Faire avec l'IA · Cycle 2 · Épisode 06
Le bon outil pour la bonne tâche
Une fenêtre de chat n'est pas le bon outil pour tout. Un document de 40 pages, un visuel d'atelier, un entraînement oral n'appellent pas la même fonction d'IA. Outiller un projet, c'est choisir l'instrument avant de taper la première phrase.
Le problème
Par habitude, tout passe par la même fenêtre de chat : la question rapide, le document de 40 pages qu'on recolle à chaque session, le visuel d'atelier décrit en mots faute de mieux, l'entraînement oral tapé au clavier. Le chat marche pour la première tâche. Pour les trois autres, c'est l'outil le moins adapté qui fait le travail.
Le résultat : un contexte qu'on retape sans cesse, une image qu'on décrit au lieu de la générer, une réponse datée qu'on aurait pu vérifier en un clic.
En Mission Locale, ça donne ce genre de scène : un conseiller recolle la même convention collective dans un chat qui l'a déjà oubliée trois fois cette semaine, pendant qu'un jeune tape au clavier des répliques d'entretien qu'il devrait s'entraîner à dire à voix haute. Le problème n'est jamais l'IA elle-même. C'est la fonction qu'on lui demande de jouer.
Le bon outil n'est pas le plus puissant. C'est celui qui correspond à la tâche du jour.
La méthode
Derrière la plupart des assistants IA grand public se cachent plusieurs fonctions distinctes. Les reconnaître évite de forcer chaque tâche dans la même case.
Chaque éditeur donne un nom différent à la même fonction : ce qu'Anthropic appelle un Projet, Google l'appelle un Gem, OpenAI un GPT personnalisé ou un Projet lui aussi, Perplexity un Space. Quatre noms, une seule idée : un espace qui retient un contexte d'une session à l'autre. Le nom change, la fonction qu'on cherche reste la même — c'est elle qu'il faut repérer, pas l'étiquette marketing du moment.
Une question ponctuelle, un brouillon court, une reformulation. Rien à préparer, mais aucune mémoire d'une session à l'autre.
Projet, Gem ou assistant personnalisé : on dépose une fois le contexte (fiche de poste, convention collective, profil du jeune) et on le retrouve à chaque ouverture, sans tout réexpliquer.
Pour vérifier une info datée — un barème, une offre encore active, une actualité du secteur — plutôt que de compter sur la mémoire d'entraînement du modèle.
Pour un support d'atelier ou un entraînement à l'oral : une image ou une voix font un travail qu'aucun paragraphe de texte ne remplace.
Pour trier un tableau, recompter une série de chiffres ou croiser deux listes : un mode capable d'exécuter un calcul plutôt que de l'estimer au jugé dans une réponse en texte libre.
L'espace persistant prolonge directement ce qui se joue dans Contextualiser : un contexte donné une fois, réutilisé partout. Outiller, c'est choisir où ce contexte doit vivre — pas seulement comment l'écrire.
Une question suffit, à chaque nouvelle tâche : est-ce que ce document doit survivre à cette conversation ? Si oui, espace persistant. Est-ce que la réponse dépend d'une info qui peut avoir changé depuis l'entraînement du modèle ? Si oui, recherche web. Le rendu final est-il visuel ou oral plutôt qu'écrit ? Alors génération dédiée. Faut-il un nombre exact plutôt qu'une estimation ? Alors calcul. Sinon : conversation simple, et on n'en demande pas plus.
L'atelier
Situation : un jeune a un entretien d'embauche dans 5 jours. Trois besoins, trois outils différents.
Voici l'offre d'emploi en pièce jointe. Résume en 5 points : les compétences attendues, les missions concrètes, le profil recherché, les conditions (lieu, horaires, salaire si indiqué), et les points flous à clarifier en entretien.
Outil : un document long et un seul usage ponctuel → un chat simple suffit. S'il doit être recroisé avec d'autres offres dans les jours qui suivent, un espace persistant évite de le recoller chaque fois.
Crée une affiche simple, sobre, avec le titre "5 questions à préparer avant l'entretien" et 5 lignes courtes. Pas de texte additionnel, pas de logo, fond clair, lisible pour de l'affichage papier.
Outil : une consigne visuelle → un outil de génération d'image, pas une description textuelle qu'on imagine soi-même.
Tu es le recruteur. Mène un entretien oral de 10 minutes pour le poste de [intitulé], à partir de la fiche de poste résumée à l'étape 1. Pose une question à la fois, attends ma réponse parlée, puis réagis comme un vrai recruteur — relance si je suis vague.
Outil : de l'oral spontané → un mode vocal ou un simulateur d'entretien. Taper des répliques au clavier change la nature de l'exercice : le jeune doit s'entendre parler, pas se relire.
Même logique pour un atelier de groupe sur « les métiers qui recrutent en ce moment » — quatre besoins, quatre familles, dans un projet qui dure cette fois plusieurs semaines :
Le repère qui ne change pas : un atelier collectif n'est qu'un projet plus long que l'entretien d'un seul jeune. La même question — « cette tâche a-t-elle besoin de mémoire, d'actualité, de calcul ou d'un rendu visuel ? » — s'applique à n'importe quelle échelle.
Au-delà de l'atelier
Les mêmes familles servent pour le travail quotidien d'un CISP, pas seulement pour accompagner un jeune. Une fiche métier vulgarisée pour un atelier récurrent vit mieux dans un espace persistant que recollée chaque mois. Un mail à un employeur partenaire reste une conversation simple. Un point sur les chiffres du chômage local appelle la recherche web plutôt qu'une estimation approximative. Un tableau de suivi de candidatures pour un portefeuille de jeunes appelle le calcul, pas une lecture ligne par ligne.
Le réflexe à garder : avant d'ouvrir une fenêtre de chat, se demander une seconde à quelle famille appartient la tâche — l'habitude se prend vite, et elle fait gagner plus de temps que n'importe quel outil pris isolément.
Le revers
Multiplier les applications a un coût : autant de comptes à créer, autant d'endroits où des données personnelles d'un jeune peuvent se retrouver, et autant de temps perdu à réapprendre une interface au lieu d'avancer sur le dossier.
Une institution comme une Mission Locale ajoute une contrainte de plus : tous les outils ne sont pas équivalents face à des données sensibles. Un espace persistant grand public n'a pas le même cadre de traitement des données qu'un outil validé par sa structure — le choix de la famille d'outil ne dispense jamais de vérifier où l'information atterrit.
Mieux vaut connaître à fond 3 ou 4 outils que d'essayer chaque nouveauté. Et avant de coller un document avec des informations personnelles dans un nouvel outil, on se pose la même question que partout ailleurs sur ce site : où ces données partent, et pour combien de temps.
On n'outille pas un projet pour collectionner les applications. On outille une étape précise, avec l'outil qui lui correspond — espace persistant pour un contexte durable, recherche web pour une info datée, image ou voix quand le texte ne suffit plus, calcul quand un chiffre doit être exact. Et on revient au chat simple dès que la tâche redevient simple.
« On ne choisit pas un outil parce qu'il est nouveau. On le choisit parce que la tâche du jour en a besoin. »
Repères
Vérifie ce que tu as retenu
24 questions sur cet épisode, réparties en 3 niveaux de 8. QCM et Vrai/Faux mélangés — choisis ton niveau.
Pour aller plus loin
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Quand vous utilisez une IA (ChatGPT, Claude, Gemini…), vos conversations sont envoyées sur des serveurs. C'est pourquoi : • Ne partagez JAMAIS de vrais noms, adresses, numéros de téléphone • Anonymisez vos documents avant de les coller (CV, lettres…) • Les IA européennes (Mistral) stockent vos données en Europe • Les IA américaines (ChatGPT, Claude) transfèrent vos données aux USA