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Charles Mingus en 1976

Musiciens · Contrebassiste, compositeur et chef d'orchestre de jazz · Le Cri et la Cathédrale

Charles Mingus

1922 – 1979 · Nogales, Arizona, États-Unis

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Le Cri et la Cathédrale

« Autrement dit, je suis trois. »

— Charles Mingus, Beneath the Underdog, 1971

Trois hommes dans un seul manteau

Ouvrez la porte. Il n'y a pas un homme dans la pièce : il y en a trois.

Il l'a écrit lui-même, au seuil de son autobiographie (Moins qu'un chien, en français), comme on grave une mise en garde au-dessus d'un porche. Un premier se tient au milieu, immobile, et regarde ; il attend qu'on le laisse enfin dire aux deux autres ce qu'il a vu. Un deuxième est une bête traquée, qui mord tout ce qui approche de peur d'être mordue. Un troisième, doux à s'en fendre, offrirait sa poitrine à l'épée plutôt que de passer pour un égoïste.

Le témoin. Le fauve. Le tendre.

Trois hommes, un seul corps de colosse, et quatre cordes pour se quereller — jusqu'à s'accorder, le temps d'un morceau.

Ce qui suit est pour eux trois.

Watts, ou l'enfant qui battait des mains

Nogales, Arizona, sur une base militaire, à la frontière — cette ligne que sa musique n'aura de cesse de franchir. Puis Watts, à Los Angeles. Sa mère s'éteint alors qu'il est à peine plus qu'un premier cri ; son père, ancien soldat, tient la maison comme une caserne.

Lui prétendra être né en swinguant, en battant des mains. On veut bien le croire.

Métis — ses ascendants, dit son biographe Krin Gabbard, comptaient des Chinois, des Anglais, des Allemands et des Afro-Américains —, il ne pourra jamais échapper à l'étiquette de « Noir », et personne ne le dira jamais « blanc ». Il tranchera lui-même : noir, oui — et, pour lui seul, sans couleur. Un musicien, rien d'autre. Son père lui répète qu'il est un génie, « même pour les critères d'un Blanc » : un compliment à double tranchant.

À un pâté de maisons de chez lui, un immigré italien, Simon Rodia, bâtit seul, soir après soir, avec des tessons, des coquillages et des bouts de ferraille, une cathédrale qui n'a pas de messe : les Watts Towers. Il la construit, la défait, la reconstruit. Les enfants du quartier lui apportent des bouteilles vides pour la garnir. Mingus est de ceux-là. Il dira plus tard que ces tours ressemblaient à sa musique : impulsives, et pourtant d'une structure tenue au millimètre. On tient là, en germe, toute une poétique.

Rodia s'en va en 1954, sans se retourner. En 1957, la ville condamne les tours comme « danger public ». Des artistes se battent ; le 10 octobre 1959, devant plus de mille personnes, on tire sur la plus haute tour avec dix mille livres de force : c'est l'appareil d'essai qui plie, pas la tour. Elles ouvrent au public en 1960. Une cathédrale qu'on voulait raser, et qui tient debout. Mingus connaîtra le sort.

Les Watts Towers, Los Angeles
Les Watts Towers de Simon Rodia, décembre 1973. © edk7 (Flickr) — CC BY-SA 2.0 — via Wikimedia Commons.

Ce qui le berce, ce n'est pas une berceuse : c'est l'église de sa belle-mère, où l'on ne prie pas à voix basse. Le prédicateur lance une phrase comme on lance une corde ; la foule l'attrape en hurlant ; quelqu'un chancelle, quelqu'un chante, l'Esprit descend par les épaules. Un enfant y apprend qu'on peut parler à Dieu en criant — et que Dieu, apparemment, n'y voit pas d'inconvénient.

Puis la radio crépite — il a huit ans — et quelque chose de soyeux et de brûlant traverse la pièce : c'est Duke Ellington. Il ne guérira jamais de cette rencontre.

On lui met un trombone entre les mains, puis un violoncelle ; on lui apprend la portée comme on apprend le respect. Il joue dans un orchestre de jeunes de Los Angeles, épris de Debussy et des impressionnistes français. Le violoncelle est son instrument préféré, mais pour un Noir, la voie classique lui semble fermée ; il ne se rabat sur la contrebasse que lorsqu'un orchestre de swing lui offre une place. Plus vaste, plus grave, plus près du sol — plus près des morts, aussi, et du cœur. Ses maîtres : cinq ans durant, Herman Rheinshagen, contrebasse solo du Philharmonique de New York, et, pour la composition, Lloyd Reese ; Red Callender le guide aussi.

Vers dix-sept ans, dit-il, il écrit sa première pièce de concert, Half-Mast Inhibition. Personne ne la jouera avant vingt ans : il faudra attendre 1960 et Gunther Schuller pour qu'un orchestre de vingt-deux musiciens la fasse enfin sonner. Un adolescent poste une lettre à l'avenir ; l'avenir met vingt ans à répondre.

Le reste va vite. 1942 : il gravite autour de Barney Bigard et du vieux Kid Ory. 1943 : la route avec Louis Armstrong. Fin des années quarante : il écrit et joue pour l'orchestre de Lionel Hampton, et mène ses propres formations sous un nom de baron d'opérette — Baron Von Mingus. 1950–1951 : le trio de Red Norvo et Tal Farlow fait un triomphe ; mais le racisme de certains patrons de clubs pousse Mingus vers la sortie, et il s'en va.

Watts lui a appris la discipline. Il passera sa vie à la faire éclater.

Le cri

Écoutez, sous les cuivres. Il y a une voix.

Un grognement. Un yeah ! jeté comme une pierre dans une vitre. Un rire, un ordre, un gémissement d'extase. Ce n'est pas un accident de prise de son : c'est une signature. Le cri de Mingus n'est pas ce qui déborde de la musique ; c'est ce qui la tient debout.

Il n'était pas réservé au public. En plein solo, il pouvait hurler à l'un de ses hommes d'arrêter d'enfiler des plans et d'aller chercher en lui. Un ancien de ses orchestres dira qu'avec lui, on ne pouvait jamais se laisser aller.

Dans Wednesday Night Prayer Meeting, dans Better Git It in Your Soul, l'orchestre répond à l'orchestre comme l'assemblée au prêcheur : amen, oui, encore. L'église de son enfance n'a pas disparu — elle a seulement changé d'adresse. Elle s'est installée dans le club, entre la fumée et les glaçons, et elle a gardé ses habitudes.

Et sa contrebasse ! Il ne la jouait pas : il la faisait parler. Elle jurait, sanglotait, prêchait, poussait l'orchestre dans le dos comme un prophète mal luné. Sous ses doigts, quatre cordes devenaient une gorge.

Quand la salle bavardait, il arrêtait tout. Le morceau suspendu, la main levée, il faisait la leçon au public : la musique n'est pas un fond sonore, c'est un sacrement, et l'on ne mange pas pendant la messe.

Les histoires de ces leçons sont sans nombre.

Un soir, à des clients qui font tinter leurs glaçons, il jette qu'Isaac Stern, lui, n'a pas à endurer ça.

Un autre soir, devant une salle qui mange et papote pendant une longue improvisation, il s'arrête net : « Si vous trouvez ce que nous faisons bizarre, regardez-vous donc. »

Au Village Vanguard, face à une foule inattentive, il pousse la mise en scène jusqu'au bout, raconte son biographe Krin Gabbard : un journal tendu au pianiste, un jeu d'échecs au batteur et au saxophoniste, un petit poste de télévision qu'il installe et qu'il se met à regarder — jusqu'à ce que la salle se taise et comprenne.

À Bloomington, raconte encore Gabbard, un jeune altiste invité à jouer se laisse aller trop longtemps ; Mingus arrête l'orchestre et lui ordonne de cesser d'imiter Charlie Parker, comme font trop d'altistes. Le garçon repart sans son pied de saxophone, et n'osera jamais revenir le chercher.

Un autre soir, il traite tout son public de dilettantes du style : un aveugle, lance-t-il, peut aller à une exposition de Picasso et de Kline, et s'extasier derrière ses lunettes noires — eux aussi, avec leurs lunettes noires et leurs oreilles bouchées.

Le fauve

On l'a surnommé « l'homme en colère du jazz ». Et les histoires courent, qu'il racontait lui-même en romancier de sa propre légende.

1953. Il entre enfin dans l'orchestre de son dieu, Duke Ellington. Quelques semaines plus tard, dans une loge sous la scène, il remonte d'une octave une partie de basse écrite par le tromboniste Juan Tizol, parce que plus bas, ça fait de la boue. Tizol s'offusque ; les insultes fusent, raconte Mingus ; voilà l'un avec un couteau — une machette, dit-on —, l'autre avec une hache d'incendie, l'un qui court, l'autre sur ses talons. Ellington, qui n'avait presque jamais renvoyé personne de sa main — Mingus fait partie du très petit nombre —, le prie de démissionner : Juan est un vieux problème, aurait-il glissé, et Mingus vient de lui en apporter de tout neufs.

Village Vanguard. Il y laissera sa marque, littéralement. Un soir, la porte d'entrée y passe : il l'arrache de ses gonds, dit-on, parce que le patron, Max Gordon, a oublié d'écrire « Jazz Workshop » après son nom sur l'affiche — l'épisode figure dans les mémoires de Gordon. Un autre soir, dans un accès de colère — ou d'enthousiasme, disent d'autres versions —, il enfonce sa contrebasse dans le plafond de la cave, ou il y fracasse une lampe, selon qui raconte. Le trou est resté, la lampe n'a jamais été remplacée : on l'appelle aujourd'hui la Mingus Light.

1960. Greenwich Village. Il joue depuis près d'un an au Showplace. Un soir, un garçon de dix-sept ans, William Matthews, futur poète, lui tend un poème d'adolescent ; Mingus le lit avec bonhomie, sans se moquer. Puis, dans la soirée, il renvoie son pianiste en plein morceau et l'expédie hors de scène, en expliquant à la salle, en musicien, que l'orchestre vient de subir un diminuendo — dans ses effectifs. Matthews en fera un poème, Mingus at the Showplace. L'engagement prend fin, raconte un critique qui y passait ses soirées, le jour où il met en pièces un piano désaccordé.

1962. Town Hall. Trente musiciens, une date avancée de cinq semaines, des partitions qui n'existent pas encore. La veille du concert, dans son appartement, Mingus réclame des fonds pour les solos à son tromboniste Jimmy Knepper, qui lui répond que cette musique est la sienne et qu'à lui de les écrire. Un poing. Une dent brisée, une embouchure meurtrie : Knepper y perdra, pour des années, ses notes les plus hautes. Le jour du concert, son dentiste arrache ce qui reste de la dent ; il lui faut un bridge. Mingus sera condamné pour coups — avec sursis. Le soir venu, des copistes griffonnent encore les partitions sur le plateau ; Mingus s'excuse auprès du public : ce sera une séance d'enregistrement ouverte, et ceux qui veulent se faire rembourser n'ont qu'à le dire.

Des musiciens congédiés sur scène, devant tout le monde, avec la gravité d'un juge.

Légende ? En partie, sûrement. Mais les légendes sont les cicatrices que le temps rend lisibles.

Et pourtant, ils revenaient. Knepper lui-même rejouera avec lui dans les années soixante-dix : sur Let My Children Hear Music, à Carnegie Hall en 1976, sur ses trois derniers disques. Il confiera qu'il se sentait lié à Mingus pour la vie. Il n'avait pas l'air de s'en réjouir. Il est revenu quand même.

Sa colère n'était pas le contraire de l'amour : c'était son exigence. Il ne demandait pas la perfection à ses musiciens ; il leur demandait de ne pas mentir. Lui-même n'a jamais fait autre chose :

« J'essaie de jouer la vérité de ce que je suis. C'est difficile, parce que je change tout le temps. »

La révolte

1957, Little Rock. Le gouverneur Orval Faubus poste la Garde nationale devant un lycée pour barrer la porte à neuf enfants noirs. Mingus répond par une fable : Fables of Faubus, un chant grinçant, une marionnette qui grimace. Elle naît dans un club, à deux voix — Mingus et son batteur se répondent en hurlant, comme l'église et son prêcheur. Le grand label veut bien la musique, pas les mots : sur Mingus Ah Um, en 1959, la fable est muette. Qu'à cela ne tienne : l'année suivante, chez un petit label indépendant, il enregistre Original Faubus Fables, avec les paroles, avec l'insolence entière. Puis la pièce grossit, s'étire, devient une bête : près de vingt-huit minutes à Paris en 1964, trente-cinq à Londres en 1972. La plus vieille ruse du monde — dire la vérité par une fable — et elle marche encore.

Juillet 1960. Newport se vend au commerce, à leurs yeux. Mingus et Max Roach dressent alors un contre-festival à deux pas, à Cliff Walk Manor. Les rebelles plantent leurs propres tentes, cousent eux-mêmes la toile, s'occupent de l'affiche, de la publicité, des billets — et Mingus, dit-on, rôde le long de la clôture pour faire payer les resquilleurs. Pendant ce temps, le festival officiel s'achève dans une émeute ; à Cliff Walk, quelques centaines de personnes écoutent, dans le calme, ceux dont Newport ne voulait plus. À la rentrée, la bande se retrouve en studio sous le nom de Jazz Artists Guild, pour le label Candid : Newport Rebels, avec Roy Eldridge, Dolphy, Knepper — et un Cliff Walk signé Booker Little.

Octobre 1972, université Yale. On célèbre les grands noms de la musique noire ; Ellington, au premier rang, reçoit la première médaille. Une alerte à la bombe : on évacue la salle. Mingus, seul de sa bande, refuse de bouger. Le racisme a posé la bombe, aurait-il lancé à un capitaine de police, mais il n'est pas assez fort pour tuer cette musique ; s'il doit mourir, il s'en ira en jouant Sophisticated Lady. Il l'attaque en solo, pendant que la salle se vide. Dans la rue, au milieu de la foule qui attend, Ellington sourit.

Ses titres sont des poings levés — Oh Lord, Don't Let Them Drop That Atomic Bomb on Me ; Remember Rockefeller at Attica. Prières, réquisitoires, oraisons funèbres à l'avance. Il ne demandait pas à sa musique de consoler. Il lui demandait de témoigner.

La cathédrale

On dira « moderne » plus tard, quand il faudra lui trouver une case. Lui, il construisait. Ses matériaux venaient de partout : Jelly Roll Morton, Debussy, Parker, et toujours une bonne dose de Duke. Le contrebassiste Christian McBride a trouvé la formule : Ellington en sweat à capuche.

1956, Pithecanthropus Erectus : le poème de l'homme qui se dresse, s'enivre de lui-même et s'effondre. À la fin, l'ordre se défait en une clameur collective — quatre ans avant que d'autres baptisent cela « free ». Sur le même disque, un standard de Gershwin s'embrume : sirènes, klaxons, cornes de brume — la ville entière entre dans la chanson.

Il ne distribuait presque pas de partitions. Il s'asseyait au piano et chantait la ligne à chacun, note après note, jusqu'à ce que la phrase soit devenue chair. Il n'écrivait pas pour des instruments : il écrivait pour des visages — pour ce Dolphy-ci, pour ce Knepper-là, avec leurs fêlures, dont il faisait des fenêtres.

1958. John Cassavetes lui confie la musique de Shadows. Mingus arrive avec de vrais morceaux, écrits, que l'orchestre tente de plaquer sur le film qui défile ; ça ne colle pas. Les heures de studio s'accumulent. Cassavetes finit par garder quelques minutes de contrebasse seule et le saxophone de Shafi Hadi ; Mingus, lui, parlera de cette bande-son avec mépris. Mais les esquisses de ce naufrage deviendront Nostalgia in Times Square, Alice's Wonderland et Self-Portrait in Three Colors — l'autoportrait en trois couleurs, encore.

1963, The Black Saint and the Sinner Lady : un ballet d'une seule coulée, et sur la pochette, la parole de son psychiatre, Edmund Pollock. Comme s'il disait : voici la musique, et voici le divan. Il n'avait pas peur qu'on voie les plaies.

1972. Les danseurs s'en mêlent : Alvin Ailey en tire une heure de ballet pour la troupe de Joffrey. La cathédrale, désormais, a des jambes.

Il disait de la contrebasse que c'était du travail ; de la composition, que c'était un don de Dieu.

Deux phrases de lui, à graver au-dessus du piano :

« Rendre le simple compliqué, c'est banal. Rendre le compliqué simple, prodigieusement simple, voilà la création. »

« On ne peut pas improviser sur rien, mon vieux. Il faut improviser sur quelque chose. »

Voilà toute sa modernité : ni table rase, ni nostalgie. Un pied dans l'église, un pied dans l'avenir, et au milieu, la contrebasse — le pont.

Le duc, l'oiseau, le chapeau

Il n'a jamais cessé de saluer ses maîtres, à sa manière : en criant.

Le duc. Ses deux sources, disait-il : « Duke et l'église ». Il lui écrit une lettre ouverte, en musique — Open Letter to Duke. Puis, le 17 septembre 1962, moins d'un mois avant le désastre de Town Hall, ils se retrouvent en studio, avec Max Roach, pour Money Jungle. Aucune répétition. En pleine séance, Mingus referme la housse sur sa contrebasse et sort en jurant, au prétexte du batteur — pourtant son vieux complice. Ellington le rattrape : près de l'ascenseur, dit-il ; jusque dans la rue, jure le producteur, qui croit voir encore le duc courir derrière lui. On entend, dit-on, la tension de ce quart d'heure sur le disque : le disciple s'assied en face de son dieu ; respectueux, oui ; à genoux, jamais.

L'oiseau. Reincarnation of a Lovebird pour Charlie Parker, Parkeriana « dédiée à un génie » — et ce titre qui est un coup de feu : If Charlie Parker Were a Gunslinger, There'd Be a Whole Lot of Dead Copycats. Il n'y a qu'un Bird ; les imitateurs sont déjà tombés.

Un soir, à Birdland, Bird et Bud Powell s'entredéchirent sur la scène ; le piano y passe. Mingus saisit le micro et supplie la salle de ne pas l'associer à cela : ce n'est pas du jazz, dit-il, ce sont des malades. Il les aimait trop pour les regarder tomber en silence.

Toronto, 15 mai 1953 : Bird, Dizzy, Bud Powell, Max Roach, et lui. Une salle à moitié vide — un combat de boxe à la télévision l'a désertée. Le disque entrera pourtant dans l'histoire. Sur la bande, sa contrebasse s'entend à peine ; alors il la rejouera plus tard, note pour note, réparant le temps à la main. Et c'est chez lui que le disque paraîtra, sur Debut, le label qu'il avait fondé avec Max Roach : le monde n'ouvrait pas ses portes, alors ils ont fabriqué la porte.

Le quintette de Charlie Parker au Three Deuces, 1947
Charlie Parker, Tommy Potter, Miles Davis, Duke Jordan et Max Roach au Three Deuces, New York, août 1947. William P. Gottlieb / Library of Congress — domaine public.

Le chapeau. Lester Young meurt le 15 mars 1959. Ce soir-là, Mingus joue au Half Note, à New York, avec son groupe. En plein set, un homme vient lui glisser la nouvelle. Sans un mot, il plonge dans un blues très lent, en ut mineur, et pousse le jeune saxophoniste John Handy à jouer le premier, longtemps, encore et encore. Puis on s'arrête, accablé. Rentré chez lui, il écrit un autre blues, tel qu'il imagine que les hommes de Lester le jouaient, avec des accords qui ne sont pas ceux du blues ordinaire. Moins de deux mois plus tard, il l'enregistre : Goodbye Pork Pie Hat. Une mélodie lente comme un pas de cortège, un chapeau posé sur un silence. Le porkpie, que Lester portait comme le drapeau de sa douceur : il n'y a pas plus belle façon de dire qu'un homme a quitté la pièce, et que la pièce s'en souvient.

Ce sera la pièce de lui que les autres jouent le plus : Pentangle, John McLaughlin, Roland Kirk, Jeff Beck, Joni Mitchell, Gil Evans… Chacun y pose son propre chapeau. En juin 2026, CBS News l'a même placée parmi les 250 chansons américaines essentielles des 250 dernières années.

L'atelier

Il appelait ses orchestres son atelier — le Jazz Workshop — et l'on y a vu passer des frères.

Dannie Richmond était saxophoniste. Il s'était mis seul à la batterie, dans la vingtaine ; un soir de 1956, dans une jam, il s'assied derrière les fûts et joue si bien qu'il change de métier sur-le-champ. Lou Donaldson le recommande à Mingus, las de jeunes batteurs sourds au temps et au ton — Dannie, lui, lui a donné son esprit tout ouvert. Ils ne se quitteront plus pendant vingt et un ans : compagnons de veille, de nuit, de colère — le battement de cœur de l'orchestre. Richmond mourra en 1988, à cinquante-six ans, comme Mingus.

Roland Kirk, aveugle, soufflant dans trois instruments à la fois comme un dieu polythéiste. Jimmy Knepper, la bouche blessée, l'âme intacte. Booker Ervin, John Handy, Jaki Byard. Et Eric Dolphy : clarinette basse, flûte, oiseau.

13 juillet 1960, Juan-les-Pins. Le festival de jazz d'Antibes vient de naître, sous les pins de la Pinède Gould, et la radio française enregistre. Bud Powell, qui vit alors en France, est invité le temps d'un seul morceau, I'll Remember April : sept ans après Massey Hall, deux des cinq de Toronto se retrouvent sous les pins.

19 avril 1964, Paris. Théâtre des Champs-Élysées : le concert ne commence qu'à minuit passé et se termine à 2 h 45. La veille, salle Wagram, le trompettiste Johnny Coles s'est effondré sur scène, terrassé par un ulcère : le sextette est devenu quintette. La tournée, organisée par George Wein, compte seize dates, d'Oslo à Milan. On joue Fables of Faubus, presque une demi-heure durant. On joue A.T.F.W., initiales de deux autres géants — Art Tatum, Fats Waller. Et l'on joue une pièce au titre de prière : So Long Eric (Don't Stay Over There Too Long) — que le premier disque, en 1971, affublera par erreur du titre Goodbye Pork Pie Hat : même deuil, mêmes chapeaux.

Dolphy comptait rester en Europe : il s'installe à Paris. Le 2 juin, à Hilversum, il enregistre ce qui sera son dernier disque, Last Date — et c'est là qu'il dit cette phrase qui pèse toute une vie :

« Quand tu entends de la musique, une fois qu'elle est finie, elle est partie dans l'air. On ne peut plus jamais la rattraper. »

Le 29 juin, il meurt à Berlin. Mingus, lui, passera le reste de son existence à courir après l'air.

Le silence

Le monde n'est pas toujours tendre avec ceux qui hurlent. 22 novembre 1966 : la police et les éboueurs viennent vider son loft de Great Jones Street, dans le Bowery, où il rêvait d'ouvrir une « école des arts, de la musique et de la gymnastique ». Une caméra, celle de Thomas Reichman, un ami — Mingus avait joué, en 1964, aux obsèques de son fils —, filme tout : un homme à la fois immense et acculé, sa petite fille Carolyn à ses côtés, un coup de fusil tiré dans le plafond, à l'image de ses colères, et sa contrebasse sur le trottoir. La police confisque le fusil et une boîte de seringues, pour ses injections de vitamine B ; le lendemain, il revient au commissariat avec les permis pour les deux, et lance qu'on ne voit pas tous les jours un Noir sortir d'un commissariat avec des seringues et un fusil. Suivent des années d'ombre : de 1966 à 1970, il n'enregistre ni ne publie rien. Des doutes, des murs d'hôpital — Bellevue hantera son livre. L'homme qui criait a soudain le silence pour partenaire.

Il revient. En 1971, l'autobiographie : huit cents pages griffonnées, qu'une femme, Nel King, a reprises et charpentées ; il la remercie à sa façon, par une pique lancée au monde de l'édition. La même année, une bourse Guggenheim, et un semestre à enseigner la composition à l'université de Buffalo. En 1972, Let My Children Hear Music — un titre qui est une supplique, la plus simple de toutes.

En 1975, il épouse Sue Graham. Le poète Allen Ginsberg les avait déjà « mariés », à sa façon, en psalmodiant plus d'une heure ; un juge de paix a fait le reste. C'était son quatrième mariage.

En juin 1977, il joue encore à Buenos Aires, Duke Ellington's Sound of Love. À la fin de l'année, la maladie de Charcot. Les mains qui avaient dompté la plus grosse des cordes cessent de lui obéir. Il ne peut plus jouer, ni même composer au piano ; il chante ses dernières œuvres dans un magnétophone. Mais il sort encore, en fauteuil : le Cotton Club, Bradley's, les concerts de Central Park. Sonny Rollins vient le voir ; il s'assoit près du fauteuil, et pendant au moins huit minutes, raconte Gabbard, les deux hommes se regardent dans les yeux, sans un mot.

18 juin 1978. Le président Carter offre au jazz la pelouse de la Maison-Blanche, pour les vingt-cinq ans du festival de Newport — celui-là même que Mingus avait défié dix-huit ans plus tôt. C'est sa dernière apparition publique. Au micro, George Wein l'appelle : « Charlie Mingus, levez-vous, voulez-vous ? » Il ne peut pas. La pelouse se lève pour lui. Il pleure. Carter le prend dans ses bras, et se souviendra lui avoir dit combien il appréciait ce que sa musique avait fait pour leur pays, pour leur peuple, et pour lui, Carter, personnellement.

Il appelle Joni Mitchell : ses dernières mélodies, et la demande d'y poser des mots.

Puis Cuernavaca, au Mexique, où le couple est parti chercher les soins d'un guérisseur. Il y meurt le 5 janvier 1979. Il a cinquante-six ans.

Le lendemain, on le brûle aux portes de Mexico. Ces mêmes jours, sur la côte de Basse-Californie, cinquante-six cachalots — cinquante-six, comme ses années — s'échouent et meurent ; on les brûle aussi, sur des bûchers. Joni dira que ces coïncidences font vibrer son imagination.

Sue, à sa demande, emporte ses cendres en Inde et les rend au Gange, à sa source, à l'aube, avec des fleurs et des prières, dans une eau turquoise où luisent de grandes carpes dorées.

Un homme qui avait passé sa vie à crier vers le ciel, et le fleuve qui l'emporte n'élève jamais la voix.

Les échos

Mais la mort n'est qu'un long silence entre deux entrées.

Joni Mitchell donne des mots à ses dernières mélodies : l'album Mingus paraît la même année, avec Jaco Pastorius, Wayne Shorter, Herbie Hancock. Mingus avait entendu presque toutes les chansons avant de mourir — presque : God Must Be a Boogie Man naîtra deux jours après sa mort. Et dans A Chair in the Sky, c'est lui qui parle, l'homme qui sait son temps compté et qui, pourtant, ne chante pas la tristesse.

Jeff Beck reprend Goodbye Pork Pie Hat sur Wired (1976), à la guitare électrique, et l'instrument pleure à voix de saxophone. À la basse, Wilbur Bascomb Jr., fils d'un trompettiste d'Ellington.

En 1989, dix ans après sa mort, on joue enfin Epitaph, sa cathédrale — celle dont le désastre de Town Hall n'était que la maquette, vingt-sept ans plus tôt. Gunther Schuller la dirige ; il aura fallu que Mingus disparaisse pour qu'elle se dresse.

En 1992, des rockers viennent poser le front contre la grande porte : Weird Nightmare, produit par Hal Willner, avec Elvis Costello, Keith Richards, Charlie Watts, Leonard Cohen, Chuck D, Henry Rollins, et des instruments extravagants bâtis par le compositeur Harry Partch. Enfant, dira Charlie Watts, Mingus était ce qu'il y avait de plus branché à écouter : de la logique, mais jouée sur l'arête, presque de la cacophonie.

En 1993, la Bibliothèque du Congrès acquiert ses papiers — partitions, enregistrements, correspondance, photographies — et y voit la plus importante acquisition d'une collection de manuscrits de jazz de toute son histoire.

Sue a fait mieux que garder le souvenir : elle a fait jouer la musique. Le Mingus Dynasty, réuni dès 1979 autour de Dannie Richmond et de Jimmy Knepper — oui, lui —, puis en 1991 le Mingus Big Band : d'abord les jeudis soir chez Fez, à New York ; puis, à partir de 2008, douze ans de lundis au Jazz Standard, et un Grammy en 2011. Elle est morte en 2022, à quatre-vingt-douze ans, l'année du centenaire. Le lundi continue : en 2026, il se joue au Pocket Jazz Club, sur la 46e Rue Ouest.

Elle avait tiré de l'un de ses morceaux le titre de leur histoire, Tonight at Noon : ce soir, à midi. L'impossible rendez-vous, où l'on va quand même.

Et voici que sa voix revient en français : Moins qu'un chien, traduit par Jacques B. Hess (Éditions du Jour / Robert Laffont, 1973), repris par Parenthèses en 1982, en 2018, et de nouveau en février 2026. Le Mingus Big Band a même intitulé l'un de ses disques I Am Three. Et chaque année, aux États-Unis, des lycéens déchiffrent ses partitions dans un concours qui porte son nom.

Chronologie repère

Quelques dates, comme des bornes le long d'un fleuve qui déborde.

DateRepère
192222 avril : naissance à Nogales (Arizona). Il grandit à Watts (Los Angeles), à deux pas des Watts Towers.
v. 1930À huit ans, il entend Duke Ellington à la radio.
v. 1939À dix-sept ans, dit-il, il écrit Half-Mast Inhibition — elle ne sera enregistrée qu'en 1960.
1942–1943Il gravite autour de Barney Bigard et de Kid Ory, puis part sur la route avec Louis Armstrong.
1947–1948Contrebassiste et arrangeur dans l'orchestre de Lionel Hampton.
1950–1951Trio avec Red Norvo et Tal Farlow ; il le quitte, écœuré par le racisme de certains clubs.
1952Il fonde le label Debut avec Max Roach.
1953Bref passage chez Duke Ellington ; 15 mai : Massey Hall, Toronto ; naissance du Jazz Composers Workshop.
1955Il crée son Jazz Workshop ; Revelations au festival de Brandeis ; 23 décembre : Café Bohemia, New York.
1956Pithecanthropus Erectus (Atlantic) ; rencontre avec le batteur Dannie Richmond.
1957The Clown, Mingus Three, East Coasting.
195817-18 mars : il accompagne le poète Langston Hughes sur The Weary Blues (MGM).
1958–1959Musique (avortée, puis recyclée) pour Shadows de John Cassavetes.
195915 mars : mort de Lester Young. Mai : Mingus Ah Um et Mingus Dynasty (Columbia).
1960Juillet : Newport Rebels, puis Antibes (13 juillet). Octobre–novembre : sessions Candid, dont Original Faubus Fables.
196217 septembre : Money Jungle avec Ellington et Roach. Octobre : Town Hall ; le poing à Jimmy Knepper.
1963The Black Saint and the Sinner Lady (Impulse!) ; Mingus Plays Piano.
1964Mars : première de Meditations on Integration à l'université Cornell.
196418–19 avril : Paris, salle Wagram puis Théâtre des Champs-Élysées. 2 juin : Last Date de Dolphy. 29 juin : mort d'Eric Dolphy à Berlin.
1964Septembre : la version de Meditations on Integration pour onze musiciens, à Monterey.
196622 novembre : expulsé de son loft de Great Jones Street — la scène est filmée par Thomas Reichman.
1968Sortie du film Mingus de Thomas Reichman, tourné autour de l'expulsion de 1966.
197031 octobre : séance à Paris pour le label America.
1971Beneath the Underdog (Knopf) ; chaire Slee à l'université de Buffalo ; bourse Guggenheim.
1972Let My Children Hear Music (Columbia) ; The Mingus Dances d'Alvin Ailey avec le Joffrey Ballet ; octobre : Yale.
1973Première édition française de Moins qu'un chien (Éditions du Jour / Laffont).
197427-30 décembre : Changes One et Changes Two, dont Remember Rockefeller at Attica.
1975Il épouse Sue Graham — après que le poète Allen Ginsberg les a « mariés » en psalmodiant.
1977Juin : Buenos Aires. Fin d'année : diagnostic de la maladie de Charcot (SLA).
197818 juin : la pelouse de la Maison-Blanche ; il appelle Joni Mitchell ; départ pour Cuernavaca.
19795 janvier : mort à Cuernavaca, à 56 ans. Naissance du Mingus Dynasty ; album Mingus de Joni Mitchell.
1989Création d'Epitaph, sous la direction de Gunther Schuller.
1991Sue Mingus fonde le Mingus Big Band (jeudis soir chez Fez, à New York).
1993La Bibliothèque du Congrès acquiert l'ensemble de ses papiers.
1997Documentaire Charles Mingus: Triumph of the Underdog (Don McGlynn).
2002Sue Mingus publie Tonight at Noon: A Love Story.
200828 septembre : ouverture du Charles Mingus Youth Arts Center, à Watts. Octobre : les « Mingus Mondays » s'installent au Jazz Standard.
2011Grammy Award pour Live at Jazz Standard (Mingus Big Band).
202125 novembre : Massey Hall rouvre après trois ans de travaux.
2022Centenaire ; The Charles Mingus Centennial Sessions ; mort de Sue Mingus, en septembre.
2026Février : réédition française de Moins qu'un chien (Parenthèses). Les lundis se jouent au Pocket Jazz Club.

Petit glossaire

Pour entrer dans la langue de la maison.

Ses titres, en français

Ses titres sont des poings levés, des blagues, des prières. Traductions libres.

Titre originalEn français
Pithecanthropus ErectusPithécanthrope dressé
Half-Mast InhibitionInhibition en berne
Fables of FaubusFables de Faubus
Better Git It in Your SoulMieux vaut l'avoir dans l'âme
Wednesday Night Prayer MeetingRéunion de prière du mercredi soir
Goodbye Pork Pie HatAdieu, chapeau porkpie
Open Letter to DukeLettre ouverte à Duke
Self-Portrait in Three ColorsAutoportrait en trois couleurs
Reincarnation of a LovebirdRéincarnation d'un inséparable
If Charlie Parker Were a Gunslinger, There'd Be a Whole Lot of Dead CopycatsSi Charlie Parker avait été un pistolero, il y aurait pas mal d'imitateurs morts
Oh Lord, Don't Let Them Drop That Atomic Bomb on MeSeigneur, ne les laissez pas larguer la bombe atomique sur moi
So Long Eric (Don't Stay Over There Too Long)À bientôt, Eric (ne reste pas trop longtemps là-bas)
Remember Rockefeller at AtticaSouvenez-vous de Rockefeller à Attica
Let My Children Hear MusicQue mes enfants entendent de la musique
Tonight at NoonCe soir, à midi
The Black Saint and the Sinner LadyLe Saint noir et la Dame pécheresse

Citations

De lui

« Autrement dit, je suis trois. »

Beneath the Underdog, 1971

« J'essaie de jouer la vérité de ce que je suis. C'est difficile, parce que je change tout le temps. »

« Rendre le simple compliqué, c'est banal. Rendre le compliqué simple, prodigieusement simple, voilà la création. »

« On ne peut pas improviser sur rien, mon vieux. Il faut improviser sur quelque chose. »

« Duke et l'église. »

— ses deux sources, disait-il

« Si vous trouvez ce que nous faisons bizarre, regardez-vous donc. »

— à un public de club, fin des années 1950

« Isaac Stern n'a pas à endurer ça. »

— à une salle bruyante (traduction libre)

« Je m'en irai en jouant Sophisticated Lady. »

— Yale, octobre 1972, pendant l'alerte à la bombe

« Célèbre, mais pas assez pour gagner ma vie en Amérique. »

— sur lui-même

« Ce qui est difficile, c'est d'être aussi simple que Bach. »

— sur la création

« Mec, je suis un mouvement à moi seul. »

— cité en épigraphe de Prayer for Passive Resistance par le contrebassiste Ethan Philion

En substance, sur son métier : la contrebasse, c'était du travail ; la composition, un don de Dieu. Et sur Lester Young : le soir de sa mort, il a joué un blues pour lui, puis en a écrit un autre, chez lui, tel qu'il pensait que Lester et les siens le jouaient.

Sur lui

« Ellington en sweat à capuche. »

— Christian McBride

« Comme Zeus lançant ses éclairs. »

— Nat Hentoff, à propos de Mingus à la tête de son orchestre

« Quand tu entends de la musique, une fois qu'elle est finie, elle est partie dans l'air. On ne peut plus jamais la rattraper. »

— Eric Dolphy, 1964

Ellington, à propos de l'affaire Tizol : Juan est un vieux problème, et Mingus lui en apportait de tout neufs. Charlie Watts, enfant : rien de plus branché à écouter. Jimmy Knepper : lié à Mingus pour la vie, et pas franchement ravi.

Dix morceaux, dix histoires

  1. Half-Mast Inhibition — écrit vers dix-sept ans, créé vingt ans plus tard, en 1960, par vingt-deux musiciens sous la direction de Gunther Schuller. La lettre postée à l'avenir.
  2. Pithecanthropus Erectus (1956) — l'homme qui se dresse, s'enivre et s'effondre ; l'ordre se défait en clameur collective.
  3. Fables of Faubus — muette chez Columbia, bavarde chez Candid, puis monstrueuse : près de vingt-huit minutes à Paris, trente-cinq à Londres.
  4. Better Git It in Your Soul — l'église déménagée dans le club ; l'orchestre répond à l'orchestre.
  5. Goodbye Pork Pie Hat — un blues pour Lester Young, né du soir de sa mort ; la pièce de Mingus que les autres jouent le plus.
  6. Open Letter to Duke — une lettre au dieu, en musique.
  7. Self-Portrait in Three Colors — né du naufrage de Shadows : l'autoportrait en trois couleurs, écho des trois hommes.
  8. So Long Eric (Don't Stay Over There Too Long) — le titre est une supplique. Dolphy ne rentrera pas.
  9. Remember Rockefeller at Attica — la rage devenue musique, sur la révolte de la prison d'Attica et sa reprise sanglante.
  10. Epitaph — écrit en grande partie pour le concert de Town Hall de 1962, ressuscité en 1989 : la cathédrale que le désastre avait promise.

Trois playlists, une par homme

Puisqu'il est trois, écoutons-le trois fois. Chaque liste suit un ordre d'écoute ; disques et années sont ceux des éditions d'origine.

Le témoin — celui qui regarde, écrit, attend

  1. Half-Mast InhibitionPre-Bird (1960) : l'adolescent qui écrit à l'avenir.
  2. Self-Portrait in Three ColorsMingus Ah Um (1959) : l'autoportrait, né du naufrage de Shadows.
  3. Nostalgia in Times Square — écrit en 1958 pour Shadows ; sa version pour le Mingus Big Band donne son titre à l'album de 1993.
  4. Orange Was the Color of Her Dress, Then Silk BlueChanges Two (enregistré en 1974), déjà jouée à Paris en 1964.
  5. Sophisticated LadyThe Great Concert (Paris, 1964) : un duo entre Jaki Byard et Mingus, pour Duke.

Le fauve — celui qui crie

  1. Fables of FaubusOriginal Faubus Fables (Candid, 1960), puis les presque vingt-huit minutes de The Great Concert (1964).
  2. Haitian Fight SongThe Clown (1957).
  3. Better Git It in Your SoulMingus Ah Um (1959).
  4. Wednesday Night Prayer MeetingBlues & Roots (1960).
  5. Meditations on IntegrationThe Great Concert (1964), ou la version pour grand orchestre de Mingus at Monterey.
  6. Remember Rockefeller at AtticaChanges One (1974).

Le tendre — celui qui pleure et qui aime

  1. Goodbye Pork Pie HatMingus Ah Um (1959), pour Lester Young.
  2. Open Letter to DukeMingus Ah Um (1959), pour Ellington.
  3. A.T.F.W.The Great Concert (1964), pour Art Tatum et Fats Waller.
  4. So Long Eric (Don't Stay Over There Too Long)The Great Concert (1964), pour Dolphy.
  5. Sue's ChangesChanges One (1974), pour sa femme.
  6. Duke Ellington's Sound of LoveChanges One (1974).
  7. A Chair in the Sky — Joni Mitchell, Mingus (1979) : c'est lui qui parle.

Pistes vérifiées d'après : Mingus Ah Um · The Great Concert · Changes One · Changes Two · catalogue des Bibliothèques de Paris.

Le Jazz Workshop en dix visages

Un atelier, pas un orchestre : ceux qui y sont passés, en quelques traits.

Mingus militant : la frise de la colère

Sa colère avait des adresses. Voici les principales, dans l'ordre.

DateQuoi
1957-1960Little Rock, puis New YorkLe gouverneur Faubus bloque neuf enfants noirs à l'entrée d'un lycée ; Fables of Faubus (1959, muette chez Columbia) devient Original Faubus Fables (Candid, 1960), avec les paroles.
1957The ClownHaitian Fight Song, qu'on a pu qualifier d'hymne.
Juillet 1960NewportLes Newport Rebels : un contre-festival monté avec Max Roach.
1964Cornell, Town Hall, MontereyMeditations on Integration, dédiée aux Noirs américains emprisonnés dans le Sud. Lors d'un concert au profit de la NAACP, Mingus compare la ségrégation au fascisme et plaisante sur les Blancs du Sud qui trieraient « le vert du rouge ».
1966Great Jones StreetL'expulsion, filmée par Reichman ; la remarque cinglante au commissariat, le lendemain.
Octobre 1972YaleL'alerte à la bombe : « Je m'en irai en jouant Sophisticated Lady. »
Décembre 1974Atlantic Studios, New YorkRemember Rockefeller at Attica, après la révolte de la prison d'Attica ; Free Cell Block F, 'Tis Nazi U.S.A. sur le disque suivant.
18 juin 1978Maison-BlancheL'ovation debout, dans le fauteuil : la reconnaissance, tard, d'un homme qui n'a jamais lâché.

Quatre thèmes. En 2022, pour le centenaire, le contrebassiste Ethan Philion a regroupé ses arrangements de Mingus selon quatre fils : le racisme (Haitian Fight Song, Meditations, Pithecanthropus Erectus), la brutalité policière (Remember Rockefeller at Attica, Prayer for Passive Resistance), la santé mentale (Self-Portrait in Three Colors) et les inégalités économiques (Once Upon a Time There Was a Holding Corporation Called Old America).

Sources : KQED · Eli Yamin · USC, concert de 1964 · NEPR · TPR · site officiel.

Mingus et les autres arts

Mingus et la France

Une histoire d'amour à éclipses, mais durable.

Sur les pas de Charles Mingus

Des lieux où l'on peut encore, en tendant l'oreille, entendre quelque chose.

Nogales, Arizona

La ville où il naît, le 22 avril 1922, à la frontière : une jumelle mexicaine, Nogales, de l'autre côté du grillage. Il n'y reste pas. Mais la frontière, elle, ne le quittera plus.

Watts, Los Angeles

Watts Towers Arts Center Campus, 1727 East 107th Street. Les tours de Simon Rodia — 1765 East 107th Street — sont à côté, classées monument historique : dix-sept structures de ferraille et de tessons, bâties de 1921 à 1954, condamnées en 1957, sauvées en 1959. Depuis 2008, le Charles Mingus Youth Arts Center occupe le même campus. Chaque année, le dernier week-end de septembre, le Day of the Drum Festival (samedi) et le Simon Rodia Watts Towers Jazz Festival (dimanche), gratuits, y font sonner le quartier. Cette année, cela tombe les 26 et 27 septembre : à confirmer sur wattstowers.org.

New York

Toronto

Massey Hall, 178 Victoria Street : le 15 mai 1953, devant une salle à moitié vide — un combat de boxe passait à la télévision —, l'un des plus grands concerts de l'histoire du jazz. La salle a été rénovée pour 184 millions de dollars et rouverte le 25 novembre 2021.

Newport, Rhode Island

Là où, en juillet 1960, les Newport Rebels ont planté leurs tentes, cousu leur toile et vendu leurs billets : un festival fait à la main, contre le festival officiel.

Juan-les-Pins et Antibes

La Pinède Gould, boulevard Édouard-Baudoin. Jazz à Juan y est né le 7 juillet 1960 en hommage à Sidney Bechet ; Mingus y était dès la première année, le 13 juillet, avec Dolphy, Curson, Ervin, Richmond — et Bud Powell pour un morceau. Le festival, doyen des festivals de jazz d'Europe, revient chaque juillet ; sur le trottoir qui longe la pinède, les empreintes des jazzmen dorment sous les pins.

Paris

Deux adresses, deux nuits, avril 1964 : la salle Wagram (39, avenue de Wagram), où Johnny Coles s'effondre le 18 ; le Théâtre des Champs-Élysées (15, avenue Montaigne), où le concert du 19 commence à minuit passé. Dolphy y joue l'un de ses derniers concerts.

Washington

La pelouse de la Maison-Blanche, 18 juin 1978. Et la Bibliothèque du Congrès, qui a acquis en 1993 l'ensemble de ses papiers.

Cuernavaca et le Gange

Cuernavaca, au Mexique : la ville où il meurt, le 5 janvier 1979. Le Gange : là où Sue rend ses cendres, à l'aube, à la source.

Un itinéraire depuis la France

Un été : Jazz à Juan (Pinède Gould, juillet). Un week-end : Paris, du Théâtre des Champs-Élysées à la salle Wagram, disque de la Great Concert dans les oreilles. Un rêve : un lundi soir à New York, au Pocket Jazz Club, puis une descente à pied jusqu'au Village Vanguard pour regarder le plafond.

La carte

Une page HTML autonome accompagne le guide : la carte interactive. Vingt-deux étapes de la vie de Mingus, filtrables selon l'un des trois hommes (le témoin, le fauve, le tendre) et placées sur une carte du monde. Chaque point ouvre, au clic, son histoire complète et sa source — la chronologie détaillée, elle, reste plus haut dans ce guide.

Écouter Mingus : dix disques pour entrer dans la maison

DisqueAnnéePourquoi l'écouter
Pithecanthropus Erectus (Atlantic)1956Le poème de l'homme qui se dresse et s'effondre — l'un des premiers segments d'improvisation libre gravés sur bande.
Mingus Ah Um (Columbia)1959Goodbye Pork Pie Hat, Better Git It in Your Soul, Open Letter to Duke, Fables of Faubus (muette). Inscrit au National Recording Registry de la Bibliothèque du Congrès et au Grammy Hall of Fame.
Blues & Roots (Atlantic)1960Le blues et le gospel en plein cri.
Charles Mingus Presents Charles Mingus (Candid)1960Original Faubus Fables, avec les paroles ; Dolphy, Curson, Richmond.
Mingus at Antibes (Atlantic)enr. 1960Sous les pins de Juan-les-Pins, avec Bud Powell en invité.
Oh Yeah (Atlantic)1962Mingus au piano et au chant, aux côtés de Roland Kirk.
Money Jungle (avec Ellington et Roach)enr. 1962Le disciple et son dieu, face à face, sans plier le genou.
The Black Saint and the Sinner Lady (Impulse!)1963Le grand ballet d'une seule coulée, avec le psychanalyste sur la pochette.
The Great Concert of Charles Mingusenr. 1964Paris, une nuit d'avril, Dolphy au sommet ; une Fables de presque une demi-heure.
Let My Children Hear Music (Columbia)1972La supplique, orchestrale et tendre.

Pour prolonger : Epitaph (création en 1989, Gunther Schuller) ; Mingus de Joni Mitchell (1979) ; Nostalgia in Times Square du Mingus Big Band (1993).

Écouter Mingus pour la première fois

  1. Commencez par Mingus Ah Um (1959). Neuf pièces, une seule nuit d'écoute, et tout est là : le gospel, l'hommage, la fable, le chapeau.
  2. Suivez la basse d'abord. Elle mène l'orchestre, elle parle, elle pousse. Le reste vient s'y accrocher.
  3. Laissez venir le cri. Les yeah !, les grognements, les ordres jetés en pleine mesure ne sont pas des bruits parasites : c'est l'église dans le club.
  4. Écoutez Fables of Faubus trois fois. Muette (Mingus Ah Um), avec les paroles (Candid, 1960), puis dans les presque vingt-huit minutes de Paris (1964). C'est la même pièce, et un autre monde.
  5. Gardez pour plus tard The Black Saint and the Sinner Lady et Epitaph. Ce sont des cathédrales : on y entre mieux quand on connaît déjà la rue.
  6. Lisez les titres à voix haute. Ils sont des poings levés, des blagues, des prières. Ils disent souvent comment écouter.
  7. Écoutez-le en concert. Un disque de scène — The Great Concert, Mingus at Antibes — ou, mieux, un lundi soir à New York.

Un piège à éviter : lire d'abord la légende de l'homme en colère. Krin Gabbard, son biographe, le rappelle : Mingus est l'un des musiciens les plus mythologisés du jazz. La musique d'abord ; le mythe ensuite.

Voir et lire

À voir

À lire

Hommages en un coup d'œil

QuiQuoiQuand
Jeff BeckGoodbye Pork Pie Hat (album Wired)1976
Joni MitchellAlbum Mingus1979
Alvin Ailey / Joffrey BalletThe Mingus Dances1972
Gunther SchullerCréation d'Epitaph1989
Hal Willner et quelques-uns des plus grands du rockWeird Nightmare: Meditations on Mingus1992
Sue MingusMingus Dynasty (1979), Mingus Big Band (1991), Mingus Orchestra1979 →
Bibliothèque du CongrèsAcquisition de ses papiers1993
WattsCharles Mingus Youth Arts Center2008
Lycées américainsCharles Mingus High School Competitionchaque année
Cecilie Manz / LightyearsCollection de suspensions baptisée « Mingus »design danois
Village VanguardLa Mingus Light : un trou dans le plafonddepuis le soir de la colère
François Jeanneau et Enrico RavaTribute to Mingus (ADDA)1992
Steve LacySpirit of Mingus1992
Pepper AdamsPepper Adams Plays Charlie Mingus1991
Ethan PhilionMeditations on Mingus (Sunnyside)2022
Keto von WabererRoman Mingus (trad. fr. Éditions du Rouergue)2012 / 2015
Joni MitchellTableau Mingus Down in Mexico1979

Sources : Bibliothèques de Paris (Jeanneau et Rava, Lacy, Adams) · Making a Scene (Philion) · Goodreads (Waberer) · site officiel Mingus (le tableau de Joni Mitchell).

Questions fréquentes

Par quel disque commencer ? Mingus Ah Um (1959) : Goodbye Pork Pie Hat, Better Git It in Your Soul, Open Letter to Duke. Puis The Black Saint and the Sinner Lady pour la grande forme.

Quelle est la pièce de lui que les autres jouent le plus ? Goodbye Pork Pie Hat, l'adieu à Lester Young.

A-t-il vraiment frappé Jimmy Knepper ? Oui, en 1962 : une dent brisée, une embouchure abîmée. Il est condamné avec sursis. Les deux hommes rejoueront ensemble dans les années 1970.

Son autobiographie est-elle fiable ? C'est un livre mi-vrai, mi-inventé : huit cents pages griffonnées, remises en forme par Nel King. À lire comme le roman d'un homme qui se cherche, non comme un procès-verbal.

Combien de disques et de partitions ? Plus de cent albums, plus de trois cents partitions, selon son site officiel.

Comment est-il mort ? Il était atteint de la maladie de Charcot (sclérose latérale amyotrophique), diagnostiquée fin 1977. Il meurt à Cuernavaca, au Mexique, le 5 janvier 1979, à 56 ans.

Où l'entendre aujourd'hui, en vrai ? Le lundi soir, à New York, avec le Mingus Big Band (en 2026, au Pocket Jazz Club).

Jouait-il d'autres instruments ? Du trombone et du violoncelle dans sa jeunesse, du piano toute sa vie — Mingus Plays Piano (1963) — et sa voix, qu'on entend partout.

Où sont ses manuscrits ? À la Bibliothèque du Congrès, à Washington, depuis 1993.

Peut-on visiter le quartier de son enfance ? Oui : les Watts Towers, à Los Angeles, à quelques pas de chez lui, et le Charles Mingus Youth Arts Center juste à côté.

Quiz

Dix questions ; les réponses sont dans le guide (et au bas de cette rubrique).

  1. Dans quelle ville de l'Arizona Mingus est-il né ?
  2. Quel monument de Watts a marqué son enfance ?
  3. Quel instrument a-t-il étudié avant la contrebasse, après le trombone ?
  4. Quel tromboniste a-t-il poursuivi avec une hache d'incendie dans l'orchestre d'Ellington ?
  5. Quel gouverneur a inspiré Fables of Faubus ?
  6. À qui doit-on la dent brisée de 1962 ?
  7. Pour qui Goodbye Pork Pie Hat a-t-il été écrit ?
  8. Combien de cachalots se sont-ils échoués les jours de sa mort ?
  9. Comment s'appelle le trou dans le plafond du Village Vanguard ?
  10. Quel est le titre français de son autobiographie ?

Réponses. 1. Nogales. 2. Les Watts Towers. 3. Le violoncelle. 4. Juan Tizol. 5. Orval Faubus. 6. À Mingus, qui a frappé son tromboniste Jimmy Knepper. 7. Pour Lester Young. 8. Cinquante-six. 9. La Mingus Light. 10. Moins qu'un chien.

Mingus en chiffres

Galerie photographique et crédits

Ce qu'on peut utiliser librement, et à quelles conditions.

Photos libres de droit (ou sous licence libre) :

ImageOù la prendreLicenceCe qu'il faut faire
Charles Mingus en 1976, par Tom MarcelloWikimedia Commons — Minugs 1976.jpgCC BY-SA 2.0Citer l'auteur, la licence et le lien ; toute version modifiée doit rester sous la même licence.
Charles Mingus, 4 juillet 1976 (Bicentenaire, Lower Manhattan), par Tom Marcello — version grand format (2 048 × 3 089 px)Commons — Charles Mingus 1976.jpgCC BY-SA 2.0Citer l'auteur, la licence et le lien ; toute version modifiée reste sous la même licence.
Watts Towers, décembre 1973, par « edk7 » (Flickr)Commons — Watts Towers, Simon Rodia, 1921-54…CC BY-SA 2.0Idem.
Watts Towers — « The Ankh Within », par PatolocosiCommonsCC BY-SA 4.0Idem.
Quintette de Charlie Parker avec Max Roach, Three Deuces, août 1947, par William P. GottliebLibrary of CongressDomaine public (dédié par l'auteur)Aucune obligation légale ; créditer par courtoisie. Droits de la personnalité possibles.
Duke Ellington et son orchestre (avec Juan Tizol et Barney Bigard), vers 1938-1948, par GottliebLibrary of CongressDomaine publicIdem. — La photo idéale pour l'épisode Tizol.
Lester Young, Famous Door, septembre 1946, par GottliebLibrary of CongressDomaine publicIdem. — Pour Goodbye Pork Pie Hat.
Louis Armstrong, Aquarium, New York, juillet 1946, par GottliebLibrary of CongressDomaine publicIdem. — Pour la tournée de 1943.
Lionel Hampton, Aquarium, New York, juin 1946, par GottliebCommons — Lionel Hampton, Aquarium…Domaine public (PD-Gottlieb)Idem. — Pour 1947-1948.
Charlie Parker, Red Rodney, Dizzy Gillespie, Margie Hyams, Chuck Wayne, Downbeat, vers 1947, par GottliebCommonsDomaine public (PD-Gottlieb)Idem. — Pour Massey Hall.
Dizzy Gillespie, John Lewis, Cecil Payne, Miles Davis et Ray Brown, Downbeat, vers 1946-1948, par GottliebLibrary of CongressDomaine publicIdem. — Pour Massey Hall.
Watts Towers, relevés HABS (Historic American Buildings Survey)Library of Congress — chercher « HABS CAL,19-LOSAN,73 »Domaine public (œuvre du gouvernement américain)Aucune obligation ; créditer HABS/Library of Congress.
Village Vanguard, 1976Commons — Category:Village Vanguard — fichier The Village Vanguard at night 1976.jpgÀ vérifier sur la fiche du fichierNe l'utiliser qu'après lecture de sa licence exacte.
Lieux : Massey Hall, Théâtre des Champs-Élysées, Village VanguardCommons : Massey Hall, Théâtre des Champs-Élysées, Village VanguardTout fichier de Commons est libre, mais chacun a sa licence et son auteurLire la fiche de chaque fichier choisi avant de l'utiliser, et créditer en conséquence.

Et les autres photos de Mingus lui-même ? Il y en a très peu de libres. La catégorie Commons Charles Mingus ne contient que cinq fichiers : trois versions de la série de Tom Marcello (1976, dont une en grand format), plus deux fichiers dont je n'ai pas pu lire la licence : 63.charlesmingus.jpg et Ad for Mingus film, 1968.jpg (l'affiche du film de Reichman). Commons n'accepte que des contenus libres, ils sont donc réutilisables, mais il faut lire leur fiche pour connaître l'auteur et les conditions exactes. Les images les plus célèbres — Carter serrant Mingus en larmes à la Maison-Blanche (Chuck Fishman / Getty), les portraits de photographes professionnels, les photos de presse — sont protégées.

Pistes : la photothèque de la Carter Library (NARA) pour le 18 juin 1978, dont les clichés officiels sont des œuvres du gouvernement américain, en principe du domaine public (je n'ai pas pu vérifier qu'un cliché officiel montre Mingus) ; une recherche Flickr filtrée par licence Creative Commons ; ou une demande de licence aux ayants droit, via la page « Licensing » du site officiel.

Comment créditer (modèle) :

Ce qu'on ne peut pas prendre : les photos de presse et d'agence (Getty, Britannica, etc.), les pochettes de disques, et la plupart des portraits de Mingus publiés dans les livres ou sur des sites commerciaux : ils restent protégés, même s'ils circulent partout sur Internet. En cas de doute, ne pas utiliser.

Sources

Les anecdotes du guide reposent sur les pages suivantes ; chaque ↗ dans le texte y renvoie.

Enfance, formation, identité. Berklee · BlackPast, Mingus · BlackPast, Watts Towers · SPACES, Watts Towers · LACMA, l'ingénieur des Watts Towers · Il Post · EDT, note sur Gabbard

Colères et légendes. KUVO, « The Ozone, the Baron, the Duke » · SCMP, sur Money Jungle · Curt Jazz, « Duke fires Mingus » · Village Voice, « Town Hall Train Wreck » · All About Jazz, Jimmy Knepper · AMNY, Village Vanguard · City Lore, Village Vanguard · KUVO / Vulture, Village Vanguard · Poetry Foundation, « Mingus at the Showplace » · Town Topics, sur Gabbard · HiLoBrow

Révolte. Wikipédia, Newport Rebels · TPR, Mingus et la protestation · KQED, Mingus à 100 ans · Eli Yamin, Meditations on Integration · USC, concert NAACP de 1964 · Making a Scene, sur Philion

Création. Antoine Chambert-Loir, sur Shadows · Sunnyside, sur Black Saint · Kennedy Center

Lester Young et Pork Pie Hat. Site officiel Mingus · Extrait de Priestley · Wikipédia, Goodbye Pork Pie Hat · JazzGuitar.be, entretien avec John Handy · Wikipédia, Wired (Jeff Beck) · Guitar World, sur Bascomb

L'atelier. Wikipédia, Dannie Richmond · Jazz.com, Dannie Richmond · Wikipédia, Rahsaan Roland Kirk · Wikipédia, Don Pullen · WFAE, Changes · All About Jazz, Ted Curson · Wikipédia, The Great Concert · JazzTimes, The Great Concert · DownBeat, réédition Verve

Silence et fin. NEPR, sur le film de Reichman · Chicago Film Archives · Chicagoist · Site officiel, Carter · Point of Departure · Original-Cin · Site officiel, 5 janvier 1979 · Site officiel, notes de Joni Mitchell · Joni Mitchell, bibliothèque

Échos et édition. France Musique, hommage à Sue Mingus · Wikipédia, Jimmy Knepper (Epitaph) · Catalogue Éditions du Jour · Politis, Moins qu'un chien · Mollat · CP24, Massey Hall

Liens

Cinq leçons de Mingus

  1. Improviser sur quelque chose. La liberté ne sort pas du vide : elle a besoin d'un sol.
  2. Ne pas mentir. Ni à la salle, ni à ses musiciens, ni à soi. Le reste est de l'ornement.
  3. Simplifier le compliqué. Y compris — surtout — quand on est compliqué soi-même.
  4. Fabriquer la porte. Quand le monde ne s'ouvre pas, bâtir la maison où la musique pourra entrer : un label, un contre-festival, un atelier.
  5. Écrire pour des visages. Chaque fêlure est une fenêtre, à condition de la regarder en face.

Improviser sur quelque chose

Que reste-t-il, quand le dernier accord s'est éteint ?

Un disque qui craque. Une salle vide où flotte encore la fumée d'un cri. Un trou dans un plafond, devenu lampe. Un chapeau posé sur un silence. Trois hommes qui, un instant, se sont donné la main.

Il disait qu'on ne peut pas improviser sur rien. Alors il nous a laissé quelque chose. Pas une réponse — les réponses sont pour ceux qui n'écoutent pas — mais une matière : une colère à tourner en chant, une tendresse à ne plus cacher, et ce témoin immobile, au milieu de nous, qui attend depuis toujours qu'on le laisse parler.

Better git it in your soul.

Crie, s'il le faut. Change tout le temps : c'est la seule manière d'être vrai. Et si tu doutes, tends l'oreille — quelque part, sous la poussière du siècle, une corde de boyau vibre encore.

Ce n'est pas un écho.

C'est un yeah lancé dans le noir, qui n'a pas fini de retomber.

Album photo

Pour finir, quelques visages de cette histoire. Toutes ces images sont dans le domaine public ou sous licence libre, avec leurs crédits. Les photos libres de Mingus lui-même sont rares : en voici une seconde, en grand format.

Charles Mingus, Lower Manhattan, 4 juillet 1976
Charles Mingus, un cigare à la main, pendant les fêtes du Bicentenaire américain, Lower Manhattan, 4 juillet 1976. © Tom Marcello — CC BY-SA 2.0 — via Wikimedia Commons.
Duke Ellington et son orchestre, vers 1938-1948
Duke Ellington et ses musiciens, vers 1938-1948. On y reconnaît Juan Tizol, celui de la hache d'incendie, et Barney Bigard, dans l'orbite duquel Mingus gravite en 1942. William P. Gottlieb / Library of Congress — domaine public.
Louis Armstrong, Aquarium, New York, juillet 1946
Louis Armstrong, Aquarium, New York, juillet 1946. En 1943, Mingus part sur la route avec lui. William P. Gottlieb / Library of Congress — domaine public.
Lionel Hampton, Aquarium, New York, juin 1946
Lionel Hampton, Aquarium, New York, juin 1946. Mingus écrit et joue pour son orchestre en 1947-1948. William P. Gottlieb / Wikimedia Commons — domaine public.
Charlie Parker, Red Rodney, Dizzy Gillespie, Margie Hyams et Chuck Wayne, vers 1947
Charlie Parker, Red Rodney, Dizzy Gillespie, Margie Hyams et Chuck Wayne, Downbeat, New York, vers 1947. Six ans plus tard, Parker et Gillespie se retrouveront avec Mingus à Massey Hall. William P. Gottlieb / Wikimedia Commons — domaine public.
Lester Young au Famous Door, New York, septembre 1946
Lester « Prez » Young, Famous Door, New York, septembre 1946 : le chapeau de Goodbye Pork Pie Hat. William P. Gottlieb / Library of Congress — domaine public.
Détail des Watts Towers, Los Angeles
Les Watts Towers de Simon Rodia, à un pâté de maisons de l'enfance de Mingus. © Patolocosi — CC BY-SA 4.0 — via Wikimedia Commons.

Les photos de Gottlieb sont dédiées au domaine public par leur auteur ; la Library of Congress rappelle que les droits de la personnalité et de l'image peuvent s'appliquer aux personnes photographiées : à vous de vous en assurer avant publication.