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Thelonious Monk au Minton's Playhouse, New York, vers septembre 1947

Musiciens · Pianiste et compositeur de jazz · Le silence qui danse

Thelonious Monk

1917 – 1982 · Rocky Mount, Caroline du Nord, États-Unis

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Le silence qui danse

Hommage — 1917 · 1982

Thelonious Monk au Minton's Playhouse, New York, vers septembre 1947

Thelonious Monk au Minton's Playhouse, New York, vers septembre 1947. Photo : William P. Gottlieb, domaine public (Library of Congress), via Wikimedia Commons (fiche du fichier ↗ · notice de la Library of Congress ↗).

« It's always night, or we wouldn't need light. »
« C'est toujours la nuit, sinon nous n'aurions pas besoin de lumière. »
Phrase attribuée à Thelonious Monk, que Thomas Pynchon a placée en épigraphe de son roman Against the Day (2006)

Ouverture — Ce que le silence sait

Il y a des musiciens qui remplissent la nuit. Lui, il la laissait respirer.

Il entrait dans une mélodie comme on entre dans une pièce dont on connaît les meubles à l'aveugle : en heurtant, exprès, l'angle de la table. Une seconde mineure, là où l'on attendait une tierce. Un doigt à plat, comme un marteau doux. Une note tenue trop longtemps, puis plus rien — et dans ce plus rien, tout un auditoire retenait son souffle, persuadé d'avoir perdu le fil, avant de comprendre que le fil, c'était le trou.

On a dit maladroit. On a dit deux mains gauches. On a dit, plus tard, avec la tendresse des gens qui ont compris trop tard, génie. Lui n'a rien dit, ou presque : il a mis un chapeau, il a ajusté ses lunettes noires, et quand ses musiciens jouaient il se levait et tournait sur lui-même, lentement, comme si la musique avait besoin d'un axe. Un derviche de Harlem. Un phare qui aurait choisi de danser.

Il est né dans le Sud, il a grandi dans un quartier qu'on allait raser pour bâtir des salles de concert, il a passé six ans sans droit de jouer dans les clubs de sa propre ville pour avoir refusé de trahir un ami. Il a écrit des mélodies qui ressemblent à des escaliers dont une marche aurait été retirée, et que des générations de pianistes ont appris à descendre sans tomber : 'Round Midnight, Ruby, My Dear, Blue Monk, Epistrophy, Straight, No Chaser. Des maisons où l'on entre par la fenêtre, et où l'on se sent chez soi.

Ce guide n'est pas une biographie de plus. C'est une marche autour d'un piano dont un pied serait plus court : on ne le calera pas. On écoutera plutôt comment tout tient, justement, à cause de cela.

Entrez. Laissez la lumière éteinte. Écoutez ce qui se passe entre les notes : c'est là qu'il habitait.

Comment lire ce guide — Trois portes

Ce guide est une maison à plusieurs entrées. Voici trois façons d'y pénétrer, selon le temps dont vous disposez ; chacune a son disque, à écouter en lisant. (Durées estimées sur environ 230 mots à la minute ; « § » renvoie aux titres numérotés.)

ParcoursDuréeÀ lireÀ écouter
Un souffle≈ 10 minL'ouverture · §1 San Juan Hill · §4 Les années sans carte · §16 Le silence · §7 Le grand silence · « Dernière mesure »Thelonious Himself (1957), en particulier « 'Round Midnight » en solo
Une soirée≈ 1 hL'ouverture, les repères et la chronologie · tout le récit (§1 à 7) · l'interlude du Five Spot · le portrait (§15 à 22) · §10 Le rite de la scène · §23 Hommages reçus · §27 Playlists · « Dernière mesure »Monk's Music (1957), avec Coleman Hawkins et John Coltrane
L'intégrale1 h 30 à 2 hTout, dans l'ordre ; quiz, vérification, sources et album en dernierThelonious Monk Quartet with John Coltrane at Carnegie Hall (enregistré en 1957, publié en 2005), jusqu'à la dernière note

Entrer par une envie

Le plan en un coup d'œil

Repères — La fiche en un souffle

Nom de naissanceThelonious Sphere Monk (son acte de naissance porte « Thelious » et omet le second prénom, emprunté à son grand-père maternel Sphere Batts)
Naissance10 octobre 1917, Rocky Mount (Caroline du Nord)
Mort17 février 1982, Englewood (New Jersey), d'un accident vasculaire cérébral, à 64 ans
EnfanceNew York dès 1922, aux Phipps Houses (243 West 63rd Street), dans le quartier de San Juan Hill
InstrumentPiano (et orgue d'église, adolescent, en tournée avec un évangéliste)
SignaturesDissonances assumées, attaque percussive, silences, main gauche héritée du stride, danse sur scène, chapeaux et lunettes noires
Label(s)Blue Note (1947-1952), Prestige (1952-1954), Riverside (1955-1961), Columbia (dès 1962)
FormationLongtemps un quartette, avec le ténor Charlie Rouse (de 1959 à 1970)
Compagnons de routeColeman Hawkins, Bud Powell, Kenny Clarke, John Coltrane, Sonny Rollins, Charlie Rouse, Steve Lacy, la baronne Pannonica de Koenigswarter
ÉpouseNellie Smith Monk (mariés en 1947)
EnfantsThelonious Jr., dit T.S. (né en 1949), batteur ; Barbara, dite « Boo Boo » (1953-1984)
TraceCompositeur de jazz le plus enregistré après Duke Ellington (selon Wikipedia, en 2009) ; l'un des cinq musiciens de jazz en couverture de Time

Sources : Wikipedia ↗ · NCpedia ↗ · All About Jazz ↗ · Biography.com ↗

Chronologie repère

AnnéeÉvénement
191710 octobre : naissance de Thelonious Sphere Monk à Rocky Mount (Caroline du Nord), fils de Barbara et de Thelonious Monk père. Sa sœur Marion et son frère Thomas complètent la fratrie.
1922La famille s'installe à New York : Phipps Houses, 243 West 63rd Street, dans San Juan Hill.
années 1920-1930Un peu de trompette, puis le piano. Leçons de stride avec une voisine, Alberta Simmons ; classiques avec Simon Wolf. Lycée Stuyvesant, qu'il ne termine pas.
vers 1934Il tourne comme organiste avec un évangéliste ; son premier groupe date de ses 16 ans.
vers 1941Le batteur Kenny Clarke le recrute comme pianiste maison du Minton's Playhouse, à Harlem : l'atelier où se fabrique le bebop.
1943Il dépose « I Need You So », première forme de « 'Round Midnight ». En mars, il est réformé lors de l'examen d'incorporation.
1944Premier enregistrement commercial, dans le quartette de Coleman Hawkins.
1947Grâce à Ike Quebec, il rencontre Lorraine et Alfred Lion (Blue Note) : premières séances en leader. Il épouse Nellie Smith.
19482 juillet : « Epistrophy » (avec Milt Jackson). Septembre : première semaine au Village Vanguard — où personne ne vient.
194927 décembre : naissance de T.S. Monk.
1951Août : arrêté dans une voiture avec Bud Powell, il refuse de le charger. Sa carte de cabaret lui est retirée : il ne pourra plus jouer dans les lieux new-yorkais qui servent de l'alcool, jusqu'au printemps 1957.
1952-1954Contrat avec Prestige ; sessions avec Sonny Rollins, Art Blakey, Max Roach.
1954Juin : première visite en Europe (Salon du Jazz, Salle Pleyel, Paris) ; il enregistre un disque de piano seul pour Vogue. À Paris, Mary Lou Williams le présente à Nica de Koenigswarter. 24 décembre : séance avec Miles Davis et Milt Jackson, restée célèbre.
1955Riverside rachète son contrat Prestige pour 108,27 dollars. Thelonious Monk Plays Duke Ellington.
1956The Unique Thelonious Monk ; en octobre et décembre, Brilliant Corners (Sonny Rollins, Ernie Henry, Oscar Pettiford, Max Roach).
1957Carte de cabaret restituée. Été : première résidence au Five Spot, avec John Coltrane. 26 juin : Monk's Music. 29 novembre : concert-bénéfice au Carnegie Hall, enregistré par Voice of America — bandes retrouvées en 2005.
1958Nouvelle résidence au Five Spot ; Charlie Rouse rejoint le quartette. 15 octobre : arrêté à Wilmington (Delaware) avec Nica ; les policiers le frappent.
195928 février : orchestre à Town Hall (arrangements de Hall Overton), premier concert documenté de Charlie Rouse avec Monk. Thelonious Alone in San Francisco. 27 juillet : enregistrement de la musique des Liaisons dangereuses de Roger Vadim.
1962Contrat avec Columbia.
1963-1964Monk's Dream ; Criss-Cross. 28 février 1964 : couverture de Time, « The Loneliest Monk ».
1965Tournée dont le départ est marqué par un entretien pour la radiotélévision néo-zélandaise ; Solo Monk.
1967-1968Les frères Blackwood le filment pour la télévision ouest-allemande : matière du documentaire de 1988. Underground (1968), avec « Ugly Beauty ». 27 octobre 1968 : concert au lycée de Palo Alto, à l'invitation de Danny Scher, seize ans.
1971Tournée mondiale avec les Giants of Jazz ; en novembre, à Londres, sa dernière séance en leader (Black Lion).
1973Il s'installe chez Nica, à Weehawken (New Jersey).
1974-1976Dernières apparitions publiques : Carnegie Hall (6 avril 1974), Newport à New York (1975).
198217 février : mort à Englewood. Obsèques à St. Peter's Church, Manhattan ; il repose au cimetière de Ferncliff (Hartsdale, New York).
1986-1987Création du Thelonious Monk Institute of Jazz ; premier concours en 1987.
1988Thelonious Monk: Straight, No Chaser, documentaire de Charlotte Zwerin, produit par Clint Eastwood.
1993Grammy Lifetime Achievement Award.
2005Retrouvailles avec la bande du Carnegie Hall 1957 (Monk et Coltrane) dans les archives de la Library of Congress.
2006Citation spéciale du prix Pulitzer.
2009Biographie de Robin D. G. Kelley ; intronisation au North Carolina Music Hall of Fame.
2017Centenaire ; le Monk Institute devient en 2019 le Herbie Hancock Institute of Jazz.
2020Publication de Palo Alto, enregistrement du concert de 1968.
2022Rewind and Play, film d'Alain Gomis d'après une émission télévisée tournée à Paris en décembre 1969.

Sources principales : Wikipedia ↗ · NCpedia ↗ · All About Jazz ↗ · NPR, entretien avec Robin D. G. Kelley ↗ · NPR, 2005 ↗ · Wikipédia (fr) ↗ · Wikipedia, Piano Solo · Blog de Choc ↗

I. LE RÉCIT

1. San Juan Hill, ou la première mesure (1917–1934)

Il naît dans une ville de tabac et de rails : Rocky Mount, Caroline du Nord, le 10 octobre 1917. On y entend les trains toute la journée ; c'est peut-être là, à cinq ans à peine, qu'il apprend que le rythme est une chose qui passe à travers les murs. L'acte de naissance, écrit à la hâte, dit « Thelious » et oublie le second prénom — Sphere, celui de son grand-père maternel. Comme si l'administration avait déjà deviné qu'il faudrait des mots à part pour cet enfant. ·

En 1922, sa mère Barbara emmène les enfants à New York. Ils s'installent aux Phipps Houses, 243 West 63rd Street, dans un quartier qu'on appelle San Juan Hill — d'après les vétérans noirs de la guerre hispano-américaine qui y vivaient. Plus tard, l'urbanisme rasera presque tout pour faire place au Lincoln Center ; les Phipps Houses, elles, resteront debout, comme un piano oublié au milieu d'une salle de bal en chantier. ·

Anecdotes de la première enfance

On lui a appris à jouer les notes. Il a appris tout seul ce qu'il fallait faire des trous.

2. Minton's, la nuit où tout s'invente (1935–1946)

Vers 1941, le batteur Kenny Clarke le recrute comme pianiste maison du Minton's Playhouse, au 210 West 118th Street, à Harlem. C'est un club, mais c'est surtout un atelier : chaque nuit, après le service, on y « coupe » les concurrents — des cutting contests où l'on affronte, note à note, les meilleurs de la ville. Gillespie, Charlie Christian, Clarke, Parker, plus tard Miles Davis : tout ce monde passe par la même porte. Monk n'est pas seulement là pour accompagner. Il est là pour poser les rails. ·

On croit reconnaître son piano sur des bandes prises vers 1941 par Jerry Newman dans le club : un style alors décrit comme « hard-swinging », avec des traits à la manière d'Art Tatum. On est loin de l'image du maladroit. Le mot de la pianiste Mary Lou Williams, qui le protégea, est resté : les boppeurs ont fait une musique difficile à voler ; et les « sangsues » ont pourtant essayé — jusqu'à lui prendre l'idée du béret et des lunettes.

Anecdotes de l'atelier

À Minton's, on disait qu'il jouait faux. Lui, il posait les fondations d'un monde qui n'existait pas encore.

3. Le génie de la musique moderne (1947–1950)

En 1947, Ike Quebec le présente à un couple qui va tout changer : Lorraine et Alfred Lion, cofondateurs de Blue Note. Lion ne cherchait pas des ventes ; il cherchait des musiciens qu'il fallait enregistrer en entier. Il aurait confié à Michael Cuscuna qu'il n'y en avait eu que trois dans sa vie : Monk, Herbie Nichols, Andrew Hill. Les premières faces sortent, plus tard rassemblées sous un titre qui sonne comme un défi : Genius of Modern Music.

Anecdotes du grand pari

Personne n'entendait encore ce qu'il jouait. Lui, il l'écrivait déjà pour ceux qui viendraient.

4. Les années sans carte (1951–1955)

Août 1951. Une voiture garée devant chez lui. À l'intérieur, Bud Powell, qui tient un sachet d'héroïne. Quand la police approche, Powell le jette ; il atterrit aux pieds de Monk. Tous sont arrêtés ; c'est Monk qui fait de la prison — une soixantaine de jours à Rikers Island, selon Kelley. Il ne dénoncera jamais son ami. Ce qui est pire que la peine, c'est la punition qui suit : le retrait de sa carte de cabaret, le permis de travail que la police délivrait aux artistes des lieux où l'on servait de l'alcool. Pour lui, ce sera l'exil à domicile, de 1951 au printemps 1957. Nellie appellera ces années « les un-années ». ·

Il joue là où la loi ne regarde pas : des bars noirs de Brooklyn et du Bronx, grâce à un groupe de musiciens mené par Randy Weston, des théâtres, des scènes hors de la ville. Nellie travaille ; les séances d'enregistrement, rares, sont un mince filet. C'est pourtant dans ces années que tout se passe. ·

Anecdotes des années maigres

On lui avait retiré la nuit. Il en fit une chambre, et y composa.

5. Brilliant Corners (1955–1958)

Automne 1956, aux studios Reeves de New York. Le 9 octobre, Monk enregistre « Ba-lue Bolivar Ba-lues-are » et « Pannonica » (au célesta, en plus du piano) avec Sonny Rollins, Ernie Henry, Oscar Pettiford et Max Roach. Le 15, la même formation s'attaque au morceau-titre : quatre heures de séance, vingt-cinq prises, Henry et Pettiford à bout de nerfs. Monk s'arrête de jouer pendant le solo de Henry pour lui laisser de l'air. Sur l'une des prises, le producteur Orrin Keepnews n'entend plus la basse de Pettiford : on vérifie son micro avant de comprendre qu'il mimait, sans jouer. Aucune prise n'est complète ; Keepnews monte la version finale à partir de plusieurs d'entre elles. Il faudra une troisième séance, le 7 décembre, pour boucler l'album : Ernie Henry est parti chez Dizzy Gillespie, Pettiford refuse de revenir — les deux hommes ne rejoueront jamais ensemble — et Clark Terry (trompette) et le jeune Paul Chambers (basse) les remplacent pour « Bemsha Swing », écrit six ans plus tôt avec le batteur barbadien Denzil Best. Max Roach y ajoute une timbale posée à côté de sa batterie. Sorti le 4 avril 1957, Brilliant Corners est souvent tenu pour son premier vrai succès critique. · ·

Au printemps 1957, sa carte lui est rendue. Il lance sa nouvelle vie new-yorkaise par une résidence de plusieurs mois au Five Spot Café, alors au 5 Cooper Square, dans le Bowery : un quartette avec John Coltrane au ténor, Wilbur Ware à la contrebasse, Shadow Wilson à la batterie. Presque rien de ces soirs n'a été enregistré, à cause de conflits de contrats — Coltrane était lié à Prestige, et Monk refusait de retourner chez son ancien label.

Anecdotes du Five Spot

Un homme et un saxophoniste qui apprenaient à se taire ensemble : voilà ce que les rares témoins du Five Spot ont raconté, toute leur vie, sans trouver les mots.

6. Nica, Time et Columbia (1958–1970)

Juin 1958 : nouvelle résidence au Five Spot avec Johnny Griffin au ténor, Ahmed Abdul-Malik à la basse, Roy Haynes à la batterie — un mois d'un rapport si étroit avec Monk que Down Beat le juge encore plus compatible que Coltrane. Charlie Rouse, lui, entre dans l'orbite de Monk à l'automne 1958 — il est déjà du voyage quand Monk et Nica roulent vers Baltimore pour une semaine de concerts en octobre — et y reste jusqu'en 1970 ; son premier concert documenté avec Monk aura lieu au Town Hall, en février 1959. Dans le Delaware, Monk s'arrête à un motel pour un verre d'eau ; le gérant refuse de le servir et, le voyant s'attarder, appelle la police. Monk est reparti s'asseoir dans la Bentley quand les policiers arrivent ; il s'accroche au volant quand ils veulent l'en extraire, sur le principe qu'il n'a rien fait qui justifie leur intervention. Nica a beau crier de faire attention à ses mains, ils lui frappent les phalanges à coups de matraque — il en garde les marques des années durant. Ils fouillent ensuite la voiture sans mandat et trouvent un peu de marijuana ; Nica en prend la responsabilité. Aucune charge n'est retenue contre Monk, mais le scandale suffit : la police lui retire une seconde fois sa carte de cabaret. · ·

Anecdotes de la reconnaissance

Le monde a fini par lui donner une couverture de magazine. Il l'a rangée, sans doute, à côté de la carte qu'on lui avait retirée.

7. Le grand silence (1971–1982)

En 1971, il tourne dans le monde avec les Giants of Jazz : Dizzy Gillespie, Kai Winding, Sonny Stitt, Al McKibbon, Art Blakey. Al McKibbon se souvient qu'au cours de cette tournée Monk dit à peu près deux mots ; il fit ensuite savoir qu'il n'avait pu ni parler ni jouer parce que McKibbon et Blakey étaient trop laids. Le rire, ici, est un rideau.

En novembre 1971, à Londres, il enregistre pour le label Black Lion ce qui sera sa dernière séance en leader. Kelley l'écoute comme un adieu : beaucoup de piano seul, un blues inventé sur place, « Blue Sphere » ; il est épuisé, mais il n'a perdu ni l'imagination ni la main ; il remonte vers les anciens, ceux d'où il vient.

Les dernières années

Il avait tant de choses à ne pas jouer que le monde, un jour, a fini par le comprendre : le dernier silence de Monk, c'est encore de la musique.

II. LE GRAND RECUEIL D'ANECDOTES

Ici, on ouvre les tiroirs. Chaque anecdote a sa source ; quand les sources se contredisent, le guide le dit (voir §33).

8. Enfances et premiers pas — les à-côtés

9. Leçons — ce qu'on apprenait en jouant avec lui

10. Le rite de la scène — chapeaux, danse et silence

11. À la maison, hors scène

Le §10 montrait Monk debout, en public, dansant. Celui-ci le montre assis chez lui, ou livré à ses humeurs privées — un autre corps, tout aussi observé par ses contemporains.

12. Monk et les autres

13. Sur la route — Paris, Londres, le cinéma

14. Ce qu'il en reste — plaques, cercle, conservatoires

Interlude — Une nuit au Five Spot, été 1957 (reconstitution)

Reconstitution littéraire. Les lieux, les musiciens, la formation, le calendrier de la résidence sont documentés (voir §5). La scène, elle, est imaginée : aucun dialogue n'y est prêté à des personnes réelles.

Cooper Square. Un bar, une porte trop étroite, des tables trop serrées. La fumée monte vers un plafond bas ; le bruit de la rue s'y colle aux vitres et n'entre pas. On a payé sa bière ; on ne sait pas encore ce qu'on est venu chercher.

Dehors, une voiture bleu pâle se range. Une femme en descend avec l'aplomb de celle qui a quitté des salons plus grands pour s'asseoir dans celui-ci ; un homme la suit — grand, massif, un chapeau qu'on jurerait posé par une main qui sait, des lunettes noires malgré la nuit. Il ne salue personne. Il ne salue jamais personne : il salue la salle en la traversant, comme un vaisseau.

Au piano, il attend. Le ténor prépare son anche, la basse s'accorde, la caisse claire fait sa toux. Puis quelque chose tombe — pas une note : un poids. Une seconde mineure, brutale, assumée. Le ténor entre, et c'est comme si l'on assistait à un homme qui apprend à marcher sur une passerelle qu'un autre construit sous ses pieds : chaque phrase trouve, juste au moment de tomber, la planche que le piano vient de poser. Le pianiste écoute. Il écoute comme on lit à voix basse.

Puis, en plein solo, il s'arrête.

Le piano se tait. Le ténor continue, seul avec la basse, seul avec le tambour ; et pendant que les autres s'aventurent, l'homme au chapeau se lève, et danse. Il tourne, lentement, dans un cercle invisible, les bras un peu écartés, comme pour recevoir la musique — ou pour la diriger. Dans la salle, on pouffe. Puis on se tait. On comprend que ce n'est pas une pause : c'est la phrase suivante.

Il se rassied. Il reprend là où il était, pas une syllabe de retard ; l'accord, quand il tombe, est celui que tout le monde attendait — une seconde trop tard, et donc, enfin, juste.

Plus tard, peut-être, quand le club se vide, on entendra encore un piano ouvert sur la rue. Il n'y aura plus personne dessus.

Rien n'a été enregistré. Presque rien. C'est peut-être pour cela que ceux qui y étaient en parlent encore, comme d'une chose qu'on n'a entendue qu'une fois — et que l'on continue, obstinément, à réentendre.

III. LE PORTRAIT

15. Traits marquants

16. Le silence — La note qu'on ne joue pas

Il y a, dans la musique de Monk, un événement qui n'est pas une note. C'est un moment où le piano retire sa main.

Ce n'est pas un oubli. Sur les enregistrements comme sur scène, il lui arrive de se lever et de laisser la musique tourner sans lui. Le soliste reste seul avec la contrebasse et le tambour — sur un fil, sans filet, avec pour seule consigne la certitude qu'on ne le lâchera pas. Les conseils que Steve Lacy a notés en 1960 vont tous dans ce sens : jouer avec Monk, c'est apprendre que ce qu'on ne joue pas pèse autant que ce qu'on joue. ·

Cette esthétique a des racines : les pauses des stride, le blues, le souffle du gospel, l'idée qu'une phrase a besoin d'air pour devenir chant. Mais elle s'accompagne d'un autre silence, moins choisi. Il y a les semaines où l'on ne peut plus lui arracher un mot ; les années de retrait, à Weehawken, où le piano de sa chambre reste fermé. Kelley décrit des épisodes : deux ou trois jours d'excitation, puis des jours à arpenter les pièces, puis un retrait où il cesse de parler — une alternance presque saisonnière. Le silence comme art et le silence comme épreuve ne sont pas le même — et pourtant on dirait que celui-là a donné à celui-ci sa forme. ·

L'homme silencieux était pourtant, aux dires de Coltrane, l'inverse d'un taciturne : quand on lui posait une question sur la musique, il pouvait passer des heures à expliquer. Le silence de Monk n'est pas l'absence de paroles : c'est une manière de choisir.

C'est peut-être pour cela que Time a intitulé son article « The Loneliest Monk » — le plus solitaire des moines, ou des Monk. Et que le texte de l'écrivain italien Stefano Benni, porté à la scène par Filomena Campus, s'intitule Misterioso : voyage dans le silence de Thelonious Monk.

Ce que Monk nous dit, dans le trou entre deux accords, c'est que la musique n'est pas ce qu'on entend : c'est ce qui reste quand on a fini d'entendre.

17. Caractère — L'ours doux et l'orage intérieur

Ceux qui l'ont connu décrivent un homme immense et doux. NCpedia note qu'il paraissait féroce — grande taille, barbiche, calotte et lunettes noires — alors qu'il était réputé bienveillant. Kelley parle d'un homme spirituel, intelligent, généreux, honnête jusqu'à la brutalité, mari et père attentionné. Sa femme et sa protectrice, Nellie et Nica, cohabitaient avec une amitié qu'on a mal comprise : selon Kelley, elles travaillaient ensemble dans l'intérêt de Monk. · ·

Il y a aussi la douleur, qu'on ne peut ni cacher ni rendre romantique. Le documentaire de 1988 attribue ses comportements à une maladie mentale ; son fils y raconte qu'il ne le reconnaissait parfois plus, et qu'il a été hospitalisé à plusieurs reprises. Kelley, dans sa biographie, parle de trouble bipolaire, avec des épisodes qui s'aggravent dans les années 1950 puis à la fin des années 1960, et de soins médiocres : un état de la psychiatrie qui ne savait pas nommer le mal, et des médicaments comme la Thorazine, qui — dit-il — ne l'ont pas aidé. La famille refuse l'électrochoc que les médecins recommandent. Mais tout le monde n'est pas d'accord : Leslie Gourse rapporte qu'au moins un psychiatre de Monk n'a trouvé ni psychose maniaco-dépressive ni schizophrénie ; un autre médecin soutient qu'on l'aurait mal diagnostiqué. Aucun diagnostic n'a jamais été rendu public (voir §33). ·

Le guide s'en tient à cela : la souffrance était réelle, les mots pour la dire sont contestés. Il n'y a pas là d'excentricité à admirer — mais un homme à respecter.

On lui prête cette remarque sur l'étiquette qu'on lui collait : Anybody talented in any way — they're called eccentric. — « Quiconque a du talent, on l'appelle excentrique. » Robin Kelley, de son côté, dit avoir voulu défaire une idée très fatiguée de l'artiste torturé.

18. Le génie — Une harmonie qui ne demandait pas la permission

Le génie de Monk n'est pas une virtuosité. Il en avait pourtant : le pianiste Billy Taylor le disait capable de jouer comme Art Tatum ; Kelley décrit un swing si dur qu'il tombe toujours sur le temps, même quand il semble flotter loin de lui. Son génie est celui d'un placement : des notes posées avec une précision d'orfèvre, des silences mesurés au millimètre. ·

Bill Evans, dans une phrase que recueille Wikiquote en italien, prévient qu'on se tromperait à croire l'homme naïf : il sait exactement ce qu'il fait, même d'un point de vue théorique ; ce qu'il fait est organisé selon une terminologie personnelle, sans que l'organisation en soit moins solide.

Tout le monde n'est pas convaincu : le poète et critique Philip Larkin l'a comparé, avec mépris, à un éléphant sur le clavier. La postérité a tranché autrement : Gunther Schuller écrit dès 1960 des Variants on a Theme of Thelonious Monk (Criss-Cross), repris ensuite par Ornette Coleman, Eric Dolphy, Bill Evans. Dolphy consacre un morceau à Monk, « Hat and Beard », sur Out to Lunch!, et écrit qu'il est musical quoi qu'il fasse, même quand il marche.

Ses phrases

On a dit qu'il jouait de fausses notes. Il jouait des notes justes que nous n'étions pas prêts à entendre.

19. Le blues — Le si bémol et la maison

Chez Monk, le blues n'est pas un genre ; c'est une pièce de la maison. Ses blues sont tous en si bémol : « Blue Monk », « Misterioso », « Blues Five Spot », « Functional ». Son thème de signature, « Thelonious », repose en grande partie sur cette note répétée. Cette obstination est un chant : la même note, chaque fois recréée.

Il joue aussi le blues d'église. Monk's Music s'ouvre sur « Abide with Me », un cantique confié aux cuivres seuls, avant que tout parte dans « Well, You Needn't ». Le petit garçon qui accompagnait sa mère à l'église n'a jamais quitté la pièce. ·

Et il y a « Blue Sphere », improvisé en novembre 1971 à Londres pour sa dernière séance en leader : Kelley y entend un vieil homme fatigué qui renoue avec les pianistes d'avant, mettant tout ce qu'il a dans une chanson qui a peut-être conscience d'être la dernière.

Le blues, disait-on, c'est quand on a quelque chose à dire et pas de mots. Monk a choisi de garder les mots pour lui, et de nous laisser le reste.

20. L'humour — Le rire de côté

Ses titres sont des clins d'œil : « Trinkle, Tinkle », « Ba-lue Bolivar Ba-lues-are », « Rhythm-a-ning », « Misterioso ». Biography.com note que cette musique anguleuse et dépouillée a de la légèreté et du jeu ; Wikipedia parle d'un esprit d'une exubérance innocente. ·

Son humour va de côté, comme sa danse. Il ne rit pas : il fait remarquer. Il ne sourit pas : il répond à côté de la question, et ce côté-là est la question. On l'a vu :

Il avait un nom pour cet art : le « put-on », une forme de moquerie chère aux hipsters de l'époque, qui consiste à répondre à une remarque déplaisante par une remarque plus déplaisante encore — et à s'y déclarer imbattable. Il disait se lasser de la légende du « génie fou » qu'il traînait depuis vingt ans, sans pour autant, précisait-il avec malice, être totalement convaincu du mot « génie ».

Chez Monk, le rire est un accord de plus : dissonant, drôle, et si juste qu'on met un moment à le reconnaître.

21. La modernité — L'avenir par le passé

Monk est un moderne qui regarde en arrière. Epistrophy, composée avec Kenny Clarke vers 1942, a été dite la première composition du jazz moderne — construite sur des accords alternés à un demi-ton d'écart, comme un escalier bâti sur un seul pas. Et pourtant tout ce que Kelley entend dans ses dissonances, il l'a reçu des vieux pianistes de stride : ce sont leurs outils, poussés à l'excès. ·

En 1964, au moment où le jazz penche vers l'avant-garde, il revient au stride, dit Kelley : pour se distinguer, il retourne aux formes traditionnelles. C'est l'audace d'un homme qui n'a jamais eu besoin de suivre l'avant-garde, parce qu'il en avait, sans le dire, ouvert la porte. Ornette Coleman, Eric Dolphy, Cecil Taylor (avec l'Art Ensemble of Chicago sur un hommage), Anthony Braxton, Muhal Richard Abrams : tous reviennent à lui. ·

Une remarque qu'on lui prête, sans source primaire, dit tout : il ne sait pas où va le jazz ; on ne fait pas aller la musique quelque part, elle arrive.

22. Influences — La généalogie d'un original

IV. L'ÉCHO

23. Hommages reçus — Ce que le clavier a rapporté

All About Jazz compte plus de quarante-cinq disques d'hommage, du Kronos Quartet à Andy Summers, guitariste de Police ; Wikipedia en recense davantage encore. Voici seulement quelques échos. ·

Par ses pairs du jazz

Par les rockers et les explorateurs

Par les villes, les institutions, les compositeurs

Par les écrivains

24. Portraits de l'entourage — Ceux qui ont tenu la lampe

25. Frise des engagements

Monk n'était pas un orateur. Ses engagements se lisent dans ses gestes : ce qu'il a refusé de dire, refusé de jouer, refusé de vendre — et ce qu'il a donné.

DateEngagementTrace
août 1951Refuser de charger Bud Powell devant la police, quitte à perdre sa carte de cabaretWikipedia · NPR
1951-1957Continuer à jouer dans des lieux de Brooklyn et du Bronx tenus par des Noirs, avec Randy WestonWikipedia
1957Refuser de retourner chez Prestige, ce qui prive le quartette avec Coltrane (lié à ce label) d'enregistrementsWikipedia
29 novembre 1957Jouer au Carnegie Hall pour un concert-bénéfice au profit d'un centre communautaire, le Morningside Community CenterArthur Magazine · Jazz of the Spheres
15 octobre 1958Refuser de répondre aux policiers de Wilmington, subir les coups ; l'affaire est classéeWikipedia ·
1959Monter un grand orchestre à Town Hall, avec Hall Overton, pour son répertoireWikipédia (fr)
1962Négocier longuement avec Columbia, une des quatre grandes maisons de disques du paysWikipedia
1964Couverture de Time : présenté comme un musicien noir sans plaintes ni revendications ; Kelley conteste cette image d'un Monk apolitiqueNPR · JazzTimes
1968Accepter l'invitation d'un lycéen de seize ans : concert de quartette à Palo AltoWikipedia
1971Partir en tournée mondiale avec les Giants of JazzWikipedia
1986-1987Après lui, la famille fonde l'Institut Monk et son concours : éducation par le jazz dans les écoles publiquesWikipedia

Sur la race, une phrase qu'on lui prête, non vérifiée : enfant, des camarades voulaient lui apprendre à haïr les Blancs ; il dit avoir essayé un moment, mais quelqu'un finissait toujours par tout gâcher.

26. Liens avec les autres arts

V. LES CLÉS

27. Playlists thématiques

Choix éditoriaux — chaque liste tient dans une soirée et raconte une face de Monk. Les titres, dates et formations sont ceux des discographies consultées (voir §34).

1. Pour entrer dans la nuit « 'Round Midnight » (première version Blue Note, 1947 ; en solo dans Thelonious Himself, 1957) · « Ruby, My Dear » et « Crepuscule with Nellie » (Monk's Music, 1957) · « Pannonica » (Brilliant Corners, 1956) · « Misterioso » Une chanson d'amour ratée en trois strates : les paroles perdues de « I Need You So » (§2), le seul morceau que Monk ait entièrement écrit (§5), et l'hôtel d'une baronne devenu mélodie (§12).

2. Le blues, en si bémol « Blue Monk » · « Straight, No Chaser » (Blue Note, 23 juillet 1951) · « Ba-lue Bolivar Ba-lues-are » (1956) · « Functional » · « Blues Five Spot » · « Blue Sphere » (Londres, novembre 1971) Toujours la même note obstinée, jamais le même blues (§19) — jusqu'au dernier, improvisé sur place à la fin d'une carrière.

3. Des angles et des escaliers « Brilliant Corners » (1956) · « Epistrophy » (1948 ; 1957) · « Evidence » · « Criss Cross » et « Four in One » (1951) · « Trinkle, Tinkle » (1952, avec Max Roach) « Brilliant Corners » a demandé vingt-cinq prises et un montage acrobatique (§5) : la seule façon de graver une pièce que son propre groupe ne parvenait pas à jouer d'un bloc.

4. Seul au piano Piano Solo (Paris, 4 juin 1954) · Thelonious Himself (1957) · Thelonious Alone in San Francisco (1959, Fugazi Hall) · Solo Monk (1965) Sans personne à qui laisser la place, le silence devient la seule chose qu'il partage avec l'auditeur (§16).

5. Avec Coltrane Monk's Music (1957, avec Coleman Hawkins et Art Blakey) · Thelonious Monk Quartet with John Coltrane at Carnegie Hall (29 novembre 1957 ; publié en 2005) · Thelonious Monk with John Coltrane (Jazzland, 1961) · Discovery! Live at the Five Spot, enregistrement amateur du 11 septembre 1958, où Coltrane vient improviser en invité pendant la résidence de Johnny Griffin ; publié en 1993 Deux hommes qui apprennent à se taire ensemble (Interlude) : le concert de Carnegie Hall a dormi près de cinquante ans avant qu'on ne le retrouve (§5).

6. Le quartette Columbia Monk's Dream (1963) · Criss-Cross (1963) · Miles and Monk at Newport (1963) · Live at the It Club et Live at the Jazz Workshop (1964) · Monk. (1965, avec « Pannonica ») · Underground (1968, avec « Ugly Beauty ») · Palo Alto (1968, lycée de Californie, publié en 2020) L'ère Rouse (1959-1970, §24) : onze ans de duos discrets entre un ténor qui répète la mélodie et un piano qui la déplace.

7. Aux côtés des autres Bags' Groove (deux prises de la séance du 24 décembre 1954) · Miles Davis and the Modern Jazz Giants · Sonny Rollins and Thelonious Monk (1954) · Art Blakey's Jazz Messengers with Thelonious Monk (1957) · Mulligan Meets Monk (1957) La légende d'une empoignade avec Miles Davis (§4) que l'intéressé a lui-même démentie — écoutez plutôt le silence de Monk derrière le trompettiste, puis son solo.

8. Ceux qui ont répondu Steve Lacy, Reflections (1958), Evidence (1962), School Days · Bud Powell, A Portrait of Thelonious (1965) · Eric Dolphy, « Hat and Beard » (1964) · Kronos Quartet, Monk Suite (1985) · That's the Way I Feel Now (1984) · T.S. Monk, Monk on Monk (1997) · Alexander von Schlippenbach, Monk's Casino (2005) · Sphere, avec Rouse, Riley, Barron et Williams (dès 1979, §12) Plus de quarante-cinq disques d'hommage recensés (§23) : la preuve, par la quantité, qu'imiter Monk reste presque impossible.

9. À voir Thelonious Monk: Straight, No Chaser (1988) · Rewind and Play (2022) · la bande-son de Les Liaisons dangereuses 1960 Zwerin a monté son film à partir de bobines que le producteur comparait aux manuscrits de la mer Morte du jazz (§13) : des heures de Monk filmé sans qu'il le sache vraiment.

Sources : Wikipedia, discographie ↗ · Wikipedia, Blue Note ↗ · Wikipedia, Monk's Music · Wikipedia, Bags' Groove · Wikipedia, Thelonious Himself · Wikipedia, Monk. · Wikipedia, Carnegie Hall ↗ · Wikipedia, Thelonious Monk

28. Conseils pour découvrir l'œuvre

Trois portes d'entrée.

  1. Par les standards. « 'Round Midnight », « Ruby, My Dear », « Blue Monk », « Straight, No Chaser » : des thèmes qu'on retrouve chez cent autres, mais qu'il faut entendre chez lui, avec leurs marches en moins.
  2. Par les disques-univers. Brilliant Corners pour la difficulté joyeuse ; Thelonious Himself pour la solitude tendre ; Monk's Dream pour la porte d'entrée la plus large (c'est son disque le plus vendu de son vivant).
  3. Par la rencontre. Monk's Music et le concert de Carnegie Hall 1957 : deux saxophonistes, deux âges du jazz, un pianiste qui les regarde.

Cinq habitudes d'écoute.

Pour prolonger. La biographie de Robin D. G. Kelley ; le documentaire Straight, No Chaser ; le Monk de Laurent de Wilde ; les « Monk's Advice » de Steve Lacy ; le dossier du centenaire d'Ethan Iverson ; l'article de Time, « The Loneliest Monk » (1964), portrait daté mais riche en détails de première main ; l'entretien de Ben Riley sur All About Jazz, pour la relation batteur-pianiste vue de l'intérieur. · · ·

29. Petit glossaire

TermeSens
StrideStyle de piano de Harlem (James P. Johnson, Fats Waller, Willie « The Lion » Smith) où la main gauche alterne basses et accords en balancier. Le socle de Monk.
BebopJazz rapide et harmoniquement complexe né dans les années 1940, dont Minton's fut l'un des laboratoires.
Minton's PlayhouseClub de Harlem où Monk fut pianiste maison, réputé pour ses cutting contests.
Cutting contestJoute d'improvisation nocturne où chacun tente de « couper » l'autre.
Carte de cabaretPermis délivré par la police new-yorkaise aux artistes travaillant là où l'on sert de l'alcool ; Monk l'a perdue de 1951 à 1957.
Neuvième bémoliséeNote ajoutée à l'accord, un demi-ton au-dessus de l'octave de la fondamentale : une aigreur qu'il aimait.
Gamme par tons entiersGamme sans demi-ton, aux couleurs flottantes ; Monk la fait courir sur plusieurs octaves.
DissonanceAssociation de notes qui « frotte » ; chez Monk, une marque de fabrique.
CompingL'art de l'accompagnement au piano.
Lay outSe taire pour laisser la place ; ce que Miles demanda à Monk le 24 décembre 1954.
Pont (bridge)Section centrale du thème ; pour Monk, l'intérieur qui fait sonner l'extérieur.
Composition écrite de bout en boutPièce sans improvisation ; Crepuscule with Nellie passe pour la seule de Monk, selon Kelley.
CatsArgot noir américain du jazz : les types, les musiciens.
Catsville / CathouseLe nom donné à la maison de Nica à Weehawken.
Voice of AmericaRadiodiffusion internationale américaine, dont les ingénieurs ont enregistré le concert de 1957.
Straight, No ChaserTitre d'un blues (1951) et du documentaire de 1988 ; en anglais courant, une boisson bue sans rien derrière.
Giants of JazzGroupe de tournée mondiale de 1971-1972 (Gillespie, Winding, Stitt, McKibbon, Blakey, Monk).
SphereSon deuxième prénom, emprunté à son grand-père maternel ; son écho se retrouve dans le nom d'un personnage de Pynchon, McClintic Sphere.
San Juan HillQuartier de l'ouest de Manhattan où il a grandi ; rasé pour partie au nom de l'urbanisme.

30. Citations

Les formules qui circulent le plus sont aussi les moins sourcées : chacune est marquée « non vérifiée » quand aucune source primaire n'a été retrouvée (voir §33).

De lui — en toutes lettres

« The piano ain't got no wrong notes. »« Le piano n'a pas de fausses notes. » Non vérifiée.

« A man's a genius just for looking like himself. »« Un homme est un génie rien qu'en ayant l'air de lui-même. » Vérifiée : citée par Time, 28 février 1964, qui rapporte que Monk exigeait de ses musiciens qu'ils soient eux-mêmes.

« The only cats worth anything are the cats that take chances. »« Les seuls qui valent quelque chose sont ceux qui prennent des risques. » Non vérifiée.

« It's always night, or we wouldn't need light. »« C'est toujours la nuit, sinon nous n'aurions pas besoin de lumière. » Vérifiée : Time (1964) la cite déjà comme l'une de ses « paroles mystiques » ; une version voisine circule dans la liste de Lacy (1960). Voir aussi l'épigraphe de Pynchon en tête du guide. ·

« What you don't play can be more important than what you do play. »« Ce que tu ne joues pas peut compter plus que ce que tu joues. » Liste de Lacy.

« Make the drummer sound good. »« Fais sonner le batteur. » Liste de Lacy.

« Don't play the piano part, I'm playing that. »« Ne joue pas la partie de piano : c'est moi qui la joue. » Liste de Lacy.

« Sharp as possible! »« Aussi élégants que possible ! » Sa réponse à la question : « Qu'est-ce qu'on met ce soir ? » (liste de Lacy).

« Anybody talented in any way — they're called eccentric. »« Quiconque a du talent, on l'appelle excentrique. » Non vérifiée.

« I get tired sitting down at the piano! »« Je me fatigue d'être assis au piano ! » Sa raison de danser, dit-on. Non vérifiée.

« conducting the clouds »« je dirige les nuages ». Ce qu'il répondait, à Weehawken, à qui lui demandait ce qu'il faisait devant la baie vitrée.

(Voir aussi en tête du guide : « It's always night, or we wouldn't need light. »)

De lui — en substance

Sur lui — en toutes lettres

« my musical guru »« mon gourou musical ». Sonny Rollins.

« a very tired idea of the tortured artist »« une idée très fatiguée de l'artiste torturé ». Robin D. G. Kelley, disant ce que l'histoire de Monk défait.

« Mr. Mom »« M. Maman ». Son fils T.S. : on ne pense pas à Monk comme à un père au foyer, mais il l'a vu l'être.

« The Loneliest Monk »« Le plus solitaire des Monk ». Titre de l'article de Time, 28 février 1964.

Sur lui — en substance

31. Sur les pas de Thelonious Monk

Une carte pour marcher, pour écouter, pour imaginer. Adresses et coordonnées sont à vérifier avant toute visite : plusieurs lieux ont disparu ou changé de nom.

À Rocky Mount (Caroline du Nord)

À Manhattan

Autour de New York

En Amérique, ailleurs

En Europe

32. Quiz final

  1. En quelle année et où Thelonious Monk naît-il ?
  2. Comment s'appelle le quartier de Manhattan où il grandit ?
  3. Quel club de Harlem, dont il devient pianiste maison, est un laboratoire du bebop ?
  4. Quel saxophoniste l'engage et l'enregistre le premier, en 1944 ?
  5. Quel était le titre d'origine de « 'Round Midnight » ?
  6. Qui présente Monk aux fondateurs de Blue Note, en 1947 ?
  7. Quel ami Monk refuse-t-il de dénoncer en 1951 ?
  8. Qu'est-ce que la « carte de cabaret », et combien de temps Monk en est-il privé ?
  9. Quel trompettiste lui demande de ne pas jouer sous son solo, le 24 décembre 1954 ?
  10. Qui présente Monk à la baronne Pannonica de Koenigswarter, et où ?
  11. Quel album de 1956 contient un morceau-titre monté à partir de plusieurs prises ?
  12. Avec quel saxophoniste Monk joue-t-il au Five Spot en 1957 ?
  13. Quel événement a permis de retrouver, en 2005, un concert de 1957 ?
  14. Où et quand Monk et Nica sont-ils arrêtés en 1958 ?
  15. Que fait Monk quand ses musiciens jouent et qu'il se lève de son piano ?
  16. Quel titre porte l'article de Time du 28 février 1964 ?
  17. Quel saxophoniste reste dans son quartette de 1959 à 1970 ?
  18. Quel film de 1988 est produit avec l'aide de Clint Eastwood ?
  19. Dans quelle ville du New Jersey passe-t-il ses dernières années ?
  20. Dans quelle tonalité sont écrits tous ses blues ?

Réponses. 1. 1917, à Rocky Mount (Caroline du Nord). — 2. San Juan Hill. — 3. Minton's Playhouse. — 4. Coleman Hawkins. — 5. « I Need You So ». — 6. Ike Quebec. — 7. Bud Powell. — 8. Le permis délivré par la police pour travailler dans les lieux servant de l'alcool ; de 1951 au printemps 1957. — 9. Miles Davis. — 10. Mary Lou Williams, à Paris (1954). — 11. Brilliant Corners. — 12. John Coltrane. — 13. La découverte par Larry Appelbaum d'une bande de Voice of America dans les archives de la Library of Congress. — 14. À Wilmington (Delaware), en octobre 1958. — 15. Il danse, en tournant sur lui-même. — 16. « The Loneliest Monk ». — 17. Charlie Rouse. — 18. Thelonious Monk: Straight, No Chaser. — 19. Weehawken. — 20. Si bémol.

33. Passe de vérification des faits

✔ concordant · ≈ à nuancer · ? source unique, à recouper

PointCe que disent les sourcesStatut
Naissance10 octobre 1917, Rocky Mount (Wikipedia, Biography.com, NCpedia) ; une notice espagnole écrit 19201917 retenu
Prénom d'état civilL'acte donne « Thelious » et omet le second prénom, pris à Sphere Batts (Wikipedia)
Arrivée à New York1922 (Wikipedia, NCpedia, Clio) ; « quatre ans » (Biography.com) ou « cinq ans » (NPR)1922
Début du pianoTrompette d'abord, piano à neuf ans (Wikipedia) ; six ans (Last.fm, WBSS) ; cinq ans, leçons d'une voisine (Tracking Angle) ; classiques à onze ans (Biography.com) ; Time (1964) donne aussi onze ans, à 75 cents la leçon≈ le guide ne fixe pas d'âge
JuilliardAucune preuve ; concours de quartier avec bourse, deuxième place vers 1942-1943 (Wikipedia)légende
Début au Minton'sPrintemps 1941, engagé par Kenny Clarke (All About Jazz) ; « début à milieu des années 1940 » (Wikipedia)vers 1941
Réforme militaireMars 1943, « rejet psychiatrique » (Wikipedia)
« I Need You So »Chanson déposée en 1943, paroles de Thelma Elizabeth Murray, origine de « 'Round Midnight » (Kelley à NPR) ; un panneau historique date la composition de 1944? source unique pour le titre d'origine ; ≈ 1943-1944
Droits de « 'Round Midnight »Un tiers pour la succession Monk (Kelley)? source unique
ÉpistrophieComposée avec Clarke en 1942 (Toppermost) ; enregistrée en 1948 (uDiscover)
Arrestation de 1951Août 1951 ; voiture ; Powell ; refus de témoigner (Wikipedia, NPR) ; Kelley : soixante jours à Rikers, arrestation antérieure en 1948✔ l'événement ; ? les soixante jours
Carte de cabaretRetirée en 1951 ; rendue au printemps 1957 (Kelley) ; « six ans » (NCpedia, All About Jazz)1951-1957
Miles Davis, 24 décembre 1954« Presque aux coups » (Wikipedia) ; Miles parle de rumeurs et de malentendu (autobiographie) ; Weinstock : ils avaient besoin d'argent pour Noëllégende, démentie par l'intéressé
Paris 1954Première visite européenne ; Salon du Jazz (Pleyel, 1ᵉʳ et 3 juin) ; piano seul le 4 juin (Wikipedia) ; « copieusement hué » (Wikipédia fr) ; la bande de Pleyel sonne mieux que la presse ne le disait (Jazz in France)≈ accueil contrasté
Rencontre avec NicaParis, 1954, via Mary Lou Williams (Wikipedia, Kelley)
Origine du prénom « Pannonica »Dérivé de la plaine de Pannonie, en Europe centrale (Wikipedia) ; un papillon découvert par son père, selon ce que rapportait Monk ; en réalité une mite, Eublemma pannonica, selon la petite-nièce de Nica — recoupé par plusieurs sources indépendantes
Rachat Prestige→Riverside108,27 dollars, recoupé par cinq sources indépendantes (Wikipedia, All About Jazz, Jazzfuel, Keepnews lui-même dans un entretien pour la NEA)108,27 $
Début et fin du Five Spot avec ColtraneJuin 1957 (Wikipedia) ; 18 juillet 1957 (Analog Planet) ; « six mois » (Wikipedia) ou « sept mois », jusqu'en janvier 1958 (Time, 1964)été 1957 à janvier 1958
Carnegie Hall, 29 novembre 1957Concert-bénéfice du Morningside Community Center ; Voice of America (Wikipedia, Arthur, JazzTimes)
Découverte des bandes« Fin janvier » (NPR) ; « février 2005 » (Analog Planet) ; « début 2005 » (Appelbaum, JazzTimes)début 2005
Wilmington vs MarylandWilmington, Delaware ; affaire State v. de Koenigswarter (Wikipedia) ; un blog dit « Maryland » ; récit détaillé (motel, verre d'eau) confirmé par Time, source contemporaine (1964) et par Wikipédia (fr)Delaware
Seconde suspension de la carte (1958)Retirée après le scandale de Wilmington ; Time (1964) est seule à en donner la durée — environ deux ans — sans préciser de date de restitution ; non recoupée ailleurs? durée non recoupée
Sanction de NicaTrois ans de bataille juridique (Wikipedia, Time) ; classement pour vice de forme (Wikipedia) ; Time (1964) parle d'un acquittement, sans mentionner de nuits de prisondétail de la peine incertain
Couverture de Time28 février 1964, « The Loneliest Monk », prévue pour novembre 1963 (Wikipedia)
Pourquoi Monk ?« Presque par défaut » : Ray Charles et Miles trop polémiques (Kelley)? source unique
Contrat Columbia1962 (Wikipedia)
Films Blackwood1967 (Criterion, AV Club) ; 1968 (Amazon, AlloCiné, Wikipédia fr) ; 1967-19681967-1968
Concert de Palo Alto27 octobre 1968, lycée de Palo Alto, à l'invitation de Danny Scher (seize ans) ; bande retrouvée dans un grenier une quinzaine d'années plus tard ; publiée en 2020 (Rolling Stone, Wikipédia fr, Times of Israel)
Résidence de Rouse1959-1970 pour la période documentée et enregistrée (Wikipedia, Wikipédia fr, All About Jazz, Blue Note) ; quartette de juin 1958 formé de Griffin, Abdul-Malik, Haynes — sans Rouse ; mais Wikipédia (fr) le place déjà dans la voiture lors de l'arrestation de Wilmington, en octobre 1958 — le guide en conclut qu'il fréquentait déjà le groupe avant son premier concert documentédébut exact incertain, entre l'automne 1958 et février 1959
Brilliant Corners, détail des séancesTrois séances (9 et 15 octobre, 7 décembre 1956), vingt-cinq prises du morceau-titre, montage de Keepnews, changement de personnel en décembre : convergent (Wikipedia, Jazzfuel, dossier de la Library of Congress)
Dernières apparitions6 avril 1974, Carnegie ; 1975, Newport (NCpedia) ; « actif jusqu'en 1976 » (Wikipedia)1974-1976
Installation à Weehawken1973 (Kelley) ; « six dernières années » (Wikipedia) ; « neuf ans » (France-Amérique) ; « dix ans » (Wikipédia fr) ; maison achetée en 1958 (JRank)vers 1973
Mort17 février 1982, Englewood ; AVC / hémorragie cérébrale ; Ferncliff, tombe 405 (Wikipedia, Kelley)
Santé mentaleKelley : trouble bipolaire, soins mauvais ; Gourse : un psychiatre n'a trouvé ni maniaco-dépression ni schizophrénie ; un autre médecin parle d'erreur de diagnostic ; aucun diagnostic public (Wikipedia)contesté — le guide ne tranche pas
« The piano ain't got no wrong notes »Citée partout ; source primaire non retrouvée (Wikipedia renvoie à Goodreads)non vérifiée
« A man's a genius just for looking like himself »Citée par Time, source contemporaine (28 février 1964)vérifiée
« It's always night… »Épigraphe de Pynchon (2006) ; citée par Time dès 1964 comme une de ses « paroles mystiques » ; version voisine dans la liste de Lacy (1960)vérifiée, attestée dès 1964
« Écrire sur la musique, c'est danser sur l'architecture »Attribuée à Monk sur des sites de citations, sans source? à ne pas attribuer
Liste de LacyNotée par Lacy en 1960, circule en plusieurs versions (25 items)
Plus enregistré après Ellington« En 2009 » (Wikipedia, d'après Giddins et DeVeaux)≈ chiffre daté
Cinq jazzmen en couverture de TimeArmstrong, Brubeck, Ellington, Marsalis, Monk (Wikipedia, All About Jazz)
Institut MonkFondé en 1986 ; concours dès 1987 ; renommé en 2019 (Wikipedia)
DistinctionsGrammy 1993 ; Pulitzer 2006 ; NC Hall of Fame 2009 (Wikipedia)
Alone in San Francisco1959, enregistré à Fugazi Hall : lieu et mois non recoupés dans les sources consultées? à recouper
Tournée de 1965Légende d'une image : « début de sa tournée de 1965 » ; le pays de la tournée n'est pas précisé? à recouper
Adresse du Minton's, du Five Spot, du lycée StuyvesantMinton's : 210 West 118th Street (Wikipedia, plaque au n° 206) ; Five Spot : 5 Cooper Square jusqu'en 1962, puis 2 St. Marks Place (Wikipedia, Village Preservation) ; Stuyvesant : 345 East 15th Street (Wikipedia, Stuyvesant Spectator) — convergence de plusieurs sources indépendantes pour chacune

34. Sources

Biographie et contexte

Enregistrements et concerts

Les conseils de Steve Lacy (1960)

Citations (non vérifiées)

Nica de Koenigswarter

Paris, cinéma, films

Lieux et mémoire

Ouvrages de référence

35. Album photo

Toutes les images de cet album sont hébergées sur Wikimedia Commons ou à la Library of Congress. Les portraits de William P. Gottlieb (fonds de la Library of Congress) sont indiqués comme relevant du domaine public sur Wikimedia Commons ; la notice de la Library of Congress précise les conditions d'usage de chaque image. Les photographies de Getty n'ont pas été retenues, faute de licence libre. Auteur et licence exacts de chaque fichier : à recopier depuis la fiche (lien « fiche ↗ ») au moment de la publication.

1 — Minton's Playhouse, vers septembre 1947

Thelonious Monk au Minton's Playhouse, vers septembre 1947

Crédit : William P. Gottlieb, domaine public (Library of Congress). Fiche ↗ · LoC ↗

2 — Devant le Minton's, avec Howard McGhee, Roy Eldridge et Teddy Hill

Thelonious Monk, Howard McGhee, Roy Eldridge et Teddy Hill devant le Minton's Playhouse, vers septembre 1947

Crédit : William P. Gottlieb, domaine public (Library of Congress). Fiche ↗ · LoC ↗

3 — Minton's Playhouse, autre cliché de la série

Thelonious Monk au Minton's Playhouse, vers septembre 1947 (autre prise)

Crédit : William P. Gottlieb, domaine public (Library of Congress). Fiche ↗

4 — Entretien pour la radiotélévision néo-zélandaise, 1965

Thelonious Monk interviewé au début de sa tournée de 1965

Licence : CC BY 2.0 (indiquée sur la fiche) ; auteur à relever avant publication. Fiche ↗

5 — Coleman Hawkins et Miles Davis, 1947

Coleman Hawkins et Miles Davis, Three Deuces, New York, 1947

Crédit : William P. Gottlieb, domaine public. Fiche ↗

6 — Charlie Parker, 1947

Portrait de Charlie Parker en 1947

Crédit : William P. Gottlieb, domaine public. Fiche ↗

7 — Minton's Playhouse, une autre prise de la série

Thelonious Monk au Minton's Playhouse, vers septembre 1947 (troisième prise)

Crédit : William P. Gottlieb, domaine public (Library of Congress). Fiche ↗

8 — À consulter en ligne (domaine public, non intégrées)

Le fonds Gottlieb de la Library of Congress propose aussi, dans l'appartement de Mary Lou Williams, des portraits de la pianiste avec Dizzy Gillespie et Tadd Dameron (voir la notice ↗) : la mentore de Monk et deux figures de la scène bebop. Aucune photo libre de droits de Charlie Rouse ou de Ben Riley couvrant leurs années avec Monk (1958-1970) n'a été retrouvée : le fonds Gottlieb s'arrête en 1948, avant leur arrivée dans le groupe — à rechercher séparément si Laurent le souhaite. Collection « Gottlieb Jazz Photos » ↗

Dernière mesure

Il existe, dans une maison de Weehawken, une pièce où se trouve un piano qu'on n'ouvre plus.

Par la baie vitrée, on voit Manhattan de l'autre côté du fleuve — les tours, la lumière qui tombe, la ville qui joue sans lui. Un homme se tient là, debout, longtemps. Ses mains dessinent quelque chose dans l'air. Si l'on demande ce qu'il fait, il répond qu'il dirige les nuages.

Des années plus tôt, dans un grand hall, on avait enregistré un concert sur des bobines. Sur l'une des boîtes, quelqu'un avait écrit à la main une initiale et un nom : T. Monk. Les bandes dormirent près d'un demi-siècle dans les réserves d'une bibliothèque. Puis, un hiver, un homme qui feuilletait des bobines souleva un couvercle.

Il y a des silences qui attendent. Il y a des silences qui gardent. Il y a des silences où, dans le noir, un homme se lève, et tourne.

Posez le disque. Écoutez la fin. Et quand le piano se taira — n'appuyez pas sur stop : attendez.

Quelqu'un, quelque part, danse.