans compter les clubs de l'Hexagone. En 1987 et en 1988, les lecteurs de la revue Jazz Hot l'élisent première chanteuse et révélation européenne. ↗
1988 : l'année du 45 tours La vraie chanteuse de jazz, l'année où disparaît Chet Baker. Les honneurs et le deuil, dans le même calendrier. ↗ · ↗
Ce qu'elle voulait
Le même texte lui prête un souci constant : ouvrir les horizons et prouver, dans la lignée de Mimi Perrin et des Double Six, qu'on peut swinguer en français. Il note l'humour de ses textes, sa présence sur scène, et sa fidélité aux complices des débuts. ↗
Un fil à tirer. Mimi Perrin et les Double Six, ce sont les pionniers français qui ont mis des paroles sur des improvisations de jazz. On retrouve ce geste dans les « Donna Lee » et les « Think of One » d'Élisabeth Caumont, qui donnent des mots à Parker et à Monk. Le rapprochement vient du programme de Marciac ; la lecture, elle, est la mienne. Sur Acte 2, elle chante d'ailleurs « Tourbillon mondain – Lush Life », crédité à Billy Strayhorn et à Mimi Perrin : la lignée qu'elle invoque, elle la chante. ↗
3. Les disques, les scènes (1986–2009)
Le premier album sort en 1986. Quelques titres suffisent à poser son territoire : « Le Funk du bègue », « Hystérica », « Real Book ». Éric Le Lann, Louis Winsberg, Stéphane Huchard à la batterie, Alain Debiossat à la guitare et au saxophone : les complices des débuts, devenus noms de pochette. ↗ · ↗
Viennent Acte 2 (1989), où « Chet Baker mon amour » dure plus de six minutes ; Dix chansons d'amour (1990), où un piano américain, celui de Jimmy Rowles, lui laisse la place ; Ciao mon cœur (1993) ; Mieux qu'un baiser (1997) ; Préliminaires (2004). ↗ · ↗ · ↗
Et les scènes. Le Théâtre de Vienne en décembre 2000, Jazz à Vienne en 2004 avec son trio, puis en 2005 ; au Duc des Lombards, avec Benoît de Mesmay au piano, Alain Debiossat à la guitare et au saxophone, Stéphane Huchard à la batterie, le public voit une chanteuse qui ne manque ni d'élégance, ni d'humour, ni de swing. Ses chansons, dit la présentation, sont de véritables petits théâtres : des histoires, des voyages entre fantaisie, humour, fougue et poésie. ↗ · ↗
En 2007, elle présente avec Manu Dibango la cérémonie des DjangodOr. En 2009, Princesse Micomiconne arrive chez Le Chant du Monde : un personnage quichottesque, entre comique et icône, selon ses propres mots. Un été, elle réalise pour France Musique un feuilleton musical de vingt épisodes. Puis elle ouvre un site où elle rend accessibles toutes les chansons enregistrées sur ses albums, et s'adresse à ses « chers aimeurs », le mot qu'elle a inventé pour ceux qui l'écoutent. ↗ · ↗
Sur cette page, elle s'adresse à celui qui l'écoute, en le tutoyant. Elle y évoque les concerts de Radio France qu'on enregistrait sur des cassettes, et le « beau vinyle bleu » de son premier disque, prêté un jour et jamais rendu. ↗
« Longtemps, longtemps, longtemps après que les poètes ont disparu… » Elle a placé ce vers à l'entrée de ses chansons. ↗
Une voix à retrouver
Sur la page « Longtemps », elle écrit que le dernier album en date est le seul alors disponible à la vente, puis se demande, en trois points d'interrogation : « Le dernier tout court ? » Elle y dit aussi qu'elle nourrira peut-être son site de compléments, paroles des chansons et casting des musiciens, selon la curiosité de ceux qui l'écoutent : beaucoup de choses, ajoute-t-elle, dépendent d'eux. ↗
Les documents dont je dispose s'arrêtent là, et aucun ne dit où elle chante aujourd'hui. Ce guide ne prétend pas combler le silence : il en garde la place, ouverte, comme on laisse une chaise libre à une table de jazz. Si vous la voyez, si vous lui écrivez, ajoutez-y la suite.
II. LES MUSICIENS
4. Les musiciens : ceux qui ont tenu la lampe
Une voix ne chante jamais seule. Il lui faut un piano pour respirer, une trompette pour ouvrir la fenêtre, une contrebasse pour que la nuit tienne debout. Autour d'Élisabeth Caumont, il y eut des mains d'Amérique et des mains de Paris, des maîtres venus de loin et des complices de comptoir. Voici ceux dont les noms demeurent sur les pochettes, petites lanternes accrochées au bord de sa route.
Jimmy Rowles, le piano qui écoute
Il est américain, il a accompagné les plus grandes, et l'une d'elles, Carmen McRae, a dit qu'il était le pianiste dont toute chanteuse saine d'esprit rêvait (Wikipédia, Jimmy Rowles ↗). En 1990, c'est avec lui qu'Élisabeth enregistre Dix chansons d'amour : Stacy Rowles et Aldo Romano sont de la fête (Qobuz ↗). Au programme, April in Paris, Stardust, Les feuilles mortes, et « The Peacocks », la plus célèbre des compositions de Rowles (liste des titres ↗). Un piano qui laisse la place, une voix qui la prend sans bruit : la presse parlera d'une splendide rencontre (extraits de presse ↗).
Benoît de Mesmay, le complice des mots
Pianiste, compositeur, il signe avec elle Hystérica, Taptépo, Cafard et café noir, et jusqu'à Chet Baker mon amour (Discogs ↗, site officiel ↗). Sur Ciao mon cœur (1993), les neuf chansons portent la double signature Caumont / de Mesmay (site officiel ↗). Il est encore là en 2009, sur Princesse Micomiconne (On-Mag ↗). Elle écrit les mots ; lui cherche la porte par où les mots entreront dans la musique.
1986 : la bande du premier disque
Pour son premier album, chez Carlyne Music, elle est entourée d'Éric Le Lann, Louis Winsberg, Stéphane Huchard et Alain Debiossat (Qobuz ↗). Winsberg cosigne Le Funk du bègue, l'une de ses chansons les plus citées (site officiel ↗). Un court film de 1985, tourné par Nina Barbier, la montre l'interpréter dans un bar parisien (film-documentaire.fr ↗).
2009 : les invités de Micomiconne
Sur Princesse Micomiconne (Le Chant du Monde), Alain Debiossat, Benoît de Mesmay et Médéric Bourgue tiennent la maison ; Manu Dibango, Éric Le Lann et Denis Tchangou passent la porte en invités (On-Mag ↗). Le même Dibango l'accompagnera en 2007 pour présenter la cérémonie des DjangodOr (Wikipédia ↗).
Les maîtres qu'elle fait parler français
Elle a mis des paroles sur Monk (La p'tite bête qui monte, d'après Think of One), sur Parker (Requiem pour Donna Lee), sur Chick Corea (Ay ay que dolor !, d'après Armando's Rumba) (Discogs ↗). Et à Chet Baker, disparu trop tôt, elle a offert une chanson d'amour, puis un hommage au Sunside, à Paris (Sonichits ↗). Un critique de Jazz Magazine écrit qu'elle avait habillé de mots Miles, Monk et Strayhorn comme nulle autre (extraits de presse ↗).
Dans l'ombre des grandes scènes
On la dit choriste de Michel Legrand, de Michel Petrucciani, de Sixun (Qobuz ↗), et aussi de Jacques Higelin (AllMusic ↗). Les voix de l'ombre font les grandes lumières ; elle l'a su avant de chanter en pleine clarté.
Pour finir
Les pianos se taisent, les disques s'usent, les clubs ferment leurs volets. Reste ce que ces musiciens ont laissé dans sa voix, comme on garde dans la paume la chaleur d'une main lâchée. Qui, ce soir, posera une aiguille sur Les feuilles mortes, et laissera Jimmy Rowles lui rendre, note à note, tout ce que l'automne emporte ?
5. Fils croisés : ceux qui se tiennent derrière ses chansons
Ces histoires ne sont pas les siennes : ce sont celles des musiciens auxquels elle a choisi de parler. Elles disent d'où viennent ses chansons.
Jimmy Rowles : le pianiste que les chanteuses voulaient
- Un élève de Lester Young. Rowles rejoint le groupe de Lester Young en 1942 (Wikipédia ↗).
- Derrière Billie Holiday. Dans les années 1950-60, il joue souvent pour elle et pour Peggy Lee. En 1981, il rejoint Ella Fitzgerald pour près de trois ans. ↗
- Le maître de Diana Krall. En 1983, à Los Angeles, il développe son jeu et l'encourage à ajouter le chant à son répertoire. ↗
- « The Peacocks ». Sa composition la plus célèbre est enregistrée avec Stan Getz en 1975, puis par bien d'autres. Elle figure dans la bande originale du film Round Midnight, de Bertrand Tavernier. C'est la quatrième plage de Dix chansons d'amour. ↗ · ↗
- Un standard du Real Book. Son « 502 Blues » (1958) figure dans le Real Book, le recueil de grilles que les jazzmen emportent partout. Élisabeth Caumont a, de son côté, une chanson qui s'intitule « Real Book ». Le rapprochement est le mien. ↗
- Des liens avec Paris. Il enregistre Jimmy Rowles in Paris (1980), puis un disque consacré à la musique d'Henri Renaud (1981). Or « Cœur marin », sur Dix chansons d'amour, porte la signature de Daniel Allary et d'Henri Renaud. ↗ · ↗
- En famille. Sa fille Stacy (1955-2009), trompettiste, chanteuse et bugliste, figure sur le disque. ↗ · ↗
- Il quitte la scène en 1996. Il meurt à 77 ans, six ans après le disque. ↗
Chet Baker : la fragilité pour style
- Choisi par Parker. Avant de devenir célèbre, il est choisi par Charlie Parker pour une série d'engagements sur la côte ouest. Parker aurait prédit à Miles Davis qu'un jeune trompettiste blanc allait le dévorer. ↗ (Parker : le même dont elle a fait un « Requiem », puis un « fantôme ».)
- Le quartette de Mulligan. En 1952, avec Gerry Mulligan, il joue sans piano un contrepoint où chacun devine ce que l'autre va jouer. « My Funny Valentine » devient son emblème. ↗
- La voix. Son album Chet Baker Sings (1954) lui vaut des éloges et des critiques ; il continuera à chanter toute sa vie. ↗
- L'Europe. À partir de la fin de 1977, il s'installe en Europe et y travaille presque exclusivement. ↗
- Un public qui doit se taire. Dans les clubs bruyants, il attend parfois plus d'une demi-heure que le bruit retombe avant de commencer. ↗
- 1986-1987. Il joue au Ronnie Scott's de Londres, filmé avec Elvis Costello, puis enregistre à Tokyo en juin 1987. Un critique y voit un moment glorieux de son crépuscule. ↗
- Le 13 mai 1988. Il est retrouvé mort à Amsterdam, sous la fenêtre de sa chambre de l'hôtel Prins Hendrik ; la mort est jugée accidentelle. Une plaque lui rend hommage devant l'hôtel. ↗
- Le film. Let's Get Lost, de Bruce Weber, sort quatre mois après sa mort, en septembre 1988. ↗
- Ce qu'il disait de sa vie. « Un tiers en voiture, un tiers à dormir, un tiers à jouer de la musique » (1980). ↗
- D'autres hommages. Luciana Souza (The Book of Chet, 2012), Eliane Elias (2013) et Nick Murphy, qui a choisi le nom de scène Chet Faker. Élisabeth Caumont en est l'une des premières voix françaises, sinon la première : je n'ai pas de source pour l'affirmer. ↗
Les bruits de la salle, il les faisait taire en attendant. Elle, c'est avec une chanson qu'elle a demandé le silence.
III. LE PORTRAIT
6. Style, musicalité, rythme, sensibilité
Note de méthode. Cette analyse s'appuie sur ce qui se lit : les crédits des disques, les titres, les critiques de presse, les textes de présentation. Je n'ai pas pu écouter les enregistrements. Les lectures du texte et les images sont des interprétations, signalées comme telles. Les passages marqués [écoute] attendent vos notes d'auditeur.
Son style, son talent : dix traits
Ce portrait est tissé de ce que d'autres ont entendu : critiques, programmateurs, auditeurs. Chaque trait renvoie à sa source ; les mots entre parenthèses sont les miens.
1. Un français qui swingue. Le programme de Marciac (1990) la place dans la lignée de Mimi Perrin et des Double Six : prouver qu'on peut swinguer en français (Jazz in Marciac ↗). Un critique de Jazzman, Renaud Czarnes, la dit longtemps restée la seule chanteuse de jazz à adapter la langue française au vocabulaire du jazz (Bibliothèques de Paris ↗).
2. L'articulation, la voix mutine. Jacques Aboucaya (Jazz Magazine) loue son « articulation parfaite » et la ductilité d'une voix aux inflexions volontiers mutines (extraits de presse ↗). (Une voix qui parle autant qu'elle chante : on comprend chaque mot.)
3. La couleur des voyelles. Bernard Giroud (Jazz Notes) note qu'une simple modification de prononciation de voyelles lui permet de passer d'un ton triste, anxieux ou désabusé à la joie (extraits de presse ↗). C'est l'observation la plus précise que j'aie trouvée : l'émotion ne tient pas à un effet, mais à la forme d'une voyelle.
4. Un sens rythmique étonnant. Le même Giroud parle d'un sens rythmique étonnant, et d'une orientation plus swinguante que purement respectueuse des idiomes du jazz (extraits de presse ↗). Sa notice ajoute « précision, rythme et élégance » (Wikipédia ↗).
5. L'humour, jusqu'à l'autodérision. Aboucaya relève un humour constant et de l'autodérision. Czarnes dit ses textes admirables de drôlerie. Le programme de Marciac note l'humour qui transparaît dans ses textes. (extraits de presse ↗ · Bibliothèques de Paris ↗ · Jazz in Marciac ↗)
6. La mélancolie douce. À propos de Princesse Micomiconne, Cédrick Bec parle de fantaisie, de douce mélancolie, d'une voix étonnamment jeune et d'un plaisir à plaire. Il cite Le Petit Foulard vert en ouverture, et Paradis, composé avec Aldo Romano (Cédrick Bec ↗). Un auditeur résume, en 2010 : une voix à la fois tendre et moqueuse (Amazon.fr ↗).
7. Refuser de « jouer à la chanteuse de jazz ». Le même critique rappelle qu'à la fin des années 1980 elle parut au petit monde du jazz « trop belle pour moi », et qu'elle voulait une originalité qui lui évitait de jouer à la chanteuse de jazz, malgré sa culture du genre. Il en voit la preuve dans son premier disque, où elle chante, sur des paroles françaises à elle, le fameux Donna Lee de Charlie Parker (Cédrick Bec ↗). (La phrase sur la beauté dit aussi, en creux, comment l'époque a regardé les chanteuses : cette lecture est la mienne.)
8. Un répertoire sans frontières. Le programme de Marciac note que ses deux albums de 1985 et 1989 montrent un style en évolution : un répertoire plus éclectique, des compositions originales qui puisent à toutes les traditions musicales (Jazz in Marciac ↗).
9. La fidélité. Cédrick Bec fait de Benoît de Mesmay sa « conscience musicale jazz », toujours fidèle au poste sept albums plus tard (Cédrick Bec ↗). Marciac parle de sa fidélité aux complices de ses débuts.
10. La scène. Une présence qui fait de ses concerts un spectacle total (Marciac) ; des chansons qui sont de petits théâtres (présentation du Duc des Lombards). Sur scène, dit-on, elle rayonne (YouTube ↗).
Ce que cela dessine. Un talent à la fois classique et malicieux : une articulation de comédienne, un rythme de jazzwoman, un humour de chansonnière, une mélancolie qui n'ose pas toujours se dire. Les critiques le disent « intact » dans le retour d'un album que l'on n'attendait plus (extraits de presse ↗). Les auditeurs, eux, regrettent qu'une telle chanteuse n'ait pas la place qu'elle mérite à la radio (Amazon.fr ↗). Immense, alors : par la précision, par la chaleur, par ce que l'on entend de liberté sous la rigueur. [écoute : un morceau où vous reconnaissez chacun de ces traits ?]
La musicalité : une langue qui apprend à swinguer
Sa notice la dit d'un mot : un style fait de « précision, de rythme et d'élégance » (Wikipédia ↗). De formation classique, elle a placé son art à la croisée du jazz et de la chanson française, ce qui n'est pas une position de repli mais un pari : faire respirer le français dans une grammaire qui n'a pas été écrite pour lui.
Mettre des mots sur la musique des autres. Son geste le plus singulier tient en une ligne de crédits : le plus souvent, elle écrit les paroles, les maîtres fournissent la musique. Monk devient « La p'tite bête qui monte » (d'après Think of One), Parker « Requiem pour Donna Lee » puis « Le fantôme de Donna Lee », Corea « Ay ay que dolor ! » (d'après Armando's Rumba), Ellington et Tizol « La caravane passe », Wayne Shorter « Même si j'en crève » (Discogs ↗ · crédits d'Acte 2 ↗ · premier album ↗). Bernard Giroud (Jazz Notes) écrit qu'elle a su habiller de textes Monk, Parker, Corea, Weather Report et Strayhorn (extraits de presse ↗). Deux nuances : « Tourbillon mondain – Lush Life » est crédité à Billy Strayhorn et à Mimi Perrin, donc aux mots de cette dernière ; et sur Dix chansons d'amour, les standards sont chantés dans leur version d'origine ou dans des adaptations signées d'autres (Daniel Allary pour « Cœur marin » et « Tu coules dans mes veines »).
Lecture. Poser des syllabes françaises sur des lignes écrites pour des instruments, c'est s'obliger à une exactitude de métronome : chaque mot doit tomber au bon endroit, ni trop tôt, ni trop tard. Un critique la voit chanter « Donna Lee » sur un tempo lent avec des paroles françaises (extraits de presse ↗, à relire sur la page). Ralentir un thème que l'on sait vertigineux, c'est lui demander de dire ce qu'il cachait derrière sa vitesse.
Le scat, puis la chanson. Un journaliste évoque la délicieuse scatteuse des débuts, avant qu'elle ne devienne, à ses yeux, une vraie chanteuse de variétés, qui sait ce qu'est chanter et qu'on comprend (On-Mag ↗). Autrement dit : l'improvisation sans mots, puis les mots eux-mêmes, devenus l'improvisation.
Un témoin sur le swing. Bernard Giroud note, à propos d'un disque, une orientation plus swinguante que respectueuse des idiomes du jazz (extraits de presse ↗).
Le sens du rythme
Le rythme est la première chose que nomment ceux qui la décrivent : « précision, rythme et élégance ». Voici ce que les documents permettent d'avancer.
- Un rythme qui se nomme. Ses titres sonnent comme des percussions : « Taptépo », « Katatêt », « Dimouao », « Escrock'rock ». C'est un indice sur ses oreilles, pas une preuve de ce qu'on y entend [écoute].
- Le bègue comme batteur. L'une de ses chansons les plus citées s'appelle « Le Funk du bègue » ; son titre dit déjà le trébuchement (On-Mag ↗). Lecture : le bégaiement est un rythme, une syncope du langage, et le funk en fait un moteur. Un site musical dit de la chanson que tout le monde peut y arriver, même ceux qui ont des difficultés à s'exprimer (Musique approximative ↗). La faille devient une danse.
- Des batteurs et des percussionnistes de premier plan. Stéphane Huchard sur le premier disque et signataire d'une chanson de Mieux qu'un baiser, Médéric Bourgue et Denis Tchangou sur Princesse Micomiconne, Andrea Michelutti pour le quintet « Chet Baker mon amour » (Qobuz ↗ · On-Mag ↗ · BilletReduc ↗). Elle s'est toujours entourée de gens qui ont le tempo dans la peau.
- La durée comme rythme. « Requiem pour Donna Lee » dure 1 min 34, « Chet Baker mon amour » plus de six minutes (Discogs ↗ · SensCritique ↗). L'éclair, puis la longue marche : un art du contraste, à vérifier à l'oreille [écoute].
La sensibilité : l'écriture qui touche droit au cœur
Bernard Giroud note ses deux passions : le chant et l'écriture, et des textes en français « qui vous touchent droit au cœur » (extraits de presse ↗). Elle chante l'amour, le temps qui passe, la hantise du vieillissement, et ses chansons peuvent être drôles : on lui reconnaît de l'élégance, de l'humour et du swing (extraits de presse ↗).
Sa sensibilité tient dans ce va-et-vient : le rire en première ligne, la gravité juste derrière, comme ces clowns qui pleurent en dedans. C'est une lecture, et c'est la mienne : vous direz si elle sonne juste.
7. « Chet Baker mon amour »
Ce que l'on sait
- À écouter gratuitement sur son site : la page du single « La vraie chanteuse de jazz » ↗ (« Chet Baker mon amour » en est la seconde chanson) et la page de l'album Acte 2 ↗. Les durées diffèrent selon les éditions : 6 min 03 sur Acte 2 (SensCritique ↗), 6 min 06 sur le 45 tours (Discogs ↗).
- La chanson est écrite par Élisabeth Caumont et Benoît de Mesmay, avec un crédit « Rodgers Hart » (site officiel ↗). Lecture : c'est le crédit d'un thème de Rodgers et Hart ; je suppose qu'il s'agit de « My Funny Valentine », que Chet Baker a rendue célèbre, mais ce n'est pas écrit dans les sources, donc à vérifier à l'écoute.
- Elle sort sur un 45 tours en 1988, face B de « La vraie chanteuse de jazz » (Vogue), puis sur Acte 2 (1989), où elle dure 6 min 03 (Encyclopédisque ↗ · SensCritique ↗).
- Chet Baker est mort le 13 mai 1988. Pour BilletReduc, Élisabeth Caumont avait écrit « une déclaration d'amour » au trompettiste et chanteur, lui demandant de rester parmi nous ; il a disparu quelques mois plus tard dans de tragiques circonstances (BilletReduc ↗).
- Un critique la décrit adoptant une attitude poignante pour rendre hommage à des musiciens disparus trop tôt, comme Chet Baker, et cela vire à un appel à la résurrection (extraits de presse ↗).
- Elle a repris l'hommage sur scène : au Sunside, à Paris, en quintet (Luca Bonvini, trompette ; Benoît de Mesmay, piano ; Mauro Gargano, contrebasse ; Andrea Michelutti, batterie), puis avec Éric Le Lann, « étoile du jazz français et ami de longue date » (Music-Lovers ↗).
Pourquoi c'est une œuvre à part
Une chanson d'hommage s'écrit en général après. Celle-ci, d'après la présentation du concert, s'adressait à Chet de son vivant, pour lui demander de rester (BilletReduc ↗). Puis la mort est venue donner à la supplique le poids d'un adieu. Il y a là, si les dates sont exactes, quelque chose de rare : un chant qui a précédé son deuil et que le deuil a rejoint.
Interprétation. Chet Baker, c'est la fragilité devenue style : un trompettiste qui chante comme on confie un secret, et que l'on a toujours voulu retenir. Lui écrire en français « mon amour », c'est choisir le mot le plus nu, celui que le jazz ne dit pas. Qu'une chanteuse dont le métier est la précision rythmique s'avance, sur six minutes, vers une chose aussi peu mesurable qu'un manque : voilà peut-être ce qui bouleverse. [écoute : ce que vous entendez dans la voix, dans la trompette, dans le piano ; à relire pour que ce passage soit le vôtre.]
À vérifier avant publication
- La date d'écriture de la chanson par rapport à la mort de Chet Baker (la mention « il y a 20 ans » dans le texte du concert renvoie à une soirée de 2008, alors qu'une autre source parle de « 25 ans » (2013) ; la date exacte du 45 tours reste inconnue : une fiche de revendeur indique 01/01/1988).
- Le thème de Rodgers et Hart cité dans les crédits.
- Les paroles : je ne les ai pas trouvées en ligne, et je ne les cite donc pas.
Elle sait compter. Elle sait aussi ce qui ne se compte pas. Entre les deux, il y a ce moment où une chanteuse laisse le tempo derrière elle et dit un nom à voix nue : Chet Baker, mon amour. Écoutez-le, ce soir, une fois sans rien faire d'autre. La musique, après, continue sans nous.
IV. L'ÉCHO
8. Portraits de l'entourage — Ceux qui ont tenu la lampe
- Jimmy Rowles, pianiste américain, compagnon d'un disque entier : Dix chansons d'amour (1990). Sa composition « The Peacocks » y a sa place. Il meurt en 1996. ↗ · ↗
- Stacy Rowles et Aldo Romano, les deux autres noms de cette rencontre. Aldo Romano cosigne aussi « Paradis », sur Princesse Micomiconne. ↗ · ↗
- Benoît de Mesmay, pianiste et coauteur de nombre de ses chansons, de « Hystérica » à « Chet Baker mon amour ». Il est encore à ses côtés en 2009. ↗ · ↗
- Louis Winsberg, cosignataire du « Funk du bègue ». ↗
- Éric Le Lann, présent en 1986, signataire de « Tous différents » en 1997, invité en 2009 (à la trompette). ↗ · ↗ · ↗
- Stéphane Huchard, d'abord sur le premier disque, puis auteur de la musique de « Mieux qu'un baiser ». ↗ · ↗
- Alain Debiossat, présent en 1986, signataire d'« Olé-olé » en 1997, guitare, basse, saxophone et flûte en 2009. ↗ · ↗ · ↗
- Médéric Bourgue et Denis Tchangou, batterie, violoncelle et percussions sur Princesse Micomiconne. ↗
- Manu Dibango, invité du disque de 2009, puis coprésentateur des DjangodOr en 2007. ↗ · ↗
- J-M Ecay, O. Louvel, P. Arnouf, O. Hutman, autres compositeurs de Mieux qu'un baiser : sur ce disque, Éric Le Lann signe deux chansons (« Tous différents », « Pauvre de moi »), O. Hutman deux, Alain Debiossat deux (« La chanson d'à l'un », « Olé-olé »), Stéphane Huchard la chanson-titre (initiales telles que sur le site : prénoms à confirmer). ↗
- Nina Barbier, la cinéaste qui l'a filmée en 1985. ↗
9. Citations
D'elle
« Longtemps, longtemps, longtemps après que les poètes ont disparu… »
Ouverture de la page « Longtemps » de son site, où elle rend ses chansons écoutables. La phrase a l'air d'une citation : je n'en ai pas identifié l'auteur. ↗
- Elle dit tirer sa plus grande fierté des compositeurs de ses chansons : quelques étoiles du jazz américain, mais surtout les jazzmen-compositeurs français de sa génération. ↗
- Elle décrit son dernier album, Princesse Micomiconne, comme un personnage quichottesque, entre comique et icône. ↗
- Elle présente cet album comme son meilleur, et le seul alors en vente. ↗
Sur elle
- Jacques Aboucaya (Jazz Magazine) : une chanteuse qui avait mis en paroles Miles, Monk et Strayhorn comme nulle autre, et qui lui a valu l'une de ses plus belles couvertures ; un album « qu'on n'attendait plus », preuve que son talent est intact (articulation parfaite, ductilité de la voix, humour, autodérision). ↗
- Bernard Giroud (Jazz Notes), « Rare, trop rare Elisabeth Caumont » : une discographie qu'il regrette peu abondante, malgré une présence active sur scène ; un sens rythmique étonnant ; des textes en français qui touchent droit au cœur. ↗
- « Le retour d'Elisabeth Caumont, enfin ! » (auteur à relever sur la page) : sur scène, Élisabeth rayonne ; sa « vraie chanteuse de jazz » ne manque ni d'élégance, ni d'humour, ni de swing. ↗
- Renaud Czarnes (Jazzman) : des textes « admirables de drôlerie » ; longtemps la seule chanteuse de jazz à adapter le français au vocabulaire du jazz. ↗
- Cédrick Bec, à propos de Princesse Micomiconne : une princesse « presque une reine » ; Benoît de Mesmay, sa conscience musicale jazz. ↗
- On-Mag, à propos de Princesse Micomiconne : une chanteuse qui sait ce qu'est chanter, qu'on comprend, « bref, une grande ». ↗
- Carmen McRae, sur son pianiste Jimmy Rowles : celui avec qui toute chanteuse saine d'esprit voudrait travailler. Un compagnon de route qui dit beaucoup de ceux qu'elle a choisis. ↗
V. LES CLÉS
10. Playlists thématiques
Choix éditoriaux. Son site rend accessibles, à écouter librement, toutes les chansons enregistrées sur ses albums (page « Longtemps » ↗).
1. Pour entrer par la porte du bègue « Le Funk du bègue » · « Hystérica » · « Cafard et café noir » · « Real Book (My favourite songs) » (premier album ↗)
2. Parole aux maîtres « La p'tite bête qui monte » (d'après Monk) · « Requiem pour Donna Lee » (d'après Parker) · « Ay ay que dolor ! » (d'après Corea) · « Le fantôme de Donna Lee » (Discogs ↗ · Acte 2 ↗)
3. Avec Jimmy Rowles « April in Paris » · « My Foolish Heart » · « Watch What Happens » · « The Peacocks » · « Cœur marin » · « Stardust » · « Les feuilles mortes » (Dix chansons d'amour ↗)
4. Pour Chet « Chet Baker mon amour » (à écouter sur son site ↗) · « La vraie chanteuse de jazz » · puis, à voir en ligne, « Round Midnight », hommage à Chet Baker au Sunside, à Paris (Sonichits ↗)
5. Mieux qu'un baiser (1997) « Dimouao » · « Tous différents » · « Ya le temps » · « Vague » · « Rien ne va plus » · « Mieux qu'un baiser » · « Olé-olé » (site officiel ↗)
6. Princesse Micomiconne (2009) — douze titres sur le site « Le petit foulard vert » · « Katatêt » · « Prière du petit jour » · « Paradis » (avec Aldo Romano) · « Yaoundé » · « La chanson de Roger » · « Grâce mâtinée » (site officiel ↗)
7. Ciao mon cœur (1993) « Que me direz-vous ? » · « Pericoloso » · « Ciao mon cœur » · « Schizophrénia » · « Sarajevo » · « Ta chanson » · « Toulao » (site officiel ↗)
11. Conseils pour découvrir l'œuvre
Trois portes, une seule règle : écoutez les mots autant que la voix.
- Par le premier disque (1986). Il contient « Le Funk du bègue », l'une de ses chansons les plus citées (On-Mag ↗).
- Par la rencontre. Dix chansons d'amour : une voix française, un piano américain, des standards. La presse y a vu une splendide rencontre (extraits de presse ↗).
- Par le dernier disque. Princesse Micomiconne, qu'elle tient pour son meilleur (site officiel ↗).
Trois habitudes d'écoute.
- Lisez d'abord le titre, puis écoutez ce que la chanson en fait.
- Cherchez la phrase que vous auriez voulu écrire.
- Écoutez au moins une fois sans rien faire d'autre : les textes, dit la presse, touchent droit au cœur (extraits de presse ↗).
12. Petit glossaire
| Terme | Sens |
|---|---|
| Princesse Micomiconne | Titre de l'album de 2009 : un personnage « quichottesque, entre comique et icône », selon elle (site officiel ↗). |
| Le Funk du bègue | Chanson du premier album, écrite avec Louis Winsberg, l'une des plus citées de son répertoire. |
| La vraie chanteuse de jazz | Titre d'un 45 tours de 1988 et d'une chanson d'Acte 2, devenu comme une signature. |
| Chet Baker mon amour | Chanson d'amour adressée à Chet Baker, sur le même 45 tours. |
| Donna Lee | Thème de Charlie Parker auquel elle a consacré un « Requiem » en français, puis un « fantôme ». |
| Real Book | Recueil de grilles de standards de jazz. C'est aussi le titre d'une chanson du premier album, sous-titrée « My favourites songs » et créditée à Caumont, R. Rogers et de Mesmay : clin d'œil probable à My Favorite Things de Rodgers (hypothèse à vérifier à l'écoute) (site officiel ↗). |
| Scat | Chant sur des syllabes sans paroles. La presse a parlé d'une délicieuse scatteuse (On-Mag ↗). |
| Choriste | Chanteuse d'accompagnement : elle l'a été auprès de Michel Legrand, Petrucciani, Sixun (Qobuz ↗). |
| DjangodOr | Trophées internationaux du jazz, dont elle a présenté la 16ᵉ cérémonie en 2007. |
| Carlyne Music / Vogue | Labels de ses premiers disques (1986-1989). |
| Sunside | Club de jazz parisien où elle a rendu hommage à Chet Baker. |
13. Quiz final
- En quelle année naît-elle, et dans quelle ville ?
- Dans quelle ville étudie-t-elle au conservatoire avant de monter à Paris ?
- Quelle année s'installe-t-elle à Paris pour suivre des cours d'art dramatique ?
- Quel festival gersois est présenté comme son premier grand festival ?
- Quel label publie son premier album ?
- Quel musicien cosigne « Le Funk du bègue » ?
- Quel pianiste américain l'accompagne sur Dix chansons d'amour ?
- De quel grand thème de Charlie Parker tire-t-elle un « Requiem » et un « fantôme » ?
- Quel thème de Duke Ellington et Juan Tizol devient « La caravane passe » ?
- Quel disque de 2009 évoque un personnage quichottesque, entre comique et icône ?
- Quel saxophoniste présente avec elle la cérémonie des DjangodOr en 2007 ?
- Quel trompettiste et chanteur interpelle-t-elle dans une chanson d'amour devenue un hommage ?
- Dans quelle salle parisienne reprend-elle cet hommage ?
- Quelle cinéaste la filme en 1985, dans un bar parisien ?
- Quelle distinction reçoit-elle de l'État ?
- Pour quelle radio réalise-t-elle un feuilleton musical de vingt épisodes ?
- Quelle revue ses lecteurs ont-ils élue « première chanteuse » en 1987 et 1988 ?
- Dans la lignée de quelle pionnière française et de quel groupe vocal veut-elle prouver qu'on peut swinguer en français ?
- Quel mot a-t-elle inventé, sur son site, pour s'adresser à ceux qui l'écoutent ?
Réponses. 1. 1957, à Cambrai. — 2. Perpignan. — 3. 1975. — 4. Jazz in Marciac. — 5. Carlyne Music. — 6. Louis Winsberg. — 7. Jimmy Rowles. — 8. « Donna Lee ». — 9. « Caravan ». — 10. Princesse Micomiconne. — 11. Manu Dibango. — 12. Chet Baker (« Chet Baker mon amour »). — 13. Le Sunside (Sunset-Sunside). — 14. Nina Barbier. — 15. Chevalier de l'Ordre des Arts et des Lettres. — 16. France Musique. — 17. Jazz Hot. — 18. Mimi Perrin et les Double Six. — 19. « Aimeurs » (« chers aimeurs »).
14. Passe de vérification des faits
✔ concordant · ≈ à nuancer · ? source unique ou déduction, à recouper
| Point | Ce que disent les sources | Statut |
|---|---|---|
| Naissance | 25 novembre 1957, Cambrai (Wikipédia ↗ · Discogs ↗ · Qobuz ↗) | ✔ |
| Conservatoire de Perpignan | Cité par Wikipédia et Qobuz, sans date | ✔ lieu, ? date |
| Arrivée à Paris | 1975, cours d'art dramatique | ✔ |
| Marciac, Paris, Nice | 1985 (Wikipédia) ; le programme de Marciac (1990) parle d'une découverte en 1983, d'un premier triomphe l'année suivante et d'un retour en 1985 | ≈ à trancher : 1984 ou 1985 |
| Découverte par Michel Laverdure, 1983 | Programme de Jazz in Marciac (1990), source unique | ? |
| Jazz Hot 1987 et 1988 | Même programme, source unique | ? |
| Théâtre de Vienne (2000), Jazz à Vienne (2004, 2005) | Intitulés de reportages photo de Citizen Jazz | ≈ |
| Premier album | 1986, Carlyne Music, puis réédité chez Vogue (Discogs, Qobuz) ; 1987 pour une médiathèque et tousmesconcerts.fr | ≈ 1986 retenu, 1987 possible |
| Premier album : enregistrement | Le programme de Marciac (1990) parle d'albums enregistrés en 1985 et en 1989 ; sortie en 1986 selon Discogs | ≈ enregistré 1985, sorti 1986 |
| « Donna Lee » dans le premier disque | Cédrick Bec ; le site officiel place « Requiem pour Donna Lee » sur la page du premier album | ✔ |
| Attribution des extraits de presse | La page « Extraits de presse » met le nom du critique après son texte : Aboucaya (Jazz Magazine), Giroud (Jazz Notes) ; auteur du troisième article non relevé | ≈ à relire sur la page |
| « Donna Lee » à tempo lent ; « appel à la résurrection » | Extraits de presse, passages que je n'ai pas pu relire intégralement | ? |
| 45 tours « La vraie chanteuse de jazz / Chet Baker mon amour » | « 1988 » (Wikipédia, Encyclopédisque) ; une fiche de revendeur indique « 01/01/1988 », probablement une date par défaut | ≈ 1988, date exacte inconnue |
| Acte 2 | 1989 (Wikipédia, Qobuz, SensCritique) | ✔ |
| Dix chansons d'amour | 1990 (Wikipédia, Qobuz) | ✔ |
| Ciao mon cœur / Mieux qu'un baiser | 1993 / 1997 (Wikipédia, Qobuz) | ✔ |
| Préliminaires | 2004 ; le site officiel écrit « Préliminaire » au singulier | ≈ titre |
| Princesse Micomiconne | 11 mai 2009, 12 titres (Last.fm ↗) ; « 2009 » (Spotify, Qobuz) | ✔ |
| Orthographe du prénom | « Élisabeth » (Wikipédia) ; « Elizabeth » sur plusieurs pages du site officiel et chez Discogs (premier album) | ≈ Élisabeth retenu |
| DjangodOr | 22 novembre 2007, 16ᵉ cérémonie, avec Manu Dibango (Wikipédia seul) | ? |
| Chevalier des Arts et des Lettres | Wikipédia, sans date | ? |
| Feuilleton de 20 épisodes sur France Musique | Wikipédia sans date ; communiqué de Citizen Jazz : du lundi 3 au vendredi 28 juillet (20 jours ouvrés) | ? 2017 déduit |
| Choriste de Legrand, Petrucciani, Sixun | Qobuz et AllMusic | ✔ |
| Mise en ligne du site : novembre 2018 | Fichiers audio déposés dans le dossier 2018/11 du site | ≈ déduit |
| Jacques Higelin | AllMusic seul | ? |
| « Jimmy Knowles » | AllMusic ; très probablement Jimmy Rowles | ≈ coquille |
| Mort de Chet Baker | 13 mai 1988 (BilletReduc, Music-Lovers) | ✔ |
| « Chet Baker mon amour » écrite avant sa mort | Texte de présentation d'un concert (BilletReduc) ; pas de seconde source | ? source unique |
| Crédit « Rodgers Hart » | Site officiel ; l'identification avec « My Funny Valentine » est mon hypothèse | ? |
| Hommage au Sunside | Music-Lovers : « 25 ans après 1988 », soit 2013 ; BilletReduc : « il y a 20 ans », soit 2008. Il s'agit peut-être de deux soirées | ≈ 2008 ou 2013, à trancher |
| Composition du quintet de l'hommage | Bonvini, de Mesmay, Gargano, Michelutti ; invités Le Lann et Fabien Mary | ✔ |
| Compositeurs de Mieux qu'un baiser | Initiales « P. Arnouf », « O. Hutman » ; prénoms non confirmés | ? |
| Titres et crédits des albums | Relevés page par page sur le site officiel (11 pages, lecteurs audio) : premier album 8 titres, Acte 2 10, Dix chansons d'amour 10, Ciao mon cœur 9, Mieux qu'un baiser 11, Préliminaire 5, Princesse Micomiconne 12 | ✔ |
| « Les Regrets » | Cité par une critique mais absent de la liste des titres de Princesse Micomiconne sur le site : retiré du guide | ≈ |
| Prénoms des compositeurs (Louvel, Arnouf, Hutman, Ecay) | Initiales seules sur le site | ? |
| Son état actuel, ses projets | Aucune information trouvée ; le site officiel n'est pas daté | ? ne rien affirmer |
15. Sources
Biographie et discographie
- Wikipédia, « Élisabeth Caumont » ↗
- Qobuz, notice et discographie ↗
- Discogs : artiste ↗ · premier album ↗
- AllMusic ↗ · Last.fm ↗ · Spotify ↗ · Encyclopédisque ↗ · SensCritique, Acte 2 ↗
Site officiel
- Accueil ↗ · « Longtemps » ↗ · Elizabeth Caumont ↗ · Acte 2 ↗ · Dix chansons d'amour ↗ · Mieux qu'un baiser ↗ · « La vraie chanteuse de jazz » ↗
- Extraits de presse ↗
Critique et presse
- Cédrick Bec, présentation de Princesse Micomiconne ↗ · Bibliothèques de Paris, « Femmes & Jazz » ↗ · Amazon.fr, avis d'auditeurs ↗
- Jazz in Marciac, programme du concert (1990) ↗ · Citizen Jazz, « Tout sur… Elisabeth Caumont » ↗
- Concert au Duc des Lombards (vidéo, présentation) ↗
- On-Mag, Princesse Micomiconne ↗
- Musique approximative, « Le funk du bègue » ↗
- Citizen Jazz, « Elisabeth Caumont vous parle… » ↗
Chet Baker mon amour
Films et contexte
16. Album photo
Toutes les images de cet album sont hébergées sur Wikimedia Commons, qui n'accepte que des fichiers libres de droit ou du domaine public. L'auteur et la licence de chaque fichier figurent sur sa fiche (lien « fiche ↗ »). Je n'ai pu vérifier la licence d'aucune photographie d'Élisabeth Caumont : celles de ses disques et de son site officiel sont protégées et n'ont pas été reprises.
1 — Charlie Parker, 1947

Le thème de « Donna Lee », auquel Élisabeth Caumont a consacré un « Requiem » puis un « fantôme » (§6). Photo : William P. Gottlieb, Library of Congress, domaine public (le photographe a lui-même dédié son fonds au domaine public ; des droits de la personnalité peuvent s'appliquer). Fiche ↗
2 — À chercher et à vérifier avant publication
Chet Baker (la fiche Wikipédia mentionne une photo de 1955) ; Jimmy Rowles ; Manu Dibango ; Éric Le Lann ; le Sunset-Sunside, à Paris ; Cambrai ; le conservatoire de Perpignan ; la plaque de l'hôtel Prins Hendrik, à Amsterdam. Chaque fichier doit être contrôlé sur sa fiche Commons (auteur, licence, date) avant d'être intégré. Si Élisabeth Caumont répond à votre message, une photo qu'elle offrirait elle-même, avec son autorisation écrite et son crédit, serait l'image la plus juste.
Dernière mesure
Il existe des chansons qui n'attendent personne. Longtemps après que les poètes ont disparu, elles courent encore dans le flux, et elles ouvrent les fenêtres.
Posez l'aiguille. Un piano américain laisse la place. Une voix française entre, sans bruit, et dit un nom d'homme comme on pose une main sur une épaule.
Écoutez encore. Quelque part, une phrase swingue en français — et elle n'a pas fini sa respiration.