Vivre avec l'IA · Cycle 3 · Épisode 08
À qui appartient ton assistant ?
Un outil est devenu central dans ton travail quotidien — et il appartient à une poignée d'entreprises privées, pas à toi. Que se passe-t-il si son prix double demain, si sa politique change, si l'accès devient payant ou instable ? Ce deuxième épisode du mouvement « Dans la cité » traite la souveraineté numérique à l'échelle personnelle et professionnelle : savoir que des alternatives existent, comprendre ce que « posséder » ses données veut vraiment dire, et préparer sa sortie de secours avant d'en avoir besoin.
Le problème
En quelques années, un assistant IA est devenu un outil de travail quotidien pour beaucoup de conseillers — au même titre qu'un traitement de texte ou une messagerie professionnelle. Sauf que cet outil-là appartient à une entreprise privée, dont tu ne contrôles ni le prix, ni les conditions d'utilisation, ni même la disponibilité future.
En Mission Locale, ça donne ce genre de scène : un conseiller a construit, sur deux ans, toute sa méthode de travail autour d'un seul assistant IA — ses comptes rendus, ses trames d'entretien, ses supports d'atelier, tout y passe. Le jour où l'outil change de politique tarifaire, devient payant pour l'usage qu'il en faisait gratuitement, ou change simplement d'interface du tout au tout, il découvre avec inquiétude à quel point sa pratique professionnelle dépendait d'une seule décision, prise ailleurs, sans le consulter.
Ce n'est pas une question de méfiance envers telle ou telle entreprise : c'est une question de souveraineté, à l'échelle personnelle et professionnelle — savoir ce qu'on perdrait, et avoir un plan avant d'en avoir besoin.
Tu ne sais pas que tu dépends d'un outil tant qu'il ne change pas.
La méthode
Posséder son assistant IA ne veut pas dire renoncer aux outils privés, américains ou non — ça voudrait dire renoncer à des outils souvent excellents, pour une méfiance qui ne résout rien. Ça veut dire trois choses bien plus concrètes : savoir précisément de quoi on dépend, connaître au moins une alternative pour chaque usage important, et savoir récupérer ses propres données si un jour il le faut.
La question n'est pas « dois-je changer d'outil ? » — la plupart du temps, la réponse est non, et ce n'est pas le sujet. La question est : « si cet outil changeait demain, saurais-je quoi faire ? » Se poser cette question une fois, à froid, évite d'avoir à improviser un jour, dans l'urgence.
La capacité à garder le contrôle sur ses outils numériques et ses données, plutôt que de dépendre entièrement d'acteurs extérieurs qu'on ne maîtrise pas. À l'échelle personnelle, ça veut simplement dire : savoir ce dont on dépend, et avoir un plan B.
L'atelier
Situation : tu utilises l'IA au quotidien dans ton travail, et tu veux savoir, concrètement, à quel point tu en dépends — et ce que tu ferais si ça changeait. Trois maillons, à refaire une fois par an.
Liste les tâches quotidiennes de ton travail qui reposent sur un seul outil IA, et demande-toi, pour chacune : « si cet outil disparaissait ou changeait de prix demain, qu'est-ce que je perdrais ? »
| Tâche qui repose sur un seul outil | Ce que je perdrais s'il changeait demain |
|---|---|
| [ex. rédaction des comptes rendus d'entretien] | [ex. mon gain de temps quotidien, mais pas la compétence elle-même] |
| [ex. préparation des supports d'atelier collectif] | [ex. la mise en forme rapide, facilement remplaçable] |
| [ex. mémoire de mes prompts et fiches contexte sauvegardés dans l'outil] | [ex. des mois de réglages perdus s'ils ne sont pas exportés ailleurs] |
| [à compléter avec tes propres tâches critiques] | [ce que tu perdrais vraiment] |
Point de contrôle : si une ligne du tableau te fait dire « je serais complètement bloqué », c'est un signal fort — c'est précisément cette tâche qui a besoin d'une alternative connue avant qu'il ne soit trop tard.
Pour chaque tâche marquée comme critique au maillon 1, identifie au moins une alternative — pas pour en changer aujourd'hui, mais pour savoir qu'elle existe. Dans le même esprit que Compar:IA, déjà présenté à l'épisode précédent, il existe des modèles ouverts et des options françaises ou européennes en plus des grands assistants américains :
Usage critique : [ex. « rédaction de comptes rendus »] Outil actuel : [nom de l'outil] Alternative identifiée : [ex. un modèle français ou européen (comme Mistral), un modèle ouvert, ou simplement un autre assistant généraliste] Ce qui changerait si je basculais : [ex. « rien d'essentiel, juste réapprendre l'interface » ou « je perdrais telle fonctionnalité précise »]
Point de contrôle : le but n'est pas de tout changer aujourd'hui — c'est de pouvoir répondre en dix secondes, le jour où il le faut, à la question « par quoi je remplace ça ? », plutôt que de la découvrir dans l'urgence.
Avant d'en avoir besoin, vérifie concrètement ce que tu peux récupérer ou supprimer de tes propres conversations et données sur l'outil que tu utilises le plus. C'est un prolongement direct du RGPD déjà abordé dans Où s'arrêter (Cycle 1, épisode 10) : le droit à la portabilité et le droit à l'effacement existent, encore faut-il savoir où ils se trouvent dans les réglages.
1. Va dans les réglages de confidentialité / données de ton outil IA principal. 2. Cherche l'option d'export de tes données ou conversations (souvent « exporter mes données », « télécharger mes informations »). 3. Lance un export test, même si tu n'en as pas besoin aujourd'hui — vérifie que le fichier obtenu est lisible et utile. 4. Repère aussi l'option de suppression de ton historique ou de ton compte, sans la déclencher : sache seulement où elle se trouve. 5. Note ces deux emplacements quelque part que tu retrouveras facilement — pas seulement dans ta mémoire.
Point de contrôle final : si tu n'as pas trouvé l'option d'export en moins de cinq minutes, c'est le signe qu'il vaut mieux le savoir maintenant, à froid, plutôt que le jour où tu en as vraiment besoin.
Le revers
Le premier piège est la paranoïa : une méfiance systématique de tout ce qui est privé ou américain, qui empêche d'utiliser des outils par ailleurs utiles et bien conçus. Cette posture prive de bénéfices réels au nom d'un principe qui, poussé trop loin, devient contre-productif.
Le second piège est son symétrique inverse : l'insouciance, qui construit toute sa pratique professionnelle sur un unique outil propriétaire, sans jamais se poser la question du plan B — jusqu'au jour où l'urgence impose d'improviser.
Le vrai risque n'est ni l'un ni l'autre. C'est de ne s'être jamais posé la question avant d'en avoir besoin dans l'urgence — se retrouver, un jour donné, à devoir choisir une alternative dans la précipitation, sans avoir jamais vérifié qu'elle existait ni comment y accéder.
Posséder son assistant, ce n'est pas se méfier de tout ni tout miser sur un seul outil — c'est savoir, à froid, de quoi on dépend, connaître au moins une porte de sortie, et l'avoir vérifiée une fois, avant d'en avoir besoin.
Posséder son assistant IA, c'est faire l'inventaire de ses dépendances critiques, identifier au moins une alternative pour chaque usage sensible, et vérifier concrètement ce qu'on peut récupérer de ses propres données. Ni paranoïa qui empêche d'utiliser de bons outils, ni insouciance qui construit tout sur un seul : le vrai risque, c'est de ne s'être jamais posé la question avant l'urgence.
« Tu ne sais pas que tu dépends d'un outil tant qu'il ne change pas. »
Vérifie ce que tu as retenu
24 questions sur cet épisode, réparties en 3 niveaux de 8. QCM et Vrai/Faux mélangés — choisis ton niveau.
Pour aller plus loin
Le Règlement Général sur la Protection des Données est une loi européenne qui protège vos informations personnelles depuis mai 2018.
Le RGPD vous donne le contrôle sur vos données personnelles. Toute entreprise qui collecte vos informations (nom, email, téléphone, localisation, historique de navigation…) doit respecter des règles strictes.
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Quand vous utilisez une IA (ChatGPT, Claude, Gemini…), vos conversations sont envoyées sur des serveurs. C'est pourquoi : • Ne partagez JAMAIS de vrais noms, adresses, numéros de téléphone • Anonymisez vos documents avant de les coller (CV, lettres…) • Les IA européennes (Mistral) stockent vos données en Europe • Les IA américaines (ChatGPT, Claude) transfèrent vos données aux USA